‹ Éloge de C. Alp. RobertChapitre 12 sur 15 · ES · texte numérisé non relu

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doivent des hommes mürs; ou bien un combat burlesque rappelant la place publique et les tréteaux de la foire. Ces argumentations tant vantées, je les ai entendues, bien souvent elles m'ont serré le cœur. Leur utilité était contestable, leur moralité nulle. On réprouve les combats de taureaux et de coqs, 1l ne me paraît pas meilleur de convier les élèves en masse à voir leurs futurs maitres se déchirer à coups de langue.

De tout ceci, messieurs, n'allez pas conclure que je condamne l'institution du concours, c’est pour les gens indépendants et fiers la meilleure, la seule garantie. Si Je vous disais tout ce que Je pense de l'élection, vous verriez bien de quel côté sont mes préférences.

Mais je crois que pour s'assurer qu'un homme est instruit et sait parler, 1l est d’autres moyens plus dignes, plus efficaces, que ceux que l’on employait autrefois. Ce n’est point le moment d'exposer ici un plan de réforme qui est dans bien des esprits et qui certainement rehausserait les compétiteurs sans affaiblir l'autorité des juges.

Messieurs, si dans les phrases qui précèdent, l'expression de ma pensée a élé vive, veuillez bien croire qu'elle n’a voulu blesser personne de ceux qui m’écoutent et de ceux qui ont pris part à ces grands tournois. Toute médaille a son revers, toute époque a ses grandeurs et ses petitesses: on hurle avec les loups, et ceux-là sont excusables qui, voulant franchir linéludable défilé, ont courbé la tête sous les fourches caudines.

Les concours ont joué dans la vie de Robert un rôle si considérable, qu'il me faut bien en parler encore. En 1841, premier essai pour la chaire de médecine

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opératoire rendue vacante par la mort de Richerand. Robert avait pour sujet de thèse les affections cancéreuses et les opérations qu’elles nécessitent. Ce travail est intéressant à lire à titre de comparaison. En 1848, puis plus tard encore, lors de la célèbre discussion de l’Académie, Robert eut à s'occuper de cette grave et difficile question du cancer. On mettra fructueusement en regard les opinions du même médecin à différentes époques, et j’invoquerais volontiers cet, exemple s'il fallait prouver que Robert avait l'esprit éminemment progressif, qu'il marchait avec la science et acceptait volontiers les changements que les novateurs lui font subir.

N'ayant point assisté à ce concours, je n’en signalerai pas les détails, je garderai le même silence sur celui de 1843, où Robert disputa la place de son cher Sanson, mort à la fleur de l’âge. Sa thèse sur les anévrysmes de la région sus-claviculaire est un bon travail qui est resté dans la science. De larges emprunts à la littérature étrangère ont permis à l’auteur d'écrire la première monographie complète sur ce sujet.

Pendant quelques années la mort respecta les chirurgiens; mais en 1847 elle atteignit l'un des plus jeunes, Auguste Bérard; une place de clinique chirurgicale fut déclarée vacante. En 1841 et 1843, Robert avait fait, si je puis dire ainsi, son stage de concurrent; comme depuis ce moment il n'avait pas un seul jour interrompu son travail, 11 était tout prêt et passait à bon droit pour un rival redoutable. Il justifia complétement les prévisions, et je n’hésite point à dire qu'il ne montra jamais mieux que cette fois ses qualités de clini-

cien accompli, aussi sa candidature fut-elle pour un instant sérieusement posée. Sur ces entrefaites, les évênements de 1548 surgirent, et J'ai souvenir que pendant l'argumentation nous dûmes, pour arriver à l’école, franchir quelques barricades : ceci n'était rien, mais Robert n'avait pas d'appui parmi les puissants du jour qui, j'ai lieu de le croire, s’immiscèrent dans ce concours et y portérent le poids de leur influence. Je n’ai pas mission de discuter le principe des candidatures officielles, je dirai seulement que s’il est contestable et contesté en matière représentative, 1l est en matière scientifique tout à fait inadmissible, ne fùt-ce qu’en raison de lincompétenee et quand bien même il fonctionnerait discrètement et pudiquement.

Au demeurant, la campagne n'avait pas été mauvaise, évidemment la brèche était praticable; Robert avait orandi dans lopinion; la clientèle en fournissait la preuve, le chiffre des recettes augmenta notablement dans les mois qui suivirent, car largent, il faut en convenir, est parfois un indice barométrique assez sür de l'estime publique.

Deux ans s’étaient à peine écoulés et les portes de la Faculté s’ouvraient encore. La chaire de médecine opératoire devenait vacante par la mort de Blandin, qui l'avait occupée neuf ans à peine, Robert se retrouvait sur son terrain; M. Michon s’abstenait et M. Nélaton débutait. Mais un terrible adversaire se présentait aussi; 1l avait à lui seul plus de titres scientifiques que tous les concurrents réunis : on lui reprochait seulement de n’être pas un opérateur brillant. Le débat devait incontestablement se

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passer entre Robert et lui; chacun avait de chauds partisans; le résultat définitif était donc incertain. À la première épreuve Robert essuya un échec. La question écrite avait été posée dans les termes suivants : Apprécier la valeur des différents modes de réunion des plaies. L’emploi du mot modes qu'il eût été si facile de remplacer par celui de moyens, rendait ce titre ambigu. S’agissait-1l de la réunion par première et seconde intention, ou fallaitil, comme au concours de l’externat, énumérer et décrire toutes les manières d'affronter les lèvres des plaies, depuis l'emploi du taffetas d'Angleterre jusqu’au manuel de la suture ?

Robert flaira l'équivoque, mais réfléchissant qu’on se proposait de nommer un professeur et non des externes, il adopta l'interprétation la plus élevée; 1l traita de la réunion immédiate et secondaire, et le fit bravement, logiquement, d'un bout à l’autre de sa composition. Puisque le jury voulait un chapitre de petite chirurgie, il n’eût pas été superflu de l'indiquer plus clairement, car d’autres concurrents s’y trompèrent de même. Toujours est-il qu’on sut mauvais gré à Robert de n’avoir pas du premier coup deviné la charade.

Le reste du concours fut irréprochable, et c’est à la fin que fut soutenue la remarquable thèse que vous connaissez tous, sur les amputations partielles du pied, travail excellent que douze années écoulées n’ont pas fait vieillir.

Le premier tour de scrutin donna quatre voix à Robert. M. Malgaigne en eut sept, puis une de plus au deuxième tour, ce qui décida la nomination. Cette fois encore la

MP TNES défaite était glorieuse, devant un tel adversaire on tombe sinon sans regret, du moins sans honte. Le public acclama M. Malgaigne, mais donna la première mention à son rival.

Le concours de médecine opératoire n’était pas clos encore qu'une nouvelle vacance était déclarée. Un noble vétéran de la chirurgie française, dont le nom ne saurait être prononcé dans cette enceinte sans provoquer de respectueux regrets, le vénérable Marjolin venait de s'étendre. M. Cloquet, d’abord professeur de pathologie chirurgicale, avait occupé dans la suite la chaire de clinique; 11 désira reprendre son ancienne chaire. C'était donc la clinique qui serait mise au concours.

iobert était à peine remis des fatigues de la lutte précédente. Il avait cinquante ans, de l’aisance, de la considération bien acquise, aussi hésitait-il à se lancer de nouveau dans la fournaise. Cependant les rangs des anciens candidats étaient singuhérement éclaircis; on ignorait sil'état de sa santé permettrait à M. Michon dese mettre en ligne; il semblait qu’un dernier effort suffirait pour dompter la fortune. Robert avait pu voir déjà que l’école ne lui était pas très-favorable ; 1l y avait des ennemis ardents et des amis tièdes ; il comptait plus sur les membres de l’Académie dont 1l était devenu le collègue depuis deux ans.

Il s’en fut visiter quelques personnes influentes pour leur demander loyalement conseil et appui au besoin.

Mon pauvre maître revint tout radieux de l’une de ces entrevues, dont il me raconta le soir même tous les détails. J’écoutai le récit et j’applaudis, mais je ne sais pourquoi

— 78 — | le fmeo Danaos me revint et longtemps obséda ma mémoire.

Il fut donc décidé qu’on reprendraitle collier de misère. Toutes les notes furent repassées, de nouvelles questions furent préparées; Robert vint à l’École pratique, dans mon cabinet, revoir, le scalpel à la main, plusieurs points d'anatomie chirurgicale : il faisait deux fois par semaine des leçons cliniques à lhôpital Beaujon,; le soir 1l s’endormait, naivement bercé par l’espérance.

Le concours s’ouvrit. M. Michon, lui aussi, voulait jouer sa dernière partie; M. Nélaton se présentait pour la seconde fois ;, Montpellier, comme au concours de 1848, nous envoyait un de ses meilleurs champions, M. le professeur Bouisson ; aux vétérans s'étaient adjoints plusieurs compétiteurs nouveaux.

Le jury fut constitué; parmi ses membres figurait un homme dont l'équité dans les concours est avérée, et qu’à ce titre, comme à bien d’autres, je tiens pour ma part en grande estime. Pendant longtemps il avait entretenu avec Robert des relations amicales, mais deux concours antérieurs avaientsemé la discorde entre ces deux hommes si honorables, et chacun se croyait en droit d’articuler contre l’autre des griefs sérieux.

Cette regrettable inimitié reposait sur un malentendu; elle tirait son origine d’une trahison de vote, dont l’auteur véritable, encore inconnu, a trouvé plus commode de laisser peser sur Robert l’onéreuse responsabilité. Des représailles, fort légitimes en apparence, avaient été exercées, en un mot l’hostilité était flagrante et menaçante. Quelques amis radicaux conseillèrent la récusation, disant

Li + qu'un ennemi est toujours moins dangereux hors des

murs que dans l'enceinte ; d’autres, plus prudents, objectaient le scandale. Robert, qui réprouvait les procédés violents, écouta les derniers. :

Il parcourut brillamment la série des épreuves : cette fois la question écrite ne lui fut pas défavorable, il traita d’une manière supérieure la question classique de léfranglement en général; puis vinrent les leçons cliniques où naturellement il ne faiblit pas. Enfin, dans une volumineuse compilation, 1l fit habilement l’histoire des vices de conformation congénitaux des articulations.

À la fin de la course voici comment l’opinion générale classait les principaux concurrents. En tête, ex æquo, Robert et M. Michon; ces vieux joûteurs, qui toute leur

“ vie avaient concouru et bien concouru, connaissaient à

fond leur métier, ils distancèrent les autres comme on s’y attendait. M. Bouisson les suivit de près, il avait été brillant, élégant et solide à la fois. Il méritait bien les palmes qu'il remporta à Montpellier, . . . . . .

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