‹ Éloge de BuffonChapitre 8 sur 18 · NARCISSE MICHAUT, XVII · texte numérisé non relu

NARCISSE MICHAUT, XVII

lune des poètes et des amoureux, la lune véritable. Celle-ci n'est guère bien connue que depuis un siècle; ce qui peut sembler étrange depuis si longtemps quHl y a des hommes, et qui rêvent. »

C'est donc de cette lune des rêveurs qu'il veut nous entretenir. Il recueillera dans les littératures les sentiments d'allégresse, d'extase, d'amour ou de mélancolie que la lune a évoqués dans l'amendes poètes. Il remonte d'abord aux Aryas de l'âge védique. « On sçait bien, en effet, qu'à inoins de connoître un peu l'histoire de ces temps-là, on ne peut rien comprendre aux choses d* à présent. » Mais, dans le Rig-Véda, pas un mot sur la lune. Ces vieux poètes, occupés tout le jour à chanter V aurore, à préparer le soma du sacrifice, à demander la pluie aux vaches célestes d'Indra, n'avaient point le temps, la nuit venue, de regarder la lune. S'ils rêvaient alors, c'était en dormant; d* ailleurs, le rayonnement' de cet astre dans le ciel clair étant signe de beau temps , était plutôt propre à attrister nos ancêtres que la sécheresse désolait. Chei les Grecs, même indifférence à V égard de la lune. Ils aimaient si tendrement le soleil ! Seul, le bon Plutarque en écrivit sérieusement ; mais que de billevesées dans son traité philosophique sur la Figure

BUFFON

Xnil NARCISSE MICHAUT.

qui apparaît dans la lune ! Les Latins pareilltment ne se sont guère inspirés

Tacita per arnica silentia luna.

En réalité, la lune n'est devenue un être poétique que dans les âges modernes. Lamartine en fut l'Homère. Tout du long li^ Werther, ce ne sont que clairs de lune. « Après iSoy surtout, presque dépossédés de tout empire sur terre et réduits à régner sur l'air (les Anglois ayant déjà pris l'eau), les Allemands se prirent à regarder la lune et la métaphysique comme leur naturel apanage. » Malheureusement pour cellelà, Musset lui fit une ballade, et ce fut, du moins en France, une éclipse fâcheuse qui dure encore. Les hommes graves qui n'ont en estime que les occupations pratiques de Vesprit et se réjouissent de voir toute une nation mise à V école du régiment, se félicitent de cette chute de la lune. Michaut compatit à la destinée du pauvre astre abandonné. « A cet homme sérieux je réponds qu'on peut aimer tout ensemble et la lune et sa patrie ; qu'il n'est pas bon que tant d'hommes se mêlent à la fois du sauvetage d'un pays; que pendant les tempêtes, nombre de passagers ne sçauroient mieux faire que de rester dans leurs cabines, de peur de gêner ta manœuvre et que leurs

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