AVEC
L'HISTOIRE RELIGIEUSE
DE L'EUROPE
SOUS SON PONTIFICAT
vvs*J»iv*ivvvytivvyiuvvvuv*nÊVVV%ni*nivtniv*ivv%/v%ntvvvsnnnivvu%Mvy%Mnnt»nn/^^
u Voulez-vous AaToir pourquoi les nattons se Aoulèveot i> et les peuples concertent la folie ? c'est que les rois et n les princes de la terre se sont révoltés eux-mêmes et 1) coalisés contre le Seigneur et son Christ, n
(PsAU 11, 2, a. )
A UE considérer seulement comme souverain temporel, Pie VI tiendra un rang très-honorable dans l'histoire. Son pontificat , le plus long de ceux que nous offrent les annales de l'Eglise depuis saint Pierre , fut aussi le plus malheureux.
Jean -Ange Braschi naquit à Cesène, petite ville de l'Etat ecclésiastique , le 27 décembre [ 7 1 7, d une famille noble et ancienne, quoique sans illustration. Il mérita- l'estime du sage Benoît XIV, et ce pontife éclairé lui ouvrit le chemin des honneurs. Après avoir éprouvé le zèle et la capacité de Braschi , qu'il fit son secrétaire intime , il le gratifia d'un canonicat de Saint -Pierre. Clément XIII, non moins 'digne appréciateur du talent joint à la piété , l'honora de toute sa confiance ; il le nomma auditeur du camerlingue (i), et
(1) Le camerlingue est le chef de la chambre apostolique; et Ton peut, à quelques égards , le comparer aux questeurs de Tancienne Rome. Sa dignité est, après celle du pape, la première dans Rome chrétienne : elle tient autant et plus au gouv^ernement de TEglise qu'à Fadministration des deniers de TÉtat. Elle est placée immédiatement au-dessous de la dignité pontificale. Dès qu'un pape meurt, le cardinal camerlingue entre en possession des honneurs de la papauté^ et devient une sorte d'entre -roi. Son autorité, les hommages qu'on lui rend durent autant que le conclave assemblé pour l'élection d'un nouveau pape.
Inunédiatement au-dessous du camerlingue est le trésorier. C'est le véritable ministre des finances, dont
bientôt après trésorier de la chambre apostor lique (i). Dans cette place > qu'il occupa depuis 1766 jusqu'en 1775, Braschi fit admirer son habileté , ses connaissances variées , et un désintéressement qui doit être au reste moins rare à la cour de Rome qu'auprès des souverains temporels* On le vit constamment appliqué , laborieux ) indifférent aux plaisirs profanes, et commandant l'estime par une régularité de conduite telle que le souffle même de la calomnie n'a jamais osé la ternir. Sous son admi<p nistration intègre et sévère , les malveisatioos
il s'occupe exclusivement , tandis que le camerlingue donne presque tous ses soins à la haute administration de l'État. Il a une autorité à peu près absolue sur tout ce qui regarde les impôts. Le trésorier a sous ses ordres immédiats le commissaire de la chambre apostolique. C'est à lui qu'ont affaire tous^ l^ feripieçs,, ^t tous les concessionnaires,
(1) La chambre apostolique a la direction suprême des finances de l'État ecclésiastique et de leurs branches principales. C'est moins un ministère qu'une agrégation de ministres qui 9 sp\|a différens titres , sont chargés de percevoir 9 4e conserver > de dlspeaser e^ de défendre le trésor public» Elle a pour premier chef le car4iQal camerlingue.
deâ subalternes deTinrent impossibles : c'est le plus bel él<^ qu'on puisse faire d*un dépositaire des deniers publics ; et c'est une justice que n'ont pas pu même lui refuser ces écrivains salariés par le directoire , qui n'avaient pris la plume que pourjustifier les crimes de la France réTolutionnaire envers Pie YI , en calomniant cette auguste victime (i). Quinze ans de services aussi utiles et aussi honorables forcèrent Clément XIY à éleveic au cardinalat un prélat qui ne partag:eait pas ses principes. Mais Braschi , invariablement attaché aux maximes conservatrices de la politique romaine , ne tarda pas à encourir les préventions et la défaveur de ce pontife , qui s'était laissé séduire ou intimider par les ennemis des ordres religieux , la plus forte barrière de. la religion et du Saint-Siège. Braschi supporta sa disgrâce en silence, et parut ne se souvenir que des bienfaits qu'il avait reçus de Ganganelli.
(i) M. de Bourgoing entr*autres, dans les Mémoires historiques et philosophiques sur Pie VI et son Pontificat; livre où il n'y a ni histoire ni philosophie^ mais seulement quelques anecdotes curieuses, au milieu des calomnies les plus atroces et des déclamations les plus révoltantes.
Quand le conclave , assemblé après la mort de Clément XIY , chercha dans son sein à lui trouver un successeur, il jeta d'abord les yeux sur Braschi; mais le peu d'empressement que témoigna le saint prélat pour un honneur que tant d'autres briguaient en secret , et surtout les menées des couronnes , qui voulaient un pontife plus dévoué à leurs intérêts qu'à ceux du Sadnt-Siége , firent -que le projet de son élection fut presqu 'aussitôt détruit que formé. L'indifférence vraîmeût chrétienne avec laquelle Braschi vit ce changement, ajouta à l'estime qu'inspirait sa personne. Cependant trois mois se passèrent sans qu'aucun des concurrens qui lui avaient été préférés pussent réunir assez de suffcages pour fixer les incertitudes des cardinaux. La politique partageait le conclave en deux par-* tis ; l'un voulait un pape héritier des maximes de Clément XIII : c'était le parti des cardinaux vraiment romains. Le parti des cou-
ronnes voulait imposer au conclave un second Clément XIV, un pontife qui. continuât la persécution flagrante contre les jésuites , immi,nente contre tous les ordres religiei;^. Le conclave s'était ouvert le 4 octobre 1774 > ^
Tannée se termina sans qu'aucun des deux partis eût emporté aucun arantage sur ses adversaires. Les cardinaux attachés aux couronnes commencèrent à prévoir la possibilité d'un choix tout-à-fait opposé à leurs intérêts; cédant aux conseils du sage ministre de la France ( i ) , ils se rapprochèrent des cardinaux qui soutenaient la cause de l'Eglise. Chacun alors se décide à céder une partie de ses prétentions , et l'on cherche Un prélat dont les engagemeïis politiques ile doient un sujet d'alarmes pour personne , et dont au contraire les lumières , la piété , la modération fussent un garant de sécurité pour tout le monde chrétien. Une Toîx (a) propose Braschi ; à ce nom les difficultés-s'aplanissent , et le i4 février 1776, tous les cardinaux réunissant leurs suffrages sur celui qui n'a eu pour solliciter en sa faveur que ses sentes vertus , Braschi est proclamé
(1) Le cardinal de Bemis, qui 9 après avoir été un abbé très-mondain , se réforma à un âge où les hommes cbâUgîêùt assez rarement , et devint un prêtât exemplaire.
» '{2) Le eardhial Kékda. Le cardldal PaHatlcini avait M pi^emier Hea ptofèsé Braschi.
pape , et son élection peut être regardée comme Tourrage du Saint-Esprit.
Le nouTcau pontife fut à la fin du conclave ce qu'on Tarait vu dès son ouverture : il n'avait pas demandé à être élu , il entendit proclamerson nom avec une modesteindifférence. Que dis-je? son cœur n'éprouva qu'une terreur religieuse ; il se mit à fondre en larmes , et après avoir , dans une prière touchante , éieré Gotk âme vers celui qui dispos des couronnes 9 il adressa aux cardinaux ces paroles prophétiques : Pères vénéraôtes , votre assem' blée est tehnlnêe; mais c'est peut^-être mon malheur qui commence.
Braschi prîi le nom de Pie VI , et les traverses qui ne cessèrent de l'accabler fournirent aux partisans de l'innocente superstition des nombres , une nouvelle occasion de répéter l'un de ces adages que llxistoire daigne quelquefois rappeler, en se dépouillant pour un instant de sa gravité.
Semper sub SEXTIS perdita Roma/uit (i).
(i) Ce qui veut dire : Toujours Rome a été perdue Pfft des souverains qui portaient le nom de Seatas £n
Quel crime avait donc commis Pie VI? Par où avaît-il mérité de voir tant de fléaux conjurés eontre son trône pontifical ? Qu'avait-il fait pour se voir personnellement en butte à tant de traverses et à de si sanglans outrages ? Admirable conduite de la Providence
contre laquelle se révolterait en vain la raison de l'homme! Vicaire de Jésus -Christ sur la terre , doit-on plaindre Pie VI d'avoir eu avec le Sauveur.du mende plus d'un trait de ressemblance ? Gomme lui , il a cherché , par un mélange de raijson et de doueeur , à ramener au bercail les fidèles égarés; comme lui, il a souffert la persécution jusqu'à la mort , et il a pardonné à ses persécuteurs; comme lui, enfin,
effet, Sextus, fils de Târquin, avait, par sa dissolutiop , provoqué Texpulsion des rois de Rome; Benoît YI jfbt en butte aux séditions des Romains et jeté en prison par le factieux Grescentius , <^î se fit nomitier patrice de Rome ; Crégoire YI fut déposé ; UrbaSn YI vît <K)mmencer le grand schisme d'Occident $ Alexandre YI , plus malheureux que les adtres , parce qu'il fut méchant et vicieux , épouvanta Rome et la chrétienté par des excès dignes des empereurs païens ; enfin Adrien YI vit sans cesse Tltalie en proie aux horreurs de la guerre , et la chrétienté livrée aux progrès efirajans de l'hérésie.
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exemple éclatant du plus touchant mystère de la clémence divine , il a donné au mondeJe spectacle de l'innocence offerte en sacrifice , pour expier les crimes de la terre.
Le nouveau pontife était connu du peuple romain par la générosité de son caractère '^ par son humeur bienfaisante , et par une piété exemplaire. Ceux qui étaient en état d'apprécier les qualités de son esprit, n'avaient pas une moindre idée de sa capacité , de son courage et de sa sagesse. Braschi possédait en outre ces avantages extérieurs qui , en Italie surtout, excitent Tamour et l'enthousiasme des hommes rassemblés. Il avait une figure belle et pleine de noblesse , une taille imposante , et que relevait encore la dignité de son maintien. Son front élevé était entièrement chauve ; mais des cheveux touffus et d'une blancheur éclatante ombrageaient sa tête et lui donnaient l'aspect le plus majestueux et le plus vénérable. Personne ne portait avec plus de noblesse que Pie VI ce magnifique vêtement pontifical , si bien disposé pour frapper les fidèles d'un respect* religieux. Au moment de son exaltation , il touchait à son douzième lustre ; mais l'âge
avait à peine sillonné son visage , qui brillait encore d'une certaine fleur de jeunesse : c'était l'heureux fruit d'une vie toute sacerdotale , d'une vie étrangère aux jouissances funestes de la volupté , comme aux soucis rongeurs de l'ambition. Les Romains étaient depuis bien long-temps accoutumés à ne Toir que des papes courbés sous le poids des années, et qui remplissaient avec une fatigue apparente , dans les solennités publiques , les fonctions souvent longues et même au-dessus des forces d'un vieillard , que la religion impose au chef du sacerdoce. Mais à l'avènement de Pie VI , on admira la facilité , la grâce , la majesté avec laquelle il s'acquittait d^ tous ses devoirs extérieurs (i); et cette admiration 9e<:han-
(i) Qu'il me soit permis de citer une anecdote authentique à ce sujet. Dans une de ces solennités , Pie VI traversait lès rues de Rome ^ avec tout Tappareil de la religion et de sa dignité. De Tune des fenêtres où était placée la foule des fidèles , part une voix; c'était celle d'une jeune femme qui s'écrie : Qumto è belle. Aassitôt sa mère, cherchant à réparer ce que 0«tte exclamation put avoir de profane , ajoata : Tanto è belle tjUanto è santo. Peu de papes, à soixante ans, ont reçu de pareils éloges; mais l'austère Pie YI était au-dessus de la Tanité qu'ils peuvent inspirer.
DE PIE Vï. Il
geaît en un sentiment plus touchant et plus méritoire quand on remarquait que ce n'était pas un yain désir d'imposer ou de briller aux yeux du monde qui animait le nouveau pontife , mais une conviction profonde , une piété tendre, une componction vive. Dans les solennités où .Pie VI paraissait ainsi environné de tout l'appareil dont l'Église décore son premier pasteur , il était difficile même à l'hérétique , même à l'incrédule, de se défendre d'une sorte d'enthousiasme religieux. L'Église semblait , dans ces heureux intervalles , renaître à une jeunesse nouvelle , et commencer une ère de jours réparateurs, et de conquêtes précieuses mt les cœurs ramenés à son doux empire (i).
(i) » Jamais, disait un voyageur anglais et protes- » tant , John Moore , aucune cérémonie ne fut plus » propre à frapper les sens et l'imagination que celle du » souverain pontife donnant la bénédiction du haut de » la chaire àt Saint-Pierre. Quant à moi, si je n'avais ^SPJiTeçiif dès l'enfance , de fortes préventions contre *.^j^nRÇÎpal personnage de cette magnifique céréino- » tiîe^ ^aurais été en danger de lui payer une sorte de » tribut de respect et d'adoration peu^ compatible avec » laTcKgion dans laquelle j'ai été élevé. »
Il était donné à Pie VI de marquer son ayènement par d'éclatantes cérémonies , qui mirent sur-le-champ en évidence et sa piété fervente , et tous les avantages extérieurs que la nature avait prodigués à ce pontife , chez qui la plus belle figtire n'était que l'expression de la plus belle âme. Son pontificat commença dans l'année sainte : c'est ainsi qu'on nomma le jubilé universel ^ que Clément XIV avait déjà indiqué par une bulle ^ mais qu'une mort trop prévue , et qui ne fut point sans être accompagnée de sinistres circonstances , l'empêcha de célébrer luimême (i).
Est-il donc besoin de rappeler à un siècle étranger aux choses du Ciel , ce que c'est que l'année sainte, le jubilé? Cet établissement est dû à Boniface VIII (en i3oo) , qui, en cela
(i) Clément XIY, accablé de maladies, de travaux et de soucis , ne fit presque plus que languir depuis la suppression des jésuites. Dès la fin de juillet 1774>1^ pape n*était plus qu'une ombre de lui-même. Il séâtaît des douleurs cruelles, sa voix s^étaît éteinte. Je vais à l* Éternité, disait-il, et je sais pourquoi,
{Éiémens de l'Histoire ecelésiastique^ pag, 535.)
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du moins , s'est rendu digne de la reconnais*sance des fidèles. C'est une époque pendant laquelle la mère commune des chrétiens ouvre tous ses trésors de piété , d'espérance et de charité. Le jubilé ne marqua d'abord que l'année par laquelle s'ouvrait un nouveau siècle, et cette année se nommait l'année sainte. Attentifs à reconnaître les bienfaits de <îette époque de réconciliation avec le Ciel, plusieurs papes sentirent la nécessité ,d'en rendre le retour plus fréquent. Clément VII réduisit les intervalles de l'année sainte >à cinquante ans : le second jubilé fut donc célébré l'an 1 35o. Grégoire XI ne les porta qu'à trentetrois ans, c'est-à-dire, au temps égal à une génération-d'hommes. Mais ce nombre devait fmir par contrarierl'ordre qui présidç au renouvellement des siècles. Paul V, en mettant l'année sainte tous les vingt-cinq ans , sut concilier avec l'immuable révolution des temps , cette loi d'équité en vertu de laquelle Grégoire XI avait voulu qu'aucune génération ne fût déshéritée des plus riches trésors de l'église. Ce n'est qu'au seizième siècle qu'on commença de donner à cette fête le nom de jubilé : ce nom nous vient des Juifs. C'était chez eux une
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époque de repos , même pour la terre , dont
riufpHie , pendant cette année , ne déchirait pas le sein : c'était un temps d'affranchissement pour les esclaves, d'abolition des dettes , de restitution universelle de tous les fonds aliénés. Ainsi, chez^ les enfans d'Israël , le jubilé ne s'appliquait qu'aux choses temporelles. Dans le christianisme , l'année sainte a une destination plus haute ; ce sont les biens spirituels qui en sont l'objet. Rien n'est changé à l'ordre civil ; mais le changement s'opère sur les cœurs. Le fidèle expie ses péchés ; il se réconcilie avec ses ennemis , et les trésors qu'il amasse sont pour un autre monde. Aussi , de toutes les solennités qu'a îiï?^Ituées la sagesse à^s pontifes romains, aucune plus que le jubilé n'est dans l'esprit de celui qui a dit : Mon règne n'est pas de ce monde.
Un jubilé est presque toujours un événement rare dans la vie des papes , dont le pontificat est ordinairement assez court. Mais pendant près d'un quart de siècle que dura le règne de Pie VI , tant de graves încidens et de grandes catastrophes se sont succédé , que l'on a presque oublié le jubilé de 1776; et, une circonstance qui eût fait époque dans la
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paisible carrière de ses prédécesseurs , est dans celle de cet infortuné pontife à peine remarquée par lliistoire.
Cependant à l'année sainte , que célébra Pie YI , se rattache une démarche qui fit connaître à toute la chrétienté les principes sévères du nouveau chef de l'Eglise. Dans la lettre circulaire qu'il écrivit aux évêques pour ouvrir les trésors des indulgences , il témoigna sa douleur sur les maux del'Eglise, et son indignation profonde contre l'esprit de licence et d'innovation, qui était devenu l'esprit du siècle. Que de vérité» que de sagesse , dans ce passage remarquable l « Après avoir répandu , disait Pie YI , 1 de toutes parts les ténèbres de leur impiété , t il comme arraché la religion du cœur des » hommes , ces philosophes corrompus ten- « tent aussi de briser tous les liens qui unis- » sent les hommes entre eux , et avec ceux » qui les gouvernent. Elevant leur voix , ils ■ aononcent à grands cris que l'homme est né
• Ubre, et répètent sans cesse qu'il n'est soumis » à l'empire de qui que ce soit ; que la société
• n'est qu'une multitude d'hommes ignorans ,
• dont la stupidité se prosterne devant des
• Bcêtros qui les trompent , devant des Rois
qui les oppriment ; de manière que l'union entre le sacerdoce et Tempire n'est, selon eux j qu'une conspiration barbare contre cette prétendue liberté qui est naturelle à l'homme. Qui ne yoit pas que de si monstrueuses extravagances et tant d'autres délires semblables , couverts avec tant d'art j menacent d'autant plus le repos et la tranquillité publique , que l'on tarde à réprimer l'impiété de leurs auteurs ; et qu'ils sont d'autant plus pernicieux pour les âmes rachetées au prix du sang de Jésus-Christ, que leur doctrine , comme la gangrène , gâte de plus en plus ce qui est sain , et se glisse dans les cours des rois ( et ce qui nous fadt presque horreur à dire } , s'insinue presque dans le sanctuaire ? »
Ainsi , le sage Pie YI ne fut pas un moment ébloui de l'éclat de la tiare ; son élévation au trône pontifical lui laissa tout son calme et toute sa raison ; et dès le premier jour , sa prévoyance apprécia les dangers que couraient à la fois la religion et les couronnes^ Loin de voir rejaillir sur la chaire de saint Pierre les vaines faveurs dont quelques souverains avaient flatté Ganganelli , pour lui amt-
cher Texpulsion des jésuites , Pie VI ne tarda pas à reconnaître que ces princes se prévalaient d'une concession sans exemple émanée du Saint-Siège , pour exagérer leurs prétentions et multiplier leurs entreprises contre la puissance sacrée dont il était le dépositaire.
Les siècles à venir pourront-ils croire à ce délire des rois , entre lesquels semblait régner alors une sorte d'émulation aveugle contre le père commun delà catholicité? Ignoraient-ils donc ces hommes , qui n'étaient rois que par la grâce de Dieu , que l'autorité spirituelle du chef de la religion et leur domination temporelle, étaient solidaires? Ne savaient-ils pas que tous les hommages et la déférence dont les princes de la terre avaiejQt jusqu'alors entouré le trône du vicaire de Jésus-Christ , leur avaient été rendus au centuple par les bénédictions du Ciel et par le respect et la fidélité de leurs peuples , qui trouvaient naturel, le. frein de la royauté , quand les rois eux-mêmes allaient au-devant du frein de la religion?
Qui, s'épriait alors, dans les accès d'une joie . infernale , la faction conjurée contre le trône et l'autel, il n'y a plus en Europe un prince qui ne soit philosophe : les rois sont à
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nous^ et plus tard, récrivain que nous avons cité , et dont le libelle devait profaner Histoire de Pie VI , a pu tracer, au milieu de tant de mensonges , cette déplorable vérité : « Presque » tous les souverains de TEuirope semblaient » s'être donné te mot pour tourmenter le pon- » tife. »
Ainsi se trouvèrent vérifiées ces paroles du psalmiste : « Voulez-vous savoir pourquoi les » nations se soulèvent et tes peuples concer- » tent la folie ? c'est que les rois et tes princes » de la terre se sont révoltés eux-mêmes et «.coalisés contre le Seigneur et contre son » Christ. »
Ce ne fut point des dominations tes plus éloignées dû Saint-Siège que partirent les premières atteintes contre l'autorité de Pie VI. Ce fut sous les yeux même du nouveau pontife que se machinèrent les premières tentatives de cette vaste conspiration. Léqpold d'Autriche régnait en Toscane : il vivait sous le charme des idées nouvelles ; et , comme pour apaiser les murmures de sa conscience , il était encouragé dans ses projets de révolte contre le Saint-Siège par un prélat de mœurs irréprochables , et qui était loin de faire piro-
fession d'incrédulité. Ricci, évéqnedePistoie, prétendait ramener la discipline et le gouvernement de l'Église, embrassant les quatre parties du monde et devenue la mère commune des rois et des peuples, aux forme» simples qui lui convenaient à l'époque de son obscure et £aible origine, alors qu'elle était ' persécutée par les empereurs païens , et forcée de tenir dans l'ombre ses pompes^ sa hiérarchie et son autorité extérieure. Dès l'avènement dé Pie yi , Léopold supprima les franchises desr biens ecclésiastiques situés dansées états i le Saint-Siège réclama vainement. L'antique vénération des princes et des sujets pour les ministres de leur religion était dé}à ^ pour presque toute l'Europe , un préjugé suranné qui allait faire place au dogme de Tégalité : Léopold fut inflexible ; et dans ses états ,. le prêtre fut désormais soumis aax vexations du publicain.
Je veux bien l'accorder à l'esprit du siècle, accoutumé à se jouer des titres les plus anciens et les plus légitimes : si Léopold s'en fût tenu à cette seule innovation , peut-être utie religion qui ne{>rêche que l'abnégation ^ n'auraitefle au ton i^roche à faire à ce prince. Mais
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bientôt , en 1 776 , entraîné par son dangereux conseiller , il osa mettre la main à l'encensoir, et régler de sa propre autorité plusieurs points de discipline ecclésiastique. Il fixa Tâge auquel ses sujets devaient être admis dans un ordre religieux, et supprima la plupart des ermitages. Ces mesures en elles-mêmes pouvaient être utiles ; mais Léopold était inexcusable de les accomplir sans avoir demandé et obtenu le consentement du chef de tous les ordres religieux.
Ce n'était encore que le prélude du système d'hostilité contre le Saint-Siège , qui se prolongea tant que Léopoid occupa le trône de Toscane. On vit ce prince réveiller, en 1778 , les anciennes prétentions des grands ducs sut le duché d'Urbin , et s'immiscer dans le régime intérieur des maisons religieuses.
Cependant Ricci , assuré de n'être pas désavoué par son maître , se livre à des actes qui ne tendaient rien moins qu'à arracher la Toscane à l'autorité spirituelle de Rome. Évêque iconoclaste , il déclare la guerre aux images qui entretiennent la .dévotion des fidèles : il fait disparaître de soia diocèse ces pièrucmbnumens répandus dans les champs et sur les
chemins qui , représentant les douloureuses stations de Jésus-Christ sur le calvaire , rappellent à la patience et à la résignation le voya* geur fatigué d'une longue route et le villageois accablé par le poids du jour. Schismatique d'abord timide , Ricci ne change pas encore la liturgie, mais il s'essaie dans la carrière du sacrilège , en introduisant une innovation presqu'indifférente dans la manière dont les prêtres doivent célébrer la messe (i). Enfin il publie une lettre pastorale pour proscrire l'adoration du Sacré cœur de Jésus (2) , récemment
(1) II leur interdit de dire à voix basse uûe partie des prières, comme cela s*est toujours pratiqué,
(a) Dans son bref de réprimande à Scipion Ricci , le pape s'exprimait ainsi au sujet de cette dévotion : Sancta hœcSedes modumjam iêkbis et quœstionibus' im," posait , satisque deciaraoit , quo substantia illius devo^ tionis ab omni certè superstitii^â matericditate immunis reverâ spectet, ut in symbolicâ cordis imagine immensam charitatem, effusumque amoremdioini Redemptorisnostiri meditemur atque veneremur. Ce qui veut dhre : « Déjà le • Saint-Siège a' fait cesser toutes les oppositions et «toutes les réclamations, en ^déclarant qu'il regarde. » cette dévotion comme entièrement étrangère à toute 0 superstition matérielle, afin que les fidèle» ne voient
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instituée , et qui avait été approuvée par le Saint-Siège : ii fait plus , s'érigeant en censeur de son prince spirituel , il avance que le pape s'était laissé suiprendre lorsqu'il a autorisé les pratiques de cette dévotion nouvelle.
Pie VI pouvait punir ; il se contente de rappeler le coupable à son devoir dans un bref qu'il lui adresse. Le grand-duc s'irrite ou feint d'être irrité de cette démarche si modérée. Il demande une satisfaction , lui qui est l^enseur; eC il ose écrire au pontife : t Les . » temps des Grégoire , des Boniface VIII sont » passés : les souverains ne souffriront plus que » le pape manque aux égards qui leur sont dus » ni qu'il prétende commander à leurs sujets.» De telles paroles n'ont pas besoin de commentaire ni de réfutation : on reconnaît , en les lisant, qu'un pirince rebelle à l'autorité spirituelle ne tient pas un autre langage que la
» qt ne véDèmit dans oetfe image symbolique da cœur s de Jêsas-Christ , quQ rimmen&e charité et l'abondant » amour de notre divin Rédempteur. » D'après cette explication , on ne oon{H>it pas que dies hommes qui se disent chrétiens s'élèvent encore aujourd'hui av«c tant de scandale «oolre la dévotion du Sacré cœur.
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multitude rd^Ue à rautorite royale ; comme elle il profère , quand il le peut eaas danger , de Taines et ridicules bravades; et le vulgaire %aorant les recueille comme Texpression d'une juste liberté et d'une sage indépendance.
Lé cardinal Corsini^ négociateur habile et digne de représenter Pie YI , parvint , poii,r quelque temps , à apaiser l'orage qui g^oadait contre la cour de Rome. Léopold parut un instant plus soumis au Saint-Siège; et si dans le cours de l'année 1 782 il supprima dix* sept couvens dans le Siennois , ce ne fut pas sans avoir obtenu le consentement du j»age pontife, qui n'avait point reeonnu d'inconvéniens dans cette mesure. Mais , conp:^e si le grand-duc se fût repentj*d'unè Référence ps^^ sagèré , il reprit avec ardeur^ 4^s l'année suivante, ses plans indiscrets de réforme ecclésiastique. Me condamnerai-je à suivre le cours de ces iniquités sacrilégea? Montrerai-je un des fils de Marie-Thérèae occupé à détruire pièce à pièce l'édifice tutélaîre de la puissance pontificale dans ses états héréditaires? Qull me soit permis de passer sur ces déplors^Jes détails pour arriver à Tannée 1786, qui fut
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marquée par les plus audacieuses entreprises.' L'ëvêque Ricci avait, dans la semaine sainte, changé la liturgie , en introduisant l'usage de la langue vulgaire pour la célébration de l'office divin. Tous les fidèles avaient murmure. Ricci comprend qu'au milieu d'une population religieuse l'appui du prince est loin de lui suffire. 11 veut revêtir ses attentats de l'approbation du sacerdoce. Il convoque un synode diocésain auquel il invite , outre son clergé , tous les ecclésiastiques des autres diocèses de la Toscane (i). Deux cent dix-huit prêtres se rendent à cette assemblée. Un seul évêque y parait , c'est celui de Colle. Là , Ricci travaille à reconstituer l'Eglise primitive. Il met en avau* deux grands mots, qui devaient, quelques années plus tard , soulever tant de 4ésordres et faire couler tant de sang par toute l'Europe : la liberté, l'égalité. La liberté qu'il proclame est celle des évêques affranchis de l'aut«rité du Saint-Siège : l'égalité qu'il révèle à sefe curés est celle des prêtres avec les
(l) Ce synode, ouvert le 18 septembre i;'86, se termina le a8 du même mois. •
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éyêques , dont ils sont les frères puînés et les coopérateurs. Quant au pape , il ne sera plus autre chose dans TEglise que ce qu'il aurait toujours dû être , un simple pouvoir exécutif dans une démocratie , attendu que la puissance législative réside tout entière dans le clergé. Ricci déclare en conséquence aux ecclésiastiques qui 1 écoutent , que , par lui réintégrés dans toute la dignité du prêtre, dans tous les droits du sacerdoce , ils seront, avec leurs évêques , juges de la foi comme de la discipline. Enfin , pour couronner ce mons- ' trueux ouvrage, Ricci, qui met les curés au niveau des évêques , et les évêques au-dessus du pape , place l'épiscopat en matière purement spirituelle au-dessous du prince. Il veut , par exemple , que les dispenses pour les mariages , que l'Eglise est en possession de donner , ne soient plus démandées au pape , mais accordées par les évêques , en vertu de la faculté qu'Us en auront reçue du prince. Ainsi un évêque catholique renouvelait au dixhuitième siècle les farouches hérésies des presbytériens écossais. Quedis-je? Prôné parles philosophes , il ouvrait la carrière aux scandales que devait donner , quatre ans plus tard ,
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rassemblée constituante de France , par sa monstrueuse constitution du clergé (i).
Les peuples de la Toscane murmurèrent hautement de toutes ces innovations. Léopold ferme l'oreille au ?œu de ses sujets , dont il veut faire des philosophes malgré eux :' pour triompher de toutes les résistances , pour donner plus de solennité aux décrets du synode de Pistoie, il convoque un concile national à Florence (1787). Le haut clergé toscan s'honora dans cette circonstance par. sa conduite courageuse. Sur dix-huit évêques ou archevêques qui s'y rendirent , trois seulement approuvèrent les décrets soumis à leur examen. Le peuple , encouragé par cette opposition imposante ; se porta à des excès condamnables sans doute, mais beaucoup moins que les froides et sacrilèges combinaisons du grandduc et de son évêque. Le palais de Ricci est livré au pillage par la multitude déchaînée; les livres qui composent sa bibliothèque sont brûlés comme hérétiques , et l'image de Ricci
(1) L'évêque Scipion Ricci clait le neveu du dernier général des jésuites.
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lui-même est jetée au milieu des flammes. Le grand-duc semble se complaire à braver TopinioQde son peuple ; il comble Ricci de faveurs pour le venger de la persécution : il le crée intendant-général des biens enlevés aux monastères. Ainsi, c'est un prêtre qui présidait en Toscane à la spoliation du clergé. Prétendant toujours ramener TÉglise à sa simplicité primitive , il dépouille chaque temple de ses ornemens les plus précieux 9 pour n'y laisser qn'un seul autel. Vases sacrés , argenterie , tableaux , tissus magnifiques , tout est enlevé , tout est entassé dans une caisse dite de re/tgiorij et dont le grand-duc dispose : voilà sans doute le secret de l'appui constant que ce prince accordait à Ricci.
Qu'opposa Pie YI à tant de scandaleuses entreprises contre son autorité? Un admirable mélange de modération et de fermeté. Placé entre le danger imminent d'un schisme et la honté-4fe lâches transactions , ce sage pontife sut- éditer ce double écueil. Sa prudence , disons même sa patience , firent , dans un siècle d'incrédulité et de corruption , ce que la fermeté rigoureuse de Grégoire VII avait pu faire dans un temps de barbarîeet d'ignorance ;
et la Toscane ne fut point arrachée à Tautoritë spirituelle du Saint-Siège.
En vain Léopold fit publier (en 1788) les actes du synode de Pistoie et ceux du concile, de Florence, en 1789; en vain voulut-il, par un édit du 20 septembre 1788 , abolir la jurisdiction du nonce du pape dans ses états , les peuples du grand-duché , inviolablement attachés à la foi de leurs pères , ne cessèrent de tourner leurs pensées et leurs vœux vers le Saint-Siège ; et le mépris dans lequel tombent ces iponumens de révolte et d'irréligion , accusera toujours l'inconséquence de leurs auteurs.
Léopold ne cessa de contrister le cœur du saint père tant qu'il régna sur la Toscane. Appelé au trône des Césars par la mort de son frère aîné Joseph II ( 22 février 1 790 ) , il quitta ce duché , laissant une régence investie de son autorité. Ses plans furent abandonnés , ou du moins fsfiblement suivis par les dépositaires de son pouvoir; et , semblable à des pailles fnenues que le vent emporte au loin (1) , les obuvres d'impiété de cet imprudent souveraindîsparurentavec lui. La religion reconquit presqu'aus-
(1) Psalm. 1 fit ti.
sitôt tout ce que Léopold lui avait fait perdre : le clergé reprit son doux et tutélaire empire^ les religieux rentrèrent dans leurs pi(^ asiles, comme on voit revenir au bercail les troupeaux dispersés par Torage. La piété publique releva les autels qu'avait renversés Taudacieux Ricci. Heureuse la Toscane, si ce retour au bien s'était opéré sans aucun mélange de mal ! Mais le désordre était inévitable sous une régence qui , cherchant à ménager tous lès partis , les encourageait par sa faiblesse. L'autorité ne soutenait plus Ricci , mais elle tolérait ses scandaleuses prétentions : elle souffrait encore que cet évêque usurpât en Toscane les attributions du pape , et. qu'il expédiât des dispenses à tous ceux qui s'adressaient à lui. Il était réservé à la sagesse de l'archiduc Ferdinand , fils de Léopold , de rétablir la paix religieuse dans cette belle province et de la réconcilier avec le Saint-Siège. Honneur à ce prinee qui , dans un siècle d'incrédulité , donna au monde le spectacle d'un philosophe clirétien sur le trône !^ Un des premiers actes de son gouvernement fut de forcer Ricci à se démettre de son évêché. Bientôt le sentiment de l'indignation universelle exigea
5o ÉLOGE
que cet évêque fût rélégué dans un couyent pour pleurer ses erreurs , si du moins la grâce d']^*Hautput rendre son cœur orgueilleux accessible au repentir. Pie VI eut touj ours la consolation, de trourer dans le fils de Léopold un des enfanâ les plus respectueux du Saint-Siège. Léopold lui-même, témoin des malheurs dont le triomphe de la philosophie, par la révolution française , menaçait toutes les couronnes de ' TEurope , était revenu à des idées plus saines
et le saint pontife , toujours au-dessus du sentiment des^ injures , entretenait désormais avec le père comme avec le fils les relations les plus amicales.
Pie VI y dès son avènement au trône , n'avait pas rencontré moins de difficulté auprès de l'empereur Joseph II , qui , doué d'un esprit vif et d'un cœur excellent , gâta ces dons précieux par sa légèreté , son entêtement , et surtout par son enthousiasme exclusif pour les idiées nouvelles. Moins sage que Frédéric-le- Grand , Joseph se donna tout entier aux philosophes qull connaissait mal , tandis que le roi de Prusse , qui les connaissait trop bien pour s'y confier , lés avait ralliés à lui sans se donner à eux. Raynal et Voltaire étaient les
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oracles du descendant de tant d'empereurs chrétiens et de son orgueilleux et médiocre ministre ) le comte de Kauniti. Aussi, tajoidis que Frédéric , protestant ^sollicitait une bulle pouJT conserver dans ses états les jésuites » Joseph , catholique , mettait les conditions les plus rigoureuses à l'admissioa des bulles 9 brefs et rescrits du pape dans l'empire. U sécularisait sans distinction le» ordres religieux , et affranchissait le clergé séculier de Tobé* dienee du Saint-Siège. €e monstrueux ou<^ Trage se consommait avec cette faciliflé qat les souTcrains ne rencontrent jamiais pour faii^ le bien. Le système d'insurrection contre l'au* torité pontificale faisait chaque jour de nouveaux progrès en Allemagne. «.To»t évêque y était pape> et le pape n'était phis qu'un » éfêque (^y, f> Le zèle et l'habileté des négociateurs de Pie VI n'avaient rien pu changea au]t dispositions de l'empereur. Auxargumeots de là cour de Rome , pour l'engager à con^ server les couvens , ces fondations vénérables
(1) Cette phpasç est extraite de TouTrage intitulé : Louis XVI détrôné avant d'être roi, par l'abbc Proyarl.
Sa ÉLOGE
du respect et de la munificence de ses prédécesseurs , Joseph opposait l'autorité de Ganganelli 9 qui , en supprimant un ordre aussi puissant et aussi utile que les jésuites , avait prononcé implicitement l'inutilité des autres ordres religieux. Cet argument était embarrassant , et la diplomatie romaine ne pouvait prendre sur elle d'improuver formellement la conduite de Clément XIV , pour appuyer les principes de son successeur. Pendant ces vaines négociations , l'empereur mit le comble aux anxiétés de Pie VI , en lui demandant avec hauteur un induit qui l'autorisât à nommer à tous les évêchés et bénéfices de la Lombardie. Une prétention aussi contraire aux droits dont jouissait l'Eglise depuis tant de siècles ne pouvait être accueillie sans prévarication , ou du moins sans honte , par le Saint-Siège. Répondre par un refus eût été dangereux : Joseph II avait plusieurs fois menacé de se passer du souverain pontife (i) , et
(i) Le cardinal Herzao 9 ministre plénipotentiaire de la cour de Vienne à Rome j avait dit au saint père : « Si votre sainteté n'accorde pas ce que l'empereur lui » demande, qu'elle soit certaine qu'il nommera sans » votre concours à tous les bénéfices de la Lombardie. »
DE PIE YI. 53
Pie VI le connaissait capable d effectuer une pareille menace.
' Dans cette affligeante alternative, quelle âme moins forte que celle du saint pontife n'eût pas été abattue? Tous les conseillers du Saint-Siège étaient muets ;.ils n'apercevaient , dans Tordre politique , aucun moyen de pré- ^ venir entre l'empire et Rome une rupture imminente , si Rome ne consentait pas à s'humilier. Pie VI mit alors toute sa confiance dans la Croix , et le Ciel l'inspira. Résolu de combattre un fils rebelle par les seules armes de la douceur et de la charité chrétiennes , il se persuada qu'il épargnerait de grands maux à l'Eglise, en traitant personnellement aveclefils de la grande et pieuse Marie-Thérèse. Ainsi , contre l'usage constant des papes, qui depuis un temps immémorial n'étaient pas sortis des limites de leurs États , il annonça la détermination de passer les Alpes , et d'aller jusqu'à Vienne.
Qu'elle est noble et touchante la lettre par laquelle Pie VI fit part à l'empereur d'un projet aussi supérieur aux règles de la prudence ordinaire ! Avec quelle force , au sujet delà collation des bénéfices de la Lombardie,
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l'assemblée constituante de France , par sa monstrueuse constitution du clergé (i).
Les peuples de la Toscane murmurèrent hautement de toutes ces innovations. Léopold ferme l'oreille au vœu de ses sujets, dont il veut faire des philosophes malgré eux :' pour triompher de toutes les résistances , pour donner plus de solennité aux décrets du synode de Pistoie, il convoque un concile national à Florence (1787). Le haut clergé toscan s'honora dans cette circonstance par. sa conduite courageuse. Sur dix-huit évêques ou archevêques qui s'y rendirent , trois seulement approuvèrent les décrets soumis à leur examen. Le peuple , encouragé par cette opposition imposante ; se porta à des excès condamnables sans doute ) mais beaucoup moins que les froides et sacrilèges combinaisons du grandduc et de son évêque. Le palais de Ricci est livré au pillage par la multitude déchaînée; les livres qui composent sa bibliothèque sont brûlés comme hérétiques , et l'image de Ricci
(1) L'évêque Scipion Ricci clait le neveu du dernier général des jésuites.
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lui-même est jetée au milieu des flammes. Le grand-duc semble se complaire à braver TopinioQ de son peuple ; il comble Ricci de faveurs pour le venger de la persécution : il le crée intendant-général des biens enlevés aux monastères. Ainsi, c'est un prêtre qui présidait en Toscane à la spoliation du clergé. Prétendant toujours ramener l'Église à sa simplicité primitive , il dépouille chaque temple de ses ornemens les plus précieux , pour n'y laisser qu'un seul autel. Vases sacrés , argenterie , tableaux , tissus magnifiques , tout est enlevé , tout est entassé dans une caisse dite de re/tgion^ et dont le grand-duc dispose : voilà sans doute le secret de l'appui constant que ce prince accordait à Ricci.
Qu'opposa ' Pie YI à tant de scandaleuses entreprises contre son autorité? Un admirable mélange de modération et de fermeté. Placé entre le danger imminent d'un schisme et la honte âe lâches transactions , ce sage pontife sut- éviter ce double écueil. Sa prudence , disons même sa patience , firent , dans un siècle d'incrédulité et de corruption , ce que la fermeté rigoureuse de Grégoire VII avait pu faire dansun temps de barbarieet d'ignorance ;
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l'assemblée constituante de France , par sa monstrueuse constitution du clergé (i).
Les peuples de la Toscane murmurèrent hautement de toutes ces innovations. Léopold ferme l'oreille au ?œu de ses sujets , dont il veut faire des philosophes malgré eux :* pour triompher de toutes les résistances , pour donner plus de solennité aux décrets du synode de Pistoie, il convoque un concile national à Florence (1787). Le haut clergé toscan s'honora dans cette circonstance par. sa conduite courageuse. Sur dix-huit évêques ou archevêques qui s'y rendirent, trois seulement approuvèrent les décrets soumis àleur examen. Le peuple 9 encouragé par cette opposition imposante ; se porta à des excès condamnables sans doute, mais beaucoup moins que les froides et sacrilèges combinaisons du grandduc et de son évéque. Le palais de Ricci est livré au pillage par la multitude déchaînée; les livres qui composent sa bibliothèque sont brûlés comme hérétiques , et l'image de Ricci
(1) L'évêque Scipion Ricci était le neveu du dernier général des jésuites.
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lui-même est jetée au milieu des flammes. Le grand-duc semble se complaire à braver TopînioQd^ son peuple ; U comble Ricci de faveurs pour le venger de la persécution : U le crée intendant-général des biens enlevés aux monastères. Ainsi, c'est un prêtre qui présidait en Toscane à la spoliation du clergé. Prétendant toujours ramener TÉglise à sa simplicité primitive , il dépouille chaque temple de ses ornemens les plus précieux , pour n'y laisser qn'un seul autel. Vases sacrés , argenterie , tableaux , tissus magnifiques , tout est enlevé , tout est entassé dans une caisse dite de religion ^ et dont le grand-duc dispose : voilà sans doute le secret de Tappui constant que ce prince accordait à Ricci.
Qu'opposa ' Pie YI à tant de scandaleuses entreprises contre son autorité? Un admirable mélange de modération et de fermeté. Place entre le danger imminent d'un schisme et la honte '4è lâches transactions , ce sage pontife sut-. éditer ce double écueil. Sa prudence , disons même sa patience, firent, dans un siècle d'incrédulité et de corruption , ce que la fermeté rigoureuse de Grégoire VII avait pu faire dans un temps de barbarîeet d'ignorance ;
» pour les progrès de la foi et du culte divin. » Au reste , nous ne devons pas lui dissimuler » que 4^^^ 1^9 affaires qui intéressent la reli- » gion , et dans lexercice de notre puissance » souveraine ep cette matière , nous ne prenons • aucune résolution qu'après une mûre délibé- » ration , et qu'avec la conscience de suivre les » règles de la raison , de l'équité et de la foi : » aussi nos déteftninations sont- elles si bien » arrêtées , que rien au monde ne pourrait nous » persuader de jamais y renoncer. » Voilà le langage de l'orgueil philosophique : Pie VI nous avait rappelé le langage des apôtres.
La lettre de l'empereur n'ébranla pas plus la résolution du saint vieillard , que les prières de sa famille, ni les jreprésentations de ses cardinaux. £n vain la tendresse inquiète de ses amis le conjurait de ne pas compromettre , par les fatigues d'un long voyage , la durée d'une vie si chère aux Romains. Pie VI était au-dessus des faiblesses de l'âge avancé. En vain des conseillers, sages sans doute selon les desseins des hommes , lui faisaient apercevoir les inconvéniens politiques , et même la honte de sa démarche , si le succès ne venait pas la justifier. Pie en convenait : mais sa grande
âme était inaccesBible au respect humain. « Je » vais à Vienne , disait-il , comme j'irais au » martyre. Nous devons , pour l'intérêt -de la » religion , tout exposer, jusqu'à notre vie. Il » ne nous e^ pas permis de n'avoir que des » soins ordinaires pour le vaisseau de l'Eglise ,
• quand il est assailli par la tempête. Si les » ministres de l'empereur tournent ma dé- » marche en ridicule, comme vous le craignez,
• peu m'importe. Ne savons- nous pas 'que » notre destinée est de paraître insensés pour » Jésus-Christ ? •
Qui ferait à Pie VI l'injure de croire que ces
paroles étaient peu sincères? Le pontife , que
je ne craindrai pas d'appeler l'apôtre du dix-
liuitième siècle , avait-il donc quelque chose
de commun avec ces princes médiocres qui
prennent dans les livres ou composent dans
leur tête des phrases dogmatiques et fières,
pour imposer aux peuples sur la pusillanimité
de leurs actions ? Non! l'héroïsme de Pie VI
ne se bornait pas à de pompeuses déclarations
de devoirs qu'il fût incapable de remplir. La
sincérité de ses dispositions au martyre ,
lors de son départ pour Vienne , était assez
manifeste. Pourquoi prit-il le soin de faire
4o ÉLOGE
son testament et de supprimer la bulle qui porte : Ubi papuj ibi Roma. « Rome est, où » est le pape. » N'était-ce pas afin que le conclave pût se réunir dans la capitale du monde chrétien pour lui donner un successeur, dans le cas où il viendrait à succomber aux fatigues du voyage ou aux chagrins amers que lui préparait sans doute Torgueilleux ministre de Joseph (i) ?
Contemplons, dans la nuit (2) qui précéda son départ , le pontife prosterné devant le tombeau des saints apôtres. Après avoir imploré leur assistance , il célèbre l'office divin. L'hostie sainte brille au milieu des ombres de cet asile de mort : les vœux d'un juste prêt à se dévouer pour le Christ, s'élèvent jusqu'au trône de l'Eternel , et sont favorablement accueillis. Le cœur de Pie VI se sent renaître à l'espérance. Dans son enthousiasme , il croit » entendre tressaillir la cendre de ses saints prédécesseurs ; et , rempli d'une religieuse confiance en la droite du Seigneur, il entonne ,
(1) Le comte de Kaunitz.
(2) La nuit du 26 février ^%2
DE PIE VI. 4i
d'une voix joyeuse et sonore , le cantique du voyageur.
Le lendemain , comme il était sur le point de partir pour aller vaincre les résistances du premier monarque catholique de l'Europe , combien n'eut-il pas lieu d'être touché des tendres adieux et des attentions délicates que lui prodiguèrent les enfans d'une impératrice née hors du sein de l'Église ! Paul de Russie , fils de la grande Catherine , et son épouse , étaient depuis très-peu de jours à Rome. Ils apprirent avec chagrin le départ de sa sainteté, et demandèrent instamment la faveur de lui être présentés avant qu'elle s'éloignât de sa capitale. Pie VI les reçut avec une affection toute paternelle. Ils lui firent accepter deux superbes pelisses pour se garantir des intempéries de l'air pendant un voyage entrepris dans la saison la plus rigoureuse. Le pontife ne put s'empêcher de faire en lui-même un pénible retour sur les procédés bien différens de plusieurs princes catholiques ; et quelques larmes sillonnèrent ses jolies vénérables.
Pourrait-on peindre dignement les regrets d'un peuple immense entourant le char modeste où vient de monter Pie VI , et qui , dans
4a ÉLOGE
quelques instaDS,Ta Fentrainer an loin ,etlai8ser Rome Teuve de son pontife ? Aiec quelle fer- Teur toute la population romaine sollicite une dernière bénédiction ! Arec quel recueillement elle la reçoit ! Mais ce peuple fidèle suit encore loin de ses murs ce père chéri dont il ne peut se séparer. Les mêmes transports d'amour et de vénération doivent accompagner Pie partout où il viendra montrer aux peuples étonnes le vicaire de Jésus-Christ. Partout les habitans des villes et des campagnes accourront de trente et quarante lieues pour contempler ses traits vénérables, pour recevoir ses bénédictions. Les routes seront couvertes d'une foule innombrable , et l'on verra des souverains , confondus avec leurs sujets , grossir le cortège du représentant de ce divin maître , qui est venu sur terre pour le pauvre comme pour le riche (i).
(i) A Imola^ le pieux duc de Parme vint en per^ sonne rendre hommage au souverain pontife. Il baisa la main de sa sainteté , et se retira satisfait. Dans la même ville , Pie VI reçut une députation du roi de Sardaigne , envoyée pour lui transmettre les hommages de ce souverain. Â Gesène ^ le comte de Zambeccari ^
Toutes les villes , sur-tout celle de Venise , firent éclater leur allégresse , les unes par des illuminations , les autres par des processions pompeuses et des chants d'allégresse. Dans tous les lieux où s'arrêtait le voyageur apostolique, soit pour prier devant de saintes reliques (1) , soit pour saluer des lieux marqués par des miracles (2) , soit pour observer quelque monu* ment , soit enfin pour prendre du repos , une inscription en lettres d'or gravée sur le marbre, attestait dès le lendemain le passage du souverain pontife (3).
nommé pléaipotentiaire par le roi d'Espagne pour complimenter sa sainteté , lui remît une lettçe par laquelle Charles ÏII écrivait à Pie VI de sa propre main : « Je porte envie à l'empereur, qui va avoir le bonheur » de vous posséder à Vienne. Je ne désirerais rien tant 9 que de pouvoir jouir d'un pareil bonheur. »
(1) A Tolentino, où reposent les cendres d'un saint en grande vénération dans le pays : saint Nicolas de Tolentino.
(a) I16 saint père^ arrivé à Notre-^Dame de Lorette, fit une station devant l'image révérée de la mère du Christ , et joignit ses dons à ceux des fidèles.
(5) Toutes ces circonstances sont rapportées par un écrivain philosophe dont le témoignage ne peut
Ainsi ce voyage , auquel les ennemis de la religion avaient en quelque sorte forcé le saint père t devient pour elle une occasion de triomphe. Jamais les peuples ne montrèrent plus de dévotion et de ferveur à la vue d'un successeur de saint Pierre , et cet enthousiasme universel fut en cette occurrence la voix du peuple , dont Dieu se sert si souvent pour condamner les fausses mesures des rois et de leurs conseillers.
Subjugué par ces transports inattendus , Joseph II ne songea plus qu'à prodiguer à son vénérable hôte les égards et les homn^ages qu'il lui devait. Pie VI avait résolu de descendre dans la maison du cardinal Garempi ,
être suspect : le marquis de Garaccioli : Vie de l'empereur Joseph JJ j page i4a.
Avant d'arriver à Gesène, lieu de sa naîssaDoe, Pie VI avait à traverser cette rivière si fameuse dans l'histoire de la révolution romaine , le Rubicon , que passa Gésar, comme il marchait contre Rome sa patrie. Ge rapprochement fournit matière à l'allusion la plus ingénieuse en l'honneur de sa sainteté. En voici la pensée : « Gésar passa le Rubicon pour porter la guerre » à Rome ; Pie VI le passe aujourd'hui pour aller offrir » la paix à Gésar. »
son nonce à Vienne , et d'y vivre sans faste , sans suite, et avec toute la simplicité évangélique (1). L'empereur n'y voulut pas consentir; il déclara formellement que le ^ape n'aurait point d'autre habitation dans sa capitale que l'appartement qu'avait occupé Timpératrice sa mère (2).
Mais les attentions souvent délicates, les insignes honneurs dont Joseph combla Pie VI , étaient-ils aussi sincères que les adorations de l'Autriche, qui se porta pour ainsi dire tout entière à Vienne pour voir le saint père. L'affluence était si prodigieuse , que les vivres furent au moment de manquer dans cette capitale. Nuit et jour le Danube était couvert de barques qui amenaient les flots d'un peuple
(1) Parvo utemur apparatu, comitatuque istic in nurt" eiaturœ domo hospltabimur , ad ecclesiasticœ personm modum^ etc. {Brev. 9 febr. 1782.)
(2) Ce fut le 22 mars 1782 que le pape fit son entrée à Vienne. L'empereur était venu à sa rencontre jusqu'à Neukîrken, à quelques lieues de cette capitale. Ils y entrèrent Tun et Tautrc dans la même voiture 9 et toutes les cloches annoncèrent cet(e pompeuse arrivée.
de fidèles empressé de recevoir la bénédiction pontificale (i).
Dieu seul peut lire au fond des cœurs. Gro3rons que le descendant de tant d'empereurs pieux et soumis au Saint-Siège pour le spirituel , ne se faisait pas un jeu hypocrite de la bonne foi parfaite et de l'auguste simplicité du pontife (a). Croyons que lorsque Joseph
(i) Un bon cultivateur allemand était venu de soixante lieues pour voir Pie YI ; en arrivant ^ il se place dans une des salles de Tappartement qu'occupait sa sainteté. Que venez^vous faire ici^ lui demande la garde ? — Je veux voir le pape, — Ce n'est pas ici que vous le verrez , sortez, — tfon pas ; j'attendrai Jusque à ce qu'il paraisse: j'ai du temps s faites , faites ce que vous avez à faire. En disant ces mots, il s'assied et mange son pain tranquillement. Il attendait ainsi depuis quelques heures , lorsque l'empereur , instruit de sa persévérance ^ l'introduisit chez le pape , qui reçut avec affection ce bon paysan^ lui donna sa main à baiser 9 sa bénédiction et une des médailles que sa sainteté avait apportées de Rome.
(2) Ce qui a donné lieu à ces soupçons si peu honorables pour Joseph II ^ ce fut la conduite indécemment arrogante du comte de Kâunitz envers le pape^ et sous les yeux même de l'empereur.
DE PIE YI. 47
eut le bonheur de recevoir de ses mains sacrées le pain des forts , il ressentit tout le prix de cette faveur ineffable , toute la grandeur de Tacte qu'il faisait en présence de Dieu et par Fentremise de celui qui le représente sur la terre.
Mais où m'entraîne un zèle indiscret? Ai-je mission pour élever des questions semblables, moi qui , jeté dans un monde profane , suis étranger au grave ministère qui descend dans les consciences? Indigne panégyriste de Pie VI, ai-je bien pu me permettre de manifester des doutes que ce grand pape a renfermés dans son cœur? A Dieu ne plaise que dans mon en* thousiasme pour le vicaire de Jésus-Christ , faille inconsidérément insulter à la majesté des Césars 1
Des conférences fréquentes et toujours amicales eurent lieu entre les deux souverains concernant les graves objets de leurs contestations. La franchise et la douceur du pontife , son entretien calme , son abord plein de dignité , touchèrent Joseph II , qui ne cessa désormais de prodiguer à la personne de Pie YI des marques de respect et d'affection , lors même qu'il refusait de reconnaître les droits
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de son autorité spirituelle (i). Heureux ce monarque s'il n'eût pas cru pouvoir séparer ainsi l'homine du pontife ! Il n'aurait point , par ses imprudentes réformes religieuses , désolé , poussé à bout les fidèles Brabançons , jusqu'à les forcer , pour sauver la foi de leurs pères , à la révolte qui est toujours criminelle , quelque noble qu'en soit le motif.
Convenons toutefois que le pèlerinage apostolique de Pie VI (2) ne fut pas entièrement perdu pour l'Eglise romaine. Vaincu par l'estime qu'il portait au saint Père, on vit Josephll moins ardent à poursuivre dans ses états de la Lombardie , ses projets contre l'antique et vénérable puissance du Saint-Siège ; et il n'est pas moins certain qu'un grand nombre
(i) La vue du pape m'a fait aimer sa personne j disait souvent Joseph depuis le voyage de Vienne , c*est le meilleur des hommes,
(2) Je me plais à employer cette expression , parce qu'elle est consacrée pour Pie YI. La prophétie attribuée à saint Malachie, archevêque d'Irlande , mais bien certainement composée il y a plus de trois cents ans , désigne ce pontife sous le nom de Peregrinus apostolicus. {Vie de l'empereur Josephll, par CaraccioU, pag. i45.)
de monastères , tant eu Allemagne que dans le Milanais , durent leur conservation à eette déférence personnelle de l'empereur pour 1% pape (i).
Joseph II , soit pour donner au saint père uu gage désintéressé de son affection filiale, soit pour enchaîner Tinvincible résistance, de sa sainteté à ses prétentions injustes ^ remit à Pie VI , pendant son séjour à Vienne, un di-
. (i) Bien que les détails des conférences entre le saint père et Joseph II n'aient pas été rendus publics, on en connaît une p&rticularité trop curieuse pour ne pas la rapporter. Comme Pie VI conjurait paterneile-r ment l'empereur de mettre un terme aux sécularisations religieuses dont il affligeait l'Église et ses sujets , Joseph répondit au pontife : « Je ne fais en cela, trés- » saint-père / que me conformer à l'invitation de votre » prédécesseur; car en supprimant les jésuites , comme » moins utiles que nuisibles dans l'Église, il a plus » qu'équiyalablement prononcé l'inutilité de tous ies • autres religieux. » L'argument était spécieux adressé à un pape. Aussi le pontife , quelque enclin qu'il fût à ménager la mémoire de son prédécesseur , fut réduit à répondre : L'opération dont me parle Sa Majesté fut un scandale dont elle se gardera bien de vouloir faire un mo-^ dèle. Cette anecdote est tirée de l'ouvrage déjà cité de l'abbé Proyart ^ Louis XV J détrôné avant d'être roi,
5o ÉLOGE
plôme de prince de Tempire , destiné au due Braschi. Pie VI avait la plus vive teodresse pour son neveu ; il sut cependant la faire taire, et refusa cette faveur signalée. « Je craindrais , B dit-il , qu'on ne me soupçonnât d'avoir con- » fondu les intérêts de ma famille avec ceux » de ma qualité de pontife ^ qui seule m'a fait » entreprendre ce voyage. » C'est par de semblables traits que ce grand pape laissa, en partant de Vienne , les plus vifs regrets et les plus doux souvenirs.
Admirable pouvoir de la vertu unie à la grâce divine dans une âme pieuse! Un souverain de mœurs pures, que les passions n'entraînent point , mais égaré par .l'orgueil dogmatique et par les systèmes d'une fausse philosophie, Joseph II marchait à grands pas sur les traces de Henri VIII. Si les clefs de Saint-Pierre eussent été entre les mains faibles et imprudentes d'un Clément VII , nul doute que l'Allemagne aurait suivi le sort de l'Angleterre. Mais Pie VI ne voulut pas avoir ce reproche à se faire. Pasteur plein de tendresse et d'indulgence , il allait au-devant de la brebis égarée , il la faisait rentrer au bercail par ses douces exhortations, et ne l'exposait pas, en lui eu
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fsrmant l 'entrée , à la dent meurtrière des loups raTissans.
Ce serait s'imposer une tâche bien monotone que de raconter avec le même détail toutes les tribulations que firent éprouver au saint père les souverains dé l'Italie , qui en cela ne suivaient que l'exemple sacrilège, donné par quelques princes -évéques de l'Allemagne. Parlerai-je d'un duc de Modène , qui , renouvelant les vieilles prétentions de ses ancêtres sur une portion du Ferraroîs , osa en 1784, prendre les armes contre le père eommun des fidèles? Mofftrerai-je le sénat de Venise consommant l'envahissement de plusieurs districts de cette même légation , sécularisant des abbayes , et spoliant les biens du clergé , pour les incorporer à ceux de la noblesse ? Je ne puis du moins passer sous silence ce roi de Naples qui , mené par un intriguant parvenu, le marquis Tanucci(i), voulait enlever au souverain pon|ife la prérogative de
(1) Tanucoi, sous .prétexte d'affranchir son iiiaStre du joug papal , lui en voulait imposer un plus insupportable; cependant il ne réussit qu'iniparîaitement : la liaquenée fut encore présentée en 1778; mais, dit le connétable G donna ^ en témoignage de respect et de dé»
5a ÉLOGE
iiommer aux évêchés et aux bénéfices de son royaume , et prétendait de sa seule autorité , sans aucune intervention de la puissance spirituelle, changer la circonscription de plusieurs diocèses. Il faut bien montrer ce prince assez aveugle pour déchirer le titre primordial de sa royauté , en cherchant à se soustraire à la suzeraineté temporelle du Saint-Siège , qui avait jadis, en vertu du droit féodal et par une légitime dispensation de sa puissance » établi sur le trône de Naples les prédécesseurs de Ferdinand IV. Nouvel Absalon , révolté contre ton père spirituel It ton roi temporel, tes yeux , séduits par les vains prestiges de l'orgueil , n'apercevaient donc pas quels dangers et quels regrets tu te préparais pour un avenir
peu éloigné? Ignorais-tu , ô Ferdinand !
qu'après avoir été un vassal rebelle, tu verrais, par une sévère mais assez juste compensation de la Providence , tes sujets révoltés à leur
votion envers saint Pierre et saint Paul. Pie VI n'était point prévenu de cette innovation dans la formule du serment; mais il avait beaucoup de présence d'esprit; et il en donna la preuve eu répondant avec calme : « Nous » acceptons la haquenéc comme une redevance féo-* 9 dale de la cour de Naples. »
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tour contre toi, et que Tune de tes deux couronnes tomberait aussi dans cette poussière sanglante où la tiare de ton suzerain devait pendant quelque temps paraître enseyelie ?
Cependant Pie VI, employant les anfies d'une patience et d'une douceur invincibles comme sa fermeté , finit par triompher des i]|isolente& prétentions de la cour de Naples. Ce ne fut toutefois qu'après de^ contestations qui durèrent quinze années , intervalle considérable dans la vie humaine (i), mais réellement extraordinaire dans la carrière d'un pontife. La France et l'Espagne interposèrent leur médiation en faveur du Saint-Siège. Ferdinand , guidé par des conseillers plus sages , parut disposé à céder;^ un rapprochement eut lieu entre la cour de Rome et celle de Naples, en l'année 1790. L'hommage de lahaquenée fut converti en un tribut pécuniaire , qui satisfit les deux puissances «(2). La révolution , qui faisait en
(1) Grande humanœ vit(B spatium. (Tacit. )
(2) Le roi et la reine de Naples vinrent à Rome, en 1791 , mettre le dernier sceau à cette réconciliation ^ qui fut très-sincère.
France de rapides progrès, menaçait déjà tous les trônes ; et la flamme de ce grand incendie faisant briller aux yeux stupéfaits des souverains consternés des lueurs nouvelles, les pénétrait d'une salutaire et religieuse terreur , et leur inspirait une politi«[ue à la fois plus noble , plus chrétienne et plus conforme à leurs intérêts.
Admirons Pie YI au milieu de ces négocia* lions si difficiles. Il se résigne , pour éviter un schisme , à faire des sacrifices temporels ^ toutes les fois qu'ils ne compromettent point essentiellement les droits, du Saint-Siège; mais il ne transige jamais sur ce qui concerne le spirituel. Appelé au gouvernail de la barque de saint Pierre , à une époque oà les plus grands talens et les plus grandes vertus n'auraient pulamettre à l'abri des orages , il fut du moins assez heureux pour transmettre à son successeur l'autorité qui lie et délie ^s^us aucune atteinte. Que dis-je heureux!» oui sans doute, selon le Ciel; mais sur la terre, quel étrange bonheur que celui d'un souverain réduit à regarder comme une faveur de la Providence , qu'on veuille bien continuer de reconnaître ses droits !
Qui devait consoler Pie VI de tant d'odieuses tribulations ? N 'était-il donc en Eurofe aucun chef de. nation 9 fidèle aux de* Yoirs d'un vrai catholique , et soumis à Tautorité de l'Eglise? N'en était-il aucun assex sage pour aller au-devant de ce frein salutaire y qui devait paraître d'autant plus respectable aux souverains , que ie peuple dea impies croyait pouvoir le braver sans danger? £n Italie , deux princes seulement donnaient Texemple aux fils les plus respectueux du saint père : c'étaient le roi de Sardaigne , Yiotor Amédée III , dont la famille , par une ttifle alliance avec nos Bourbons , est devenue pour ainsi dire française (1) ; et le doe^ de Parme , qui , élève des philoso-
(1) Tictor Amedée III monta sur le trône en 1775. Soarègne fut heureux et paisible jusqu'en 1790 , qu'éclata la révolution française. Ses deux fiUes épousèrent les deux frères de Louis XYI ; et madame Clotilde , sœur de ces t^oisprinces, épousa Charles Emmanuel lY^ prince de Piémont, qui devait succéder à son père le 16 sepUsiàbrt 1796. Son règne fut assez court et trèsmalheureux. Il abdiqua le 4 juin 18029 en faveur de son frère Victor-Emmanuel V.
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phes (i) , trompa leurs espérances et chercha dans Tautorité spirituelle le seul moyen de prévenir les progrès funestes des doctrines anarchiques parmi le peupla sur lequel Dieu TaVait établi souverain (2).
La religieuse Espagne était gouvernée par le pieux Charles III , et malgré ses préventions contre les jésuites , ce monarque qui se faisait honneur du nom de Catholique, était rempli de déférence pour le souverain pontife et dé zèle pour les intérêts du Saint- Siège. Charles IV , son fils aîné et son successeur (3) , fut aussi l'héritier de sa piété et de ses louables sentimens à l'égard de Pie VI , qui , vivement touché de l'attachement et du père et du' fils , ne parlait jamais qu'avec gratitude de ce qu'il croyait devoir à l'officieuse et puissante entremise de l'Espagne.
(1) Voltaire écrivart le 17 novembre 1760 : « L'Infant » parmesan sera bien entouré ; il aura un Gondillac et » un Leire. Si avec cela il est bigot, il faudra que la » grâce soit forte. »
(2) In unamquamque gentem prœposuit Rectorem,
(EccLi. XVII, ;^ 14.) (5) Il monta sur le trône en 1788.
11 s'en félicitait, et son cœur en concevait quelque joie. Hélas! Pie VI ne se repaissait que d'une illusion flatteuse \ Etrange fatalité , qui en toutes choses le tenait lié sous la puissance de l'injuste et le livrait en la main des impies (1) / Ces deux monarques , dont le cœur était si droit et la bouche si sincère , eurent successivement pour intermédiaire auprès de lui, un homme sans religion et sans conscience. Tout à la fois partisan secret des révolutionnaires et courtisan adroit du clergé , ce ministre infidèle abusait des plus rares talens pour trahir le Saint-Siège , en se donnant le mérite de le servir avec chaleur; et Pie VI , dans la candeur de sa belle âme , ne croyait pouvoir assex lui prodiguer les marques précieuses de sa confiance et de son affection (2) ! . .
(1) Job, c. XYI, Hr la.
(a) Le chevalier Azara : ce fut lui qui dicta une partie des infâmes mémoires déjà cilés sur Pie VI. Gomme lès méchans ne se trahissent mieux 'que quand ils se louent eux-mêmes , on n'a pas besoin d'un autre livre sur ce pontificat , pour être convaincu du rôle double que jouait Azara à la cour de Rome.
£n Portugal , le pontife avait , pendant les trou premières années de son règne , rencontré un ennemi déclaré dans le marqui» de PMftbal , ce fougueux adversaire des ordres monastiques et des prérogatives de l'Eglise. ]>iOQ content d'avoir donné à l'Europe le signal de la persécution contre les jésuites , cette milice avancée du Christ (i), Pombal voulait ravir à la cour de Rome ses droits spirituels sur les états du roi Très-Fidèle. Mais la disgrâce de ce ministre , et bientôt après la mort du faible Joseph P' , sous le nom duquel cet autre Aman avait exercé le plus insolent despotisme , laissèrent une digne servante de.Jésus-^Christ, la reine de Portugal ., libre de réparer les atteintes portées à la religion de ses peuples. Les bords du Tage ne furent plus dès lor§ une terre de persécution pour les hommes voués à la prière et à la solitude ; lés prisons que Pombal avait remplies de saints confesseurs de la foi , furent ouvertes ; le représentant du saint père dans la Lusit^nie , xecouvra tous ses droits • tous
(i) Pombal faisait dans son sens un éloge éclatant des jésuites , en les appelant les grenadiers du fanatisme.
ses honneurs (i) , et les Portugais applaudirent d'autant plus à cette heureuse révolution , que l'humiliation du sacerdoce avait plus affligé leur foi sincère et contrarié leurs pieuses habitudes.
Au milieu des violentes commotions politiques qui devaient consommer sa ruine , la Pologne conservait et même portait jusqu'à l'enthousiasme son attachement à la foi catholique et sa vénération profonde pour le Saint-Siège. Le nonce du pape avait en ce pays une influence immense , et qu'il n'eût pas été prudent de vouloir restreindra ou contester : car cette nation , chez qui l'amour de la liberté avait toujours été inséparable de l'obéissance à Dieu , n'aurait pas souffert qu'on portât la moindre atteinte à une puissance
(1 ) £q 1778 f Pie YI conclut avec la cour de Lisboone un coQCordat en vertu duquel la collation de toutes les prébendes fut partagée entre le Saint-Siège « le gouvernement portugais et les évêques. Plus tard, le siège patriarcal de Lisbonne fut réintégré dans toutes les prérogatives dont Tayait dépouillé Pombal. Les partisans des jésuites furent accueillis. En un mot-, le retour à l'ancien ordre de choses pour les affaires de la religion fut complet.
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qui venait de lui et qui s'exerçait en son nom^ Lç roi Stanislas , indififérent.peut-être , comme homme privé , aux vérités du christianisme , n'était pas , comme souverain , assez aveuglé sur ses intérêts temporels pour ne pas ménager ce que dans sa triste sagesse il pouvait regarder comme les préjugés de son peuple. Convaincu que , pour son autorité chancelante et limitée , l'appui pacifique du Saint-Siège n'était pas moins puissant que les armes de Catherine , il ne négligea aucune occasion de manifester la déférence la plus entière à Pie VI. Les idées nouvelles avaient fait un petit nombre de prosélytes en Pologne : ils eurent l'audace de publier, en 1778 , un projet tendant à soustraire ce royaume à la juridiction du nonce et de la cour de Rome. Ce projet , présenté par Za^ moski , se rattachait à la vaste conspiration que tramait contre toutes les antiques dominations de l'Europe l'illuminisme philosophique ; mais , selon une expression familière à la nouvelle secte, l'heure de la raison n'avait pas encore sonné pour les PolonaijS. La voix du peuple , d'accord avec celle du prince et du clergé, rejeta avec mépris ce code d'irréligion; la diète de 1780 en fit justice; et son
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auteur, en butte à l'indignation de seseonci-^ toyens , alla loin de sa patrie chercher un asile et des encouragemens auprès de Joseph II ^ qui prenait encore pour des lumières les torches incendiaires que l'impiété agitait autour des trônes*
Jamais , sous le pontificat de Pie VI , la Pologne ne s'écarta des voies de cette religieuse obéissance au Saint-Siège; elle y demeura fidèle , même à l'époque funeste où la France , soulevée par des sophistes , donnait à l'Europe alarmée l'exemple du schisme le plus scandaleux. Alors le gouvernement polonais conclut avec le pontife un concordat qui , dans des temps plus heureux , aurait été pour Rome un sujet de triomphe ; mais , Rome pouvaitelle triompher et se réjouir lorsque le plus ancien royaume chrétien semblait renier Jésus-Christ et méconnaître la divine autorité de son Église?
Pour compléter ce tableau des dominations catholiques qui conservaient pieusement les liens sacrés de la soumission au Saint-Siège , fl faut encore nommer la France. Oui , je le proclame comme un témoignage de plus en faveur de la monarchie de saint Louis , autant
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la France , liyi'ée aux révolutionnaires , devait se montrer Tennemie cruelle et perfide de Pie VI , autant on la vit affectionnée à ce digne chef de l'Église , jusqu'au moment où elle cessa d'être fidèle à l'autorité de son roi légitime I
Louis XVI et Pie VI avaient été , à quelques mois d'intervalle , condamnés au malheur de régner (i) ; et ce n'était pas le seul trait de conformité que devaient offri^les destinées de deux souverains entre lesquels la disproportion de l'âge mettait d'ailleurs une si grande distance. Tous deux rencontrèrent , dans la pratique du bien que leur cœur voulait accomplir, des obstacles tels , que la prudence consommée et l'invincible fermeté du vieux pontife échouèrent aussi bien que l'inexpérience et la faiblesse du jeune monarque. Enfin l'un et l'autre devaient périr martyrs de la foi chrétienne et de la cause des rois.
Admirable pouvoir de la foi qui élève l'homme au-dessus de lui-même ! Louis XVI, qui ne sut jamais être roi, quand il fallait dé-
(i) Louis XVI parvint aa trône le lo mai 1774? et Pie VI au pontificat le i4 février 1775.
fendre ^ propre autorité , sut presque tou^ jours l'hêtre, lorsqu'il s'agissait de soutenir la religion. Ni les perfides conseils de ses ministres, ni la fatale influence de Tesprit du si^le , ni les railleries des courtisans , ne purent faire dévier le digne fils de saint Louis de ses obligations religieuses et comme homme priyé , et comme souverain. Plusieurs fois , dans son conseil , il eut occasion de défendre la pureté de la foi et les droits du Saiilt--Siége « attaqués par la philosophie ^ sous le voile de la tolérance : il était seul contre tous | mais pesant lui<-même sa voix ati poids du sanctuaire et de la conscience $ il Savait alors obliger ses ministres à se conformer à ses pieuses intentions. Aussi, tant que Louis XYI fut véritablement roi, tant qu'il n'eut pas prononcé lui-même son abdication en convoquant les états-généraux , le Saint-Siège ne trouva point de protecteur plus zélé , et Pie VI de fils plus respectueux, que ce prince fait pour vivre dans un meilleur siècle.
Le représentant du roi de France auprès du chef de l'Église , était lé cardinal de Bernis , qui , après avoir long-temps mené une vie peu sacerdotale, avait dépouillé le vieil
homme et pris les sentimens d*un vrai chrétien , en revêtant la pourpre romaine. Il mérita, par sa conduite noble et régulière, de devenir Tami de Pie VI , à l'élection dur quel il avait contribué. Et qu'on ne cr^e pas que cette honorable amitié fût le prix de la complaisance et de l'adulation : Pie YI était digne d'entendre la vérité , et il n'accordait sa confiance qu'à ceux qui la lui savaient dire sans détours. De tous les cardinaux, Bernis était celui qu'il consultait de préférence'; et toujours ce prélat, dont l'esprit supérieur avait apprécié le danger des maximes philosophiques et deviné le secret des philosophes, donnait au pontife des avis fermes , modérés , et aussi conformes à la dignité du Saint-Siège qu'à la prudence pour ainsi dire nouvelle , que l'esprit du siècle prescrivait aux têtes couronnées.
L'influence dominante que les sentimens personnels du saint pontife donnaient au cardinal de Bernis sur la cour de Bome » le rendait puissant même dans le conseil de Louis XVI ; et ce parfait accord de la piété du monarque avec l'habileté de son ambassadeur, produisit les plus heureux, fruits, et
soutint rÉglise contre: /leei' cruelles tribulatioiifir quii riaaiiégeaieqt d^ilfiut^ parts. Ainsi , pendant; l$ts- quinze; aniiéjea. iquî: précédèrent le9 orages <te la révolution^ la couronne de France, et le Sjsdnt-Sjiége Arent wdouiç éc)m^%e de jQKUl^ques . de déférQftce; filiale d^uiiç part , et.d'i^lCeotioti patemeÛe. de Faulre. Qui. pseiiait dire^ C0;quiiiOçt adveuK pour l[]|Sglise , à œ^ins d'un mir^ole:, si la Frapçemqptarchique -s'était rangée dès lors au nombre des puisfliancea dont la politique étroite croyait beaucoup gagner en humiliant la tiare ? Mais L^uis XYI ru'était pas un Joseph IL Loin de là l jie.vœu de son cœur fut toujours contraire à toute réforme religieuse non autorisée par le vicaire de, Jé^u£h Christ (i). Pouvait-il être un prince rebelle au
(i) Sa sôùmissioD'Chrétîéâiié'élaît si entière entera le Saint-Siège 5 qu'il ne crut pas humilier sa couronne en demandant au saint père , pour ses troupes en marche > une dispense de faire maigre aux jours prescrits par rÉgUse. :Pie VI voulutbien accojrder la dispense ^ mais, avec quelque restriction. Lpuis XYI reçut le bref sans réclamer : «Il est du devoir du pape , répondit-ii » à. un vieux général qui s'élevait contre. la réserve du » saint père, de soutenir autant qu'il est en lui la dis- » cipline ecclésiastique, comme il.est du nôtre de main-
Saint-Siège , ce monarque qui , prêt & recevoir la couronne dû martyre ^ écrivit dans $(f^ testa- (lient : « Je metird dans l'union de nottts sainte ^ mère l'Église cath(rfique , a(K)Stol{qtie et ro^ "ê lÊMine ) qui tient ses pouvoirs ^ pai^ utte wao- • UMbîoïk non ifttérMttipue , de s«iim Weirre , vàUqUèl JésUs4)hriètl«SÀti0nfiéi»?i^ Uli^|$lr&i(;e '^ùimé de «entimébs A chré^bè iSétïibkit deètîné ii réparer lëâf ittau^t et l«ë de^dales ^« causaient les impmdettles réfoftVied de tùMph IL Troj^ charitable pOu^ se peitnettre âëblftmèrhaAVMaeât la edndaite de Milb^au-^ frète j Louis XTÏ ne le condamné jamais que pair séÈ sâintf) ekéthplès. Il ës^uyigkft h^ pleurs d«ë vierges itlttO(3ê^tès que Tinto^ràMè phi- Ittis&pkie de r^tUperéUr condamnait à lâttguîir sans asile et sans pain , parce qu'elles avaient r^liisé de trahi? lem^s sernaiens. Soo trésar par*
kteoiïr la disoiplioe lâiKtliire. » VMàét ibsista. -«Totti ée réduit m à sayoit, rëj^artft XoufeXVl» si tt'Jéafds-^Ghrist a <h)titié à l'Églidé le j^VMt* de cotti* Il mander à delil9hfa!fiè y et à taut-K>i Tordre de lai obéir. V N« savet-VoiM^as éfêé dans rÉvangile^ JèMS-^hri»C n dit <^4ae part t ^à»àêitii ftii H^é^^^e pês e Église r»4^ être régûrié b^min» w^pàUn ?, Et)^ nl^ett tiew^Ui. »
ticulier fourDiâsait à lears besoins modestes ; et sa volonté royale 9 en leur oàf rant les mo^ nastères de la France, rendait; ce» intércfti^. santés victimes .aux pieuse» dovweurs d'une retraite qu'on leur avait raviediiosleuf térm natale (i)» < .'■ . : ^ . ^
Senisible à de si noblei^ procédés, le.dsûïlt vieillard y doxït le cœur 'était tout frànfmk (s) y affi^tîonnait singulièrement le jeune monaor^ que , et les sentêasens qu'il portait à Louis XVI s'étendaient sur toute ia France , pour laqudite il adressait chaque jour au Ciel des prières léru ventes ^ mai« que le Ciel ne devait pas etstu^ cer. Le triomphe d'une fausse plïilosopfaie ^ mère de tous les crimes , avait comblé la me-* sure des iniquités , et forcé le Seigneur de re^
iiM I rf ■*
(1) fie VI félicita Louis XVI par un Jbjcef sur ce que^ t de son propre mouvement et san^flJF être soltiôitè > que par son cœur vertueux , il se déclarait le patrott » générsoï de la justice persécutée. »
(a) Le cardinal de Bemis, en annonçant à la cour de Fraaœ l'élection de Pie VI ^ avait dit : Bnuehi a U wwr tout français. Pie VI disait souvent par la suite à Berois : « C'est en France seulement qu'on sait bien ce * que c'est qu'un pape : partout ailleurs c'est trop ou
»:tlK)f pé*. »
tirer sa main de dessus une nation qui prélu-»' dtfit au régicide et au massacre des prêtres , par tous les écarts de l'impiété.
• ' * Pour ■ compléter cette revue . de l'Europe chrétienne 3 me reste à parler des hommages éclatans que des princes nés hors du: sein- de l*É^se prodiguèrent à la personne dé Pie YI y etiii^ême à son autorité pontificale*. Je rais donc faire rougir le front des vrais catholiques éii ]4ur montrant que la politicpie d'aucun souverain orthodoxe ne fut* aussi bien entendue , auâsi libérale envers le Saint-Siège, que celle d 'im Frédéric de Prusse, d'une Catherine de Rusisie et d'un Gustave de Suède.
- , Digne héritier des .vertus de Gustave-Adolphe, comme lui magnanime, vaillant, et sincèrement religieux , même au sein de l'erreur , si Gustave III eut peu de relations politiques avec le Said^|j£iége , les marques de respect et d'i^fl[ection dont il se montra prodigue envers Pie yi , n'en furent que plus touchantes. Un édit très^avorable aux catholiques avait fait connaître lès^ bien veillantes dispositions de ce
)fntLçe pour l'Église véritable (i). Bientôt il
(i) Â Toccasion de cet édit, il fit écrire au pape que
vînt rendre en personne M^itoinmages an vénérable pontife ; et la piésetKié à Hoxàe (1 ) d'un monarque né sur. lés bords glac^ du lae Mêler, fiit, par les merveilleuses circonstances qui raccompagnèrent, Un sujette jubilation non moins que d'étonnement pour les âmes pieuses. En voyant des rois franchir ainsi det distances si prodigieuses pour Visiter le buo^ cesseur des apôtres , les iidèles appliquaient au saint père ces paroles de l'Écriture : It vini des gens de tous les pays pour entendre là sagesse de Sahmon (2). La. peinture' consacra la première entrevue du roi de Suède avec Pie VI , dans le Muséum dont ce p^ape était le créateur. Les fidèles purent contempler , sôus les voûtes sacrées de la basilique de Saint- Pierre , le chef d'une nation hérétique assistatqt pieusement à l'office célébré parle chef de VÈ* glise ; ils recudUirent les paroles par lesquellcni Gustave semblait promettre à Rome une
t le style de cet èdit était adapté à Tesprit du pmple » suédois > mais que les statuts étaient conformes à » l'esprit de la tolérance la plus douce.
(1) En 1783.
(a) Reg. lib. III, cap. YI, f. 54-
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nouTelle conquête dans l'illustre maUoQ de Yjabsa (i) ; etlaireligion se crut ua moment au îour de0 cobveratoba miraculeuses. JËn «ffet 9 1b esDur du héros fut frappé comme d'uQ irajon dliiin pas ilmpioaaiite majesté que déploifait Pie ¥1 i raotaçl ; le bandeau de l'erreur se dértacha pendaut un) instant de ses yeux ; sa langue sçidélia pouif lawér^téi^.et il rendit témoignage à:U spule ^religion véritable, plaignant les pmteatanA de d'être priréa de la poœp«i de afes eéréiomiies^ji^ Ptiiaque la religion es^^rai^ , ff'tfféoiia'f't^^ pûisqa'ellls «st ftécesa^ faut arbien l'entouiper de tout ce qui peutla:9endre n^aiùguste et imposante. » EnAn Crust^i^e ne quitta pas Rome «ans aroir donné. ( .entendre ^'il nieriendftitSl. pbur la religion eatholique qfwlque chosb dé phis qu'un protefiteur (fl) ytx liÈiâl fidèles.^ pledpsid'admiration.pûur lacour dblitejdu moparque (suédois , ùompaïajept lès
(i) 411usion à la conyersion de Christine ^ reine de Sûède^Pk fille de G ustaye- Adolphe.
t.ujfl^hb^cê^edjnA àatapâllî > comme icbafàa blrpropalanAsi loi syaati.ftSiiKiigDÀ sa>reGopnaisfaQca poiup la bienveillance qu!il «dcord^t .au-cathalicfucis dai^ aea états : Si Dieu y répondît-il ^ prolonge mili'>9wMiei ipes jours , y espère faire encore. Quelque ch(m «te mi^ua»
DE PIE VI. yi
paroji^ qiiifU .avait teniifi» %i» diBcoura qu'an dmmf3^%hjmn6 de Sa]i048akMPaiii i Héur^m
^eaa^ijfidâontévousl HeweiW^Q9^MmUeun qui.
JaguâfMt tpuj(kur$ de vqtre préi$nee tt qui écou^
:Tan<)ii;: que^malgtéi^Ja piété dneère de I/QuifiLS:¥t)lt40:€lbaties m, l^a oour s de France et d'Espagafi croyaient dewîamns cesse obsé^ derPie YldosidaiAnes que leur causait encore le colosse jésuitique dispersé , mais non pas. anéwti , Eré^éric et Catherine en recueil'laienkavecfaipressement les vénérables débris. Aipsi îVais princesse scbispiatique , un roi pEôtei^aiit , LÔncrédules peutr-étre tous deux , cùnseiifèrent à Jésus-KChiist ses plus vaillans soldats; auSaintrfiîége^ des ganlieas qui n'eussent famais dû eésaeride. veiller pouil sa sûreté; aux rois, les seuls jsujets eapablesde lutter atec succèseontce les nuMses révolutionnaiie|;^enfinanD peuple fies seuls instituteurs en état de concilier, avec les bases immuables de la f(M^ un; enseigpement toujours. assorti aux fciiniètes et au^c besoins du siècle. Pour expliquer ce pbéHoaiÂne politique, au lieu de
miiÊ^0lm^i^Ê^^m,Jmmmmmt^immmmmt^mumf^mÊ^mmm>^i»'m,m»mmmmr^^
(i) ftég. lib. m, cap. ÏXyfS,
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mliumilier devant les impénétrables décrets de la Providence , icbiterai-je la ndicule suffis sauce de ceux qui viendraient nous rédire ici cette réflexion dont la philosophie a fait une sorte d'axiome : « Les souverains du Nord n'accordèrent protection' aux jésuites, que pour le plaisir deprouver queles dangers où les craintes qui avaient forcé les princes catholiques à expulser cet ordre trop puissant , ne pouvaieint les atteindre eux-mêmes* • Ah ! pour Thonneur de la sagesse humaine , c(u 'on né peut cefiuse'r à Catherine et à Frédéric d'avoir, possédée âd plus haut degré ; je voudrais expliquer autrement leur conduite. Non, cei&^^tait pas d'après d'aussi misérables considérations que se déterminaient, daûsd'aussi grande&affiaicés, les deux souverains les plus distingués dé L'Eu-^ rope par leurs luîEnières , et par leùc talent pour la conduite des hommes^ Catherine «t Frédéric ' eûsBbnt-iis même étéicathoUqiiés^ ne se seraient jamais,' au dix-huitième siècle ^ avisés de redouter les jésuites ; ornais "àj eux seuls et non pas à des princes/mlédiocres , il eÀt toujours appartenu. d'apprécieniti^ute Futilité de cet ordre; eux seuls eussent été dignes de se servir , sans cramdce d'e» être
siccablés , d'un si puissant moyen de gouvernement.
Pîe VI, qui possédait aussi Tait de gouverner^ ne pensait pas autrement au sujet de cet ordre célèbre; et «on caractère de prêtre ajoutait encore aux motifs :puissans jque , <;omme prince temporel il ayait pour être bien dis-< posé en leur fayeur. Mais en recevait la tiare, le Successeur de Ganganelli avait recueiHi le. funeste héritage de la persécution cofiEitnencée coiStre les jésuites dispersés. Bràsohi, simple cardinal, avait pu faire entendre set vœuxpour la conservation de leur société ; il avait pu recueillir dans son palais quelques soldats de Jésus désormais sans asile ; mais devenu sôùveràin pont(fe , sa bienveillance deVait se borniçrà faire cesser dansTEtat romjainli^s rigueurs odieuses qu'oin exerçait contre ewQ.Asisez puissant pour protéger les individus, il- n'avait pas. le pouvoir de prendre aucune mesure en favéuip de Tordre entier : les cours de France, d'Autriche et d^spagneneràuraient pas souffert; et si Pie YI, ne prenant conseil que de ses sei]^timens ^t \ de sa prévoyance personnelle}., avait méconnu le vœu unanime :dea cQuronneSj catholiques, que de maux n'auraient pas, rdès
son avénegaeat , aasailU la barque de âaint Pierre! Sans doute ( et plu», d'une fois U.eut lieud'en exprimer la craii^te) quelque sduLsiue nouveau aérait ;fenu ajouter à Xow les «cao-^ dales du dix-huîtième siècle.
Qu*ellef utgrwde la perplexité dans laqu^Ua se trouva )eté;Pie VI quaud les cours de Berlin et de SaixKt-Pétersbourg , le soUicitèrènt pour quedes jéauite^ qui trouvaient au sein de leurs étatA \m |>ort aa^uré contre le^ orages de la perr séoutlon 9 purent continuer d-y vivre seJU)n leurs statuts {%) ! Catherine allait plus Imk :
(i) Frë4.ërio s'exprîmçdt ajinsî 4^03 VRÇ de se» lettres au sujet d^ jésuites : « J'ai parmi mes sujets un mil- » lion et demi de catholiques. Il m'importe qu'ils spient » éleyés sagement et uniforméndient dans la religion de «leurs pères, héi Jésuites ont fait leofs preuves quant » à leur talent pour- Pédueadon ; ce n'est qu'en viv-aat » m Qorpiiqpr'îU peuvent r^m]^r CQpveqai)lem69il ioette » tâ<?be« ils vivront <^ono ainsi , S4uf à se snoip^t^rie » d'ailleurs aux Ipjis ^oclésiastlqMes gue h pape ingm » à propos de Jeur prescrire. »
« Je puis bien , » écrivait-il ed Ï779 â' TéTôquè dé Oulm, dahsle diocèse duquel dek'jéstAtes Vêtàfent ètMis y é\é piiis4>îen -sacrifier aux désfirs du papeleùr • nom et l^ur'hai^lt Vtaaais pour réèssiitlel ds l^riosli-
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no9 <:9iMmte de ^NTOt^r Jbs. Testes de leur 9^Qiété%,i^ rmkit h peqpiétMc daos Isa KwsW.» JBUe demandait am Saint-Père une buUe pour q^'i] fût permiR à cei reUgieux de
» tut , îl/aut <ju'il reste InXac^et sur le mêjne pied qu'en » Silésîe , afin de faroriser la formation de la jeuaésse » confiée à leurs soins.. »
Une autre' fois te minae prinoe disafi : « (>n voudrait » me faire craindre les jésuites parée -q^îb sont les n fidèles «oldalB 4u ^apé : c^est prédbfoiest ce qui me » les rflud reoc^ii^iaiidi^les ; ciur j -aiff (» aMm le pape , » quoique |e eois soa cr^commuxûë ; et ^'i| pae prenait B.eqYÎe de suiyre une religion^ je n'en Ypudraîs point » d'autre que la sienne. »
a En yain , dit l'abbé Proyart dans l'ourrage déjà cité f Voltaire et Dalembert machinèrent-ils contre la résolution dtiJDonarqiie t tout eft Tqu'tb.pMitnt o|>tenir ^e lui fui mi* forte ^'aj^logia daoettt faib|esae rojaliste, et i'anuideaiiiiotîff ioléMiaséê^qpii déterminaient 4a proteetioa qu'il continuait à la société, c J'ai con*- » awtè cet Qrdffe, 4lt-'Ui tant bien que mal» tout hérè- « tîqu« que je siiiis H pmi^ encart kieréduU» On ne trouve > dans nos oootréea auc^n oatholique lettré » :si oe n'est *» p«rmi ks |éaintes ) n^oi n^eoiona persomie capable de « tenir lea claases. // fnUuU doute eonserver des jésukeB » pu laîaaer périr toutes les éooles. » (teiire du 18 novembre 17^7. ) '
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y6 ÉLOGE
ïecevoîr des uoyices. Pie VI , obligé de rèsister à des yoèux que son cteur partageait en secret^ s'acquitta de ce pénible devoir ayec ménagement y mais avec loyauté; et d'heureuses transactions , en assurant aux jésuites adoptés par la Russie et par la Prusse une existence convenable , mirent le sceau à la bonne intelligence entre un pontife saintement politique et les deux plus grands monarques du JNord.
C'est ici qu'il est permis de louer cette auguste impératrice dont un des vœux les plus chers était d'arriver à là réunion tant désirée entre l'église grecque et l'église romaine (i).
(i) M. Gastera, êcri?ain dont le iémoigoage à cet égard ne peut être suspect , donne des dêtaib curieux sur les relations de .Gatherine II avec Pie YI. « Kle permit, dit-il^ l'établissement d'un séminaire de jésuites dont la direction fut confiée au père Gabriel DenkiewitK, nommé vicaîre-génénd de son ordre. Benilawski fut bientôt envoyé à Rome ( 1785) en qualité de ministre de la cour de Russie. En demandant à Pie YI le rétablissement de la société des jésuites » il lui remit de la part de l'impératrice une lettre que, par égard pour les chrétiens grecs , elle désavoua dans la
L*admiration de Catherine pour les éminentes qualités de Pie YI, allait jusqu'à Tenthousiasme ; et si par caractère , le roi de Prusse n*était pas susceptible de sentimens bien exal^ tés , son estime pour le saint père n'en était par moins profonde. Il lui manifesta le plus
gazette de Pétersbourg, mais qui n'en était pas moins écrite de sa main. En voici quelques fragmens i
« Je sais que votre sainteté est très<-embarrassée ; 9 mais la crainte convient mal à votre caractère. Votre t dignité ne peut point s'accorder avec la politique 9 » toutes les fois que la politique blesse la religion. Les 9 motifs d'après lesquels j'accorde ma protection aux » jésuites, sont fondés sur la raison et sur la justice, » ainsi que sur l'espoir qu'ils seront utiles à mes états, » Cette troupe d'hommes paisibles et innocens vivra » dans mon empire , parce que de toutes les sociétés 9 catholiques 9 c'est la plus propre à instruire mes sujets » et à leur inspirer des sentimens d'humanité et les vrais « principes de la religion chrétienne. Je suis résolue de Il soutenir ces prêtres contre quelque puissance que ce 9 soit; et, en cela, je ne fais que remplir mon devoir , > puisque je suis leur souveraine, et que je les regarde
» comme des sujets fidèles, utiles et innocens Qui
» sait si la Providence ne veut pas faire de ces hommes » pieux ks instrumens de l'union si long-temps dé* 9 sirée entre l'église grecque et la romaine ? Que votre
^s Aloge '
tendre intérêt lorsqu'il le vit plongé dans la douleur et dan^ l'anxiété à cause des réformes
» sainteté bannisse toute crainte, car je soutiendrai de » toot mon pouToir les droits que tous aret reçus de » Jésas-Càrist. » {BlsMre de Cûtherbwll , hnpératrke de Russie s toni. III , pag. 109 et suh. )
Une autre lettre de Catherine , qu'elle écrivit de sa propre maiài et dont )'ai en ce moment une eopie aa^ thentîque , n'est pas voê monument mmos remarquable des sentimens de cette princesse pdir leMotypère. En Tokî quelques passages :
«Nous sommes «ensîbles 5 dit--efe; à l'intention où » T4»us êtes d-eiiTOyer à notre cour un ministre 9 et nous » 1(B regardons comme nne preuve non équivoque de » totre disposition pleine d*amitîé pour non», et nous » vous en marquons 9 ô paissûnt prinee / notre recon- » naissance ausfti vive qu'elle est sincère ; et nous vxmis » priohs d'être persuadé des sentimens réciproques que » nous avons 9 et de la disposition où nous sommes de » vous complaire, tant que nous pourrons, dam les t démandes que vous nous ferez aussi. Le ministre que i vous nous envoyez jouira dans notre cont de tonties » lès distinctions que nous sommes accoutumées d*ae-^ » corder aux ambiaissadeurs et ministres des têtes cou- * ronnées.
tf Sa mission sera doublement bien reçue, et parce » qu'il sera témbin de la parfaite liberté dont fouit TÉ- » glise romaine, sous notre protection, dans tout notre
de Joseph II, doBi U était te p^mter à blâmer l'indiâcràtioa et riaopportunit^ i ) . Aêsez mal-
« emj^ire^ et t>arce qu^elle sera tiùe pretttQ des égards 9 particuliers quâ ttouis kt^ifbé pûfa^ tûs éknkieàteB qitlh » lîtés.
» Enfin nous unissons nos y«bux à notre J&gUse orllio- » doxe pour la* réunion de tous les adorateurs do Dieu » tout-puissant.
» Donné dans notre ifèsidence de Saint-Pierre i le » i^iûai-àijSS.
(i) <tCe<|Uî me fâche, écdVâit Frédérid à Dtdembert, > ô'est que les oontrarîétés qu'éprouye aujoufdliui l'É* » glise, n'aient pas eu lieu sous les papes qui méritaient » d'être humiliés , et qu'elles atteignent précisément 9 rhonnête Braschî y qui a défiriché les marais pontins. >
Telle était chez Joseph II la manie de réforme dans les àâaires de l'ËglIde , qu^fl descendait jusqu'aux détaiU les plus mfnutieut dé k diseipKne et de iaifturgie. Il diâfèbdit datis le» égliéfirs tout autre insmiment que 4'orgae ; il défendit de se serTir de rosteosoif pottir donner la hénédiction du Sainte Sacrement ^ excepté dans telle ou telle Église, tels ou tels jours. D'après lui, les couyens né deyaient se seryir que du ciboire. Le roi de t'riisse ayant eu connaissance de cette singulière loi , n'appelait plus Joseph II que mon frère le sacristain^ et c'est ainsi qu'un prince catholique, selon la remarque d'un écrivain religieux, deyenait la risée d'un protestant.
8o ÉLOGE
heureux, malgré tout son génie, pourse laisser séduire par les fausses lueurs de rincrédulité, il avouait que Taffection qu'il avait pour le vertueux pontife lui faisait aimer la religion; et que $ 'il lui prenait em>ie d'en suivre une , il n*en auruit pas d'autre que la sienne (i).
Gardons-nous bien de penser que ces relations entre Pie YI et les hautes puissances du Nord , eussent rien qui de leur part ressemblât à du patronage. C'était d'égal à égal qu'elles traitaient avec le successeur de saint Pierre, et Catherine se plaisait à le qualifier de puissant prince. Quelle faveur, en effet Pie VI avait-il à attendre de la Prusse et de la Russie? De lui au contraire ces deux couronnes devaient obtenir une distinction signalée , et qui depuis long-temps faisait l'objet de leur ambition. Jusqu'alors le roi de Prusse n'avait été que l'électeur de Brandebourg, aux yeux du Saint-Siège , qui n'avait pas encore reconnu cdmme empereur l'autocrate de Russie. La première fois que Pie VI adressa à Catherine un de ses brefs apostoli-
(i) Voyez la note pag. ^5, ci-dessus.
DE PIE YI. 81
<]ues, il la qualifia de ma jesté impériale. Pou* ^ait-il faire moins pour une souveraine aussi eaipressée de protéger les catholiques, etquine suscita au chef de réglîse deJésus-Christ quelqu'embarras passager que par Texcès de sa libéralité envers eux? Quant à Frédéric, la reconnaissance de son titre de roi fut, pour lui, l'objet d une négociation auprès de la cour de Kome (i). PieYI, mit un empressement affec* tueux à accorder à ce grand roi une faveur qui les honoraittous deux,et qui nepouvaitqu'augmenter la considération dont le monarque prussien jouissait auprès de ses sujets catholiques. En conférant ces titi-es souverains 9 le pontife n'était pas assez aveuglepoursearoiri^ au siècle où les papes dispensaient tes -eouronnes ; mais au moins tt donnait au dhir
liuitième siècle une grande leçon de tolérance» Si la foitune des Grégoire YII et des A|e)i;anr dre III (a) ne fut point le pairta^ge de Pie VL,
iH :i
(1) Pendant que Pie VI se trouvait à Vienne, Frédéric envoya auprès de lui, pour cet objet, le baron de Hiedesel. - -
(a) Alexandre III fut le pontife qui humilia Tempexeur Frédéric I", Barberousse.
8a ÉLOGE
une gloire plus précieuse que toutes les conquêtes politiques lui était réservée. Conciliant et modéré au sein de la prospérité , ce saint yieillard devait , au moment des orages quL accablèrent toutes les dominations chrétiennes , montrer aux faibles monarques de l'Eu-^ rope comment un souverain s'ens«velit sou» les débris de son trône, plutôt que de se désho— norer par de lâches et inutiles transàc^ons.
Mais ayant de m'engagerdamte récitde ce» épouvantables catastrophes qui remplirent û& désolation le temple du Seigneur^ un tableaui. consolant doit m'occuper. Je vais montrer 9 dans Pie YI , le monarque de Rome se livrant: aux soins patemdB de son gouverneinent.
Maître d'un empire territorial «irès^resserré ^ d &'en fit pas moins pour ses peuples tout ce qiï'un grand prince est capable de eonce^ y<^ir et d'exéeûter^ D&ùs d'autres te^s il avait montré ^ comme adidinistraleur du trésor de l'Église (1)9 une rigueur inflexible envers les
(1) « Son intégrité dans la charge de trésoriéf l'avAJt souvent fiorté â méodiMeiiter d'arides ^dttortîaajbâ, en différant d'acquitter des ordonnances de litvéÙRS. pécu-
préTarîcateurs, C'est par de nouveaux actes de cette séyërité qoi est toujours uii bienfait pour les peuples , i{ne Sl^aâchi dIeVenu pape deyait atmoncér tMite la t^Ianee d*aki Trai pasteut de l'Eglise. Le gi^tivet^âtur de Homte (t) n'avait montré daris ta rëpressicYi des désordres pubKcs que û$ttB Iftehe mttl^ lesse >qûi rend un magistrat «n quelqfil^f sorte ^tfapliêé dès délits i}tlir^Mt thà^ de prërenîr «et de châtier. Pie TI le'i^W-^
niaires qu'ils avalent extorquée» de ^lH>Até.dM4ifpf »<$^ yerement résçirvé dans la distribution des fonds» qui lui étaient confiés , il voulait auparavant éclairer le pontife sût f tbréptiôti ôïï là lùbtepttôiï (ite bés actes '^è ^nérosîfé i ^t^%<5«rt^t U kis fàisfMî^S^éh ta ^fdité des acmbitleujif toujottri fortèaMlesdMsriâlH^, mancDUvra poqr^ dé|Mir^sw,4'llQ trésorier sj floheox pour elle; et , comme cette charge conduisait immédiatement au cardinalat, ce furent eux-mêmes qui , en vantant éttrà^faâl^emetiiie^îrèÂiis de' B ^ pro-
voquèreùt fe phï^ ardemttièM CÎihkïliht XlV à rétéVèr à cette dighité* en récôhipenSe de ^a gisstfon fihandfètie , se flattant intérieurement , non sans causé , que la' ti'ésorerie tônofbéraîten des maîns pltià faicîles. i» (Les Martyrs (te la Fôiî par M. l'Mé Gaiitbfk , tom. tV.) (ij Monsignor Potenziani.
maDda sévèreoieot : il priva de sa place et condamna à une forte amende le préfet de iAnnow^iy^ qui n'avait pa3 rempli avec intégfjit^ l'importante fonction de pourvoir à la subsistance du peuple romain* Il dépouilla de leurs emplois tous ceux qui les avaient acqjii^ par des n^oyens illégitimes:, et supprima 4§^.pensiQps açQordéea à Tintrigue {2)^ C'était pe\i4'^loigner ou de châtier des^itonçtiosinaires infidèles ou négligens, il fallaifjes; remplacer par des hommes probes et habiles : Pie YI fut assez heureux pour ne se tromper que rarei«èiït dans s^ès choix. - --^
A'cçs justes rigueurs, Pie .VI mêla des spin3 plus doux :..fl fit cUstrjbi^er d'abondantes aumônes; il recueillit dans Rome une femme accablée sous l'ô (>oids de l'âge. >êrt qui avait eu soin de son enfonce; et dans la première
, (1) lloDsigQor^Iïicola9 Bischi. L^ préfet de TÀDiione étaU à la tête des 8ub9istances de toul; l'éjtat, ecclésiastiques (excepté 4cs trois légatioos , celles de Bologne , de l^'errare etj4'Ûrtin),
(2) Les saounes qu'il fit rentrer dans le. trésor par ces mesures fero^e^ ji.se montaient à ^,000, écus romains chaque année.
distribution qu'il fit des grâces ecclésiastiques , il dotina la préférence aux prélats les moins riches et les moins protégés^ C^ )• '
Clément XIY , son prédécesseur , malgré ra£Eectation d'une grande simplicité s'était mOnti^ fort absolu dans ses: volontés. Ayare de sa confiance , il s'était habiHiellement dis** pensé de consulter sur les affaires de l'Eglise les cardinaux (2) , ses conseillers nécessaires , et qui, selon que l'indique leur titre, ne sont autre chose que les gonds sur Usquek doit roUf- 1er le gouvernail de ta barque de saint Pierre. A son avènement Pie YI promit aux membres du sacré collège de leur demander en toute occasion le concours et de leurs lumières et de leur expérience (3) ; et jamais , pendant le
(1) On raconte le même trait de Louis XYI.
(2) Il ne consulta point le sacré collège pour la bulle de suppression des jésuites.
(3) Après la cérémonie que Ton appelle de Tadoration , il embrassa le cardinal de Bernis a?ec une affectueuse tendresse , et lui dît : Je vous dois ce fardeau ; vous me devez des conseils pour m* aider à le supporter. — II dit au cardinal de Conti : Si le changement que j'éprouve dans ma fortune n'en apporte aucun dans vos dispositions , nous ne cesserons point d'être amis, — Au
cours d un long règne, l'habitude du pouvoir ne put vaincre son humilité et le rendre infidèle à cet engagement.
J'entends ici un de ces sophistes qui croient peu à la vertu s'écrier : Mais quel esâi le souverain qui n'a pas débuté comme Pie¥I (i)? Bans un nouvel ordre de choses , quel est l'homme qui me se plaît à donner et à concevoir de belles espérances ? Malheur à ceux qui n'écrivent Thistoire que pour calomnier l'espèce humaine! Us ne voient^ dans une bonne action que le motif honteux qui pourrait la souiller. Mais commen leur fureur de dénigrement n'a-t-elle pas et désarmée par la vertu constante et uniforme du saint pontife? Depuis le premier four d^ son pontificat jusqu'au dernier, n'a-t-il pas été toujours le même : humain, tempérant ,
cardioal Marc-Antoioe Colonoa : Si le sacré collège nous eât rendu Justice à l'un et à l'autre, vous seriez à ma plofiê, — Au Cardinal Pallaviccini : C'est votre excessive modestie qui m'a placé la tiare sur la tête. — Au cardioal Njegrooi 2 Vous aviez le %<»a des couronnes et le mien,
(1 ) Voyez les mémoires hisl^oriques et pbiU>sopbique^ déjà cUés.
appliqué aux affaires ^ calme et serein dan A la bonne comme dans la mauvaise fortune ? Qu'on me cite quels furent ses faiblesses ou ses traven»? Quels favoris oBt régné sous son nom? Loin de là, Pie YI a métité un éloge que rhistoire a décerné au plus sage de nos rois (1) : jamais prince ne se plut tant à demander toaseil et ne se laissa moins gouvernera fixemplaim^évangélique dafts tous les momeas de sa vie 9 il se se permettait pas les divertissemeiis même les plus innoeens. Tout son temps se partageait entre ses devoirs reli^eux, les soins^de son gouvernement , sa bibliothèque, et le muséum qu'il embellissait chaque jour. Toujours occupé des plus hautes pensées , il jfoyait jusqu'à cea récréations honnêtes par lesquelles les hommes les plus graves interrompent leurs travaux et s'interdisait les conversations inutiles , les promenades et les loisirs de la campagne (2).
Sous un tel chef, l'état de l'Église prit
(1) Charles V, suroommé le Sage.
(a) Les Mémoires historiques déjà cités rendent à Pie YI ce même témoignage. (Voyeztom.I*", pag. lai
el suiv. )
bientôt une face nouvelle : toutes les parties de Tadministration se ranimèrent, et les abus disparurent. Heureux, par les soins du saint pojntife 9 les Romains ne pouvaient se lasser d'admirer la vigueur et Tactivité de sa verte vieillesse i les forces de Pie YI pour faire le bien semblaient être immortelles, (i).
Et c'est ici le lieu de remarquer le caractère particulier du gouvernement pontifical. Rien ne ressemblait plus à radministration^ potarnelle d'une famille. Père commun de som. pouple , le pape avait pour première obligationt de donner du pain à ses enfans. Chez d'autres
I I ■ ; I ■ I in I
(«) DepuU U pontificat de Clément XIII, Braschî. lOit oomine U'èaorier » soit comme cardinal, u'avait pas Qeii))è d*dtn) oher au peuple qui seul, de tous les chefs du gouveiuement , Tavait épargné dans ses murmures occasionès par les trop fréquentes disettes. Sa pénétration pour connaître les dépositaires et les fermiers infidèles , sa fermeté à les punir étaient dès lors si bien appréciées , qu'elles devinrent le sujet d*an proverbe populaire : Ha denti per morsicare^ e un buon naso per sentire. Paryenu au pontifioat , Pie VI n'étant plus limité dans ses vues bienfaisantes et paternelles , fit présider à la direction de l'Annone la sagesse la plus prévoyante ; et le peuple romain ne connut plus la famine.
nations sans doute l'agricultuFe et l'industrie pouvaient fleurir davantage ; mais les Romains, sobres dans leurs habitudes , bornés dans leurs désirs , n'avaient pas besoin de se condamner à un grand travail : ils voyaient dans le vicaire de Jésus-Christ la Providence qui devait les nourrir. Ils ne payaient presque pas d'impôts , et ne connaissaient point les exactions des publicains ; les. contributions que de tous les points de l'Europe la dévotion des fidèles envoyait à la cour de Rome, alimentaient son trésor, et mettaient le saint père à même de ne point tromper la pieuse confiance de ses heureux sujets.
Le souverain pontife , et avec lui les grandes familles de l'Etat , contribuaient presque seuls à la culture des terres ; cette classe d'hommes, si nombreuse en France , et qu'on appelle la moyenne propriété , existe à peine à Rome : l'indolence du peuple , la constitution de l'État et l'inépuisable charité du clergé et de la noblesse , préviennent généralement chez les prolétaires l'ambition de s'élever par le travail au-dessus de leur humble condition. PieVI reconnut toutefois que, sans rien changer aux formes douces de l'administration , il lui
go ÉLOGE
était possible d'ajouter au bien*être de ses enfans , eu multipliant les produits de Tagriculture. U autorisa ceux (|ui tenaient à ferme des biens ruraux , à cultiver les terres vagues qui se trouvaient à leur portée , quand même elles ne seraient pas comprises dans leur bail. Mais peu de fermiers furent assez actifs pour profiter de cette source nouvelle de richesses. A leur défaut , le préfet de l'Ânnone faisait entrer la charrue dans les champs abandonnés, et la récolte, en venant grossir les revenus de la chambre apostolique ( i ) , tournait au profit du peuple, à qui le blé pouvait être alors ou vendu à plus vil prix ou donné en plus grande abondance.
Jamais gouvernement a-t-il porté si loin la sollicitude paternelle? Se mettre ainsi à la place de ses enfans , pour prévenir leurs besoins : prendre soi-même la peine que leur insouciance néglige de s'imposer : conception sublime de la charité chrétienne! De pareils traits confondront toujours cette philo-
(i) Sauf une indemnité accordée aux propriétaires , et qui était égale au produit que leur rapportaient leurs terres sans Tétat de pôtura|;e.
DE PIE Vl. 91
Sophie moderne , dont les maximes , fondées sur régoïsme et smr l'ii^rêt'» se réduisent à ce triste axiome , rien jfour rifin^ et iqterdisent à rhoi^me que Dieu fit à son image, Tespoir de trouver da^s sort semblable uqe sorte de Providence.
Si leç premiers soins de Pie YI furent pour Tagriculture qui , depuis le commencement du monde > au temps des patriarches comme dans les siècles d'une civilisation avancée ^ est toujours restée la première des industries , il ne néglig^st aucun des moyens d'une administration éclairée pour faire fleurir les manufactures qui existaient à Rome , et dont plusieurs avaient été, sous Clément XIII , établies par ses conseils, h^ plupart , et surtout celles qui subvenaientau vêtement dupeuple, étaient régies par la chambre apostolique. Ainsi le gouverneur pontifical était le premier fabricant des domaines de l'Eglise, comme il en était le premier agriculteur , comme il en était aussi le premier trafiquant : et c'était encore un trait de ressemblance de plus avec le gouvernement des patriarches.
La justice dans les états romaines s'administrait avec une extrême douceur : dç criaates
iniquités y étaient inconnues ; mais Tindulgence des magistrats pour les délits les plus condamnables était beaucoup trop commune. Pie VI réveilla la langueur de cette partie importante de la police publique : les crimes dont toute société bien organisée demande la répression ne furent plus impunis ; mais il sut conserver pour les délits moins graves ce caractère d'indulgence qui fut toujours Tattribut distinctif de la justice pontificale. Plaignons la philosophie de blâmer cette douceur (i). La philosophie ne fonde la société que sur l'intérêt et sur la force ; elle ne veut , elle ne nous a donné que des gouvememens sans cesse armés de la violence et de la menace ; elle a même , en brisant tous les ressorts moraux et religieux de Tordre social , réduit les gouvememens légitimes à la condition des gouvememens de fait. Non , cette aveugle et funeste sagesse ne concevra jamais les ressorts puissans , mais inaperçus , de la douce et paternelle justice de ces pontifes, qui repré-
(i) Voyez les lettres de Dupaty sur Tltalie , les voyageurs anglais > les lettres de Rolland sur la Suisse ; en un mot tous les ouvrages que depuis cinquante ans des auteurs peu fayorables à la religion ont écrit sur l'Italie.
sentent rHomme-Dieu , venu sur la terre non pour châtier, mais pour avertir, pour sauver les pécheurs !
C'est en suivant les règles de cette sainte imitation du Christ que Pie VI mérita aussi le nom de père des pauvres. Au milieu des soins d'une administration laborieuse , il veillait avec complaisance à l'amélioration des établissemens charitables ; il agrandit et dota des hôpitaux; il établit des conservatoires où les jeunes filles indigentes recevaient l'instruction chrétienne et apprenaient quelque métier utile; il fonda un village (1) où une multitude de pauvres trouvèrent des habitations commodes , des propriétés fertiles , et formèrent une colonie de cultivateurs heureux de leur travail. Enfin , pour rendre son peuple plus éclairé, car jamais les hommes vraiment religieux n'ont redouté les lumières, Pie VI appela à Rome cet ordre évangélique par l'obéissance et l'humihté de ses membres , ces frères des écoles chrétiennes qui s'établirent en France au milieu du i8* siècle, comme pour consoler la religion des progrès d'une fausse sagesse et
(1) Celui de San-Lorenzo Niiovo.
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d'une science impie. II fonda pour eux un hospice ; et , dans leur pieuse reconnaissance , ces bons frères placèrent sur la modeste façade de rédifice : Pius VI ^ Pater pauperum. Dans rétat de l'Eglise comme en France , ils enseignèrent aux enfans la doctrine chrétienne en même temps qu'ils Leur apprenaient à lire , à écrire et à compter. Pie VI était digne d'apprécier et d'honorer de sa protection cette institution respectable , dont la sainte utilité a triomphé , dès son origine , des préventions des fidèles et de leurs pasteurs, préventions qu'en matière de discipline religieuse et d'instruction populaire il est toujours sage d'avoir contre ce qui est nouveau.
S'il fallait n'omettre aucun des titres de Pie VI à la gloire humaine , je parlerais de ce qu'il fit pour les arts. Et pourquoi n'en parlerais-je pas? Le plus sage des rois que l'Écriture offre pour modèle aux grands de la terre n'a-t-il pas bâti au nom du Seigneur une maison que l'histoire a nommée la septième merveille du monde profane, tandis qu'aux yeux de la religion la beauté et l'éclat du temple étaient l'emblème de la beauté de l'âme et de la pureté du corps? Loin que les arts aient
quelque chose qui répugne à la religion , la Providence permet et même elle encourage tout ce qui , sans corrompre les mœurs , peut embellir l'ordre extérieur de la société. N'est-» ce pas au zèle de ses premiers pontifes que la ïille éternelle doit la conservation de ses mo^ numens anciens? N'est-ce pas aux soins et aux lumières dii clergé catholique que le monde intellectud a Tobligation de n'avoir pas perdu lés antiques chefs-d'œuvre de l'esprit humain? Pie YI y avant son élévation 9 ^vait consacré à l'étude des arts les heures qu'il n'employait pas A des occupations plus saintes et plus graves. Alors il avait engagé Clément XIV à fonder ce Musœum où les chefs *-d'œuvre des arts et les. antiquités les plus précieu« ses devaient attirer les voyageurs de toutes les nations civilisées. Devenu pontifa , il sut donner à ce précieux établissement ce caracri tère de grandeur qu'il imprimait à toutes ses entreprises :; partoi^t des fouiller fur^n^ dirigées à ses frais avec une nouvelle activité ; un peupîe de mttîes sortît des ^tttrailïes de la terre, et par ïa munificence du plus religieux des pontifes, les dieux; 4fj, la Grèce ef de Rome retrouvèrent un templiQ ., 'fit devin-
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rent pour les amans passionnés des beaux-* arts l'objet d'une innocente idolâtrie. Pie YI pouvait, sans injustice, attacher son nom seul au muséum qu'il avait seul créé ; mais il eut la modestie d'associer son prédécesseur à sa gloire (i). A sa voix , on vit se relever les ruines imposantes du palais Quirinal et de plusieurs obélisques que le temps a\ait renversés (2) ; une magnifique sacristie fut ajoutée à la basilique de Saint-Pierre. Ainsi il eut l'honneur de mettre la dernière main à la plus belle église de l'univers. Gésèue , sa patrie, avait droit à sa munificence : il lui donoa^-sa riche bibliothèque , avec un revenu certaiii^ pour qu'elle fût publique. Le monastère de- Subiaco , doat il avait été l'abbé, et où s'était formé Tordre de Saint-Benoît, fut, par ses soins , réparé , embelli et doté d'une nom-» breuse collection de livres. Croiràit-on qiife cette philosophie , qui se prétend fille des lumières , a blâmé le saint pontife d'avoir honoré ■' ■..-.-■—■ - -.. . — — - ,
(1) n VàffelsLMusœum Pium'Clemeniinum.
[1) Entre autres obélisques il fit relever celui qui est près de la Scala Santa, et placé entre les deux statues équestres qui donnent à la colline où est situé le palai» Quirinal ,'le nom de Monte Cavailo,
DE PIE yi. 97
l'humble berceau de cet ord|*e iponastique qui a tant fait pour empêcher leur flambeau de s'éteindre en Occident? , ;, -,
Quel que fût son goût pour cette noble magnificence qui convient à la puissance sou^ veraine, Pie YI,; en multipliant les travaux publici^ 9 ayait un but véritableiment util^ et politique : c'était d'arracher son peupIjB jL cette molle oisiveté qui lui faisait préférer la mendicité à Taisance et au travail. Quel juge assez sévère, pourrait ne pas vanter ce que fit Pie VI pour agrandir , fortifiejr et décorer le port d'Ancône , le seul de l'état de rÉglise qui fût susceptible d'un commercé importait? Un fanal, élevé par se^ prdres» semblait appeler les navigateurs .d^ns cette place que la tolérance . éclairée des. pontifes
avait ouverte, à * toutes les .nations , à toutes les croyances (i). Ces travauf méritèrent au bienfaisant pontife unestatue qui lui fut érigée
(i) Le port id'AncÔne est fraac : toutes les religions y sont tolérées, et afin qu'aucun peuple' n'en pût douter 5 Pie YI y fit graver cette inscript|oi^^: ^
Almafides , prûceres i vestram quœ corukcUt urèem Gaudet in hôo , sociâ vivenCpace, IqàQ» .
par la reoonnaisisrâiice du peuple , et un arâ de triomphe à côté de celui de Trajan.
Mais de toutes les entreprises du saint vieillard, i\ ep est tine qui devrait seule illustrer sa mémoire et le mettre an premier rang des bienfaiteurs de Thumanité :- e'est le desséclieiiietot des marais pontins. D'^autres souverains 'ont forcé la nature , afin d'érigèrà gttinds frafe des monumens consacrés par Torgueil à dels plaisirs pït)fanes; maïs si Pie VI osa lutter contre elle , ce ftrt pour transformer en champs nourriciers une contrée stérile , coupée de marais infects et sans cessé enveloppée de vapeurs qtiî éônnerit làrxiàri ; ce Ait pàut liendrè auk douceurs de T^xfeïèWce un* pè^ulaKbn dont là yie î "àfr ttïîliëii'd'uiîièf atmoi^ètè eiîûpestée , n'ëtaft qû^Jfaé fo%liie Sgoriié.
L'origine des tbdrais "pO^ins se peM ^danis la nnît d*s â^es i de toû* tetn^ diettjt tîVîères, 6u plutôt âéùk Ï6ttfen!j déva^tatetfts, FAttiav senus et TUfens , dont les flots se précipitent
du hs^ut 4e,rApp!wm » ont été ^.pAr leurs ^ét)or€leineiifup^ia;:rause: toujours -préëenteKides
désastrésf'^dëi'éfèftë 'vaHéë'^i voiftihe de Rome^ Quand ell^ était couverte des nombreuses cités de* Volsques , une population guerrière
DE Pi£ Vt. 09
et âignùoié eut peadatit plUakuss siècles op^t pôder une .dîgue aux progi^to daè- Romams ecMoame itxxx tasTages^ des ^témieiif » . Adme ioctit enfin victorieuse dti cette lotte ^qiii fernMu sa fobastejeupaïQsseç tes^iUes'desTdhH^tiei^fiirest détfuitias^ leiii^ ohampe abandonâos^; efe>j^ fléaux oosijHrés jcontire cp |>a!]rsrn't(lMf;';plua sans cesse contenus pair fI)Ei «aiaa des aodsnm^ pmlpafgèfQSty aTM unefifffîa jrante ra^iidicé 9, leur faineste . empifft.^ur^; toute, la rftste: :pAagt qui s'étend le lo&^ de . la . mev , d<pma^ le^pi(Mrt> db Cestura.juaqu'à Terracine» La peste nSt^tedd^ sblatioii (étaient âUx pi^rteik :de . BiOfoim rfiiji puertnieff tSoist que âfi le' peuple . nooriata. pour pmr enir ieue 'eotahfasement éumie^^ ti^a ' ]%¥ tuais ' été. aarpassé depuis. iJe ^eux p«fleil:de 4'ioipàrisAhble ToieAppieUïeijue^ Ibreistièelea avant i'èjrt^ du'. €btist » un' imamt^re id^' tf^ji^ familte «ûhèire.À. riirififl$¥^2iiUie.Kûitiawe^())))9 construisit à travers cette contrée malfaeu*reuse. Plus tard , le consul^Cornélius Céthégus •^totreprirt te' dessédièfticiSt^^ëfe-îtfaràte ; liiais dàû$^le cours d'une taâgïéti&tut^ë éi^1iémèté\
(1) Appius Claudius Cœcu94 , ,, .
loo ÉLOGE .
pourait-il accomplir un dessein dont Texécûtion eût réclamé toute la yie d'un souverain absolu? César , parvenu à la suprême puisiance , se disposait à reprendre le grand outnge .de iCéthégus ; mais sa mort prématurée légub' l'exécution de ce projet à Auguste , son Buceesee^r^ qui à peine y put donner une attention passagère (i ) • -
Après lui , des empereurs tout occupés d'assouvir leurs monstrueuses passions 9 ou de défendre l'empire soit contre des usurpateurs domestiques-, soit contre des eonquémiis étrangers ; semblaient oublier les progrès mer naçans des marais pontins. Tra|an seul répara 4a voie Ajjpienné ^ et .7 ajouta une route. notuvelle qui porte son nomv II' était. réservé i ma romain sujet de Théodoric^ roi des Ostrc^r goths, d'essayer d'une main hardie les trayaux de dessèchement: projetés par le premier des
(1) Âuguftto£t creuser 9 le long de la voie Appienoe^ un canal destiné à recevoir les eaux stagnantes et qui servait aussi à la navigation. C'est ce canal où Horace s'embarqua avec Micènes pour se rendre de Borne à Jirindes j voyage dont la description fait le sujet d'une de ses épitres.
DE PIE YI. loi
CésarsT (i). Mais ni les efforts de ce généreux citoyen, -ni ceux des Boniface YIII, des Martin V , des Léon X et des Sixte-Quint (2) , ne purent rendre à la culture cette terre qui semble frappée de 1^ malédiction du Seigneur. Une entreprise que tan^ d'illustres souTêrains airaient tentée yainement , aurait effrayé une âme moins forte que celle de Pie VI- Mais quand il s'agissait de faire 4e bien , les obstacles ne faisaient qu'enflammer le zèle de ce généreux yieillard, dont on a/py dire avec saint Ambroise parlant de Jacob : Qiul homme a déployé atUant de force dans Vâgemrilque celuici a tnonùré de vigueur dans la caducité (3)? La yallée pontine , abandonnée 'depuis deux siècles à rinvasion des eaux 9 présentait l'aspect le plus hideux et le plus effrayant. Bravant tous les dangers , il voulut d'abord visiter en
(1) C'était un riche -patricien nommé Décius. H obtint de Théodoric la permission de se charger seul du dessèchement des marais. Une inscription trouvée < près de Terracine et une lettre de Gassiodore prouvent <}ue ses efforts furent couronnés de quelque succès.
(a) On voit encore les traces des canaux construits par Martin ¥ et par Sixte-Quint. -
(S) Ambres, de Jaeob. » lib. II , c 9.
los ÉLOGE
personne ce sqour d'tuie peste étemeJle. Une douleur ptofbnde le saisit lorsque du kiAit d^tti^e colline qui le domine ^ il vit à ses pûsdl et les ravages pnxfonds du temps , eoosipliee des inondations > et les brouillards empoi* sonnés qui étendaient au loin leur déiétèrt inituence ^ et les dangers qui menaçaient qui* coidque osait fouler d'un pied téméraire cette teite où les précipices se cachent aous Tas^ pect trompeur de la plus riche verdure. PieTI embrassa dès lors tout Tensemble des im«« monses trayaut dont il kic^osait la gloire à soa règne. Il fallait d'abord pratiquer une route sûre , et fêter des ponts sur ce vaste abîme , afin de pouvoir le paroourir sans péril. Ce n'était qu'après ce premier travail qu'on povh* vait s'occuper de la grande opératioa du desr» sèchement. Ce qu'il avait si bien conçu , Pie YI l'exécuta avec une invincible persévérance. Douie mille arpens de terre rendus à la cultu)Fe; la voie Appienne dégagée desicoastrao^ tîons inutiles qui depuis des sîècles la surchargeaient^ et augmentaient la stà^ation des e^.ux ; \in pQuvçau Cjanal creusé à travera le6 marais et qui vaportier aul^ FogUa^ole^triSiMt infect des d^hocdemens. (^voilà ce qu'a lait
DB PIR VI. io5
le salnit vîeiUaf^f en quelq^iM^^i^é^^ « afin de rêsidre hâbitdble cet affreux dÂmat
Mais 4{ue 4e travaux , qjue <jk soiw w ^ doona-t-il pes pour faire avancer cette grande eBtrepriâe? D eut à Yaiacre et les éléo^eas déebaînés et la. résifitanoe non moins puissante des pvéventions et des passipos des hommes. Cibaque ennéfi il venait^s eu péril de sa vie » passer qne^que^ jonis rar qe^ terre de déso* lation qne le vojfageur ^ pcMrté dans un char rapide^ ne^rs^Yûrsait a^ors qu'en tremblant. Sa présence adorée encourageait les travail-*leurs 9 et aon œil clairvoyant donsait à leurs efforts une dii^ction plus rapide et plus efficace. Les rarvages des eaux , pendant la mauvaise saisea». étaient réparés.avec. une activité merveilleuse; et dans leur reconnaissance, les habitans de celte; terre conquise sur le génie mftlfaisdat des inondatioiis » croyaient pieusement que le vkaire de Jésus-Chrîst rétabUsaait Tocdre- dans les élémens.
C'était peu de voir d'heureux colons conduire des troupeaux ou diriger la charrue sur ce (terrain créé pour ainsi dire par la main industrieuse de l'homme , Pie YI voulait , pour couronner son ouvrage , qu'une nouvelle ville
io4 ÉLOG£
yint animer ces lieux » et rappeler au Latium heureux sous la domination paisible de Rome chrétienne, la prospérité de ces riches cités Tolsques que l'ambition jalouse de Rome païenne et guerrière avait renversées (i). Déjà les plans étaient arrêtés , et Pie YI espérait voir cette ville achevée sous son pontificat , si malgré son grand âge il lui était permis d'atteindre tes années de naint Pierre. Vain espoir! il fut à la vérité bien près d'accomplir ce période de vingt-cinq ans , que les Romains regardent comme impossible à franchir pour les successeurs du premier des apôtres. Mais dès la seizième année de son règne , l'ébranlement général donné à l'autel et aux trônes de la terre , força le saint pontife d'interrompre ses bienfaisans travaux pour ne les jamais reprendre ; et , comme David , il ne lui fut pas donner de bâtir la maison dont il avait formé le projet data son cœur (2).
Quedis-je ? lorsque rien encore ne semblait
(1) Dans les travaux, on trouva beaucoup de ruines précieuses qui semblaient ayoir appartenu à Suessa Pometia, une des principales villes des Yolsques.
(a) Reg. lîb, III , cap. VI», ^ 18 , »9-
DE PIE YL loS
annoncer au monde que le temps des révolutions était si proche , Pie YI , qui ne goûta jamais sous la tiare que des joies imparfaites, avait été troublé dans l'exécution de ses projets sur les marais pontins , par la jalousie de la cour de Naples. Un pays si voisin de ses frontières, qui déjà renaissait à la plus Jirillante culture , devenait pour elle un objet de convoitise ; ce n'était pas sans alarmes qu'elle crqyait voir une cité florissante prête à s'élever du sein des marais desséchés , et la ville de Terracine à la veille d'offrir aux navigateurs un port rival de celui de Naples. Déjà les ministres de Ferdinand (i) travaillaient à revendiquer pour la couronne des Deux- Siciles la plus grande partie. des marais pontins. Heureusement on n'osa persister dans des réclamations aussi révoltantes ; mais on n'en avait pas moins plongé le cœur de Pie YI dans des transes cruelles ; et tel était l'esprit qui animait la diplomatie napolitaine , depuis cjue ses intérêts étaient confiés à des incrédules , qu elle regarda comtne un triomphe
(i) Le marquis de la Sambucca avait succédé à IV nucci dam le principal ministère*
ces inquiétudes passagères qu'elle avait pu causer au père des fidèles.
Mais comment puîs-je prodiguer mes paroles sur d'aussi misérables intrigues , quand les événemens les plus graves , les situations les plus touchantes appellent tous les efforts de mon esprit et réclameraient l'éloquence du génie le plus élevé. Il est venu enfin pour Pie VI le temps des inconsolables douleurs et des continuelles épreuves. Déjà la révolution française a commencé ; déjà cette assemblée, que l'orgueil philosophique s'obstine à appeler constituante , et qui , selon le jugement de^ faits • n'a su réellement que détruire , a , par ses décrets insensés , porté le schisme et la désolation au sein du sanctuaire.
Aussi prompte dans la route du mal qu*iinpuissante pour jamais s'y arrêter, quelques séances suffirent à cette assemblée pour con-r sommer cette œuvre de sacrilège et dlnfquité. Elle supprima d'abord les dîmes (i) , tribut de droit divin , partage sacré des biens de la Providence entre le pasteur et son troupeau , et qu'un délire impie a seul pu confondre avec
m I ii"ii> I I I I, „, 1 1 II I ^^n n ■■ ■ ■
(i) 4 août 178g.
l'impèt dé dboit ciTU. Kentdt tj^ès , faisant de Ff xpropriation du ^rf^ itn dogme oonsfcttotioiiDel 5 elle érige en toi de l'état le v(^ et l'usurpation (1). La suppression de lÀm les monastères fut décrétée quelques mois après (a) : aucun ne fut excité , pas même ces instltu*tions secourablesqiii jusqu'alors aTaient trouvé grâce devant la philosophie , et que des législateurs qui se donnaient pour les amis du peuple , pour les apôtres 4||^ l'humanité , auraietit dû resq^ter , s'ils eussent conservé quelque pu^i^ur ou quelque raison. La proscription s'étendît même sur ces asiles que Vincent de Paule avait ouverts à l'enfance délaissée , comme sur ces maisons où de pieuses sœurs se consacraient au service des malades , et à l'éducation des fflles indigentes.
Le^bien^ du clergé avaient été mis à l'encan, et la lai qui vwait de dépouiller le prêtre avait converti en peQslen viagère les propriétés achetées la plupart au prix des sueurs de ce clergé qui défricha la France. Malgré les riches espérances que la cupidité des révolutionnaires
(tt) février i7gp.
io8 ÉLOGE
avait fondées sur tant de spoliations sacri*léges , on ne -tarda pas à s'apercevoir que le modique traitemétit qu'une pitié* hypocrite avait abandonné aux ecclésiastiques , devenait un fardeau immense pour le trésor public livré aux dilapidations d'un comité démagogue. L'assemblée imagina un nouveau crime pour réparer la faute de son imprévoyance : ce fut de priver du dernier morceau de paimÉDut prêtre qui ne prêterait pas serment à ce code de schisme et de perturbation des consciences , qu'on appelle la constitution civile du clergé (i).
Ah! si je ne craignais de m'éloigner de
(i) t Cette constitution, monstre né de la ligue des incrédules 9 des calvinistes et des jansénistes qui, par l'organe du farouche Camus 9 leur agent , avaient dit « que Jésus-Christ est le seul souverain pontife de TÉ- » glise catholique qui li'en connsdlt point d'autre » , cette constitution, dis-je, renversait de fond en comble la hiérarchie établie par Jésus -Christ en républicanisant la monarchie catholique ; en dépouillant le successeur de Pierre de sa primauté de juridiction dans l'Église uniyerselle , et de son droit de surveillance sur toutes les églises particulières; en introduisant dans chacune de ces églises la démocratie presbytérienne, par la dis-
DE PIB VL 109
mon sujet , qu'U «erait doux pour moi de celé* brer lliçrôïsme de ces prêtres , de ces érêques , de ces laïcs fidèles à leur Dieu , qui , dans la mémorable séance du 4 janvier 1791 9 repoussèrent comme une a|^stasie le serment que sur quarante ^ quatre prélats qui siégàient dans rassemblée, trois seulement eurent llnfamie de prêter. Quel triomphé pour Tépis* copat françaisil Quelle gloire pure et sainte pour ces bon^ desservans des yilles et des hameaux qui 9 comme saint Laurent y suivirent leur pasteur (1) l.Ce jour offrit aux yeux de» révolutionnaires consternés un spectacle digne des temps héroïques de l'ère chrétienne; et v en voyant tant d'évêques et tant d'abbés vieîffiS dans les distinctions du sanctuaire et dàiis
position qui inipo&ait à Chaque é?i^qiie u^'cbÂseO' dé seize prêtres , ayant avec lui voix délîbérativè ^Nir tbiitêf lèÎB matières : disposition qui donnait vîéîblëdieiit au sacerdoce quinze degrés d'influence fet d*kut6rité ààtà le gouvërnemeiit'derËglise dé Financé ^ (roùtre un èéïk degré laissé à Tépiscop^. » (L'abbé Proyart : touhXVI et ses vertus atéa> prises aoec ia p ervers Hé de "scm siècle. )
(1) Paroles' prbhbncées par M. Fonhiès» oui^^idn diocèse d'Âgen, qui refusa son sermeiàt laprèt M* de Bonnac, son évèque. , ' ' ^ ' ;
110 ËLOGB
l^Spaîsibl^^ douceurs d'uM i^kace assui^ , COÇkspmtnei* spontanément le sacrifice de leurd llDnAeiirs, de leurs bieûs et de leur jie, poux: ^îonserver leur consciejoce , on put en e^et se croire revenu ai^p^ temps miraculeux oà Une ^oix iU boU avait êatwé ie menée (i). . D;&Ds qe système si bien suivi de persécu*^ tion religieuse ^ les hommes d'iniquité qui
(i) Ces belles paroles sont Hè lîi. dé Moàtlôsier. Oa pevX lire dans le cimiuième Urre de Thistoif ç de Pas-» Mttibtici cbBstituâûte , pair )d. Charles Liicn^lé 5 le tedoleâu {)aitbélîquc de œtte premit:re' persécution du çliwgé. C^t éloquent éck-iyaia le termine par ce trait jti^ftfMrquable : « En dépit des plus horribles profana-^ » tions, .en dépit des inassacres et des fêtes de Tathéisme^ » le dix-iiuitièine siècle remonta vers DieUé La foi 5 9 dans sa renaissance , fut secondée par; une cause qui y^j^'ayait aidj^e à son berceau : les malheur^d/ii genre
î^î^WW'^. i(P^i-:.44? II' vol. )
.,. On peut ^i^Qce çQpsulter s»r la ^ance du. 4 jan«*
yier 1791;* T^bbé Project , daDJS!..l*9UYragelntitgJ^ : j^j^W X^Vl fit seis. vertus aux prises ^£c lafierv&rsUé dfi fop^t^/^i .^nu 4r;I^S- f74 6l;,^uiTantes, Il raconte quQ dai^. f^si .j^toj^fifittent en «^Qjant tOMt de pr^tre^ 1^1^ r fi^vaj^f^ js'épriait au ^^tjr 4« la sé^uicp :- Par ^ foi g. ■,41 :ie ,i^^qfii'^t pour min ^ U faut en cosf^ffnbr.^ l'honneur est pour eux.
DE PIB VI. tu
4t8po$aie&t des ¥oU de cette aBseioblée coo*jurée coatre toutes ks bases de Tordre social , n'ayaienf pas oublié la cour de Borne. Un des preimers actes des états^généraux avait été , MUS ce rapport^ k suppdresskm desanoates (t ) ,
^. (i) t Bfea des pers^naas étaleat pensuadées qu'elle» s'élevaient à plusieurs millions; et dl^ auraient eu raison si les annates , c'est-à-dire le produit total du reyenù d'une année ^ eussent été rigoureusement payées à chaque tifutation des bénéfices consistortauz. Haïs d^abord , tors deia conclusion étâ eofiteôfdat, chiacuh «de tes bénéficia:, iant m tarif aiuiexé à bt li«ûlé^ âtait été évalué ; et ensuite le nouveau bénéficier obtenait ^squ« toujoqrs une l^éduetton eonsidé^sble sur ce qu'il avait à payer d'après ce tarif. lie feloré S4:âf cnft'. Ait dans les bureaux mêmes de la ddterîe ^ |>re«iTera ^tttqfa'à qvel -poim -on était dans: l'erreur à cet ègnvd, Jk/fnàiê ie i^ )a»vîer 1779 jusqu'en la An de décem- HlM '1768 f ies fiEtaiB^'esfédltion de toute esfèee s'éke- "fiilefit, pour les Français^ à la somme-de 700^1^69 éous iMaaiiis^'aobajoquesviiviTOn-, c'^M^ànlIre, 5y^f6,QdS .^iw!i4'SeQ0, itequi faisait'^ an, enfi^num tin ^Kfoym tétrxmf56^fi^ livres 16 MrÉsV'»k«(->€:!es^ééf(Hls -Mte4ioréi d'une sevrée peu su^peoce^qiiàiifijl^^agit '^idnétablir «m &it 4 l'avantage diJtiS«iiiM^g«y^cv tevit
auxquels l'on peut si rarement ajouter foi .lorsqu'ils
lia ÉLOGE
tribut nécessaire que la France très^hrétienne payait, en yertu de§ traités les pli^ saints , au pasteur vigilant de la foi universelle. Dès longtemps la philosophie , pour égarer Topinion publique , s'était attachée à exagérer letardeau de cette redevance si légitime; et Ton fut étonnéquand, au moment d'en spolier le Saint- Siégis , On put se convaincre de la modicité des deniers qu'elle faisait sortir du royaume. . Cependant on discutait déjà dans l'assemblée le projet d'enlever à Saint-Pierre une partie despn patrimoini^. Depuis plusieurs siècles • lAvignon et le comtat venaissin étaient soumis
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s'expriment dans un sens contraire. » (Voyez pag. %if et 213, tom. IL) j.
Plus loin , l'auteur cite ce passage d'une note du cardinal de Bemis : « On ignore donc 9 mandait-il à Versailles 9 <}ue ces sommes énormes ne s'élèvent pas, année. commune, à plus de 40O9OOO livres; quei'kn^ portatioin de nos sucres , dé nos cafés dans l'état eccl^ siastîque , fait rentrer en France le quadruple de cette somme ;. gue tout Rome s'habille de nos, étoffes: .dé Lyon ; que si le Saint-Siège donnait aux Anglais anr Qous la préférence 5 que ceux- ci sollicitent et que ilrameur leur ferait accorder , nous perdrions plus que Qous ne gagnerions à cette suppression; » {IbitL 9 pag. ai4 et ai5. ) . .
à la houlette du vicaire de Jésus- Christ- Ce petit pays , enclavé dans la Provence , était heureux sous cette domination si paternelle ; il était , paisible sous la garantie du fils aîné de l'Église. Mais quel titre de possession pouyaJit paraître respectable . à des révolutionnaires qui ne cherchaient dstns les prinaipes proclamés par eux , qu'un moyen de colorer l'abus de la force I Quels scrupules de religion ou de convenance auraient pu arrêter les \égislateurs dont les décrets ne tendaient qu'à substituer la licence du meurtre, de la révolte, et du pillage, à l'empire révéré des lois divines et humaines ? Les habitans d'Avignon et du Comtat, loin de partager le vœu des révolutionnaires français (i), étaient d'autanfplus sincèrement attachés au gouvernement pontifical , que nul autre n'aurait pu faire autant pour leur bonhfur» Assimilée ~aux sujets du roi de France , sous tous les rapports avantageux, ils
(i) C'est Tavocat Bouche, député d'Aix, qui fut le premier et le plus ardéut instigateur de la réunion du Comtat. Il avait pour agent dans ce pays, le trop fameux Jourdan-€oupe-têtë , qui fut nommé par les rebelles d'AvignMBénéral du ramas de brigands qu'ils appelaient leur armée.
Ii4 ÉLOGE
jouissaient, comme sujets du pape, de privilèges auxquels ceux-ci ne participaient point. Malheureusement le'Comtat n'était pas plus exempt qu^un autre pays de nourrir dans son sein quelques-uns de ces hommes turbulens, qui dont le rebut de toute société bien réglée, mais qui , au jour d'ùM révolution , détiennent des personnages importans à force ê*èîrt dangereux. Teld furent les dig;nes auxiliaîres que lés rérolutionnaires de FraûOe troarèrent dans Avignon. Dès lors l'audace dupetît nombre engagea la lutte avec la fidélité courageuse des bons citoyens. Dans le mois d'avril 1 789 , le brigandage armé s'organisa sous le titre de garde nationale, tandis qu'un elub nommé assemblée ^représentative s'insui^geaît chaque jour officiellenient contre l'autorité légitime du • saini-'père. Le vice-légat , pour t^onserver iine ombre de pouvoir, crut pouvtfiif tran^ger avec la révolte t il sànlctionha la constitution promulguée par elle , et parut ainsi se mettre à la tête d'un mouvement qui brisait son autorité.
Mais le pontife qui devait donner aux rois l'exemple d'une sainte résistancesjjÉppette redoutable chimère , qu'on nomme souveraineté
DE PIE VI. ii5
du peuple f n'était pas homme à approuver uae de ces transactioDg au moyeu desquelles Tautorité méconnue ne fait que se manquer à elle'fméme. £ar un bref daté 4u ai ayril 1 790, il c Aie toutes les ordonnances aCrrachées à son légat. Le»' séditieui ne gardent plus aucune mesure : ils refusent d<( recevoi]^ I0 Nouveau ministre de sa fÉotteté (i). L'anarchii) populaire prend la plaoè de Tautoiité des magistrats. Le peuple ^ le plus féroce comme le plus inepte des tyrans, yeut foi^ceir le papis à adop^ ter pour le €omtat la constitutioil ci?ile du clergé de France {2) ; il dresse des éohafauds et s'emrre du Inartjre de quelques citoyens fidèles à leur Dieu et à son yic«ire (3)4 Quelles
(1) 8 mai 17^. C'était monsignor Célestim.
(2) Délibération du 9 fnàl 17J9Ô. te 1^ séptettibfe sui faut cette délibératîotf (hf réiloùtëléè', èf deë déjmtéft cDToyés au pape pour loi demander l'organisation eiTîle «lo clergé à l'instar de celai de Ftanoe»
(5) Le i3 juin 1790 i il 7 eut à ÂTignonun combat entre les fidèle» sujets du pape et les brigands 9 qui prenaient alors 9 dans le Gomtat comme en France, le hom de patriotes. A la suite de ce combat , le màtquis de Iftochegude, lé marquis d'Âulan, et plusieurs àtitres personnes respectables 9 furent pendues par le peuple souTerain.
armes peut opposer tie VI à tant de licence^ Jamais il ne subira les conditions au prix desquelles les séditieux veulent bien encore se dire les sujets^du Saint-Siège. Pourraitil , par un pacte avec la révolte , trahir la fidélité de ceux ^ui sç sont armés pour sa cause? S'il doit perd];e Avignon sans retour, il Teut du moins n'avoir à se ftprocher aucune démarche qui puisse affaiblir ou périmer ses droits sacrés sur ce pays , comme souverain , temporel» Mais , pour appuyer ces droits , usera-^t-il de cette force redoutable , raison suprême dont Dieu a investi les rois afin de contenir dans de justes bornes les flots de la fureur populaire? Non; cette force extérieure n'est point le partage du représentant d'un Dieu mort sur la croix : sa puissance , purem^ent intérieure et morale , agit sur les esprits qu'elle pénètre d'une religieuse terreur , sur les cœurs qu'elle échauffe d'un divin enthousiasme. Ce fut là Tirrésistible levier au moyen duquel les Grégoire VII et les Innocent III ont soulevé le monde pour l'arracher à la barbarie. Avec un caractère plus saintement pacifique , €e sera aussi de cette noble influence que s'armera Pie VI pour lutter contre la pro-
fonde corruption d'un siècle si éclairé dans la science du mal. Couvert de cette sainte armure , il ralliera autour de lui la milice des fidèles; et en comptant leurs bataillons » il reconnaîtra que s'ils ne sont point assez nompbreux pour <Ussiper les escadrons des impies , ils sont dn moins assez forts pour régénérer le christianisme par lé martyre.
Observons faction de cette influence toute spirituelle , dans la lettre pastorale , qu'après les premiers massacres dont Avignon fut le théâtre. Pie YI adressât à tous les rois de la chrétienté pour leur dénbnqer les funestes résultats de « ces . mkximes d'indépendance et » de liberté effrénée qu'iiaispiraiènt et propa* » geaient-avec fureurlesennen^isdelareligiota, » de la souveraineté, et de la tranquillité publi- »que; » et pour leur faire seiitirjla nécessité de prendre parti dan» une cause commune à tous les rois (<<). Admirons encore cette action
■•-fr
(i) Cette. lettré pastorale ^et diplomatique ^^ écfit^ par le cardinal Zelada, était ainsi conçue :
« Les maxiioes d'indépendance et de liberté effirepée quMnspirent et propagent avec foreur les .^nneipis d^ la religion, de la souveraineté, etdeJ^trj^quiilité publique , ont porté la ville d'Avignon pxx. plus énprmej»
ii8 ÉLOGE
puissante dans la longue et courageuse résis*tance que les bons citoyens d'Avignon Q|>po* aèrent aux efforts des brigands du Constat, dont les égorgeurs du naldi de la France ve-
afiebtatfl et à la plus exécrable perfidie. Ce peuple qui, depuis des siècles > jouissait du genveroement modéré du siège apostolique» s*est laissé séduire et entraîner aiu. témérités et folies d'up petit nombre de séditieux,
etj 4tt milieu du tujpfi.ulte de Tanarchie, il a fini par
éclater en rébellion ourerte. Cependant, toute occasion et tout prétexte de plainte et de trouble ayaient été pré- Tenus par les effets de la généreuse bienfaisance de Sa SMateté eaTers ses j^i)èta abusée 5 soit en leur ibumis^ aant d'aboadanfies. proTiaions de grains de ses propiés Jfit^^lFP, si^itea o^dg^antlf redressement des giji^, c;9. faoiUtADt. l'ad^ûnistration de la juatic^» et en les invitant paternellàqent à indiquer les défauts et les abus qui s^étaîent introduits dans la législation , pour y faire les réformes et améliorations nécesafalres. Toute» ces soHficiltides du bienfaisant pontiie , toutes ces JogaAsseendapoeiy au liaa de faire, nàttie ohes ks mécontens les sentimens de la reconnaissance et de la modération n*ovt faîtique rendre encore plus hardis et plus insoténs; Accnmuhint cbàque jour délits sor délits , excès sur excès , après avoir renversé et détruit f antique système de la tnagbtrature et deé trfbutianXy subotifté et dissous la milice , enraK les droits de la souveraineté du sanctuaire^ Insallé et
T)K PIK M. iir)
naient sans cesse grossir le nombre. Livrés à leurs propres forces, qui put donner aux ûdèdes Ayignonais tant de constance et d energîe, si ce ne sont les exhortations de leurt
offensé 1^ représentans du po(iCi& et ses miaistreji, répandu des estampes injurteu^çs à la puissance suprdme» foulé aux pieds et riolé tout ce qui est sacré et profane, infidèles et paijures, ils sont Tenus à leur but, et ont mis le sceau à leurs infônles desléins; car les il et i3 du mois de Juin paisc , ils ont trempé les mains dans le sang de leurs concitoyens , abattu les armes et les insignes du pontife régnant 9 leur iipicpie souverain-, y substituant tumultueusement <;elles,du roi V^s-chrétien, dont la justice connue, la xeli^op et le respect pour le Siège apostolique , sont éa s.prs garans qiy ? bien loin de fa?oriser cet inique {ro^flly il ne laissera pas Jmpuni cet insigne atteotat. i/^t ils ont obligé M. Cazoni, Ticc-légat, à abandonQtr.la ville et le territoire d'Ayîgnon.
• Tel est en somme (e résultat de la révolte et de la riitolutiop des Avignonais , que le cardinal secrétaire f^titestct^rgé, de la parjL du Saint-Père, de commun]- |aer i Votre Ezcellenoe , afin qu'elle ait la coo^plaisance d*en informer la cour, dans la ferme confiance qu'elle preadre le par^ qui convient à Tiniportance d'une cw* commune à tous les souverains , et à Papuitié particulière que Sa Majesté professe pour la personne Mc^e de Sa Sainteté. »
(iigues pasteurs et la confiaDcé pieuse dont les pénétrait la voix éloignée du souverain pontife? Admirons-la enfin , cette influence , dans Faïkinistie que Pie VI , aussi disposé à pardonner aux coupables repentans, qu'éloigné de transiger àyec le crime fier de son audace , fit offrir aux rebelles, s'ils voulaient rentrer dans le devoir. Mais cette amnistie est rejetée par eux comme un attentat là la souveraineté du peuple (i). Us chassent leur archevêque, qui
(i) L*assemblée représentative du comtat VeDaissîn donna, le 37 octobre, au snjet de cet acte d^amnistie^ dressé par le cardinal Zelada au nom de sa sainteté , une proclamation dans laquelle elle c déclarait rompre aveo ledit cardinal, conmie ennemi tlu peuple venaissin , perturbateur de son repos et de celui des dépar* temens français qui Tàvôislnent, calomniateur de la sublime constitution française , coupable du crime de léze-nation ;
» Arrêtait qu'elle cessait dés ce moment de communiquer avec ledit cardinal Zelada , ministre infidèle de sasaihteté ; qu'aucun rescrit dudit ministre ne pourrait directement ni indîreetement lui être adressé ;
» Dévouait au mépris des nations et à Tindi j^ation delà postérité cette ridicule production du despotisme expirant. »
Snvain le recteur de Garpentras , Pièracchî voulut
DE PIE VI. iBi
a refusé dé prêter le serment civique ( i ) , et le remplacent par un de cqs prêtres que l'indignation chrétienne a justement flétris del'épithète à! infâmes assermentés. Les bons citoyens tentent encore un dernier effort : pendant quelques mois les brigands ne triomphent plus dans Avignon. L'assemblée constituante elle-même parait avoir renoncé à ses coupables projets sur le Comtat. Un vote, qui décèle du moins un reste de pudeur, déclare le 27 avril 1 791 qn* Avignon et le Comtat ne font point partie de l'empire français. Mais les révolutionnaires ne perdent pas courage : ils attendent tout des progrès de l'anarchie , semblables à ces brigands de la mer, qui implorent la pro^ tection des tempêtes. fiCur espoir ne sera point trompé : c'est au moxneiit;de se dis-
prouver que l'amoistib offerte pdr lé cArdinal Zelada, de quelque manière qu'on Tenvisageât, était un fiQte de clémenee; que ranotener^de^ aujeti oonpaMes far des mo jens a? doux , C*était l'insigne: œarqq^d'une boilt4 toute paternelle, la populace. d'Avignpn fqjt ^urde k ces sages, représentations, et ta juridiction :da inf)elégat fut mécQiiaujeii)i
(i) Monsigôor Giovio* L'apostat qiule remplaça s« nommait Mailleres. ,, . . :>.:
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soudre que l'aMenoblée constituante rend enfin le décret tant débattu de cette réunion, et f par ce dernier attentat au droit des natkma, elle met le sceau à tant de spoliations SKcriléges (l)^ Elle fit alors place i sa dignt file la législatif e^BOii3 les auspices de laquelle la réunion s'aecoaipUt le 16 octobre 1791 ^ au milieu des sanglantes horreurs de la Glacière d^Avignon (s). Ainsi , grâce au génie des i^ Yolutioos » la mémoire des forfaits les plus exécrables se rattachera désormais k ^^^ contrée jusqu'alors fs\ riche en doux et poétiques soui^enirs.
La perte d'Arignon, loin de diminuer en Europe l'iikfiueiice morale de Pie YI , ne fit H{U0 donner pkns de poids àtixr sages directions que c« grand pipe ne cessait :d'adressêt:ftUJi