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choses les plus nécessaires , sans le zèle d'une foule de personnes pieuses , qui s'empressèrent de faire passer à Sa Sainteté tous les objets qui pouvaient contribuer à adoucir tant de privations cruelles , surtout pour un vieillard ac-
Le 19 a Alexandrie jusqu'au ai.
Le a 1 à Casai de Mont-Ferrat.
Le aa à Grescentîno.
Le a5 à la citadelle de Turin jusqu'au a5.
Le a5 à Suze jusqu'au 27.
Le 27 à Oulx, dernière bourgade du Piémont du ' côté de la frontière de France. Pie VI y reste jusqu'au 3o.
Le 3o avril il est conduit en France, à Briançon , où il séjourne jusqu'au 27 juin.
Le 27 juin conduit à Saint-Grépiu.
Le 28 à Savine.
Le 29 juin à Gap, jusqu'au 2 juillet.
Le 2 juillet à Gorps.
j^e 5 à Lamure jusqu'au 5.
Le 5 à Vizile.
Le 6 à Grenoble jusqu'au 10 juillet.
Le 10 à TuUins.
Le 11 à Saint-Marcellin jusqu'au i3.
Le i5 à Romans.
Le 14 juillet 1799a Valence, où, après un séjour de quarante-cinq jours , suivi d'une maladie de di jours, il mourut dans la nuit du 28 au 29 août 17991 {Voyez, pag. 460 ci-après.)
coutume aux pompes de la puissance souveraine. Près de là était le couvent des Cordeliers , qui servait de prison à trente-deux prêtres, dont la plupart avaient éprouvé la générosité de Pie VI , pendant leur déportation en Italie. Il fut sévèrement défendu à ces infortunés de communiquer avec leur bienfaiteur. Quel tourment" pour ces dignes confesseurs de Jésus -Christ de respirer en quelque sorte le même air que le pontife , et de ne pouvoir jouir de sa présence ! Combien le bonheur de voir le chef de l'Eglise , souffrant comme eux pour la défense de la foi , eût allégé le poids de leurs propres souffrances ! 11 ne fut pas moins rigoureusement interdit aux fidèles d'entrer au gouvernement et d'approcher de la personne sacrée de Pie VI. L'administration départementale l'avait déclaré en état de détention et le traitait comme tel. Il ne pouvait sortir, de ^txxt à! onQ^ûon^x des troiib les et des rassemblemens : une mesure encore plus scandaleuse , fut l'injonction faite au pape et à sa suite d'être circonspects ^ de s'abstenir de toute expression qui pourrait servir d'aliment à la malveillance ou au fanatisme. Mais de tous les outrages, celui qui sans doute lui parut
le plus sensible , ce fut la promesse de pro' icction que les administrateurs du département (i) eurent l'insolence de lui exprimer eu face , dans une visite qu'ils firent à Sa Sainteté. A ces mots si nouveaux pour lui , Pie VI ne put réprimer un signe d'impatience. Pro- Uzione ! prolezione ! répéta-t-il deux fois en levant les yeux au ciel , témoin de l'atrocité réfléchie avec laquelle on lui mén^Lgeait tant de peines et d'humiliations.
Séparé comme par un mur d'airain de tous les fidèles, le pape inspirait encore des alarmes aux révolutionnaires. Il étaîttrop près selon eux du théâtre de la g;uerre. Aussi le 4 3*>ût le Directoire ordonna sa translation ù Dijon , bien entendu, portait l'arrêt, que le voyage sera fait aux dépens du pape , avec la défense expresse de s'arrêter à Lyon. Ainsi les mêmes hommes qui avaient perçu au nom la répnblique les dépouilles du pontife , décré-
(i) Il faut signaler coniini! une honorable exception M.deBoTeron, qui protesta par des placards ïmpriméaj conlre l'infùme conduite de ses collègues. On petil IrouTcrde plus amples délails de celte visite, dans les
Marlys de la foi.
tèrent que ce souverain rcduît aux aumônes des fidèles (1), paierait sa translation d'une prison dans une autre! Et ici la peur se trahissait aussi bien que la plus infâme lésinerie : la défense expresse de s'arrêter à Lyon montrait combien on redoutait le zèle des catholiques de cette grande cité qui avait déployé pour la cause royale une fidélité si héroïque.
Mais le ciel avait décidé qu'à Valence se terminerait le long martyre de Pie YI. Depuis son arrivée dans cette ville il n'avait pu sortir de l'état d'épuisement où l'avaient plongé tant de voyages et de secousses violentes : c'était un vrai miracle qu'il n'y eût point déjà succombé, vu son âge et ses grandes infirmités. La Pro-
(1) H n'est paa inutile d'observer que Pie VI trouva encore, sur les aumônes du roi d'Espagne , de quoi faire l'aumône. S'étaot informé de l'état de l'hospice de Valence, et ayant su i^ue les pauvres manquaient de tout, il leur fit distribuer une somme qu'il avait économisée i\ cet effet sur son entretien. Ainsi c'est le pape dépouillé qui nourrissait la république spoliatrice ; et c'est In seule veugeanci; qu'il en a lire, In seule qui fûl digne de sa pliice el de ses ïcriiis.
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vidence sans doute lui avait accordé jusque là un surcroît de force j afin de donner une grande leçon aux rois , pour leur enseigner à tout sou£Frir plutôt que de compromettre la majesté souveraine , aux prêtres pour les encourager au martyre, aux peuples pour leur apprendre que le chef de la véritable église n'est pas moins grand dans les fers , qu'au milieu des pompes du Vatican. L'incrédule avait frémi dans son cœur de la vanité de ses efforts pour humilier, pour décréditer le souverain pontife ; mais, plus endurci que les Alaric, les Attila, il sut étouffer la voix de la conscience , le cri de l'humanité, et il ne s'arrêta point dans le chemin du crime et du sacrilège. Un pontife augustç , un vieillard vénérable était l'holocauste le plus précieux qui pût être immolé sur les autels du fanatisme révolutionnaire ; et un martyre de deux années, des souffrances de tous les jours , des outrages sans cesse renouvelés, offraient un genre de supplice beaucoup plus conforme à la barbarie calculée d'un siècle qui se prétendait éclairé , que le coup rapide qui, en frappant la victime , la délivre en même-temps de tous les maux de la terre. Le pontife avait déjà passé trente-cinq jours
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à Valeïice , uniquement occupé à la prière , à de pieuses méditations, à des entretiens sur les intérêts de la religion , dont sa foi vive et sincère ne désespéra jamais. Comme si l'avenir s'était révélé à ses yeux , il semblait annoncer que la cause de Dieu et de l'Eglise triompherait sous son successeur : il ne cessait de rendre témoignage à Tempressement que les Français lui avaient manifesté , et répétait souvent ces paroles : Ik sont encore dignes des miséricordes du Seigneur 1 • Il bénissait avec une joie toujours nouvelle les signes religieux que l'ingénieuse piété des fidèles parvenait à lui faire passer jusque sous les verrous de sa prison : c'étaient des chapelets , des rosaires , des croix , des médailles , et de pieuses images, etc. C^/^z;>r(7i/2;e^ disait-il j que ta foin est pas éteinte en France( i ). Puis l'imposi-
(i) « On ne doit pas être surpris , dît M. Tabbé d'Âuribeau dans les notes qui accompagnent sa traduction de VOraison funèbre de Pie VI j si quelquefois nous rendons en français les expressions de Pie YI. On sait qu'il cultivait avec plaisir dès sa jeunesse la langue des Bossuet et des Fénélon , qu'il avait un goût particulier pour elle et connaissait ses meilleurs écrivains. Il aimait le caractère et la vivacité de cette nation. Les
tion de ses mains vénérables , et les vœux fervens de son cœur, communiquaient à ces objets, la plupart fort vulgaires, une vertu, des indulgences et des grâces spéciales qui, aux yeux du vrai chrétien , leur donnent une valeur préférable à toutes les richesses des rois, à tous les biens de la nature. Foi simple , foi naïve du fidèle , voilà tes miracles, tes trésors ! Malheur à l'esprit superi>e qui les dédaigne ! Il ne connaît point les plus douces émotions de Tamour de Dieu. Aimer Dieu c'est pour un cœur brûlant le voir dans tous les objets de la création ; et n'est-il pas dans la dernière parcelle de métal, comme dans les globes majestueux qui roulent sur nos têtes ?
Le 29 août une crise violente dont Pie VI fut attaqué pendant son sommeil lui annonça que sa dissolution était prochaine. Insensible
Français qui ont eu Thonneur de l'approcher savent bien qu'il parlait avec grâce leur langue, et qu'il l'employait presque toujours auprès d'eux dans les vives saillies de son esprit, si fécond en reparties aimables. En parcourant sa superbe bibliothèque, composée de plus de quarante mille volumes , et qu'il avait léguée à Gézène, patrie de ce grand homme , nous y avons admiré les plus belles éditions des presses françaises.»
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aux souffrances du corps , dès qu'il eut recouvré ses esprits , il ne s'occupa plus que de Tétcrnité , tourna toutes ses pensées vers la croix , et après avoir achevé de purifier son âme par la confession , il accomplit avec une merveilleuse ferveur ces consolais devoirs , que la religion du Christ impose au dernier de la tribu , coname au chef de la nation. Quel spectacle que celui du vicaire de Jésus-Christ recevant le viatique , avant d'aller rendre compte de son administration spirituelle au chef immortel , invisible, de la Jérusalem céleste! Que de vertu, que d'efforts , que de sagesse ne faut-il pas pour remplir tous les devoirs d'une mission qui est le lien réel du ciel et de la terre ! Quelle religion que celle qui prépare des hommes pour un tel ministère ! Dans un pontife digne de ce nom , quelle faiblesse humaine peut être permise? Souverain,il se doittoutà sespeuples, prêtre, il se doit tout à son Dieu : chef de l'Eglise , la chrétienté entière réclame "ses soins , sa vigilance et ses saints exemples : homme, il doit être doux , patient , humble , accessible, en un mot rappeler l'image du Dieu fait homme dont il est le vicaire !
Si ce sont là tous les devoirs d'un souve-
rain pontife ; si, quand il les a remplis , il peut de son lit de mort contempler d'un œil serein le tribunal du juge suprême devant lequel il Ta comparaître , qui plus que Pie YI a dû trouver la mort consolante et douce? Aussi quel calme, quelle sérénité brille sur son visage à ses derniers instans ! Pour lui ce passage sera sans agonie : jusqu'au moment suprême, son esprit conservera toute sa netteté ; et ses paroles porteront l'empreinte de la sagesse qui a toujours dirigé son cœur. Si quelque pensée triste vient parfois obscurcir son visage , cette pensée est encore l'accomplissement d'un devoir : ce sont des regrets trop légitimes sur la situation dans laquelle il laisse la France, Rome et l'Eglise. Ministre d'un Dieu qui, sur la croix, priait pour ses bourreaux. Pie VI, dont la main avait tant de fois béni ses persécuteurs, répète en mourant les yeux fixés sur le crucifix : Je pardonne de tout mon cœur à mes ennemis.
Pie VI avait reçu le viatique le 27 août : et le même jour , selon l'usage des pontifes mourans, il avait adhéré, une main sur l'Evangilelet l'autre sur son cœur, à la profession de foi catholique, relue par un de ses fidèles prélats.
Le lendemain , rextrême-onclioD ftit admîïiis* trée au souverain pontife , et il ne cessa d'adresser à Dieu de ferventes prières , au point d'épuiser le peu qui lui restait de forces. Il répétait souvent ces versets si bien faits pour soutenir sa confiance : Teergo quœsumus^ famulU tuis siibveni quo$ pretioso sanguine redemistu «Nous vous en prions, Seigqeur, venez aux » secours de vos serviteurs que vous ^vez a rachetés par votre sang précieux, » In Pommo speravi , non confundar in (J&ternum. « J'ai espéré » dans le Seigneur, je ne serai pas confondu » dans réterriité, » Vers minuit des symptômes trop certains annoncèrent que l'auguste martyr allait dans peu dlnstans recueillir lapalme que lui préparaient les saints anges gardieqe (}e sa couche. Pie YI reçut des piain^ de l'^irch^vèque de Corinthe la bénédiction papale. Bénir ses fidèles serviteurs prosternés autour de son lit fut le dernier acte de sa vie : dernière et précieuse faveur, bien méritée par ces dignes acolytes d'un saint confesseur de la foi!... Quelques instant après Pie VI n'était plus : on le croyait seulement endonni , mais déjà son âme s'était dégagé^ de ses iîèns. Purifiée dans le creuset de tant de souffrances, elle avait
paru sans tache aux pieds de Téternel (i). La France , dépositaire de la dépouille mortelle de Pie VI , devait attendre Theureuse révolution qui la délivra du Directoire, pour qu'il lui fût permis de décerner à ces restes précieux quelques-uns des honneurs dus à la dignité pontificale , à la majesté souveraine*
(l) Pie VI mourut le ag août i'799 ^ "^® heure vingt-'CÎnq minutes après minuit : il avait alors quatrevingt-un ans 9 huit mois et deux jours ; et, comme il avait gouverné TEglise pendant vingt-quatre ans, six mois et quatorze jours , c'est-à-dire un mois et deux jours de plus que saint Pierre comme évêque de Bome, Pie VI aurait complètement démenti ce vieil adage : Non tidebis annos Pétri j si le prince des apôtres qui occupa le siège de Rome vingt-quatre ans, cinq mois et douze jours, n'eût pas auparavant siégé à Antiocfae.
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