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pas par l’habileté, et je me noierais vite en nageañt entre deux eaux. Je Crus donc préférable d’adresser au président de la Société de chirurgie la lettre suivante :
« Monsieur et très-honoré collègue,
» Pérmettez-moi de vous entretenir uné dérnièré fois de l'incident soulevé dans le sein de la Société, par là lecture de l'éloge de Robert.
» Je regarde tout d’abord comme un devoir dé remercier mes collègués dé la forme éminemment courtoise qu’ils ont donnée à leur critique, et du soin qu’ils ont mis à dégager ma pérsonhe, tout en attaquant mon œuvre avec vivacité. De mon côté, en portant dé suite le débat sur lé terrain des principes, en n'invoquant pas l’iñcompétence de Ceux qui ont blâmé mes paroles sans les connaîtré, en acceptant enfin sans aigreur n1 dépit uné censure rétrospective, je crois avoir dañs ma défense observé les mêmes égards:
» Peut-être donc penserez-vous avec moi que le comité secret n’était pas nécessaire, et que le public n’auraît pu qu’applaudir la Modération ét la dignité avec lesquelles la Société traite les questions les plus brûlantes. Quoi qu'il én soit, vous lé savez, la conélusion a été uñe sorte de voté de confiance, mes collègues, pour là plupart, voulant bien s’en rapporter à moi pour introduire dans mon diséours les modifications capables de donner satisfaction aux scrupules exprimés, |
» Je suis reconnaissant de cette marque d'estime, et cependant je me décide, après mûre réflexion, à ne la point accepter où, pour mieux diré, à n’en point profiter : caf elle crée une position délicaté et des difficultés que jene saurais résoudre.
» L'esprit dé mon discours n'ayant été défendu par personne, il est présumable qu’en le conservant même partiellement, je blesserais tout le monde ; on me reprocherait avec quelque raison d’avoir abusé du blanc-seing qui m'a été si complaisamment octroyé. HE
» D'autre part, mes paroles ont été prononcées en séance s0lennelle, devant une assistance assez nombreuse; elles appartiennent donc à la publicité. Ce qui leur a valu le blâme des uns leur attire l’assentiment des autres; les châtier jusqu’à faire disparaître tout ce qui a déplu aux premiers, serait aux yeux des seconds une faiblesse, pour ne rien dire de mieux, que je ne saurai commettre. N’est-il donc pas plus juste et plus simple, à la fois, de dégager la Société de toute solidarité avec cette œuvre subversive, et de laisser la responsabilité tout entière peser sur qui de droit?
» Je retire mon discours, et, libre de toute entrave, je me dispose à le soumettre à l’appréciation du public avec ses défauts et ses qualités. La Société voudra bien ne voir rien d’hostile ni de blessant dans cette solution nette et franche. Une senle considération, je l’avoue, m’a fait beaucoup hésiter : la Société tout entière désire que Robert soit officiellement loué par un de ses organes, et la mesure que j’adopte reculera nécessairement encore la publication d’un éloge accepté par tous. Mais j'ai réfléchi que le délai ne saurait être regrettable avec l’éminent secrétaire-général que vous vous êtes récemment donné, et qui, dans une circonstance analogue, a déployé des qualités littéraires précieuses.
» Je termine, Monsieur le président, en vous priant de communiquer ma lettre à la Société, et d'appuyer, si vous le jugez
convenable, la demande que je fais de sa publication dans le procès-verbal (4).
» 12 février, 1864. Recevez, monsieur, etc. »
Les choses en étaient là; et, suivant le conseil qui m'avait été donné, je laissais dormir quelques jours mon manuscrit
avant de le reprendre, lorsque je reçus de madame Robert une lettre qui fit renaître mes perplexités :
(4) Suivant mon désir, la lettre a été renvoyée au Bulletin et publiée dans la Gazette des hôpitaux, numéro du 27 février.
«Mon cher monsieur Verneuil,
» Je suis infiniment touchée de l'hommage que vous avez » rendu à la mémoire de votre maître; mais on me dit que certains passages de votre discours ont été jugés trop personnels et quelque peu agressifs. Sachant mieux que personne » les sentiments d’oubli et de pardon que mon mari a emportés » dans la tombe, je vous prie instamment de vouloir bien ne pas publier les phrases qui pourraient blesser les susceptibilités des personnes encore vivantes aujourd’hui.
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» Veuillez agréer, mon cher monsieur, etc. (4). »
Cette fois, l'arme de la justice était arrachée de mes mains par une personne si autorisée à le faire, el au nom d’un sentiment si légitime, que je dus me rendre. Gertains passages (le mon discours seront done supprimés et remplacés par des points : ils renfermaient des détails précis sur le concours de
Mes amis et les membres de la Société de chirurgie seront surpris sans doute de me voir obéir si vite à un simple vœu, quand j'ai résisté aux conseils des uns, aux critiques des autres, à la protestation d’un petit nombre; ma manière d’agir est pourtant facile à comprendre. On ne discute pas la prière d’une femme digne de toutes les condescendances et de tous les respects. On cède sans condition ou l’on passe outre ; j'ai cédé et voilà tout, Mais vis-à-vis des hommes, en quelque estime qu’on les tienne, on a le droit de défendre le terrain pied à pied, quand on veut faire prévaloir des principes opposés aux leurs et qu'on croit bons.
La discussion dans laquelle je vais entrer a pour but d’expliquer à mes collègues pourquoi je n’ai pas obtempéré à leurs désirs. C’est la meilleure preuve de déférence que je puisse leur
(4) Sur ma demande expresse, madame Robert m'a autorisé à publier sa lettre.
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donner. Le public jugera ; il saura bien mettre de côté ma mince personnalité, et décider si j’ai éu raison de dire ce que j’ai dit, si la Société a eu tort de me blâmer, ou réciproquement. Ce n’est point l'amour propre qui me fait prendre la plume, mais le désir d'agrandir le cercle du débat, en conviant un plus grand nombre d’arbitres.
Quiconque lira mon discours sans parti pris y découvrira sans peine deux intentions bien distinctes : en premier lieu, j’ai voulu décerner à un homme que j’affectionnais et que j’honorais infiniment, des éloges qu’à mon sens il a mérités de la manière la plus complète. Je reste persuadé que Robert a rencontré dans sa carrière des oppositions injustes et des préventions mal fondées. Je reste convaincu qu’il aurait dù parvenir au professorat : il m'a paru que de telles assertions devaient être appuyées de preuves que je ne pouvais fournir sans parler de certains contemporains et de certaines institutions. Je n’ai pas cru devoir reculer et j’ai dit résolüment et sans ambages ce qui était nécessaire à ma démonstration. Mon épigraphe résume en deux mots le discours.
Qu’ont fait mes adversaires ? Professant pour les hommes que j'incriminais un attachement sincère, et pour les institutions dont j'attaquais les vices un respect plus ou moins profond , 1ls ont trouvé mes jugements acerbes et mes appréciations trop sévères ; ils ont protesté en faveur des personnes mises en cause ; puis ce moyen avouable du reste, paraissant insuflisant, ils m'ont déclaré coupable à plusieurs chefs du délit de lèse-convenances.
De cette équation à termes multiples, si nous supprimons de part et d'autre l’amitié pour les maîtres, nous laissons face à face les droits de la vérité d’un côté, et de l’autre le respect des hommes et de leurs œuvres.
Ge n’est pas la première fois que le confit s’élève entre les deux principes et ceux qui s’en constituent les champions allèguent d'excellentes raisons. C’est qu’en effet tous deux sont légitimes et demandent satisfaction ; c’est qu'aucun
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des deux ne saurait être entièrement sacrifié à l’autre ; c'est qu'en pratique labsolu n’existe pas, tout principe ayant son antagoniste, et que quiconque pousse la logique jusqu’à l'extrême, court grand risque de tomber dans l'absurde, relativement du moins à l’époque où il vit. C’est assez dire que je trouve fort naturelle l'opposition qui m'a été faite; mais j'ai la conviction d’avoir parfaitement compris cette nécessité, et quoique partisan dévoué du premier principe, je n’ai point à me reprocher d’avoir échipsé le second; si, contre mes intentions j'ai péché par excès dans le sens de ma prédilection, assurément mes contradicteurs se sont égarés beaucoup plus loin dans la direction inverse en demandant la suppression radicale de toute phrase susceptible de mécontenter certains personnages et de démonétiser certaines institutions véreuses ou caduques.
C’est ce que je vais m’efforcer de mettre en évidence, en examinant une à une les principales objections qui m'ont été faites.
Mais il est un point, qu'avant tout, je tiens à établir. Lés uns ont pensé que j'étais dans mon tort en m’arrogeant le droit de dire la vérité. Les autres, reconnaissant ce droit, ont cru que je l'avais outrepassé et que j'en avais trop dit : personne ne m'a reproché d’avoir altéré les faits. La précipitation que j'avais mise à rédiger mon discours, aurait servi d’excuse à quelques erreurs, mais je {tenais à les faire disparaître, aussi ai-je interpellé mes collègues à ce sujet, leur offrant d'admettre toute rectification qui serait nécessaire à l’exactitude historique. Lors du comité secret aucune réclamation de ce genre ne s’estproduité. Seul, un de mes auditeurs avait pris les devants et m'avait signalé, même avant la discussion, quelques inexactitudes : j’en ai tenu compte.
En ce qui touche Robert, on m’a seulement fait entendre que mes louanges étaient empreintes d’exagération, et que j'avais trop rehaussé le piédestal : ceci est affaire d’appréciation personnelle et de sentiment; ceux qui ont articulé ce