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dans ioutes les écoles chrétiennes et partageait surtout les doctrines de la première de toutes, l’'Université de Paris. Elle est plus ou moins étroitement liée à des disputes ontologiques qui de tout temps ont été agitées parmi les philosophes. Toutes les autorités avaient été citées et commentées ; tous les arguments gt les subtilités avaient été épuisés de part et d'autre. Fatigués d’une lutte à laquelle on ne pouvait prévoir aucun terme,tous les docteurs furent d'avis de s’en rapporter au sentiment de frère Thomas d’Aquin:car ilsavaient plus d'une fois éprouvé combien plus souvent que les autres il saisissait la vrai point de la difficulté, combien plus clairemen. ‘expliquait. Thomas se recueille, prie selon sa &e .tume, puis il trace, avec autaut de précision que de lucidité, ce que l'esprit de Dieu daigne inspirer à son intelligence. Ensuite il vient a l'autel, place devant le tabernacle ce qu'il avait écrit sur le sujet controversé et il demande £u Dieu quiy est renfermé de iuifaire connaitre sison opinion est conforme à la vérité, Il avait été suivi par quelques religieux de son ordre ; ceux-ci voient Jésus-Christ apparaissant au saint Docteur et debout sur les feuilles mêmes écrites de sa main, lui disant qu’il avait écrit dignement sur le sacrement de son corps. La solution ét.it en faveur de la réalité des symboles eucharistiques ; les membres de l’université se soumirent sans réserve à la décision de leur confrère, tout jeune qu'il fut alors, car il n'avait que 32 ans. Tout le monde connait une autre merveiile du même genre, mais plus célèbre, qui s’est opérée en
faveur de St. Thomas dans les derniers temps de sa: vie. Le Docteur Angélique priait dans l'Eglise de: son ordre à Naples. Tout à coup, il fut vu s’élévant de terre de plusieurs coudées, l'œil fixe sur le crucifix. L'image vénérée s’anime ; ces paroles sortent de sa boache : Thomas, vous avez bien écrit de moï,. quelle sera votre récompense ? Le saint répondit aussitôt : Pas d'autre, Seigneur, que vous même. Le Disciple du Docteur Angélique, dont nous rappelons : le souvenir, croyait en étudiant sa doctrine, qui même : lorsqu'elle est philosophique est toujours théologique par son objet, entendre comme un écho du Bené scripsisti de me Thoma; il lui semblait que cette approbation divine de ses œuvres, ineffable faveur qu’aucun autre docteur n’a jamais reçue, donnait a l’ensemble de son enseignement une autorité devant laqueile il faut s'incliner et qu'ilétait difficile de la concilier avec des erreurs sur les questions fondamentales de la philosophie, que le Saint docteur n’a traitées que pour y trouver un appui en faveur de ses doctrines théologiques, et quise rattachent surtout au dogme de l’'Incarnation et de l'Eucharistie, c’est-à-dire, tout spécialement à la personne du verbe incarné qui lui a dit : Vous avez bien écrit de moi, Thomas.
Sans doute M. Désaulniers n’a pas soutenu l'infail-
libilité de St. Thomas pour tout ce qui se trouve dans ses écrits; il ne prétendait pas que la note de témérité dut être attachée à ceux qui contredisent quelques-unes de ses opinions pnilosophiques ; luimême n'aurait peut-être pas cru défendre, avec une :
parfaite conviction de leur vérité, certaines idées dn
- saint docteur émises pour ainsi dire, en passant, sur
- des points secondaires; il n'allait pas jusqu'à exiger qu'on ne fit usage que de sa terminologie, et il savait que les théologiens et les philosophes ne sont pas toujours d'accord sur le sens de quelques unes de ses propositions. Mais quant aux idées philosophi-
- ques qui se trouvent exprimées dans les divers ouvrages de l’Ange de l’école, qui font essentiellement partie de l’ensemble de sa doctrine, et dont il se sert
- dans ses argurnentations théologiques, M. Désaulniers les avait adoptées et les soutenait avec énargie parce qu'elles satisfaisaient sa raison, et avaier t une autorité dont rien à ses yeux ne pouvait balancer la valeur.
Au reste que la philosophie soit subordonnée à la théologie, qu’elle ait à emprunter à la science sacrée des lumières sans lesquelles elle court risque de s’égarer. c'est une vérité que le chef de l'Eglise a proclamée dans le 5e concile de Latran. Dans la Bulle Apostolici regiminis, Léon X après s'être élevé contre les fausses doctrines de certains philosophes s'exprime ainsi:
‘ Comme il ne suffit pas quelquefois de couper les racines des mauvaises herbes, si on ne les arrache entièrement de peur qu'elles ne repoussent de nouveau, mais qu’il faut encore éloigner leurs semences et leurs causes originaires, d'où elles naissent facile-
. ment; et comme principalement les longues études . de l’humaine philosophie, que Dieu, selon la parole de YApôtre,a montrée vune et a rendue folle si elle est
privée du sel de la sagesse divine, lesquelles études, . sans ‘: ‘#mière de la vérilé révélée, conduisent. parfoisbien pius à l'erreur qu'a la démonstration de la vérité ; pour ôter tvute idée d'erreur dans les susditesétudes rhilosophiques, nous ordonnons et commandons qar cette salutaire constitution, qu'aucun doré- navent de ceux qui sont dans les ordres sacrés, sécn- liers ou régulier, prêtre ou moine ou d’ailleurs obligé par le droit à prendre les ordres, n'étudie publique- ment dans les universités ou ailleurs plus de 5 ans lecours de philosophie ou de poésie après la grammaire etle dialectique sans avoir fait quelqu’étude de la Théologie ou du droit canon. Mais après ces 5 ans passés, ceux qui veuient se consacrer à ces études en seront libres, pourvu toutefois qu’en même temps ou à part, ilsaient donné leur temps à étudier la Théologie et les sacrés canons, afin que les Prètres du seigneur trouvent dans res saintes et vtiles études, . les rémèdes nécessaires pour purifier et guérir les ra-cines corrompues de la philosophie et de la poésie.”
On le voit par cetta déclaration solennelle, la science qui a directement Dieu pour objet doit rertrô-ler celles de la sphère purement naturelle, les diriger et fournir le cru{erium de leur vérité. L'indépendance de l'ordre philosophique de l’ordre théologique est un principe qui a fait subir à la soci-. été les plus fatales erreurs. La religion doit pénitrer tont enseignement ; c’estavec les lumières que: donne la science sacrée que l’on doit étudier sci-même, et instruire les autres, même dans la scienceet les lettres, que relativement on appelle protanes,.
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-mais qui, commetout ce qui est l’objet des œuvres de l'homme, doivent avoir, plus où moins immédiatement, Dieu pour fin suprême.
Fort de connaissances théologiques étendues, puisées surtout dans les livres de l’Ange de l'Ecole, M. Désaulniers a donné dans ces dernières années un enseignement Philosophique tout imprégné deses
doctrines, dans lequelila montré l'harmonie de la raison et de la foi.
Nous ne prétendons pas dire queseul jusqu'ici dans nos colléges, ni même que le premier, il ait professé la philosophie de St. Thomas, mais son enseignement a jeté un éclat particulier; il a franchi l'enceinte des
classes où il donnait ses lecons, il a eu du retentissement dans le public. Deux fois M. Désaulniers a été appelé à donner dans la ville la plus importante du pays des lectures sur la philosophie. L'’élite intellectuelle de cette cité est venue l’entendre ; il a déroulé devantelle les doctrines de St. Thomas; les plus vifs applaudissements de son auditoire et les appréciations des journaux ont rendu hommage à la hauteur de son talent et ont montré qu'il avait su faire donner le plus favorable accueil à la Philosophie du grand Docteur.
Si Je :: um de St. Thomas est plus connu dans notre société, si seslivres sont étudiées d'avantage, si ses
‘doctrines ont plus d’empire sur les esprits, si l’on participe plus abondamment aux fruits de l’enseignement de celui que l'Eglise glorifie en reconnaissant
que Dieu l'a illuminée elle-même par sa science merveilleuse et fécondée parsa sainte opération,
Mirè eruditione clarificas et sanctà Operalione fecundas ; ces effets précieux sont en grande Partie produits par l’enseignement du Professeur de cette institution dont nous pleurons la perte avec le Pays tout entier, C’est Pour lui un mérite devant Dieu et une gloire devant les hommes.
On a pu voir, par ce qui a été dit des études théologiques de M. Désaulniers, qu'il avait des connaissances étendues dans la science qui en est l'objet. Il enseigna le dogme une année soulement et la morale sept ou huit ans. A l'étude de St Thomas, il joignit celle de St. Alphonse de Liguori, dont la doctrine jouit d'une si haute estime dans l’église.
Sentant toute l'importance de l'enseignement qu’il donnait, il s’y préparait consciencieusement. Là encore il fit briller les qualités qui le distinguaient comme professeur. Aussi les élèves du sanctuaire qu’il a initiés à la science sacrée ont-ils su apprécier les leçons qu'ils recevaient de lui. Leur confiance en sa science théologique et en son habileté à appliquer les principes aux questions particulières,‘ les engagea à recourir à lui dans les difficultés qu'ils rencontraient plus tard dans l'exercice du Saint Mi-nistère. Il était souvent consulté, non seulement par ceux qui avaient été ses disciples, inais aussi par d’autres membres du clergé. Les divers évêques qui se sont succédé sur le siége de St. Hyacinthe ont eu quelquefois recours aux connaïissanses qu'il avait acquises. Il s’est fait apprécier comme théologien au Troisième Concile de Québec, et Monseigneur de St. Hyacinthe venait, lorsqu'il a été atteint de la maladie qui l’a enlevé, de le demander pour être un de ses consulteurs au Concile qui a eu lieu tout récemment.
M. Désaulniers fut aussi chargé pendant quelques années de l’enseignement de l'Ecriture Sainte. Ila laissé des commentaires sur l'Evangile de St.Mathieu et la pl part des Epitres de St. Paul; ce ne sont sans doute que des analyses succinctes des interprètres des Jivres sacrés qu'il avait à sa disposition; mais ces notes donnent la substance de leurs travaux ; elles précisent le sens de chaane verset et éclaircissent les principales difficultés que présente le texte. Elles sont certainement aussi utiles que quelques commentaires abrégés, qu’on remet entre les mains de ceux qui s’initient à la connaissance de la sainte Ecriture.
Maintenant il ne faut pas croire que ces hautes études auxquelles s’est livré l'esprit de M. Désaulniers l’aient empêché d'être un homme qui s’entendit aux choses pratiques de la vie. Au contraire, il a montré, en certaines matières du moins, une grande aptitude aux affaires temporelles, et sous ce rapport il a rendu à la maison dont il a été membre des services qui devront exciterenelle une perpétuelle reconnaissance à l'égard de sa mémoire.
L'édifice élevé par le vénérable M. Girouard ne suffisait plus aux élèves qui venaient y chercher l'éducation, et l'emplacement qu'il occupait avait des limites trop étroites pour les besoins de la jeunesse nombreuse qui s'y pressait; il devenait urgent de transporter ailieurs l'institution, alin qu’elle eut une maison à dimensions plus larges, et un terrain spacieux qui permit d'avoir des cours, des jardins, des bosquets, tout ce qui peut servir à l'utilité ou aux
agréments d'un établissement de cette nature.’ Un citoyen dé St. Hyacinthe'se chirgéä de poñrvoir à : cé besoin. Quoiqu'il ne fut guère alors qu'au début de'cette carrière commerciale où il devait si honorablement se distinguer, il crut ne pouvoir faire un meilleur usagé des premiers fruits de son industrie qu'en faveur de la maison dont il avait été élève luimême, et dont l'établissement a tant favorisé le commérce et en général le développement de St. Hyacinthe. Il donna avec une admirable libéralité ce vasté terrain où est assis ce séminaire. En jouissant de tous les ‘avantages qu'offrent les lieux que nous habitons, nous songweons souvent avec reconnaissance à celui dont le cœur généreux nous en a favorisés : et nous en sommes sûrs, les élèves qui nous remplaceront. quelque longue que leur succession puisse être, prononceront toujours, avec un hommage de gratitude, le nom inséparablement attaché à cel de cette maison, de M. François Cadoret.
Ils offriront le même tribut à la mémoire de M. Désaulniers qui a travail.6 si efficacement pour la construction du nouveau séminaire. Le terrain était acquis ;: mais les moyens de bâtir manquaient totalement. Où prendre les fonds nécessaires pour l’éreztion d’une aussi vaste maison que celle qui était projetée? Les épargnes de l'institution ne s'élèvaient pas à un montant bien haut : il fallait tout attendre du dehors. Mais la Providence tournait favorablement les yeux sur l’œuvre de M. Girouard : elle se servit de M. Desaulniers comme de l'instrument de ses desseins. Il avait vu le collége de Nicolet élevé
en grande partie par les souscriptions du clergé. ‘11 crut que vingt-cinq à trente ans plus tard la même générosité se retrouverait dans les membres du sanctuaire. Ils’imposa la tâche d'aller de presbytère en presbytère solliciter dessecounrs. Ce fut pendant l'hiver de 1847 qu'il remplit cet office de mendiant, qui assurément avaitson côté pénible, mais qui fut couronné d’un grand succès. Une souscription de trois mille louis. a attesté la libéralité permanente du clergé, et l'intérêt qu'il portait à notre institution: il nous est doux en ce moment de taire entendre de accents de gratitude, qui ne sont qu’un renouvellement de ceux qui, déjà plusieurs fois, ont été exprimés et dont l'écho retentiratoujours sur les murs de cet édifice.
On le sent, le don du clergé, ne pourait suffire. Heureusement un autre secours puissant vint en aide. Le gouvernement, comprenant que l'éducation est le premier besoin d’un peuple, que des institutions florissantes doivent faire son honneur et sa ” prospérité, que c'est dans les maisons où se font de hautes études que se forment les hommes qui peuvent faire la gloire d'un pays, et influer puissamment sur ses destinés, le gouvernement, sous l'empire de ces idées, a fait, à plusieurs reprises, des allocations considérables dans l'intention d'aider à bâtir la neuvelle maison.
Parmi les ministres dont l'influence s’est exercée à l'égard de cette instituti:n d’une manière sifavorable, nous croyons devoir mentionner spécialement le nom de cet homme,qui est une si pure gloire pour notre
nationalité par les qualités de son inteiligence et de son cœur, dont St. Hyacinthe conserve les restes, et cette maison la riche bibliothèque de droit et d’agriculture, et quia toujours eu pour M. Desaniniers une hante et affectueuse estime. On sent que je veux parler de l'Honorable Augustin Norbert Morin.
Messieurs les ministres du CGrouvernement, au milieu des occupations si graves et si multipliées de leur charge, ont besoin que leur attention soit de temps à autre reportée sur des sujets, qui quoique d'un intérêt public, peuvent concerner spécialement certaines localités, ou certaines institutions. Et comme des reclamations diverses leur sont adressées, et qu'ils ne peuvent faire droit à toutes, il est nécessaire que des raisons qui peuvent produire leur détermination, dans l'octroi des des deniers publics, leur soient présentées par ceux qui ont intérêt à les faire valoir. M. Désaulniers fut ordinairement chargé de soutenir auprès des membres du gouvernement les pétitions et mémoires faits pour obtenir une allocation en faveur de la construction nouvellé. Il mit à cette œuvre beaucoup de sollicitude et Fon peut croire que la force d’argumentation dont il était doué n’a pas été sans influence sur la décision des honorables membres du Conseil Exécutif auquel 1l s’'adressait : sous ce rapport ila contribné beaucoup à faire hâter l'érection de l'édifice. C'est lui aussi quien a donné le plan général, etil a eu une grande part dans la direction des travaux de construction. Aussi ila pu dire avec vérité que cette maison était la sienne.
Il aurait eu une vive jouissance à assister à la bénéaiction si solennelle qui en a été faite, par Mgr,Bédini, Norce Apostholique, et depuis Cardinal, au milieu d’un immense concours de prêtres et de membres de la société civile ; mais alorsilétait absent du pays, etil goûtait une autre satisfaction qui avait été longtemps l’objet de ses désirs. Dès l’âge de huit ans, il répétait souvent à son père qu'il irait visiter les lienx saints ; cette pensée fut le rêve de sa vie: il ne savait comment réaliser ce projet si cher à son cœur, lorsque la Providence lui en fournit le moyen d’une manière qui assrrimont dépassait toutes ses espérances.
Une dame respectable à tous les titres, veuve d’un homme qui s’est fait un nom dans le pays par la fortune que lui ont acquises l'énergie de son travail et son habileté dans le commerce, avait dans cette maison un fils qui se distinguait par ses talents et son désir de s’instruire. Il était animé de l’envie de voyager, naturelle à tout jeune homme, et qui doit être plus ardente encore dans celui qui sait avoir les moye:.” de satisfaire cette inclination. Sa mère, douée de cette intelligence que la religion ‘donne aux mères chrétiennes, sentait tout le danger qu’un voyage en Europe pouvait offrir à un jeune homme pour sa foi et ses mœurs. Elle savait que quelquesuns de ses compatriotes étaient allés perdre en France leurs principes religieux et avaient rapporté à leurs mères des angoises et des larmes. Elle sentait cependant que tôt ou tard il lui faudrait céder aux instances de son fils. Mais bientôt elle se dit: Mon enfant est jeune encore: il peut se laisser conduire
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