‹ Éloge de Messire I.S. Lesieur Désaulniers [microforme]Chapitre 3 sur 8 · TR ES . ÉLUS · texte numérisé non relu

TR ES . ÉLUS

la religion et la patrie, et donner à son exemple un enseignement qui entretienne dans notre société ces: saines doctrines qui font la vie et la prospérité d’un peuple !

Il nous faut maintenant voir à l'œuvre dans cette maison celui que le directeur du collée de Nicolet avait désigné, à raison de ses succès dans les matières philoscphiques, comme capable, jusqu’à un certain point, malgé son jeune âge, de les enseigner. M.Désaulniers avait pris l'habit ecclésiastique à la fin des vacances de l’année 1829. Il arriva À St. Hyacinthe à l'ouverture de l’année scolaire qui commençait alors en octobre. Il n'avait pas encore complété sa 18e année. Il fit immédiatement apprécier ces qualités qui l'ont si éminemment distingué comme professeur, une exposition nette et lucide de la doctrine qu’il enseignait,une grande habileté à répondre: aux difficultés au’on pouvait lui présenter, et aussi, je dirai, une affirmation de ce qu'il énoncçait, faite avec une telle expression de conviction qu'elle entraînait à la thèse qu'il soutenait l'adhésion de ses disciples. Son esprit subtil et prompt lui fournissait toujours une raison à l'appui de ve qu'il avançait ou pour la solution d’une objection qu'on lui avait faite. Ii inspirait à ses élèves une haute idée de son intelligence et de son savoir, et il obtenait ainsi leur confiance à son enseignement ; en même temps ilse les attachait par le vif désir qu'il leur montrait de leur être utile par les connaissances qu'il leur communiquait, et aussi par les traits de la naïveté de son caractère qu’il laissait fréquemment échapper. Les

élèves aimaient tout en lui, jusqu'aux formes un peu rudes quelquefois de son langage, qu’ils accueillaient avec un sourire bienveillant, parcequ'ils y voyaient à leur égard une familiarité qui leur semblait exprimer de la confiance. L’attachement que ses premiers élèves lui ont {émoigné a été le même chez tous ceux qui pendant sa longue carrière de professeur ont suivi ses leçons

Dans les premières années de son enseignement, M. Desaulniers se fit surtout remarquer par son aptitude et son goût pour les mathématiques. Il était plein d’ardeur pour cette science, et il en exaltait les avantages avec une certaine exagération qu’il ne se serait pas permise plus tard. Il était toujours vivement occupé de problèmes algébriques et géométriques; il s’attachait aux plus difficiles et quand il avait trouvé la solution, il éprouvait une joie qu'il exprimait devant tout le monde, et par cela même, il intéressait beaucoup ses élèves à l'étude de la science dans les profondeurs de laquelle il se plaisait ainsi à pénétrer.

La Physique fut aussi pendant un certain nombre d'années l’objet de ses leçons : elles étaient écoutées avec une vive attention à cause de la clarté avec laquelle il exposait les principes de cette science et de l'utilité pratique qu'il faisait reconnaître à ses applications. Il agrandissait sans cesse le domaine de ses connaissances en cette matière par ses études de chaque jour. Quand le cabinet de physique eut été pourvu d'un certain nombre d'instraments, il se livra à toutes sortes d'expériences, qui intéressaient

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et instruisaient beaucoup lesélèves. Il en fit mêmedevant le public, soit dans les exercices de a fin del’année scolaire, soit dans les réunions qu'il convoquait et où il exposait devant de nombreux auditeurs les nouvelles découvertes faites dans cette science, celles surtout qui se rattachaient à l'électricité. 4 aimait à montrer les divers instruments aux personnes, qui visitaient la maison ; il en expliquait le mécanisme, montrait l’usage que l’on en pouvait

faire, et faisait ressortir l'utilité des inventions ré-.

centes. Il mêélait à ses explications, qu'il savait toujours rendre piquantes, de ces saillies originales, si fréquentes chez lui, et qui étaient écoutées avec borheur par ceux qui en étaient les témoins. Aussi disait-on : “ Ce qu'il y a de plus curieux et de plus “ intéressant au cabinet de physique de St. Hya- “ cinthe, c’est le professeur qui le montre et cai en ‘ fait voir l'usage.”

U'est M. Desaulniers qui a introduit l'étude de la Chimie dans la.maison, qu’il a pourvue d’un apparatus convenable pour l’enseignement de cette science. Nes leçons en cette matière ont été suivies avec une grande satisfaction et un grand profit de la part des élèves Ceux d'entre eux qui ont embrassé la carrière médicale se sont bien trouvés des connaissances qu'ilsavaient acquises au collège etse sont pla à rappeler à leurs condisciples dans leurs nouvelles études le talent et la science de {eur professeur.

M. Désaulniers s'était aussi livré à l'étude de l’histoire naturelle. Ila donné aux élèves des leçons sur cette matière pendant plusieurs mois. L'année

-où cela s’est fait, il y avait ce qu’on peut appeler un -enseignement extra, qui avait lieu pour les classes supérieures, pendant trois quarts d'heure après la prière du soir. Il y avait quatre cours dont les leçons étaient données alternativement par divers pro- ‘fesseurs. L'histoire naturelle, comme il vient d’être dit, était enseignée par M. Desaulniers. M. le Supérieur actuel d2 la maison exposait les principaux faits de l’histoire, en les faisant apprécier sous le point de vue moral; celui que nous vénérons aujourd'hui sous le nom de Mgr. de Grermani- -copolis racontait la découverte et la conquête de l'Amérique par les Européens, et faisait connaitre les riches productions de ce continent. M. Proulx, aujourd'hui Vicaire-Général de Mgr l'Archevêque de Quéhec, résumait les évènements -contemporains les plus importants et äonnait des notions élémentaires sur les formes des gouvernements et les lois générales de la société pour préparer les élèves à la carrière publique qu'ils devaient embrasser. Ces cours coûtaient beaucoup de travail aux professeurs, jeunes alors; ils étaient suivis avec une grande attention par les éléves, qui prenaient des notes et rendaient compte des leçons. Iln'y a peut-être jamais eu, à aucune autre époque, nn Jabeur aussi fort, et un désir aussi vif de s'instruire chez les élèves de la maison, pris en général.

Le goût de M. Desaulniers pour les sciences naturelles fut remplacé plus tard par celuique lui inspiraient les études philosophiques et théologiques ; mais il sut conserver l’ensemble des connaissances

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qu'il avait acquises et se mettre jusqu'à un certain point au niveau des découvertes nouvelles. fl a formé et dirigé les professeurs qui l'ont remplacé, et il a attaché à son nom, comme son frère de Nicolet au sien, la réputation de l’un des hommes du pays les plus savants, dans les sciences physiques, du moins pour l’époque de son enseignement snr ces matières.

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La renommée du professeur de physique a cédi a l'égard de M. Desaulniers. à celle du professeur de philosophie. C’est sous ce dernier titre que son souvenir sera surtout rappelé avec honneur.

Dans son cours de philosophie à Nicolet, il montra une aptitude toute spéciale pour cette science à Îaquelle il se livra avec ardeur. Tout en étudiant l’auteur que son professeur expliquait, il lisait avec avidité les ouvrages philosophiques de la bibliothèque du Collége. Parmi ceux-ci se trouvait Essai sur l'indifférence de l'abbé de Lamennais. Il était difficile à un jeune homme de son âge de ne pas se laisser entrainer aux idées de cet écrivain, qui exprimait ses doctrines avec une vigueur et un éclat de style qui subjuguait. Il adopta son système philosophique et il le soutint même contre ses professeurs.

À St. Hyacinthe, il n'eut pas à lutter pour défeadre la thèse dite du sens commun. Ses confrères dans l’enseignement s’éprirent vite d’une forte admiration pour le grand écrivain qui était alors regardé comme l’apologiste le plus éloquent du christianisme. Le premier volume de l'Æssai sur l'indifférence avait acquis à son auteur un nom qui faisait antorité It certes il est peu de livres où la religion ait été défendue avec autant de force et d’éloquence.

On se trouvait tout disposé, si l’on n’aveit pas fait de profondes études philosophiques et théologiques,

à admettre les idées du second volume de l'ouvrage en question, à raison de l'influence que le génie de l’auteur faisait subir à ses lecteurs, et parcequ'on

croyait voir dans la doctrine qui s’y trouve une arme puissante en faveur de la foi.

On le sait ; l'abbé de La Mennais eut une école brillante en France ; il avait attiré à ses doctrines des hommes, jeunes 2lors, qui sont devenns dans la suite ces vigoureux et brillants athlètes qui ont fait la gloire de la polémique catholique en notre siècle; il

me suffit de citer les noms des Gerbet, des Lacordaire, des Montalembert.

Un homme qui a joué un grand rôle dans !:s l1ttes philosophiques et religieuses de notre époque et . 1i avait d’abord adopté quelques unes des idées de M. de Lamennais, le Père Ventura a dit à l’un des membres de cètie mais »n : “ Personne n’a été aussi puissant que M. de Lamennais pour combattre uñe doctrine erronnée ; il avait une logique d'une vigueur invincible pour tirer toutes les conséquences d’un: faux principe ; aussi il a porté au Cartésianisme et au Grallicanisme es 2c'ps dont ils ne peuvent se relever ;. mais lorsqu'il s'agissait de coordonner une doctrine, ce n'était plus la même chose ; il n'avait pas. la science philosophique et théologique nécessaire, et l'ardeur de son imagination, ainsi que l’opiniâtreté de son caractère l’'empêchait de voir le faible de ses propres théories. Aussi celles-ci, malgré l'éclat avec lequel elles sont exprimées, ne:satistont point l’intel. ligéence murie par la réflexion et par l'étude. Le système philosophique de M.deLamennais n’est après tout qu’une belle bêtise.”

Il nous faut dire qué M. Désaulniers n'a pas été du nombre de ceux qui ont soutenu une polémique, qui eutdu retentissement dans le temps, en faveur du système ainsi qualifié. Lors de cette discussion publique, il n’était pas à St. Hyacinthe, et à cette époque même, il renonçait à ses idées lamennaisiennes. Afin de fortifier ses études et d'apprendre la langne anglaise, il était allé suivre le cours philosophique da Collége des Jésuites à Georgetown. Là il trouva des professeurs instruits qui avaient étudié à Rome, et avaient entendu refuter le système de M. de Lamennais par le célèbre P. Rosaven, qui a écrit surla question un livre remarquable. Ils n’eurent pas de peine à détromper leur intelligent élève. Celui-ci a toujours conservé pour ses maitres deGreorgetown un profond respect et une vive reconnaissance: il a souvent rappelé leur mé:noire à St. Hyacinthe où les noms des Révérends Pères Mulledy. Djérozinski, Ryder, Grace, sont bien honorablement connus.

Le nom du P. Rosaven que je viens de prononcer me rappelle un trait qui a quelque chose d’assez piquant. Dans un voyage à Rome en 1843, Mr. le Supérieur actuel de la maison avait l'honneur de voir souvent le savant Jésuite; il le consultait sur diverses questions auxquelles il trouvait dans les connaissances du Revd Père, les réponses les plus lumineuses. Ilallait pres de lui chaque semaine pour affaires confidentielles dont on ne parle qu’à genoux. Au moment où ii se relevait, le bon Père le prenait par le bras et lui disait: Asseyez-vous maintenant et parlons da Canada. Puis après avoir entendu la

réponse à deux ou trois questions, le KR. Père parlait lui-même des pays qu'ilavait parcourus, de la Russie particulièrement, de l’état des esprits en Italie, et de choses du plus haut intérêt pour son jeune auditeur. Celui-ci profitait de la disposition qu'avait le vénérable vieillard à laisser échapper ses connaissances pour avoir son avis sur différentes matières. Ilne manqua pas de lui parler du système de M. de Lamennais ; le Père en fit une refutation en règle, et après avoir déploré la chute de son auteur, il dit qu’il n'entretenait pas une entière confiance dans les services que ses anciens disciples pouvaient rendre à la religion. Il ne croyait guères que le Père Lacordaire fût appelé à la mission, qu’il a pourtant remplie avec un si merveilleux succès. Et il ajoutait: *“ Il y a ici Mr. l'abbé Gerbet ; c'est un bien digne prêtre, mais je crains qu'il ne reste un peu imbu des idées de son maître.”

Au sortir de cet entretien, l'interlocuteur du Père Rosaven rencontra M. l'abbé Crerbet avec lequel il était en relation assez intime. Je viens de voir le P.Rosaven, lui dit-il, et j'ai eu de l'intérêt à l'entendre réfuter le système de M. de Lamennais. “Etille réfute bien victorieusement, dit M. Gerbet, je le sais mieux que personne ; car c’est l'ouvrage que j'avais publié en faveur de ce système qu’il a attaqué directement. Quand son livre a paru, j'ai trouvé ses raisons si péremptoires, que j'ai immédiatement fait retirer de chez mon libraire les exemplaires du mien qui étaient encore sur ses tablettes.”

On sait que Mr.Gerhet a vivement combattu les di-

verses doctrines hétérodoxes de M.de Lamonnais, soit avant, soit après son élévation à l'épiscopat. C’est lui qui, devenu évêque de Perpignan, a provoqué la sondamnation des erreurs contenues dans le Syllabus, dont un certain nombre ont été autretois soutenues par lui, alors qu’il était le disciple de celui que luimême a appelé Terlullien tombé, mais qui heureusement n’a entraîné aucun de ceux qui s'étaient d’abord attachés à sa personne et à ses doctrines.

Nous ne croyons pas qu'une adhésion passagère aux doctrines philosophiques de Lamennais fasse plus de tort à la mémoire de M. Désaulniers qu’à celle de l’homme éminent dont je viens de parler, et que l’on doive d’une erreur dans les opinions de sa jeunesse arguer contre les doctrines qu'il a professées dans toute la maturité de l’âge et après les plus fortes études.

M. Désaulniers revint du Collége de Georgetown au bout d’un an avec le diplôme de Maitre-ès-arts, que ses talents et son travail lui avaient acquis, et aussi, il faut le dire, avec une teinte de libéralisme démocratique, et si je puis employer cette expression, d'américanisme, qui s’est totalement effacée depuis : mais on peut pardonner à un jeune homme de vingt deux ans de ne pas savoir toujours résister aux influences du milieu où il vit.

Ce fut dans l'été de 1831 que M. Désaulniers revint à St. Hyacinthe. Dans les quatre années qui suivirent, il fut chargé de l’enseignement des Mathématiques, de la Physique, et aussi de la langue

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