‹ Éloge de Messire I.S. Lesieur Désaulniers [microforme]Chapitre 5 sur 8 · A 9 NES · texte numérisé non relu

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grâce spéciale pour interpréter les doctrines sacrées, et qui à l'autorité de l'intelligence et «le la science, joignant celle de la sainteté, sont vénérés par le monde catholique sous le nom si glorieux pour eux de Pères et de Docteurs de l’Eglise. Eh bien! si dans leurs ouvrages divers se trouvent éparses des idées qui réunies forment un ensemble de doctrines philosophiques sur les plus hautes questions, je le demande, quelle philosophie se présenterait avec une aussi grande puissance pour conquérir l’intelligerice ?

Ici nous emprunterons des paroles écrites par M. Désaulniers dans l’Esquisse d’une lecture qu'il avait été invité à faire à l'Institut Médical de Montréal. “Il y a une philosophie chrétienne ; j'entends par là, l'étude de la raison des choses, fondée par St. Denis l’Aréopagiste, développée par St. Justin, Clément d'Alexandrie, St. Grégoire de Nazianze, St. Jean Damascène, approfondie par le génie le plus pénétrant dont s’honore l'humanité, par ce génie dont le nom prononcé par les docteurs scholastiques était souvent accompagné du témoignage de leur admiration, Augustlinus, cui cave ne quemquam anteponas, étude enfin continuée par St. Anseilme'et St. Bonaventure, puis fidèlement exposée par St. Thomas d'Aquin, dont les vives lumières dissippent les ténèbres de [a connaissance humaine et donnent à cet illustre docteur, le titre que lui seul possède ici-bas, d'Ange de l'Ecole.” ou

St. Thomas.—M. Désauiniers avait étudié sa Somme dans son enseignement théologique; il avait

éprouvé par lui-même, ce que le ©. Lacordaire a dit : “Quand on a étudié une question même dans de grands hommes et que l’on a recours à cet homme là,.on sent qu'on: franchit plusieurs orbes d'un seul coup.et que la pensée ne pèse plus.” Il avait senti avec quelle raison St. Thomas est appelé le Prince de la science sacrée. Mais les questions philosophiques sont.sans cesse mêlées aux questions théologiques dans la Somme du grand docteur. En étudiant les unes on pénètre dans les autres. M. Désauluiers fut frappé de la doctrine de St. Thomas sur ce qui avait fait l'objet de ses études pendant qu'il professait la Philosophie ; il ls tronva nette, hien coordonnée, et donnant une solution satisfaisante à des problèmes qui “vaient longtemps occupé sa pensée. Il avait à sa disposition non seulement la Somme théologique, mais aussi la Somme philosophique, les commentaires sur les livres des sentences, et ces Opuscules. du St. Docteur dont plusieurs sont d'assez longs traités où les plus hautes questions mé‘taphysiques sont discutées. Par l'étude approfondie des livres de St. Thomas, il connut l’ensemble de sa doctrine ; il vit comment les théories philosophiques se liaient chez lui aux démonstrations thévlogiques; et il trouvait: dans ces objections,que le grand théologien pose lui même à ses thèses et qu’il refute si victorieusement, les principes des systêmes opposés à l’enseignement de l’école dont il a été l’Ange. Comment se ferait-il que cet homme qui, dans la science théologique n'a. pas de rival, dont les écrits sont d'une telle utilité à l'Eglis : qu'uu sectaire a dit: Tolle Thomanm et dissipabo

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Ecclesiamà qui on n'a pas reproché une seule erreur dans les nombreux ## folio qu'il a écrits en ce aui a la révélation pour objet, qui a su distinguer avec une telle perspicacité tout ce qu'il y avait de repréhensible et de funeste dans tant de fausses doctrines qu’il a refutées ; comment se ferait-il que ce génie si élevé, si profond, si pénétrant dans les questions théologiques fut borné, et superficiel dans les questions philosophiques !/ qu'infaillible en quelque sorte dans la science sacrée, il ait donné dans de grossières erreurs dans la métaphysique, et que l'autorité devant laquelle s’inclinent tous les théologiens, doit être de peu de poids pour les philosophes ?

On a dit qu’une telle considération n'a pas une grande valeur, parce qu'un autre génie qui brille d’un éclat plus resplendissant encore peut-être dans les annales de l'Eglise, St. Augustin, :. défendu les idées platoniciennes opposées à celles que St. Tiomas a suivies lui-même. Mais cette difficulté n’a aucun fondement. Elle suppose un fait dont la fausseté est démontrée. Le grand Evèque d’'Hippône n’est point un partisan de Platon, et par des travaux récents il a été établi qu'il n’y a aucune opposition essentielle entre les doctrines philosophiques de St. Augustin et celles de St. Thomas. Celui-ci cite souvent a l'appui de ses propositions l’auteur de la Cité de Dieu ct de tant d’autres magnifiques traités. Ila aussi fréquemment recours à l'autorité de St. Denis l'Aréopagite et d’autres Pères de l’Eglise. Aussi peut-on regarder la Somme comme le résumé méthodique et rationel de la éradition chrétienne dont les Pères ont été les principaux organes.

On a présenté une autre difficulté plus spécieuse en disant que la Philosophie de St. Thomas n'est qu’une reproduction de celle d’Aristote. Si cela était vrai, il s’en suivrait que la doctrine du Stagyrite aurait reçu de l'adoption qu’en aurait faite le grand Docteur, et de l'harmonie qu'il aurait montré se trouver entre elle et les dogmes catholiques, une autorité qui serait de la plus haute valeur en faveur de sa vérité. Rien n'empêche de croire que des philosophes payens aient pu, dans les questions de l’ordre naturel, formuler des théories justes et conformes à la réalité des choses. Viennent ensuite les théologiens qui s'emparent de ces idées, les développent, en montrent la conformité avec les vérités révélées et leur donnent ainsi une autorité qu'elles n'avaient pas d’abord. De sorte que la conséquence à tirer du fait que St. Thomas aurait embrassé sur certains points les opinions d’Aristote, ne serait pas que le Docteur angélique eut erré, mais que le chef des Péripateticiens aurait enseigné une doctrine qui se présenterait avec la plus haute autorité pour conquérir le domaine des intelligences.

Mais on ne saurait admettre que S:. Thomas n'ait été dans les matières philosophiques qu'un disciple d'Aristote. On vient de le dire : il s'appuie souvent, pour les questions quis’y rattachent, sur l'autorité de St. Denis, de St. Augustin et d’autres Pères. Sans doute il a emprunté beaucoup à Aristote, qui avait la vogue dans son temps ; il se sert desa méthode et de ses termes en usage dans l'Ecole. Mais il modifie essentiellement sa doctrine, même dans les ques-

tions qu'il traite d'après lui. [lest possible qu'une certaine prédilection pour ce philosophe, dont assurément le génie vost digne d’admiration, lui ait fait donner à quelques unes de ses idées une interprétation favorable que tous n'admettraient pas ; mais cela même indiquerait que le Théologien tenait plutôt à confirmer sa doctrine par l'autorité du philosophe qu'il croit être en faveurde son opinion, qu’à déclarer qu'il lui ayait emprunté sa pensée. En un mot, St. Thomas cite Aristote à l’appui de sa nroposition, mais il n'énonce pas-cette proposition parce que Aristote la soutenait. Celui-ci est pour lui un philosophe dont l'autorité a du poids, mais ce n'est pas un maître dont il ne fasse qu’exposer les leçons.

Au reste, les philosophes grecs doivent:-ils aux pures conceptions de lear intelligence les doctrines qu'ils ont enseignées el qu'on retrouve;plus on moins modifiées, dans les Docteursde l'Eglise ? On sait que P'aton a beaucoup voyagé, qu'il visita l'Egypte et conversa longtemps avec les prêtres Îe ce pays qui lui enseignèrent leurs traditions et celles des IXébreux ; on croit même qu'ils lui firent connaître les livres de Moyse et ceux des Pronhètes. Aristote a pu apprendre les doctrines hébraïques par son maïtre, et lui-même fut lor:temps en rapport avec un habile homme de la Juiée qui l'instruisit à fond de la science et de la religion tant de son pays que de l'Egypte.

On voit dans l’'ébauche de la lecture que M. Désaulniers se proposait de faire à l’Institut Médical, qu'il voulait établir que les idées fondamentales de

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la philosophie de St. Thomas, et notamment sa doctrine sur la suhstance,se trouvent dans les traditions orientales ; qu’elles s'appuient sur des textes des livres sacrés et que le peuple Juif avait les notionsles plus hautes et les plas pures sur les principales questions qui peuvent intéresser l'esprit humain.

Remontant jusqu'à notre premier père, il nous montre celui-ci recevant du Créateur les connaissances les plus développées sur tout ce qui tient à la nature de l’homme, tant pour son être spirituel, que pour son être matériel. 1.e péché n’a pas nécessairement enlevé à Adam cette science de l'ordre naturel ; elle s’est transmise facilement à ses premiers descendants, qui dans leur vie de 7, 8 à 9 siècles étaient si longtemps en communication les unsavec les autres. Abraham avait vécu avec Sem, celui-ci avec Mathusalem et Mathusalem avec Adam. Abraham devait donc posséder les plus vastes et les plus protondes connaissances qui auront, en grande partie du moins, passé à sa postérité, et se seront conservées dans le peuple dontila été le père. Nous trouvons dans l’esquisse de la lecture dont il est question un passage mis au net que nous citons avec plaisir. “ Il re faut pas croire que toutes les connaissances de l’antiquité ont été acquises parles génies du siècle de Périclès. A cette époque et même cinq cents ans plus tôt, les nations avaient admiré les beautés artistiques déployées avec profusion dans la construction du Temple de Solomon ; les oreilles de l’homme avaient entendu les chants mélodieux des enfants d'Israël, répétant, tons les jours, ces cantiques de

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David, qui expriment, dans un langage incomparaple, les sentiments de la plus vive éloquence et exhalenit les suavités de la plus délicieuse poésie ; l’intelligence humaine avait compris les écrits de Moyse, historien, philosophe, législateur et poëte, homme placé au-dessus de tous, sous ce quadruple rapport. En outre la nation qui devait produire un Isaïe, ainsi qu’un Jérémie, n’avait-elle pas eu sa possession, ce qu’il faut pour le progrès de l'intelligence humaine dans l'Eloquence, la Poésie et la Philosophie ? Ainsi les Docteurs de l'Eglise qui puisaient à ces sources du savoir humain étaient loin d'éprouver la tentation de se déclarer les disciples de Platon ou d’Aristote. ”

Il suit de ces considérations que les philosophes grecs auraient été, par la tradition des Juifs et des Egyptiens, en quelque sorte disciples des Patriarches, et que ces connaissances, tout incomplètes qu'elles aient été, qu'ils ont puisées à cette source, expliquent les aperçus lumineux qu’on retrouve dans leurs livres, aperçus qui forment un si éclatant contraste avec les grossières et nombreuses erreurs, fruit de leur conception individuelle, dont leurs ouvrages sont remplis.

Cette conclusion est confirmée par ce qu'on trouve dans les importants travaux des savantes sociétés de Londres etide Calcuta, sur la philosophie des anciens Indoux ; on y rencontre, presque dans les mêmes termes, la théorie d’Aristote sur l'âme. (Celui-ci n’aurait-il pas! puisé sa doctrine dans les livres indiens que la conquête d'Alexandre avait p' mettre à

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sa dispositions? Mais les philosophes de l’[nde n'auraient-ils pas emprunté eux mêmes lear science à la tradition ? On sait que cette contre touche au berceau du genre humain, et qu’on retrouve chez elle les plus nombreuses traces des révélations primitives.

Eh bien! maintenant une philosophie dont les linéaments se découvrent dans les traditions bibliques, qui appartient à la science des plus anciens peuples, qui à été plus explicitement formulée par le génie méthodique d’Aristote, ave: alliage d'erreurs pourtant, une philosuphie dont :a substance se re-connait dans les livres des Pères de l'Eglse, de St. Denis, et de St. Augustin surtout, que le prince de la théologie, le Docteur surnommé Angélique, a adoptée, défendue et mise en harmonie avec les dogmes de la religion et qui a dominé dans les écoles, alors que le domaine de la foi était ie plus fort sur les intellisgences ; une telle philosophie ne se présenteraitelle pas avec le caractère de la plus imposante autorité? Si on la rejette, comme nulle autre n’a pour elle incontestablement des titres semblables pour s'imposer à la raison humaine, ies discussions philosophiques n'ayant point d'autre valeur que les conclusions contradictoires des divers systèmes, les questions qui en sont l'objet ne recevront jamais une solution qui satisfasse l'intelligence. Alors la philosophie mériterait-elle le nom de science, et ne seraitil pas pénible de se livrer à tant de laborieuses études pour en venir au mot suprême de la science de Socrate: «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien.»

Ces considérations avaient fortement frappé l'esprit de M. Désaulniers. Il répétait : ou il n'y a pas de philosophie, ou il faut suivre celle qui a pour elle l'autorité des docteurs cathvliques. Il ne pouvait accepter la première de ces alternatives. Il avaiten trop haute idée la science qui dès sa jeunesse avait été l’objet de son étude de prédilection. Il la regardait comme le plus n’hle emploi des facultés intellectuelles de l'homme en dehors de la sphère religieuse. Il savait que c’est elle,qui donne à l'esprit humain les règles qui peuvent diriger ses opérations et empêcher sa raison de s’égarer dans ses argumentations, qu'elle fortifñe l'intelligence en l’exerçant dans l'examen des questions les plus profondes et qu'elle ouvre à ses investigations des voies, par lesquelles elle peut satisfaire l’avidité de savoir qui la tourmente,en pénétrant dans les secrets de la nature spirituelle et corporelle. Il le sentait ; la science puisée à une saine philosophie devient une arme puissante à l’aide de laquelle le chrétien peut défendre la doctrine religieuse qu'il professe. Appuyé sur {a parole révélée, le philosophe religieux plein de confiance en sa raison éclairée par une forte étude, porte un noble défi aux adversaires de ses croyances. Ils paraissent devant lui: saisissant le glaive de sa puissante argumentation, il les frappe à coups redoublés et il les voit abattus à ses pieds hors d'état de se servir de l’arme trompeuse du sophisme, que sa logique a rompue entre leurs mains.

D'ailleurs l'observation psy-chologique, la connaissance de notre principe intellectuel, de ses facultés,

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de ses fonctions, l'examen des phénomènes de l'âme, des liens qui l’unissent au corps, de son mode d'opération au moyen des organ:s, c'est là, une matière qui ne doit point être étrangère à l’homme et qui demande d’être l’objet de ses études.

Convaincu de tous ces avautages de ia science philosophique, M. Désaulniers avait protesté contre le mot de Pascal. Toutefois voyant que sur les plus importantes questions qui en sont l’objet, ily avait les divergences d'opinions les plus marquées entre les philosophes les plus éclairés des temps anciens et des temps modernes, il croyait qu’il y avait là aussi besoin d’une autorité qui décide et il sentait que la philosophie avait, sur les matières mêmes qui ne se rattachent pas, du moins immédiatement, au dogme, son rrilerium dans la théologie. Aussi croyait-il devoir à l'étude qu'il avait faite de la science sacrée, d’avoir des opinions arrêtées, une véritable conviction sur les points les plus discutés de la philosophie. La doctrine contenue dans les livres de St.Thomas l'avait attiré sans doute par l’autorité du grand docteur ; mais plus il l’étudiait, plus elle satisfaisait son intelligence ; ilen était venu à dire que la philosophie n'avait guère plus pour lui de mystères, a la clarté qu'avait fait luire à ses yeux, celui qui est représenté dans ses images portant sur sa poitrine le soleil, comme symbole de la lumière dont il a éclairé le monde. Ilavait lu dans la vie du Saint Docteur un trait qui était de nature à le rattacher à son enseignement.

La question des accideuts eucharistiques s’agitait

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