‹ Éloge de C. Alp. RobertChapitre 9 sur 15 · FEES · texte numérisé non relu

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celui-là l’eût aussi protégé et soutenu, mais il mourut encore avant d’avoir payé sa dette d'affection.

Certes, messieurs, rien n’est plus touchant que ces associations entre maîtres et élèves, quand de part et d'autre elles sont désintéressées, et qu’en dépit des différences d'âge et de position, la sympathie seule les a fondées. Il est bon pour les jeunes gens d’être conseillés et aidés; il est doux pour les vieillards d’être chéris et consolés; mais dans la carrière scientifique l’inféodation trop complète est dangereuse. Si c’est la corde principale de l'arc et qu'elle casse, tout est compromis. Pour se garantir contre les mécomptes et les désillusions, les débutants doivent se pénétrer de cet axiome, qu'il faut être avant tout fils de ses œuvres et tracer son sillon à la sueur de son front. Les amis et les protecteurs viendront de reste; 1l est permis d’accepter leur appui spontané, il il est juste de S'en montrer reconnaissant, mais il ne convient ni de le solliciter ni de spéculer sur lui, ni surtout d'y compter d’une manière trop absolue.

Les fonctions d’interne et les études d’amphithéâtre n’absorbaient point tout le temps de Robert. En 1826, la Société anatomique estréorganisée par les soinsde M. Cruveilhier. Robert répond naturellement à l'appel, il est membre fondateur de la nouvelle réunion. Dès 1826, il est vice-secrétaire et reparait au bureau en 1829. I] disséquait alors à l’amphithéâtre de la Pitié, il y recueille des pièces anatomiques et les communique au jeune aréopage: c’est d’abord une observation d’épanchements sanquins multiples que nous regarderions aujourd’hui comme un bel exemple de généralisation du cancer vasculaire ;

LINE puis une pièce destinée à montrer que la destruction de l’épiglotte n'empêche point la déglutition, question fort agitée par les physiologistes du temps. Chemin faisant, la relation d'une suture de la paroi abdominale qui réalise la réunion immédiate en quatre ou cinq heures. En 1827- 1828, communications sur la dégénérescence graisseuse du foie, sur la formation de ces singuliers séquestres du tissu pulmonaire qu'on croyait alors consécutifs à la pneumonie et qu'on assimilait à la mortification du tissu cellulaire dans le phlegmon diffus, etc. En 1830, un cas curieux de maladie chronique de la glande sous-maxillaire causée par le séjour prolongé d’une soie de sanglier dans le conduit de Warthon.

Plus tard ce sont des cas de pratique. Robert était chirurgien du bureau central, il présentait des pièces et le récit des opérations qu’elles avaient nécessitées. Jusqu'en 1834 nous retrouvons des traces du concours que prêtait à la Société le membre fondateur devenu honoraire en 1835. Mais tout en cessant de fréquenter les séances, il n'oublie pas l’uule institution. Désormais 1l abandonne à ses internes les pièces pathologiques pour qu’elles aillent à leur vraie destination et concourent au progrès de l’anatomie pathologique dont Robert proclamait hautement l'extrême importance.

Pendant la même période, nouveaux concours , nouveaux succès; je veux parler de l’École pratique. En 1526, il y remporte le prix d'anatomie et de physiologie; en 1827, celui de pathologie; en 1828, ceux de clinique, de médecine légale et d’accouchements. Le tout lui vaut la réception gratuite au titre de docteur.

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Les trois médailles d'argent, somptueusement encadrées, eurent toujours sur le bureau de travail une place d'honneur, elles rappelaient sans cesse à l’homme fait ces premières victoires, si chères à la jeunesse et qui stimulent si vivement son ardeur.

Se produire en public, dans les examens, dans les concours surtout, est, pour le néophyte, un premier pas large à franchir ; mais il est une autre communion plus solennelle encore, c’est la publication du premier travail original volontairement composé. L'entrée dans la vie littéraire est une petite révolution qui ne manque pas de faire battre le cœur, si je m’en rapporte à mes propres réminiscences ; être imprimé, corriger ses épreuves, se lire en caractères romains, distribuer à ses amis, à ses parents, à ses chefs, les exemplaires du tirage à part, tout cela constitue une assez grosse affaire : on s’imagine que tout le monde doit vous lire et vous lira. En somme, on s’estime assez soi-même. Plus tard on rit bien, tout seul, de cette bénigne éruption de vanité.

Cet étroit Rubicon, Robert le passe en 1828; il publie, dans le Répertoire de Breschet, sur les fractures compliquées de plaie, un petit mémoire bien fait, du reste, avec des observations tirées du service de Sanson. Il s'attache à démontrer l’importance de mettre ces plaies à l'abri du contact de l'air, et de soumettre le membre fracturé à l'action continue de l’eau fraiche : combinaison, par conséquent, de l’occlusion et de l'irrigation continue. Le sujet était encore assez neuf pour le moment, quoique de temps immémorial les chirurgiens aient reconnu l'influence délétère du fluide atmosphérique sur les plaies profondes.

En 1829, au sortir de l’internat, Robert concourut pour une place d'aide d'anatomie à la Faculté et l’obtint. Ce concours fut marqué par un incident qui vaut la peine d’être relaté. La place avait été chaudement disputée par M. Michon. Le jury, qui éprouvait quelque embarras, proposait une épreuve supplémentaire. M. Michon jugea loyalement le litige que les juges prétendaient ne pouvoir terminer; reconnaissant lui-même que son ami avait une légère supériorité, 1l se retira, donnant ainsi à ses maitres une leçon d'équité. D'aussi rares exemples doivent être rappelés; tous n'agiraient point comme M. Michon. Mais certainement celui-ei ne se serait point désisté pour le premier venu; ce trait honore donc les deux émules. Bien des fois, plus tard, ils se sont rencontrés sur la brèche, toujours 1ls ont lutté à armes courtoises, et leur vieille amitié n’en a jamais souffert. Par une destinée commune, ces deux brillants champions auxquels semblait réservée, comme de droit, la toge professorale, autour desquels se groupait la jeunesse, échouèrent près du port; plus heureux que Robert, M. Michon survit au naufrage. Puisse-t-1l du moins jouir longtemps en paix du calme et du repos, digne couronnement d’une vie honorable et laborieuse. i

Robert était prosecteur lorsque la révolution de 1830 éclata. Quand la guerre civile ensanglante les murs, la place du médecin est à l'hôpital ou dans la rue. Notre jeune chirurgien demeurait rue Hautefeuille, 1l prit sa trousse et courut à lHôtel-Dieu offrir ses services. Ge jour-là, Dupuytren, plus affable que de coutume, lengagea à établir une ambulance rue Saint-Germain

ot l'Auxerrois, dans sa propre demeure, qu’il n’était pas fâché de faire protéger de la sorte. Mais la bataille était chaude sur ce point et la localité d’un abord difficile. Robert revint sans avoir pu réaliser son projet. Il retrouva Breschet et, sous sa direction, put faire ses premiéres armes, Car la besogne ne manquait pas. Cest là qu’il puisa les matériaux de sa thèse soutenue l’année suivante et qui traite des plaies par armes à feu (1831).

Le 17 juin 1832, nomination au grade envié de chirurgien du bureau central. Le choléra sévissait, le nombre des médecins des hôpitaux était insuffisant, Robert se met à la disposition de l'administration, qui lui donne à diriger l’hôpital temporaire des orphelins. Quelques mois plustard, concours d’agrégation. I soutient une thèse intitulée : Examen des méthodes de traitement sur les fractures du col du fémur, sujet sur lequel il a publié plus tard de nouvelles et intéressantes recherches. Il est nommé, et non sans mérite, car parmi les candidats évincés se trouvaient M. Malgaigne, de retour de l'expédition de Pologne, et M. Ricord dont la réputation et la popularité commençaient à poindre.

Robert avait trente-deux ans, il avait acquis SUCCESSIvement tous ses grades au concours, et chaque assaut livré l'avait fait entrer dans la place. Devant lui trente ans de pratique nosocomiale, de plus, un pied dans l’école. L'horizon était clair, le mirage de la chaire commençait à poindre : plus d’un, content du bien acquis, se serait arrêté, mais le repos n'allait point à cette jeunesse ardente surexcitée d'ailleurs par les passions vives de l’époque.

Le concours promettait tout, et tous lui demandaient

+ 0 la consécration du travail, l'institution était dans toute sa splendeur, la Faculté lui devait ses plus brillants soutiens. La lice était d’ailleurs moins encombrée que de nos Jours, et la toque recouvrait souvent des fronts sans calvitie et sans cheveux blancs. C'était un beau temps ! À l'ouverture de ces grandes assises, l'animation la plus vive se manifestait dans toutes les couches de l’agrégat médical. Depuis le praticien jusqu’à l'élève de première année, tous s’agitaient, discutaient, disputaient et s’apprêtaient à juger les athlètes. Véritable cirque, lamphithéâtre contenait à peine les spectateurs passionnés, accourus pour savoir quels maitres nouveaux on allaitleur donner. Les travailleurs descendaient dans cette arène fermes et confiants. Ils savaient bien que l'enceinte renfermait en réalité deux jurys : en bas, les juges officiels, souverains dispensateurs du titre; en haut et pressés sur les durs degrés, les juges libres, arbitres impartiaux, confirmant ou infirmant l'arrêt rendu, et dans tous les cas ne distribuant la gloire qu’à ceux qui Pavaient méritée.

Tel était condamné par le tribunal auguste qui, sortant de l’amphithéâtre, était acclamé par la foule impartiale. Tel était investi de la toge qui s’échappait par les issues secrètes pour éviter les clameursde cette grande cour de cassalion qui, sans chaises curules, fonctionnait plébéiennement sur les pavés du parvis, la tête au soleil ou les pieds dans la boue.

Cette gloire consacrée ou non par le succès, je vais dire comment on l’acquérait, en vous montrant la manière dont Robert utilisa les années comprises entre ses promotions précédentes et le premier concours de professorat

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