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prétendit point avoir fait la découverte de l’élasticité des parois des vaisseaux sanguins ; il crut devoir, au contraire, déclarer qu’avant lui, la plupart des anatomistes avaient reconnu l’existence de cette propriété dans les artères ; seulement il donnait à entendre que c’était lui le premier qui l’avait constatée dans les veines.
Cette élasticité n’avait donc pas eu, pour M. Magendie, la même importance que l’imbibition ; nous avons vu que celle-ci lui avait permis d’expliquer deux grandes fonctions, l’absorption et l’exhalation. L’élasticité n’entrait plus que pour une part très restreinte dans le mécanisme de la circulation ; elle était même à peu près étrangère au mouvement du sang dans les capillaires.
C’était, de la part de M. Magendie, une très sage réserve; et cette réserve il la montrait encore lorsque, quatre ans plus lard, en 1820, il publiait le mémoire intitulé : De l’infliience des mouvements de la poitrine sur la circulation .
Haller, Lamure et Lorry, avaient fait, dans le dernier siècle, des expériences intéressantes h ce sujet , et ils avaient conclu de ces expériences que dans l’inspiration le sang des veines est attiré vers le cœur, et que dans l’expiration le sang artériel est poussé vers les organes.
M. Magendie connaissait ces expériences, mais il trouvait qu’en les instituant on n’avait pas tenu compte de toutes les conditions du problème ; il crut donc devoir les reprendre sur de nouvelles bases. Nous n’en donnerons point ici le détail ; nous dirons seulement qu’après avoir très judicieusement exposé, dans son mémoire, tous les incidents de ces expériences, il se résumait en disant : que la respiration modifie le cours du sang veineux ; 1° par l’influence qu’elle exerce sur le sang artériel ; 2° par son action directe sur le mouvement du sang dans les vei nés.
Nous n’irons pas plus loin, messieurs, dans cet exposé des travaux de M. Magendie sur la circulation. Ici , comme partout, M. Magendie s’était attaché à vérifier et à contrôler tout ce qui arrivait à sa connaissance, mais toujours en partant des mêmes principes, c’est-à-dire en ne tenant compte que des phénomènes purement physiques.
La circulation assurément offrait un vaste champ à ces sortes de recherches, mais M. Magendie, écartant ici toute intervention vitale, en était venu à ne plus voir dans l’appareil de la circulation qu’une machine qu’il appelait hydraulique, et qui au lieu d’eau envoie du sang
DE M. MAGENDIE. xni
dans toutes les parties du corps pour le reprendre et le pousser de nouveau vers les mêmes parties.
M. Magendie était tellement pénétré de cette idée qu’il avait été jusqu’à proscrire les dénominations, devenues vulgaires, de cœur, d oreillettes et de ventricules; pour lui, il n’y avait plus dans la poitrine que deux pompes adossées l’une à l’autre, l’une qu’il appelait la pompe droite, et l’autre la pompe gauche; ce n’est pas tout, au lieu de dire ventricules et oreillettes, il voulait qu’on dît corps de pompe et réservoirs. Il aurait même voulu qu’on ne parlât plus ni d’artères ni de veines, mais qu’on dît tout simplement les grands tuyaux et les petits tuyaux; bref il en était revenu, sous ce rapport, à la physiologie de Descaries.
Certainement, messieurs, tout cela peut se dire, ce sont des comparaisons, des rapprochements qu’on peut se permettre; maisM. Magendie oubliait une chose dans toutes ses démonstrations prétendues positives, c est que tout cela est doué de la vie, c’est que cette machine hydraulique se meut, agit et fonctionne d’elle-même; qu’au lieu de parois rigides et de pistons mobiles, elle a des parois vivantes et contractiles; sans doute, pour que le sang circule il faut un appareil mécanique, il faut qu’il trouve dans le cœur un moteur central, et dans les vaisseaux une carrière à parcourir. Mais ce mouvement d’où vient-il? quelle en est la source? où est l’ouvrier qui l’a communiqué à cette machine? et d’où vient qu’une fois communiqué il ne s’arrête plus, il va continuer pendant do longues années , sans jamais s’épuiser, et la nuit et le jour, pendant la veille et pendant le sommeil, et cela dans un ordre toujours le même, dans une mesure toujours égale, suivant un rhythme qui sera le premier indice de la vie et sa dernière manifestation ?
Voilà, messieurs, ce que M. Magendie n’a jamais voulu remarquer, ce qui n’attirait pas même son attention ; mais peut-être va-t-il voir tout autrement les choses, et tenir un autre langage, maintenant que nous allons entrer avec lui dans un ordre de fonctions essentielles différentes, fonctions que l’homme seul possède dans toute leur plénitude, qui lui permettent de percevoir les sensations les plus délicates et les plus variées , matériaux de sa pensée et de son intelligence ; qui lui donnent le pouvoir de réagir sur tout ce qui l’environne par des organes auxquels il peut intimer ses volontés, fonctions enfin qui vont nous mettre telle-
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ment en face de la vie que c’est à peine si nous trouverons un seul acte comparable à ce qui se passe clans le monde extérieur.
Il esta peine besoin de dire que c’est du système nerveux que nous allons parler. M. Magendie s’est beaucoup occupé des phénomènes propres à ce système; il serait impossible de dire combien il a fait d’expériences à ce sujet. Il est vrai que presque toutes ont abouti à constater des découvertes qui ne lui appartenaient pas; mais quelle certitude et quelle valeur ne leur donnait-il pas lorsque après avoir répété et varié les expériences de mille manières il venait dire : «Oui, cela est exact, j’en ai constaté moi-même la réalité! «Et cet aveu, quand il se résignait à le faire, avait d’autant plus d’autorité dans sa bouche que presque toujours il avait commencé par nier; c’était même là un des côtés de son caractère; il éprouvait une sorte de satisfaction lorsqu'il pouvait dire à ses auditeurs ; «Voilà, messieurs, ce que tout le monde croit, ce que tout le monde affirme, ce qu’on professe dans tous les cours ; eh bien, moi je viens de prouver que cela n’est pas. » 11 s’occupait fort peu de savoir si une opinion était ancienne ou non, si elle avait pour elle les plus grandes autorités ; il ne se décidait que d’après le témoignage de ses propres sens, quelquefois il est vrai, un peu trop vite, et un peu légèrement; ainsi avait-il fait à l’égard de la première paire des nerfs qui naissent du cerveau. On sait que depuis Vésale tous les anatomistes s’étaient accordés à leur reconnaître la propriété de percevoir les odeurs, or M. Magendie vint tout à coup déclarer qu'il les avait dépossédés de cette propriété, et qu’il les avait ramenés dans la catégorie des organes dont les propriétés, disait-il, sont complètement inconnues !
Certainement, messieurs, c’est encore faire marcher la science que de faire tomber des erreurs; mais n’est-ce point la faire reculer que de remettre sans cesse en doute des vérités définitivement acquises? Ici d’ailleurs tout tenait à une méprise. M. Magendie, dans ses expériences, avait laissé intacte la sensibilité générale de ces organes, et la persistance de celte sensibilité lui avait fait croire à la persistance de leur sensibilité spéciale.
Celte indifférence de M. Magendie pour tous les travaux autres que les siens était du reste si complète que plus d’une fois il lui est arrivé, et de
de m. Magendie.
la meilleure foi du monde, de donner comme autant de découvertes des
résultats que ses devanciers ou ses contemporains avaient sienalés depuis longtemps.
Ainsi, lorsqu'il voulut reprendre les belles expériences à laide desquelles la physiologie moderne a pu établir quelles sont, dans l’encéphale, les parties où aboutissent les impressions et celles d’où émanent les voûtions, il fut tout surpris des effets qui résultaient des lésions exercées par lui sur ce qu’on a nommé les faisceaux du bulbe, les pédoncules cérébelleux, les tubercules quadrijumeaux, les corps striés et le cervelet. «Voilà, messieurs, disait-il aux assistants, la première fois que je vois pareille chose; » et il ne se doutait pas le moins du monde que, dès le siècle dernier, Pourfour Dupetit, et plus récemment Sau-
cerotte, Rolando, Legallois et M. Flourens, avaient signalé la plupart de ces phénomènes.
D’autres fois, il est vrai, c’étaient des faits complètement oubliés qu’il restituait à la science : ainsi le liquide désigné sous le nom de liquide céphalo-rachidien avait été découvert sur des cadavres par Cotugno; Haller en avait également reconnu l’existence ; mais la science n’en tenait plus compte lorsque M. Magendie, en 1825, reprit les mômes expériences sur des animaux vivants , et mit de nouveau hors de doute l’existence du liquide découvert par Cotugno (1).
Je dois, du reste, le dire de nouveau, M. Magendie apportait dans ses prétentions la plus grande bonne foi ; dès qu’on lui montrait, pièces en mains, quil était dans 1 erreur, qu’il niait une chose vraie, ou qu’il s’attribuait une priorité qui ne lui appartenait pas, il se rendait tout aussitôt, et avouait loyalement qu’il s’était trompé.
Il est cependant une découverte au sujet de laquelle M. Magendie s est montré un peu moins facile; il est vrai que c’est une de ces découvertes qui font époque dans la science, et qui suffisent pour immortaliser un nom ; un court historique donnera une idée de son importance, et établira les droits que M. Magendie pouvait faire valoir.
(i) 11 en a été de même pour ce qui concerne le vomissement. François Bayle, en 1681, avait prouvé, par des expériences, que l’estomac est passif dans l’acte du vomissement ; Chirac, Schwartz et limiter, avaient répété ces expériences et soutenu la même opinion, mais ces faits étaient à peu près oubliés, lorsque M. Magendie, reprenant les expériences et les poussant beauconp plus loin, ne laissa plus de doutes dans les esprits.
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Galien disait déjà de son temps qu’Érasistrate, Eudème et Hérophile avaient légué un grand problème à la postérité quand ils s’étaient demandés comment il se fait que, dans certaines parties du corps, c’est tantôt le mouvement seul qui est aboli* tantôt c’est seulement la sensibilité, et que, dans d’autres cas, c’est tout à la fois le mouvement et la sensibilité, quo pacto interdùm sensus duntaxat, interdùm motus , mmnunquam ambo simul pereant ( de locis affectis).
Ces grands anatomistes avaient donc parfaitement compris que la sensibilité et le mouvement doivent avoir des sources distinctes dans les centres nerveux, et que, des cordons qui descendent de ces centres, les uns doivent être exclusivement destinés aux mouvements et les autres à la sensibilité. Mais, quels sont de ces nerfs ceux qui transmettent au cerveau ce qu’on pourrait appeler le sentir et quels sont ceux qui, en sens inverse, transmettent aux organes le vouloir? C’est là ce que les anciens ignoraient complètement, et, après plus de vingt siècles, les modernes en étaient encore à se poser le problème. Lamarck, il est vrai, entrevoyait que, pour les nerfs spinaux, les filets sensitifs ont des foyers distincts de ceux d’où partent les filets moteurs; mais il n’allait pas plus loin. Alex. Walker voyait deux racines, et il leur attribuait des fonctions différentes; mais il se méprenait sur leurs usages. Enfin vint Ch. Bell, qui, le premier, en 1811, époque à jamais mémorable dans 1’hisloire de la physiologie, institua des expériences décisives : il démontra que, des deux racines qui forment les neifs spinaux, cest l’antérieure qui est destinée au mouvement et la postérieure au sentiment, et que de leur jonction résulte, pour les nerfs spinaux, la double propriété d’être tout à la fois des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs.
Maintenant, messieurs, comment Ch. Bell était-il arrivé à cette grande découverte? Élait-ce par le hasard heureux de quelque expérience ou par la puissance du raisonnement? Ch. Bell, n’a rien dû au hasard; une idée, et c’est en cela qu’il faut l’admirer, une idée le conduisit à faire ses expériences, et il eut le bon esprit de les raisonner.
Ce fut sur des animaux récemment tués que Ch. Bell crut devoir opérer. Ayant mis à nu les racines des nerfs spinaux, il put s’assurer que, chaque fois qu’il irritait les racines antérieures, il provoquait tout aussitôt des convulsions dans les muscles correspondants, tandis qu’en exci-
de m. Magendie. xvji
tant les racines postérieures il ne pouvait produire aucune contraction musculaire.
La première partie du problème se trouvait donc déjà résolue : la propriété motrice appartenait bien aux racines antérieures; l’expérience directe avait prononcé, la déduction logique fit le reste. « Je compris » alors, dit Ch. Bell, que, si les nerfs rachidiens ont la double propriété » du mouvement et du sentiment, c’est parce qu’ils sont formés de deux » racines, et, puisque de ces deux racines c’est l’antérieure qui est des- » linée au mouvement, la postérieure doit nécessairement être réservée » à la sensibilité. » (An idea of a new Anatomy of the Brain.)
Yoilà, messieurs, comment Ch. Bell, associant le raisonnement à l’expérience, compléta sa découverte et put donner la solution entière du problème.
Pascal a dit quelque part que les anciens ont plutôt manqué du bonheur de l’expérience que de la force du raisonnement. Né dans les temps modernes, Ch. Bell a eu tout à la fois et ce bonheur et cette force; le raisonnement sans l’expérience ne l’aurait conduit qu’à de vaines suppositions, l’expérience sans le raisonnement ne lui aurait donné que des éléments incomplets ; en éclairant, au contraire, comme il l’a fait, l’expérience par le raisonnement, il a pu dégager la vérité tout entière.
Mais Ch. Bell ne devait point en. rester là ; cette première distinction établie entre les filets moteurs et les filets sensitifs, ne s’appliquait qu’aux cordons nerveux qui descendent de la moelle épinière ; restait à déterminer quels sont des nerfs qui naissent de l’encéphale ceux qui sont destinés au mouvement et ceux qui sont destinés au sentiment.
On sait que bien des recherches avaient été faites sur ce point, et toujours sans succès, lorsqu’en 1821 Ch. Bell eut l’idée de pratiquer sa fameuse expérience comparative sur un âne : il commença par le nerf facial; cette section était à peine pratiquée que la moitié correspondante de la face était frappée d’une immobilité complète. Le nerf facial était donc un nerf moteur; mais ici ce ne fut pas le raisonnement, ce fut l’expérience directe qui donna la contre-épreuve. Ch. Bell avait déjà la conviction que le nerf facial étant un nerf moteur, le trijumeau devait être un nerf sensitif; pour mettre ce fait hors de doute, il coupa les branches du trijumeau, et le résultat confirma cette prévision ; la sensibilité était complètement éteinte dans la région correspondante.