‹ Éloge de Messire I.S. Lesieur Désaulniers [microforme]Chapitre 4 sur 8 · LL · texte numérisé non relu

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grecque qu'il avait jusqu’à un certain point étudiée à Georgetown.

Il avait reçu le sous-diaconat le 23 mars 1833 et le diaconat le 15 mars 1835. Il fut promu au sacerdoce le 30 juillet 1837. Ila été le premier prêtre qui ait été ordonné par Mgr. Bourget, qri avait été sacré quelques jours auparavant, le 25 du même mois. Il aimait à rappeler. comme ayant été pour lui une bénédiction du ciel, cette première imposition de ses mains pontificales faite par le pieux pontife qui jouit d’une si grande vénération dans l'Eglise du Canada.

M. Désaulniers reprit sa chaire de philosophie en 1838, et il l’occupa avec ce succès qui a toujours accompagné ses leçons.

Si les idées lamennaisiennes avaient disparu chez lui dans les études qu'il avait faite à Georgetown et par l’improbation dont le St. Siége les frappa à peu près à Ja même époque, il n’en faut pas conclure qu’il était devenu admirateur et disciple de Descartes. S'i1 brûüla ce qu'il avait adoré, pour employer un mot célèbre, il n’adora pas ce qu'il avait brûlé. Ilenseigna d’abord le traité de philosophie suivi au Séminaire de Québec, qui avait été rédigé par le vénérable M. Demers. Or dans ce livre se trouve une tendance assez marquée vers les idées de M. de Bonald, dont les doctrines en général sont opposées au Cartésianisme. Ce traité, parcequ'il n’était pas assez complet, fut remplacé par les Institutions Philosophiques de Mgr. Bouvier, dans lesquelles se trouvent exposés les divers systèmes sur les points controversés en philosophie, et dont l’auteur a dit en termes formels

qu'il était loin de se porter (comme défenseur des doctrines de Descartes. Il est très possible que M. Désaulniers ait enseigné d’abord quelques-unes des idées de ce philosophe qui se trouvaient dans les livres qu'il expliquait, et dont il n'avait pu apprécier la portée, faute d’études suffisantes sur les matières auxquelles elles se rapportent Mais il ne fut jamais un partisan de Descartes pour l’ensemble de ses doctrines et surtout pour sa méthode philosophique. A mesure qu'il étudiait, il voyait le peu de valeur de ce système devant la religion et devant la raison. Sans doute Descartes n'était pas un impie: si des écarts ont été reprochés à ses mœurs, il a donné les preuves d’un esprit religieux, dont on peut, s’il est besoin, faire l'apologie, pourvu que cela n’aille pas jusqu’au panégyrique. Mais ila aussi fait preuve d’un esprit singulier, excentrique et paradoxal, qui doit mettre en défiance contre sa valeur philosophique.

On voit comment l'imagination l'emporte en lui sur la raison dans les traités qu'ii a faits pour expliquer la constitution physique du monde. Son système des tourbillons a été ridiculisé par tous les savants. Pascal a dit de lui qu'il n'avait fait qu’un roman sur la nature. Lui-même a raconté qu'il avait été déterminé à écrire par suite de l'impression qu'il avait reçue dans trois songes au’il avait eus, desquels il donne les explications les plus bizarres, et où il prétendit trouver, ce sont ses propres paroles, le signe de l'esprit de vérité qui descendait en Jui pour le posséder.

On sait que sa doctrine philosophique a été condamnée par la faculté de Théologie de Louvain à la deïnande du Nonce Apostolique, qu’elle le fut ensuite par celle de Paris et d’autres facultés de la France, comme contenant des erreurs dangereuses pour la foi; que Leibritz et Huet s'en son moqués. ; nu'elle a été repoussée en général par la Société de Jésus et avec plus de force que jamais dans ces derniers temps.

Il y a bien plus que tout cela. Le Pape Alexandre VII donna, en 1663, son approbation à un décret de l'Index, condamnant, donre corrigantur, les divers ouvrages philosophiques de Descartes. Innocent XIII a renouvelé cette condamnation en 1722 : l'Index la maintient encore aujourd'hui. Qu'on ne s’en étonne pas: on a signalé diverses propositions de l’auteur des Méditations philosophiques comme étant du moins implicitement opposées aux dogmes chrétiens. On peut soutenir que Descartes n'ait pas eu l'intention d'enseigner quoique ce soit qui fût hétérodoxe ; mais la Congrégation de l’Index considère les doctrines en elles-mêmes, dans le sens qu’elles présentent naturellement, et dans les conséquences qu’on en peuttirer. Elle ne peut les tolérer sous le prétexte que l’auteur n’en aura pas saisi la portée. Au reste il restera toujours de ce maintien des ouvrages philosophiques de Descartes à l’Index, que Rome ne fait pas grand cas de la doctrine qu'ils contiennent et qu'elle est loin de regarder ce philosophe comine un génie dont l2s productions puissent être utiles aux intelligences, puisqu'elle tient toujours sous le boisseau cette lumière prétendue si brillante.

Mais si Descartes a été flétri par Rome, il a eu pour lui tous les ennetis de la religion, protestants et incrédules. Tous se sont appuyés sur ses principes. Les Rationalistes le saluent comme Jeu: père. Aus . Bossuet qui, placé si haut voyait toujours si loin, disait qu'il prévoyait qu’une grande guerre se

préparait contre l'Eglise sous le nom de philosophie Cartésienne. Il est vrai qu'il croyait qu’on exegérait les conséquences de cette doctrine. Mais il faut bien qu’il y ait en elle quelqu* chose de singulièrement contraire à la vérité, vuisque d’un côté l'Eglise la met à l’Indeyx, etque de l’autre tout ce qui est anticatholique s’en sert comme d’une arme pour se défendre.

Sans doute on peut dire, le doute de Descartes n’est pas réel, il n’est que fictif, hypothétique. Alors à ‘quoi seit sa méthode, si indépendamment d'elle, on connait la vérité, et quelle philosonhie que celle qui prend pour base une fiction !

D'ailleurs on a démontré qu'elle est impossible à suivre. L'homme ne peut à sa volonté, se défaire des impressions qu'a reçues son intelligence et reconstruire à priori l'édifice de ses connaissances. Vouloir trouver en soi et par soi seul la raison des choses, ce n’est qu'une orgueilleuse et sotte chimère. Descartes poussé à bout par ses adversaires a donné diverses explications qui en sauvegardant son orthodoxie personnelle, ont compromis sa logique et réduit toute sa philosophie à n'être que l'expression de cette vérité, que pour le sûr iln'a pas inventée. car elle appartient au sens commun, c’est que l’on

doit se mettre en garde contre les préjugés, et qu'il faut savoir se servir de son intelligence afin de pouvoir se rendre raison autant qu'on le peut de ce qui est l'objet de ses connaissances. Or toute la philosophie scholastique, que le Cartésianisme a attaquée, laquelle ne procède qu'avec un grand appareil d’argumentations,!n'est que l’appiication de ce procédé, naturel à l’esprit humain.

Voilà comment depuis longtemps M. Désaulniers appréciait Descartes’; et il se défendait de l'assertion qu'il a été partisan déclaré de ses doctrines, comme d’une injure à sa raison, et jusqu'à un certain degré, logiquement pu!snt du moins, à son orthodoxie, dont il voyait les principes en opposition avec une philosophie à l'égard de laguelle l'Eglise manifeste sa défiance et que l’incrédulité n'a cessé d'exalter. Ila toujours été trop persuadé de lanécessité de donner à la jeunesse un enseignement profondément catholique pour l'imprégner, dans ia plus haute des sciences humaines, d’idéss propres à la mettre en dehors du sentier de la vérité.

JII

M. Désaulniers a piusieurs fois déclaré qu’en étudiant et enseignent les divers systèmes de Philosophie, il ne trouvait dans aucun d'eux une lumière qui satisfit son intelligence, du moins sur plusieurs points importants ; quelque fois il doutait de ja solidité de la propre doctrine qu'il professait ; il y alhérait plus par la confiance que lui inspiraïert les auteurs où il la puisait que par une conviction de sa raison. Aussi il parut quitter sans regret j'enseisnement de la Philosophie et il embrassa avec joie celui de la Théologie auquel il avait été appelé. Mais, neuf ans plus tard, l'étude de cette dernière science devait le ramener à sa chaire de Philosophie avec un attrait plus prononcé, et lui faire donner un enseignement qui jetât un éclat plus grand encore que dans la première période de son professorat. Il avait étudié et il allait enseigner la doctrine de l’Ange de l'Ecole.

Déjà &'puis plusieurs années St. Thomas était l’objet d'u a culte spécial dans la maison ; la confrérie de la Milice Angélique, qui l'honore pour Patron, y avait été établie. Sa vie avait été étudiée et les pri-cipaux traits en avaient été souvent présentés à Padmiration et jusqu’à un certain point à l’imitation des élèves. Quoiqu'aucune étude n'eut été faite à fond sur l’ensemble de ses doctrines, on les connaissait assez cependant pour que, il y a 20 ans, dans les exercices littéraires qui précédèrent la distribution

des prix, on ait placé sa Somme, sur le théâtre en la. montrant comme une œuvre surhumaine où le génie d’un seul homme a pénétré dans les profondeurs des questions les plus difficiles et les plus importantes. Ce livre à la main, on défiait les intelligences les plus fortes des siècles modernes de venir apporter unmonument qui put être mis à côté de celui de St. Thomas,

M. Désaulmiers partageait depuis longtemps ces idées. Puis dans son voyage d'Europe. il avait vu dans les grandes écoles catholiques le courant se porter vers les doctrines de ct lui dont un Pape a dit qu'il a plns éclairé le monde que tous les autres docteurs, et dont le P. Lacordaire saluait la réapparitioudans l’enseignement comme un gage rassurant de salut pour notre siècle, Il ne pouvait d'ailleurs se livrer à l’enseignement de la théologie sans avoir: secours à celui qu’on a appeié le Prince de la science sacrée. Il eut lieu alors d'apprécier par une étude approfondie l'immense valeur des trésors renfermés dans la Somme de St. Thomas; il sentit combien ils enrichissent et fortifient l'intelligence et comme les lumières qu'on y découvre illuminent toutes les questious qui sont l'objet des études religieuses. Mais en fréquentant le Théologien, il fit connais-

sance avec le Philosophe, et il trouva dans les idées

de celui-ci la ‘solution de bien des problèmes qui avaicnt fatigué son esprit. Il saisit plus clairement que jamais les rapports intimes qui se trouvent entre la Théologie et la Philosophie, et il comprit que bien qu'elles soient essentiellement distinctes l’une de

“Fautre, la seconde de ces sciences est illuminée, dirigée parla première et que c’est avec raison que dans les siècles de foi, elle s’en confessait la disciple et Ja servante.

Après tout, qu'est-ce que la philosophie livrée à elle seule, produirait de doctrines, s’approchant de plus ou moins près de la certitude, en dehors des connaissances qui peuvent s’acquérir par les observations positivesauxquelles s'offrent certains faits de ordre intellectuel ou matériel? Quelle valeur aurait les assertions d’un philosophe dans l’ordre métaphysique et moral, si elles ne se rattachaient pas aux vérités du sens commun, ou à celles qu: la révélation force de croire ou du moins qu’elle favorise à raison @e la relation qu'elles ont avec les dogmes de la foi? Voyez-vous ces systèmes opposés des pins beaux génies philosophiques sur les points qui intéressent le plus l'esprit humain ? quel est celui qui exprime la vérité? Sans doute l’un d'eux peut plaire d'avantage à certaines intelligences, mais qui les assure que la certitude qu'ils peuvent {eur donner est plus forte que ceiie qui est produite sur d’autres esprits par les doctrines contraires ? Ce conflit, entre des évidences qui se reprochent mutuellement de se faire illusion, a toujours été un embarras pour les partisans de la vérité subjective, c'est-à-dire de la certitude réelle produite par l'évidence individuelle. À l'aspect de ces combats que se livrent les champions de l’arène philosophique,'de ces systèmes dont Fun domine un jour et que bientôt un autre remplace, à ces affirmations et négations qui se font entendre

sans cesse sur les mêmes points, on est porté à s'expliquer le mot fameux de Pasc:1: Toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine.

Y at-il une philosophie, c’est-à-dire, y a-t-il, sous ce nom, une véritable science, offrant un ensemble de doctrines qui enrichissent l'esprit humain &e connaissances réelles et positives: ou la philosophie n'est-elle qu'une gymnastique de l'intelligence, utile si l’on veut pour exercer ses forces, mais qui n’aboutit pas à lui faire goûter cette joie qu’elle éprou ve,quand donnant une pleine adhésion à un enseignement qui la satisfait; elle dit: C’est la vérité... Voilà, certes, une question bien grave. Ne serait-il pas pénible pour l’homme,avide de savoir, d’être obligé de se dire après de longues et laborieuses étuiles : Je sais cequia été dit sur telles matières dans les diverses écoles philnsophiques : mais je ne sais pas dans laquelle se trouve la vérité. Ma science se norne à connaître que sur telle question, un de mes maîtres a dit: Oui, et l’autre: Non.

Sars doute la philosophie n'est pas, à proprement parler, la recherche de la vérité, qu'heureusement l'homme a ‘d'autres moyens de trouver. On l’a défnie : la connaissance des choses dans leurs principes les plus élevés, cognilio rerum per causas alliores ; ou. si l’on veut, ls connaissance de la raison des choses. Mais encore pour qu'elle satisfasse l'intelligence sousce rapport, faut-il qu’elle présente des explications dont la valeur soit généralement reconnue par'les maîtres de la science, et qu'on n'entende pas ceux qui font profession de les donner au public, comme-

Je fruit de leurs études, apporter à leur appui des raisons qui se contredisent les unes les autres. Les doctrines philosophiques si controversées n’auraientelles pas besoin d’une certaine autorité qui fit pencher la balance en faveur de l’une d'elle? Mais cette autorité, existe-t-elle ? Voyons.

Quelles sont les questions dont s'occupe la philosophie proprement dite. Ne sont-ce pas celles de la métaphysique et dela morale? Or ces questions touchent nécessairement aux idées qui se rattachent à l'existence et‘ aux attributs de Dieu. Mais n’y a-t-il pas une science qui a pour objet propre l'être divin considéré en lui-même, dans ses œuvres, dans ses lois? Son nom l'indique; c'est la Théologie. La science sacrée a donc à s'occuper des matières les plus importantes qui sont l’objet des investigations de la Philosophie, Elle emploie, il est vrai, d’autres procédés que celle-ci, quoiqu’elle appelle aussi à son aide les formes argumentatives qui servent à convaincre la raison. Ælle énonce sur les points qui sont l’objet de ses études des conclusions participant plus ou moins à la certitude de la révélation qui lui fournit ses principes. De là d’abord i! suit que lorsque le Philosophe émet une proposition que la Théologie condamne, elle est notée d’erreur et doit étre rejetée

par l'intelligence et que si au contraire un systême philosophique vient en confirmation d’un dogme

chrétien, il trouve en cela même une preuve en faveur de sa vérité.

Mais d’ailleurs, est-ce que la :eligion n’a pas de lamières à jeter sur les diverses sphères des connais-

a ANT ARSENAL EE EEE

sances humaines? L'ordre de la nature n’est qu’un reflet de l’ordre surnaturel ; Dieu s’est peint dans ses œuvres ; l'âme de l’homme est faite à son image et à sa ressemblance ; le monde physique n’est en tout qu’un symbole du monde spirituel ; un examen, approfondi, fait aux lumières de la foi, sait reconnaitre les lois de la sphère terrestre dans celles qui apparaissent dans une ordonnance supérieure ; la création tort entière, suivant le texte sacré, est une expression des secrets de la nature de Dieu même. Znvisibilia enim ipsius à crealur& mundi, per ea que facta sunt, inlellecta conspictuntur, Rom.1,20. Ne serait-ce pas la philosophie la plus belle, la plus élevée, et après tout la plus certaine, que celle qui chercherait la raison des choses de la nature dans leur corrélation avec celle de l’ordre surnaturel ; alots cette science serait bien cog'nitio rerum per causas altiores ? Eh bien ! le Théologien n'est-il pas par l’objet même de ses études, préparé à mener cette investigation à bonne fin? S'il &onne une attention spéciale aux questions philosophiques, il aura reçu, dans les connaissances sacrées qu'il a acquises, une lumière dont il s’éclairera pour en pénétrer les profondeurs et en éclaircir les difficultés.

Maintenant, supposez toute une école d'hommes voués aux études sacrées, qui se succèdent pendant plusieurs siècles, en brillant des dons les plus éclatants du génie; qui sont devenus les oracles de la société chrétienne, laquelle, pour donner les raisons des dogmes dont elle professe la foi, recourt sans cesse à leurs lumières; quiont reçu du ciel une

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