I . ■ I «fci I ■■ I ■ Il ■ ■ I I . ■■ I I . . ■ li
adressé au roi de France. « Il est écrit en latin et en » français tout entier de la main du pape. On dit que la » diction est du temps de la bonne larinité, et la con- » texture du bon temps des papes. » ^ (1) Daté du 10 juillet lygo.
jusqu'à ce jour mis nos soins à éviter tpute démarche qui pût donner lieu à quelque trouble de ce genre, et nous nous sommes contentés d'employer les armes looffensives de nos ferventes prières au pied delà Croix. Gardezvous de penser qu'un corps politique et purement civil ait le droit de changer la doctrine et la discipline de l'Eglise universelle, de fouler dédaigneusement aux pieds les décisions des pères et des saints conciles, de renverser la hiérarchie , de décréter l'élection des évêques , ou la suppression des sièges épiscopaux , en un mot de modifier* ou de détruire au gré de son caprice tout l'édifice de l'Eglise catholique, i Enfin le saint Père exhorte Louis à s'en rapporter aux lumières des évêques et des docteurs de son royaume, afin de ne pas compromettre son salut et celui de son peuple par une approbation imprudente de tous les décrets de l'assemblée. «.S'il est en » votre pouvoir , dit-il , de céder les droits » inhérens à votre couronne , vous ne pouvez » en aucune manière aliéner ceux qui appar- » tiennent à Dieu ot à son Efçlîse, dont vous » êtes le filvS aime. «
11 faut encore lire avec une religieuse atten-
DE PIE ¥1. i35
tion, le bref par lequel Pie YI répondra Louiâ XVI , qui lui avait soomis ptosieurs' ar> ticles de la cooistitution civile du clergé, dans Tespoir d'obtenir de lui quelque coneession propre à alléger ses scrupules. Le pontife, qui ne veut ni transiger sur ses devoirs, ni rien pré« dpiter, qui tie peut encore émetlxe au sujet de la constitution un jugement définitif ^-ms" semble tous ses efforts pour engager le roi à différer son adhésion à des points quele père cokn» mun des fidèles ne saurait examiner trc^ à loisir, avant de donner son avis. Il loue cet excellent prince d'avoif eu la sagesse de mconnaitre qu'il devait, en matière de réligiofn, recourir au Saint-^Siége, de peur de a'écarter des règles canoniques et ^e la discipline de FËglise uni* verselle : < Car, aJQute Sa Sainteté ( r) , la puisp sance spirituelle et la puissance temporelle » se doivent un mutuel appui ; et lorsque l'£- » gllse , usant du droit qu'elle possède seule à > l'exclusion de toute assemblée politique, a 9 statué ôur les questions religieuses, la puis« » sance temporelle n'y doit intervenir que » pour prêter la main à l'exécution de «ses
>tAi >i*i
(i) Ce bref est da 17 août 1790.
j36 Éloge
• décrète. » Insistant ensuite sur la nécessité d^ine prudente lenteur^ PieVI rappelle à Louis quetontes les foi» que l'Eglise fut en butte aux flofs de la tempête, elle sut opposer sa patience à leur furie ; « Et c'est alors surtout , dit-il y qu'elle s'attachait fortement et avec scrupule à Tobservance des préceptes .de la religion catholique. Tel est le. motif de la tolérance dont nous avons usé depuis plusieurs années dans les a£Eaires de France, persuadés qu'il ne fallait pas élever notre voix à contre-temps , ni recourir aux mesures d'une juste sévérité, tant que durait l'agitation causéepar la fureur des disputes et par l'égarement des erreurs; mais que nous devions nous borner au contraii^ à disposer les esprits de telle sorte qu'une fois la cnaleur de ces mouvemens passée, ils puissent rentrer en eux-mêmes et se soumettre aux lois de l'Evangile. . . Si nous n'avons pas prêché sur les toits , nous n'avons cependant jamais dissimulé la vérité , tant que nous avons pu la faire parvenir aux oreilles des souverains tels que vous, et que nous n'avons pas craint d'ajouter, sans utilité pour la religion, à tous les dangers qui mena- » cent les ministres des autels, qui sont ses in-
DE PIE YI. 13^
» strumens nécessaires. Pour rous, notre très- » cher fils en Jésus-Christ , chetchez à soutenir vfeur courage; exhortez-les i la patience, au » milieu de tant d'adversités, et à la persévé- » rance , pour le maintiep des vrais principes » de la religion catholiquar »
Tandis que le saint vieillard s'évertuait ainsi à soutenir 1» conscience troublée du plus infortuné monarque , une congrégation de cardinatix remplissait la mission longue et difficile d'examiner canoniquement les décrets de l'assemblée. Soin superflu , le flot révolutionnaire était prêt à fondre sur la barque de saint Pierre, tandis que ses nochers, calmes au milieu de la tempête, songeaient à loisir aux moyens de la conjurer 1 Et c'est ici le lieu de faire une bien désolante réflexion : quand les fléaux des révolutions sont déchaînés ^ l'ordre social est d'autant plus inévitablement compromis que les formes douces et modérées qui le protègent' dans les temps calmes, deviennent alors des armes insuffisantes contre des ennemis qui ne respectent rien , et qui volent à leur but plutôt qu'ils n'y marchent. Dieu seul peut faire cesser ces révolutions , soit qu'il suscite quelque nouveau Cyrus pour ramener
i58 ÉLOGfi
le calme et le bonheur, ou quelque autre Attila qui brise les instrumens de trouble et de désordre, jusqu'à ce qu'il soit brisé à sod tQur, par la main puissante dont il est l'ouvrage.
Quels sentimens plus douloureux Pie YI n 'eut-il pas à exprimer dans un troisième bref qu'il adressa à Louis XYI» lorsque ce prince t non encore assez éprouvé pour le martyre, subit l'affreuse nécessité de sanctionner les décrets des états-généraux, avant d'avoir obtenu du Saint -- Siège quelque moyen de rassurer les consciences , d'éviter le scandale des disputes entre les catholiques , et de prévenir tes maux presquUrréparables d'un schisme (i)« « Notre douleur est d'autant plus » vive , disait le saint Père , que nous connais- » sons de quels sentimens de religion , de » quelle dévotion sincère envers le Saint-Siège >» votre majesté s'est toujours montrée animée » depuis le commencement dfs son règne. • Mais Pie VI , en exhalait les plus secrètes pensées de son cœur devant le complice involon-
(i) Ce sont les expressions de ce bref, qui est daté du 22 septembre 1790.
DE PIE VI. i39
taire des crimes, d'une assemblée rebelle. à son Dieu, avoue que Tembarras du successeur de saint; Pierre n'est pas moindre. «Votre majesté, » dit-il , parait surprise de ce que iioqs i]^ Wons » pas encore r^ondu à ses demandes : nous A pouvons lui certifier que depuis que nous > les avons reçues, nous n'avons patfoessé un » moment d'y porter la plus sérieuse médi- » tation; tant est grave et difficile l'affaire dont » il s'agit! ,]y.ous en avons en même temps » confié l'examen à vingt cardinaux nommés » par nous , et qui sont assistés de plusieurs » théologiens et canonistes. Quand cet examen » sera terminé , pour que le successeur de » saint Pierre en vienne à porter, son jugement » doctrinal, il faut qu'il soit assuré que l'obéis- » sance ne manquera pas à la voix du premier » pasteur de la chrétienté. Mais qui peut nous 9 répondre de. cette docilité , :en ce temps de » troubles, de fureyr.et de délire? Qui nous ». assurera que la, déclaration de nos principes » ne produira p^pljifs de pial que de bien? » Certes , dans la disposition actuelle des es- » prits en France ^/nous avons plus j^'lQçonvé- » niens à redouter, que d'avantages à espérer » de cette démarche.
i4o ÉLOGE /
» Tout' serait perdu sans ressource , -pi le » centre d'unité perdait sa force et sa vertu morales. D'après ces considérations, dont tous » apprécierez sans doute la gravité , il vous ^ sera facile de juger combien cette affaire » exige un mûr examen. Au reste quand » chacun des cardinaux, qui se. réuniront en » congrégation le 24 de ce mois (septembre) , » nous a^ra donné son avis par écrit ; lious » pèserons chaque opinion dans îa balance de «> la religion , de la sagesse , de notre amour » pour la paix et l'union, et nous prierons Dieu » qu'il nous illumine de ses clartés célesteW.
» Cependant nous tiendrons suspendue » notre juste improbation des décrets concer- » nant la constitution civile du clergé. Notre » affection pour vous, itotre bienveillance pour » votre royaume , nous font une loi de suivre » les voies d'une singulière modération. Jamais » nous ne nous écarterons de notre caractère »,de père commun, jamais nous n'oublierons » que vos sujets sont au nombre de nos enfans, » et que vous êtes le fils aîné de l'Eglise. Nous » croirions manquer aux devoirs de la ten- » dresse paternelle , si nous recourions trop » précipitamment aux armes de l'Église contre
DE PIE YI. 141
» des enfans qui sont plutôt séduits et entraînés » par un mouTement d'effervespence 9 que véri- » tabiement rebelles et réfractaires. C'est ayec » la patience que nous combattrons la fureur; » et nous opposerons à l'inconstance et à la » légèreté des esprits , l'indulgence et une sage » temporisation.
» Nous exhorterons en outre les évêques de
• votre royaume à s'adresser à nous avec con- » fiance , afin que nous puissions répondre à » leur sollicitude et leur faire connaître ce » que nous jugerons le plus convenable pQur 9 qu'ils demeurent attachés aux vraies doc- » trines, sans compromettre la paix , ni faire B naître des troubles et des persécutions qui » seraient à la fois les avant -coureurs d'un » schisme et leur triste résultat. Et vous pa- » reillement , notre cher fils èû Jésûs'-Ghrist , » n'oubliez pas de les presser de se réunir à » nous pour.féparer les maux d^ l'Eglise ^ tant » qu'il y; a encore. du remède^ jpar. cette con- » duite ils donneront aux esprits égarés les
• moyens de revenir au droit dbemiii, et ils » ramèneront les peuples àlaràteonpâr'l'exem- » pie de leur vertu et de leur charité ', de leur » constance et de leur patience, etc. »
i43 ÉLOGE
Etrange fatalité qui , par une loi commune , semblé jprésidér aux destinées dû saint vieillard et de l'infortuné roil Ce dernier bref , si capable d'éclairer la coîisciçâcè et d'élever le courage, éirt sô%heu8ements6u8ti:ait âfix yelix de celui auquel' il était destiné. Louis XVI ne le connut jamais : on lui caclik avec la même .j^rfidîe deux autres brefs que le zélé pontife envoyait aux archevêques- de Bordeilix et de Vienne , tous deux membres du conseil du roi , pottr les engager à seconder , par leurs exhortatiddar particulières , Tautorité des avis qù^il avait'lui-même adressés au irèlîgîétfxiirtoiiatqué'(i)l « Nous n'ignoi'ôns pas, écrivait
,.(i) Le bref quei Pie YI adressait à chacun de çe^'pré-:. lats était daté du lo juillet 171^0. L'uo et Taulre SAçt conçus à peu près dans les mêmes termes ; etlepassage que je cite se trouve presque textuellement dans tous les Vfeiïx.^ i*ârcheVëqiî(é';de' Vîenhe ré^poùdît le 29 ^iUef ifti'il fejtoit tout èe qùi^é|>endrait doluî ponr se conformer n^ix prdres du ^aiitt-père. i« J'ai la^oon* » fiance,. ^i^iij 9 9t>^».par la uis^ioprdQ doJPieu>,ipa >>.TieiUes^e^ge dp^ndra,pa8au tonneau avec l^,^nte n et le crime à'aYOÎr trahi ou. ajïandonne la foi. » t Vchevêque de Bordeaux, qui ne répondit à Sa Sainteté
que le 8 aodtV prétendît qu'il ri^avàrt pas besoin d*ex-
» Pie VI à ces prélats , combien sa situation » est déplorable , et combien il est exposé à la
hortations pour rendre à la relîgîoQ , à l'Eglise et au saint pontife ce qu'îlleur (dfe?ait. « Les temps sont dif- • ficiles, assurément^ disait- il, mais je ne négligerai » rien pour embrasser Tensemble de mes devoirs et » pour les remplir au delà même dé* la mesure. »
«On ne'^pofiyait mieux parler, dit Fabbé Proyart
» {Louis XVI et ses vertus aux prises mec la perversité
» de son siècle , pag. 497 9 tom. 1*'). Aussi le souycrain
» pontife, plein de confiapce dans ces professions de
«foi, et, dans la même lettre où il invitait Louis XYI
» à encourager le corps épiscopal, Fengageait-il encore
n h prendre conseil de ces deuic^ ârchelVê^tfêB ses mi-
» nistres: Consule eos. MaiiKqci^rriva-t-il?G*eSt qu'on
» intercepta le bref par lequel I0 souTeraîn pontife ré-
» pondait à Louis XYI qu'il ne pouvait souscrire la
» constitution chiledu clergé sam'hl&SSetiâ toi ^ et qti'on
» lui cacha avec Te même soin deux breb adresses aux
» deux archevêques 'ses ministres, dans l'un diesqucis
n Pie Vl se félicitait de la facilité qù*avîît le ministre
» d'un roi doué dès meilleures ikitéÂtioni ,' d'arr'êtcr sa
» main surlà sanction qù'onlufrjdem&ridaït'à des décrets
» empoisonnés. '
» Cependàtit LOtiis XVI ne recevante pas de réponse » de Rome, et Wcëlé'bouf'ciorïdéfàas^ûèttoh, 'devine » et suit,'^ansi le connaître, l'avis' que liiî adics:^e Vv ••pape : il consulté 'ses riiini.4(rcs.' iiiàis''dc ces de»\
» fureur populaire. Mais son âme royale ne » doit pas se laisser entraîner par une multi-
» conseillers Tun se tait de peur de réclairer^ et Tautre » régare en lui parlant. Eût-il donc fallu qu'un roi se 9. crût plus habile en matière religieuse que des pères 9 de l'Eglise? Et, dans le silence de Rome consultée, » pourra-t-il voir du danger à souscrire en somme des » dispositions déjà souscrites en détail sur la présenta- » tion et la garantie d'un archevêque son chancelier? » I^oin de nous, au reste, en rappelant des faits essen- » tiels à notre sujet, toute intention de diriger de nou- • y eaux reproches sur deux,prélats, dont l'un porta le » repentir.de sa faiblesse jusqu'à en mourir de douleur n et de re&àord»; et l'autre jusqu.*à en publier lui-même » l'humble et courageuse confession. •
L'éditeur des brefs de Pie YI , imprimés à Rome en i8oo« fait à cette, occasion les réflexions suivantes : « On ignore le motif pour lequel ces deux prélats ne s'em- » pressèrent pas de faire connaître sur*le-champ à leurs » confrères combien l'opinion du saint-père concernant » les décrets des étatS7généi^ux était netteipent pro- » noncée ; et l'on peut d'autaïit moins concevoir cette » réserve, quelesi lettres que leur avait frites sa sain- » teté leur enjoignaient expressémçnt de les leur faire » connaître : Advocandam nobis esse openi vestrorum » fratrumepiseoporum. « Il faut appeler à ppus seqonder » l'assistance de vos frères les évêques. » Quoi qu'il en » soit , on qc peut attribuer la conduite de ces deux
> tude effrénée. Dites-lui bien que les devoirs 9 envers Dieu sont immuables , et qu'il n'est » jamais permis de paraître les abandonner » un instant , même avec le désir de revenir » sur ses pas quand les circonstances auront » changé. »
Privé des directions du successeur des apôtres 9 égaré par les avis funestes de l'un de ses cdnseillërs ecclésiastiques , tandis que l'autre gardait un lâche silence , que fit Louis XYI pour se délivrer de l'oppression dans laquelle le tenaient les auteurs et les partisans de la constitution civile du clergéi^ Il y donna sa sanction d'une main tremblante, et le repentir dans le cœur (i).
» archevêques à la tiédeur de leur zèle religieux : Tua » et l'autre en étaient remplis; mais ces deux pièces » viennent à l'appui d'un fait- important 5 c'est que le » saint pontife a parlé à temps , et qu'il n'a jamais varié » dans ses sentimens sur la constitution civile du » clergé. »
( 1 ) L'abbé Proyart> dans l'ouvrage déjà cité , donne , sur la sanction forcée que donne Louis XYI à la constitution civile du clergé , des détails qui se rattachent trop bien à l'histoire de Pie YI pour que je ne me fasse pas une loi de les rapporter ici. Pie YI, daus le con-
i46 ÉLOGE
En apprenant cette adhésion fatale à des décrets sacrilèges, que dut faire Pie VI, qui d'ailleurs ne pouvait pressentis que ses brefs n'étaient point parvenus au roi de France? Il dut lui écrire d'un ton sévère : il 4ut être
I ■ ■ — ■ • ■ ■ — ^-' - -- - L-JIII, -M • 1
siHoire où il émit Topinioa du marJtyre de Louis XVI, disait 9 eu parlait de l'^u^ceptatîon que fit ce prioce de La constitution civile du clergé ^ « On assjare que lors- » qu'on la présenta à sa souacrîplîon^ il resta quelque » temps pensif 9 et finit par refuser sa signature. II » craignit que cette démarche ne ftkt regardée comme n une approbïithm; mais alors ttn de ses ministres , en » qui il ayait beaueodp dé eonfiance, et q[uè'rèki noraiBei D loi répondit quA sa signature au bas de ia coosdtutîoa » n*y serait à d'autre fin que pour que nous i|?ajonfl pas » Heu 9 nous à qui il devait envoyer cette pièce , d'en » suspecter l'authenticité 9 ce fut cette raison fort simple » qui dédda le roi à y mettre seti he^m. CW ce-que le v> roi donne à entendre dans son testament, quand 3 dit » qu'il l'a fait contre sa volonté.- Il y eôt eu » en -efiet , » inconséquence et contradiction mapî^ste ^e sa part » à repousser constamment ce qu'il aurait fait volon- » tairement , comme lorsqu'il refusa de signer le décret » qui inflige la peine d*exil aux prêtres non assermentés , » et lorsque , dans sa lettre à l'évêque de Glermont , il «> manifesta sa Tolonté de rétablir le culte catholique. « {Acta sanctissimi PU Papœ VI , in consistorio secret die i6junii 1793.)
injuste en quelque sorte, pour remplir un pénible devoir. « Votre sanction à la con-
> stitution piyile du clergé a été si pron^pte,
> lui inanda-tril alors (i), que qotre répopse » n'aurait pas pu voi^ ?r^ir|3r en temps
» opjj^rtun ,... Votre }i^}efit^ nous avait
» prptpis de vivre et de mourir dans notre » religion ; et ç^tte proqgiesse était pour aous i une grande consolatio;PvMïû maintenant ce » sera poifr vous un éternel sujet de douleur » et de repentir que de penseï: iqu'en vertu de » votre sanction . vpu^ ave« séparé de Tunité Y de l'Eglise tous ceux qui auront prêté le ser- » ment prescrit par l'^issemblée constituante » • ou qui ae seront soumis aux dispositions » coupables décrétées dfti^s la constitution ci- 9 vile 4^ clergé. Par cette eondjuite vous avez k abdiqué la plus belle de toutes les gloires > » celle de défenseur de la religion que vous » aviez déjà méritée (2). »
( 1) Ce bref esl du 5o mars 179K
(a) Le saint-père terminait cette lettre en exprimant tout son mécontentement du scandale qu'aTaicnt donné au monde catholique 9 en prêtant Le serment ofvîque 9 Tévêque d'Autun et ses imitateurs » mais particulière*
Pourrais-jéterminer cette revue des travaux apostoliques du saint yiefllard , sans rappeler ces brefs nombreux ^*il ne cessait d'adresser à ce clergé de France , dont la fidélité consolait la religion et même la faisait briller d'un éclat miraculeux au sein des insolens triomphes de la philosophie? J'ai dit les pressantes sollicitations qu'il adressait aux prélats que des fonctions émînentes attachaient à la personne du roi. Pie VI , afm d'échau£fer aussi le zèle des évoques éloignés de la cour , daigne leur faire coniiaîtrë les démarches que' lui inspire sa sollicitude paternelle envers le fils aîné de l'Eglise, c Nous n'avons pas itianqué , » écrivait-il à l'évêque de Saint-Pol de Léon ( i ) , • d'exciter la piété et la foi du roi Très-Chré- » tien , de peur que, par son silence et encore » moins par son consentement, il n'accède » en aucune manière aux scandales accomplis » par les états-généraux , qui se sont précipités
ment le cardinal de LoméDie , qui avait eu la témérité d'écrire à sa sainteté pour justifier sa conduite par les plus honteux subterfuges. (Y. ci-après page iSg.)
(i) M. de Lamarche , condamné à mort en 1795 par le tribunal révolutionnaire de Nantes.
DE PIB VI. 149
» dans la route du. schiutte-et de Terreur. » D'autres lois Pi^ YI accorde aux éyêqaes frao* çais des pouvoirs extraordinaires pour. lutter a^ec plus d'efficacité contjce; les malheurs du temps (1). Je pourrais citer enfin, cette foule
(1) P!e VI, dans un bref adressé le 19 mars 1790 au cardinal de la Rpchefoucauld , arclieT^que de Rouen , s'exprimait ainsi à cet égard : « Afin de rods donner » une preuye de notre bienyeilknce 0I de notre soUici-
> tude 9 noiis accédons Toloi^iefs à la demande que » TOUS nous i^Tex faite ^ et nous j^p^rouTons lesjoaesures » que 9 TU la difficulté des circonstances t tous croyez » conTenable de prendre pour maintenir la discipline
> de PÉglise, et qui tendent à ce que les dispenses des » Tœux réguliers qui seraient désonnais expédiées » » soi^Eittt jçonflées à la religion et à la prudence des seuls
» érêques. »
Dans un bref adressé à réySque «TAmienSy le 6 septembre 1790, il l'autorise à donner^n cas d'em|^êchemens canoniques ^ des dispenses de mariage. (Voyez encore les boUes du 10 mai et du 18 août , par lesquelles les pouToirs les plus étendus sont accordés par le Saint- Siège aux archeyêques et éyêques du royaume de France;. et celle du a6 septembre 1791 » en fayeur des arcbeyêques de Lyon , de Paris et de Vienne y et des plus anciens éyêques de France. Voyez enfin Tindult du 9 mars 1792» qui contient les détails de tous les
i5o ÉLOGE
de brefs et de lettres monitoriales écrites par ce grand pape , soit à de courageux vicdiresgénéraux qui détestaient Tapostasie de leur éyéque {i); soit à de simples prêtres qui , eh F bbsJence de leur pasteur diocésain , réelamaient auprès du Saint -Siège des directions pour la conduite qu'ils avaient à tenir (2) ;
pouTdirs accordés ëkx àrehi^Têqtiës 9 élrêiG|ueë et iiâmtni8tt*ateur8 de» âiocèseâ de Ftàqbé <fi]i sdiit dëinëùrés fidèles au Saint-Siégs et à FEglhe, etc. , etc.
(1) Eattt autres Illettré adressée au notû de S. S. par le cardinal de Zelikla aux grands Ticàir^s du diocèse d'Autun, le ii atril 1791.
(s) Entl^ autres lé bk'ef adressé à Tubbé J. Guégab , recteiir de PônUrj, qui, élu révolutionnairement à l'étêché dt Yàniiés 9 s^étàit em{^i*éssé dé s^àdrésbër à Sa Sainteté pour obtenir d'elle des instructions & titt é^ard. Dans ce bref, da^àdu 5o mars 1791 ^ Pie Vl établit de la manière la pli^nergique l'inamoTibilité des droits du pasteur légitime qui n'a pas Tolontairéiiiént abdiqdê , et l'horreur du sacrilège qu« comtûet tcrat ecclésiastique qdi ose occuper le siège àè son èyêqUe. « La ju- »» ridiction du pasteur eipulsé d<3 son siège par Violence i» et injustement^ dit Su Saitit^té, demeure entière^ et » il conserye toujours le droit de conduire et de paître » son troupeau en tant qu'il petit l'ejcerber. Il eh résulte » que nous né pduTons ordonner personne dans une
DE PIE VI. i5i
soit à de pieux abbés ou abbesses ( i ) qui demandaient à la cour de Rome de nouvelles armes contre les embarras imprévus et les dangers inouïs qui venaient les; assaillir au fond de leurs retraites jusqu'alors si sûres et si paisibles ^ soit enfin aux peuples eux-mêmes pour les exhorter à demeurer fidèles à leurs pasteurs légitimes , et à rq)ousser avec indignation les évêques élus par )a violence ou par la fraude.
Mais de t9i|s tes monûmens de sagesse , de sollicitude et de scienee évangéliques , il n'en est aucun qui puisse être comparé au fameux bref doctrinaltlu i o mars 1 790 , dans lequel le pontife, répondant aux évêques français qui lui oqt soumis l'exposition de leurs prlùcipes , renverse avec les armes de la
» église qui à son pasteur, pas même sous le titre de » coadjuteur. jamais le Saint-Siège n'accorde de coad- » jutoreries que pour le motif légitime prévu par les » canons, et non en vertu de Fa subversion de tous les 9 droits de l'Eglise. Il faut pour cela le consentement 0 du titulaire, qui demande lui-môme le coadjuteur » dont il a besoin. »
(1) Voyez la lettre à l'abbesse de Sointe^Claire de Miihaud , 1 5 décembre 1 790.
f52 ÉLOGE
foi , de la raison et de la tradition , cette constitution civile du clergé , élevée par l'ignorance et la déraison , aussi bien que par Tinpîété.i.et la révolte. En même temps qu'il foudroie les erreurs en les confrontant avec lès maximes des Pères et les règles de l'Eglise, il rappelle les vrais principes, fixe le dogme et la discipline, et oppose à un miiiistère d'intrusion , invention éphémère et inonstrueuse de l'esprit de ténèbres, la perpétuité vénérable du ministère apostolique. Quell« profonde sagesse dans ses déductions! Avec quelle vaste érudition il évoque tous lestémoignagiesde l'Eglise universelle et de l'histoire des siècles (i),
(i) li faut remarquer que toutes les citations dont ce bref est rempli, sont tirées principalement des conciless^ et des pères de l'Eglise gallicane ; et quand Pie VI y rappelle des paroles et des témoignages tirés des père» grecs ou latins, il a soin de citer la page et réditioim de ces mêmes auteurs^ la plus estimée et la plus répandue en France. Cette remarque n'a point échappé à M. l'abbé Sylvestre GuiUon , traducteur éloquent des brefs de Pie YI ; et dont les judicieuses observations ont enrichi et facilité mon travail. C'est un hommage qu'il m'est bien doux de rendre à l'un des plus savans docteurs de l'Eglise gallicane.
DE PIE VI. i55
dans cette admirable lettre rédigée de sa main , et puisée , comme il le dit lui-même 9 aux sources- les plus pures de la science di- Tine! Quel heureux accord de la fermeté du souverain spirituel , avec l'ineffable indulgence du père comn^un de la chrétienté ! Comme son âme s'épemche dans le sein de ses frères les évêques fidèles LGomme il aime à l'endre compte à tous , des motifs les plus secretfl de. sa prudente . circonspection , de ses délaia charitables , avant d'en venir à la cruelle nécessité de signaler des coupables que d'abord il avait espéré de ramener par ses paternelles exhortations , par ses insinuations réitérées^
Avec quelle énergie il repousse la juridiction'ânpie que les laïques voudroient usurper sur les choses spirituelles! « De » quel droit , s'écrie- t-il avec saint Chry- »-806tôme , les ecclésiastiques pourraient -ils » être soumis à leurs décrets? Si la viola- » tion du sabbat , si le seul attouchement »> de l'arche* prête à tomber ont pu exci- »* ter la colère de Pieu et rendre le cou- > pable indigne de pardon , quelle indul- ^ gence peut espérer celui qui ose altérer les
i54 ÉLOGE
» dogmes augustes et ineffables de notre » foi (i)? »
Avec quel courage , dans un siècle rebelle à toutes les dominations , il aape jusque dans ses bases le dogme de régàlîté et de la liberté effrénée, pour rappeler à l'homme auquel on vient de révéler ses prétendus droits en l'affranchissant du joug de ses devoirs , que « la » société humaine, selon l'admirable définition V de saint Augustin , n'est autre chose c{u'une
» convention générale d'obéir aux rois
» Toute puissance vient de Dieu : celles qui » existent ont été réglées par Dieu même ; leur • résister, c'est troubler l'ordre que Dieu a » établi , c'est se dévouer soi-même aux peines » de l'enfer (2). »
Après avoir prouvé que depuis le commen* cément jusqu'à la fin , la constitution civile du clergé n'offre rien qui ne soit repréhensible et dangereux (3), le savant pontife poursuit avec
(1) Commentaire sur le chapitre !•' de l'Epttre aux Galatesy tom. I**, édition des Bénédictins, pag. 664.
(2) Confesi. lîv. m, ch. vm, tom. I*', pag. 94, édition des Bénédictins.
(3) Il qualifie la constitution d'hérétique et le serment d'impie.
DE PIE VI. i55
une tnrâle vigueur sa tâche apostolique : il exhale dans le& ternies les plus touchans , la vioiëbté douleiit dont son âme a été péuétrée «i voyant la conduite de Tëvêqué qtiî> le {n^ièr , s'est engagé pdt' serttiétit A observer ohé aiissi infâme constitution. « La plutiie >!k)il6 est tombée des mains, dit-il ^^nous
• n'âtdns plus la foite de coMinuer nitre
• ttaVail , et jOUt* et nuit nos yeux sont » bàig;ttés ile lartnes ^ en voyant un évêque ,
• lin seul évêque , se séparer de ses collègues »etpiiendt*elecielàtémoindeses erreurs (i) !»
Mais quelle que soit sa juste indignation , Pic VI vient bien encore en suspendre les effets. Il se. doiitente d'avertir ce prélat, dont la défefetioii forme ufa contraste si déplorable avec le dévouement de tant de pasteurs qui sont restés fortëniënOittachés à la chaire de saint Pietrè. Il ûe vWt pas lui laisser igno- M) aitisî qii'âû petit nôitibre de ceux qui auraient pu fefe j^iarjui^èr à son ' éxêinple , les condamnations que l'Eglise a toujours pronoiicéfefe conire les évéqùes îrebélles au Saint- Slége; et, après a voit rappelé ces |trgemens
(i) L'évOque d'Autun.
i56 ÉLOGE
mémorables, il termine par cette insinuation toute paternelle : « C'est pourquoi , s'ils ne 9 rétractent pas leur serment , ils savent à » quoi ils doivent s'attendre. »
Une clémence si admirable ne se démentit jamais envers cette portion si coupable, et heiu^sement si peu nombreuse , du clergé fr^lpçais. En effet , pilote habile de la barque de saipt Pierre , Pie VI a tout tenté pour ramener au port assuré de l'Eglise catholique , et pour recueillir à l'abri de la tourmente ces prêtres constitutionnels qui, prostituant là parole de Dieu, avaient brisé les filets de l'apôtre. Il n'a pas dédaigné de leur adresser les plus pressantes sollicitations ; il leur a accordé tous les délais possibles pour qu'ils aient le temps de revenir à résipiscence. Quelques-uns se montreront toujours sourds à sa voix : ils seront digfts de toute sa colère. Pie VI pourra frapper d'anathème ces évêqfues et ces curés intrus ; il pourra les traiter >coninie des idolâtres tout-à-fait étrangers à la communion de l'Eglise catholiquiB. « Mais comme » il a reconnu que ses avis n'ont pas été sans » effet sur plusieurs , il imitera la miséri- » corde infinie de Dieu, dont la patience sans
DE PIE VI. i57
» bornes parvient à raoïener le pécheur (i). » Et tout en maintenant la suspeiuion , la seule peipe que , par l'effet de s^i singulière mansuétude , il leur ait encore infligée , j*l s'abstiendra de porter la sentence d'excommunication contre ceux qftfi persistent dans leur rébellion. Ne semble-t-«il pas » selon une comparaison familière aux liyres saints , voir une jpoule qui^ dans sa sollicitude.» court de tou& côtés pour rassembler ses poussins sous son aile , ou la- plus tendre mère qbi: met tout en œuvre pour rappekr au devoir un fils égaré?
^ ( i) « Le hrtMir 10 tbars avertissait lès coupables par » uoe iostructioii détàflléé. Le bref'dii i3 àvrilû'est lui- » même eftèore que inohitôîre. Il fait brîllerïe fer des
«•censures splirtliùellcfd ; mais il Ife tfenl suspendu
» alors même qiié la charité pôùVatt armer ses tû^âûB » du fer des (J^nèilires sK^ritûelles, la chanté ne cessé ^as » d'être douée > patiente et pa^fémelle/ Qâelle âdmira- » ble économie dans fàdispensation dés trésors célestes I 0 Gommé il sail avec poids et mesure gradueriez peines « 1^ les délits^ prd|tefrtT6nner lé châtiment au caractère » des coupables! t^dur lés uns c'est la yoix de iJonas an- » Bonçant à Ninîyef'èsi ruine prochaine» si.ttiiermefatal de » quarante jours expire sans avoir éclairé sa pénitence : » pour tous, c'est la Vdix du JS^auveùf comptant les » charbons ardens que le parjure, que la nullité des
i58 ÉLOGE
Tandia qu^ les prélats fidèles à Jésus-Christ et à son Église recevaient les brefs consolateurs du pontife suprême avec la même gratitude que les Israélites dans le désert recueillaient la manne céleste , tandis qu'un grand
actes de juridiction exercés par eux^^ amasse si^r leiirs
têtes Le juge qui a porté la Sjeotence est toujours
un père , un pasteur , un ami. . ; . Il menace , il ne frappe pas encore..... Après tant de monîtidns et de prières 9 après tant de sollicitations et de- patiéhèé , enfin le moment ^errii^le estanrifé» Le terme du délai a été calculé ; il est déjà bien loin. Pierre ya -parler de nouyeau; s^ns doute ce sç^a.pour faire entendre la dernière ^e|iteppe.p... Non ^ nous avons un pontife p(u.$ a4iQirable encore dap5 &es nûsé^icprdea qaje les coupa))les rie sont ètonnans da^i^leudraTeugleoijeiiit, Il î^\A ()u.e la justice cède encore à l^ bonté; il f|9ii|t qu'elle apco|:4e po t)&rme nouvjeau.^ .et qe terme ^ ce n'.eçt f\\i9. quarante Jqut^ s la bçnté du ^aint-père a triplé la patience 4u prop]?ièjte^ paais encore deux /pis soixante jour^ ; et qviajgid ce terme sera écoulé, alors encore noiis .sefoi^s navrés dfs trisi^m ( bref du 19 m^s in^^) i npi^s pleurerons , nou4 gémirons ^ nous senfi-ron^ nos entrçiijUes se, dessécher pçjnm^ sf on nous arr^ chait nos propres membres. » {Opseot^rs préliminaire de la » collection des brefs de Pie VI jt par M. l'abbé Sylye^re Guillon.) «
DE PIE \I. i59
nombre de curés et de vicaires , que des intérêts temporels ou une fausse prudence avaient conduits à prêter un serment criminel, s'empressaient de le rétracter et de se rallier à la voix du chef de la parole et de la conduite (f )» la tourbe révolutionnaire s'épuisait en efforts soit pour repousser ces bre£s comme apoéfyphes , soit pour contester la divine autorité de celui dont elles émanaient , soit enfin pour calomnier sa conduite. C'est alors qu'on a vu l'apostat Briençe s'insurger contre les justes censures du pape, et affecter de se démettre de la pourpre romaine, dont son prince spirituel l'avait déclaré indigne (a).
(i) Bo89iiet, Sermon ^ur t^ unité.
{%) Rien ae fil f\n$ de bruit i celte q)oque que le
bref que Pfè VI adressa m cardinal liOtnénie deBrienne»
archevêque de Sens. Ce prélat, décrié poiir seâ mœurs
cofmne tous ceux de ses oMifrères qui se montrèrent
apostats , après avoir prêté le sersaent ^ avait écrit au
saint-père, motm pour recevoir de lui des-instruetiona
que pour justifier i»on apostasie , en établissant que son
serment étakde soumission et noaxl'apjprobation. Pie YI
lui répondit par «a bvef daté du s3 février 1^791 • « Allé-
» guer pour oouvrir votre faute que votre serment a été
» purement extérieur , que c*est la boudbe et non le
i6o ÉLOGE
M cœur qui l'a pronoûcé, c'est ayoir recours à une » excuse aussi fausse qu'indécente ; c'est s'autoriser de » la pernicieuse maxime d'un soi-disant philosophe, » qui a imaginé ce subterfuge tout-i-fait indigne , je ne « dis pas de la sainteté du serment ^ mais de la probité • naturelle d'un honnête homme ; et toutes les fois que «cette doctrine, a été publiée, l'Église n'a pas manqua » de la condamner et de la proscrire. » Plus loin , en parlant de la constitution établie par l'assemblée nationale 9 Pie YI exprimait cette frappante yérité : « Qui » ne voit que cette constitution, en laissant à l'homme » là liberté de penser et d'écrire Oequi lui plaît sur les » matières de religion , heurte de front la religion elk- ».âiême; quêtait d'aulires nouveau téjf qu'elle introduit » renversent absolument l'autorité deTEgllse, en anéan- » tissant tous les droits. » Mais les graves remontrances du saint pontife , et les mouoemms de tendresse paternelle auxquels il se livré > pour épargner à Brienne de nouvelles fautes, et pour rengager à se réunir à la doc-trme unanime des auttes évéques^ sont inutiles. Brienne ose^ le a6 mars, écrire une aouyelle lettre au saint père, dans laquelle, après s'être plaint de Vétonnante publicité de son bref, il ajoqte : « Je dois à mon Jipnneur » une dernière réponse , et \e m'en acqtiitte eïi remet- » tant à Votre Sainteté ia dignité qu'elle avait bien voulu » me conférer. Les liens de la reconnaissance ne sont n plus supportables pour l'honnête homme injustement » outragé. Quand Votre Sainteté a daigné m'admettra
DE PIE VI. ' i6i
» dans le sacré collège 9 je ne prérojaîs pas que 9 pour » conserrer cet honneur, il Mlût être infidèle aux lois 0 de mon pays* Placé entre ces deux extrémités 9 de 9 manquer à cette. autorité , ou de renoncera la dignité »de cardinal, )ene balance pas un moment, etc. » Pie VI 9 que les lil>ellistes réT^elutioimaires ont si injustement accusé. d'€9»îmcMif^ contre Brienne, attendit six mois ayaiird'acoep^idriFofire qqe faisait celni*cî «de » quitter la dignitéde'eardînal' dé la même manière qu'il • était sorti do la .place de premier mînisirty c'est-à-dire I» en veoofnçftnt» en Apparence de lui-même, à ses digni- » tés , quand il sentait bien qulil'a'était mis dans unepo- .9 sîtionteJkiqH'illMi était impôe^ibi^ de s'y maintenir. » Dans: une- allpoution prononeél^le a6 Septembre 1791 , le saint -"pir^-pensura de. la manière la plus forte les détestablç^ principes émis paie O^t apostat, a II donne A pour motif de sa renonciation , disait Sa Sainteté, que 9 les choses en sont veaues au jpoînt qn'tlbe peutbeons> server sans ,iaa&quer à ce qn'il-rdoît âla puissance » civile, et par U il rend autant qu'il est en lui suspect » et odieux le serment que prêtent les cardinaiix. » Mais à quoi bon cette marche tortueuse et embar- 9 rassée de doutes forgés par lui-itaême? De quoi s'agit- » il? Uniquexnent delà nécessitiè de préférer rautorité 9» de Dieu à celle des hommes^ la religion à l'apostasie. I) Loménie, cessantd'appartenir à votre collège, devQJt- » il être moins ouvertement parjure et moins apostat, » tandis qu'au mépris des lois de Dieu et de celles de
ijiKi ELOGE
« r£glise il étouffe ses remords pour embrasser et sou-
• tenir les erreurs pernideâses de la CODSttlution ? Qui » ne sait que le serment ùes cardinaux est parfaitement
• semblable a celui que prêtent tous les é? êques de h « catholicité ; que ce serment n'tmp6«e aucune anti-e •» obligation que .de GoUser^er une fidélité itiî^iolable à j^;ré|;Uae romaineiet an Saint-'Siégèy'et èe maivitefiir le 1 jdépôt de la Religion»; que par cela même il fof tifie da- ÎA vantage encore les* Ifens ^i doivent attacher à Ia
^ y:paUrie et à l'ofu torîté légitinie des 86uvera!À6y puisque if^a;|>atrte et les empireé ne pear^t atoir d'appui et «de fondement plu^ solide. que iifi relfgîoti.''
n.U se {daint d'élNf doalôureu^éiinient Ptft&été de la » publicité donnée à nbs^teltres^ comme û nou9 n'arlons » pas suivi lafègle des^oaiAods'^ qui prescrit d^ireprendre^ fffwtrbliquement o^lM d<Mit la faute a éttê publique. Il n^e plaint qu^od Té blâme de n'avoir point refusé un. -H'^ermént qu'iltôr- pnêté-que de bbuclvé* sans aucuim «iffsBentiment intérieur^ comme sMa^rmmle de (3e ser^ â» ment n'était pas ejcprimée en termes si blalrg et sî » précis 5^ qu'il est imFpossible d'élever le plus léger a doute éur4eur véritable sens I
» Il voudrait'inftÀdiily& une sorte de distinction entre '9 obéir et apprmiver^^ et; £iîrcfor<yire'>qû'«n jurant d'exé" à cuter la loi^ il h'n oéntraoté aucune obligation d'en -n^'prprouver dans son esprit lés dispositions : distinction » certainement téméraire et détestable. Quand il s'agit
• de religion, est-il permis d'exécuter ce que la con-
ï)t piK vî. m
^ science désapprouve ? » ( Traduit, des brefs de Pie VI^ par. M, l'abbé SyL Guillon. )
La conduite de Brii^nne lui attira le lYi.épris de sei adversaires et même du parti révolutionnaire. Il devînt le héros d'une foule de pamphlets , dont le plus remartfuable a pour titre : Lettre de l^abbé Royou à M. de Lo^ fHenies décardhudiéés ^tMitié de gté, moitié de fgrie, mais toujours archenêqaje de Sens ^ malgré lui et la constitution. heg journaux de Pfi^iâ se moquèrent de Lomenie. a La » distinction qu'a faîte }!, le cardinal soi-disant patriote, 1» disait le Moniteur ^ sOus la rubrique du 25 mars 1791 y » entre son cœur et son esprit s après avoir prCté son » serment, n'a pas réussi à Rome, qnelquiiabîtude que 1» r^én ait des distinguo de ce genre, etc. » Mais rien ne vaut , en fait de ridicule , un article ofliciel inséré en faveur de Lomenie, dans la même feuille, sous la rubrique Sens, a5 mars 1791 : « La société des amis de » la constitution, y ëst-îl dit, ayant été instruite qu'il » circulait dans la ville un imprimé intitulé : Bref du » pape à M. le cardinal de Lomenie, atdiétfêtfue de Sens, » a député vers lui mercredi a3 , trois de des membres » pour s'assurer dé l'authenticité ou de la supposition ^de cette pièce. M. le cardinal a répondu'qu'il avait en » effet éprouvé ce désagrément ; mais que sa patrie n'igno- I) ralt pas qu'il se l'était attiré en suivant l'impulsion de » son zèle et de l'amour pour elle... , et aussitôt il^n a » remis un exem^pilaire à MM. les députés. »
Le -traducteur deslarefs de Pie VI raconte éloquem-
i64 ÉLOGE
Alors d'infâmes intrus, déserteurs de la synagogue et du synode (i), se portèrent , dans de prétendues lettres pastorales, censeurs et juges de celui à qui Jésus-Christ a donné le droit de lier et de délier (2). Cependant , au milieu des orgies du Palais-Royal « l'effigie du saint pontife, revêtue de tous ses insignes religieux, était Tobjet d'une procédure sacrilège. Des factieux , réunis sous le nom de société patriotique , osèrent emprunter les formes de la justice des hommes contre celui qui ne doit avoir que Dieu pour juge. Un insolent réquisitoire, tissu de dégoûtantes calomnies, fut lu au milieu des applaudissemens unanimes d'une populace effrénée; et, conformément aux con-
ment la fin tragique du Mathan de ce siècle, «qui, dîtj» il, se doDua la mort à lui-même,. Il devait finir comme » Judas Tapôtre, qui avait vécu comipe lui. » ( Voyez h tom, II, pag, 20a et suUv.
(1) Ces évêques intrus devinrent l'objet du mépris de leur? propres complices. Ib sont souvent appelés canaille^épiscopale dans les journaux du temps.
(2) M. Tabbé Sjlvestre Guillon j, à la suite de sa traduction des brefs de Pie VI, a placé une analise raisonnée des lettres et instructions prétendues pastora/es des évêques constitutionnels, tom. II, pag. Sgaetsuir.
DE PIE VI. • i65
clusions , l'effigie de Pie VI , après avoir été ignominieusement fustigée , fut livrée aux flammes et ses cendres jetées au vent (i ). Tout cela se fit en plein jour, et sans que l'autorité publique tentât d'y apporter aucune opposition. Dès lors le nonce du pape reconnut qu'il n'y avait plus en France de sûreté pour lui ; et tout lien religieux et même politique fut de* sormais rompu entre le gouvernement français et la cour de Rome.
Le cardinal de B.ernis , qui n'avait pas voulu prêter le serment d'apostasie , fut révoqué par les ministres de Louis XVI, ou plutôt de l'assemblée constiiruante (2). Le pape se plut à
(1) On brûla aussi les deux brefs du 10 mars et du i3 avril, qu'on avait attachés à la main du mannequin représentant Pie VI. Celte scène indécente- eut lieu ie 4 mai 1691 . Ce fut le marquis de Sainte» Hurugue , l'Ai des chefs d'émeutes du Palais -Royal, qui en fut l'entrepreneur. Il était connu de la canaille sous le nom de père Adam. On l'avait vu , en 1789 , se charger de faire incendier les châteaux dans le Maçonnais. Il figura ensuite le 5 octobre à Versailles, et. dirigea, avec Santerre, la journée du 20 juin 179a.
(2) Al. le comte de Ségur fut désigné pour le remplacer auprès du Saint-Siège. Mais le pape refusa constant
i66 • tLOGK
conserver ce prélat auprès de sa personne^ Rome, où Bernis résidait depuis taut d'années, était devenue pour lui une seconde patrie. Il possédait un diocèse (i) dans le patrimoine
ment de receroir tout ambassadeur français qui eât prêté êOHê restriction iâ serment ea>igé de tous les fonction^ naires publics par les décrets de l'assemblée nationale^ La lettre que M. de Montmoria, ministre des affaires étrangères , écrivit à ce sujet au nonce du pape , Monsignor Dugnani , fut lue par M. Dandré à l'assemblée nationale 9 le 5 mai 1791. Le ministre s'exprimait ainsi dans cette dépêche , qui lui attira les éloges des révolution* naires : « Le serment sans restriotion , disait-il , étant » prescrit à tous les fonctionnaires publies , est devena n un devoir indispensable pour tous les ambassadeurs n de France dans les cours étran{^ères. Le roi ne pourrait » en envoyer un près de Sa Sainteté si ce serment était » regardé par elle comme un motif d'exclusion , et dès 0 lors la dignité de la nation et celle de Sa Majesté ne « lui permettraient plus de conserver un nonce du pape » à Paris. •
(i)Le pape l'avait nommé archevêque, d'Albano. Par le refus de prêter le serment à la constitution civile du clergé, il perdit 400,000 livres de rente, et fut réduit à une sorte de dénûment. La cour d'Espagne l'en tira, en lui assurant une forte pension. Bernis ne survécut que trois ans à celte faveur, et mourut à Rome le a novembre 1 794 > %é de près de quatre-vingts ans.
de Sdint^Pierre : il avaît« vieilli au sein des honneurs de la pourpre Romaine et de la plus douce union avec les membres du sacré cok légo. Sa patrie d'adoption lui deyenait d'autant plus chère , qu'en reportant ses regards sur la France , il ne pouvait concevoir la durée d'une insuriiection si contraire au caractère dou:i:, au?c dispositions bienveillantes qu'il a^ait jadis connues au peuple français. Hélas! les révolutions ont ce triste, priyilége qu'elles* changent les hommes m changeant les fortunes , non que le fond du cœur humain soit plus mauvais dans un ten^ps que dans -un autre; mais les orages politiques , par cela même qu'ils bouleversent l'ôrcire établi , mettent toutes les passions en présence , toutes les vertus à l'épreuve , et multiplient l^s occasions de faillir. 1
Au milieu de ses amers chagrins, Pie VI éprouva un sentiment qui n'était point sans <{uelque douceur. Les tantes de Loui* XVI ( i ) » contraintes par la tourmente révolutionnaire de cjuitter cette France, où depuis leur berceau elles avaient été environnées de tant de
(1) Mesdames Adélaïde et Victoire.
i68 ÉLOGE
calme , de respect et d'honneurs , vinrent chercher dans la barque de saint Pierre un refuge contre les flots déchaînés. Par une noble prérogative attachée au caractère magnanime de ses princes, la France monarchique avait toujours été Tasile des rois et des pontifes malheureux ; mais c'était la première fois que Rome avait occasion de rendre un tel office au sang de saint Louis. Dès que les princesses furent arrivées à Rome , Pic VI leur prodigua avec empressement toutes les prévenances, tous les égards dus à leur malheur, à leurs vertus et à leur illustre naissance. Elles furent traitées en souveraines. Le saint- père ne se borna pas à de froids respects envers Mesdames; il devint désormais pour elles l'ami le plus affectueux , le consolateur le plus éloquent; et lorsque leurs douleurs étaient trop vives pour qu'aucune parole humaine pût les adoucir, alors il conduisait ces illustres victimes au pied de k croix ; et là elles retrouvaient cette force et cette sécurité qui jamais ne l'abandonnaient lui-même. Le chef de la religion romaine pouvait-il faire moins pour les descendantes de tant de rois protecteurs et bienfaiteurs du Saint-Siège?
Lecardinal deBernis seconda le pontife dans ces soins touchans d'hospitalité. Son palais, où les Français et les étrangers avaient toujours été accueillis avec tant de grâce et de magnificence ( 1 ) , devint la résidence des tantes de son roi, et<;et honneur adoucit son exil, en lui rappelant lesbeaux jours de sa malheureusepatrie. Semblable au saint vieillard Siméon, il n'eut plus rien à désirer avant de mourir, puisque ses yeux attendris avaient pu contempler ces traits augustes qui lui retraçaient le noble visage de Louis le Bien-aimé. Images vivantes de l'instabilité des grandeurs temporelles , Mesdames retrouvèrent sous la pourpre romaine un personnage dont les disgrâces avaient quelque rapport avec leur destinée présente : c'était le cardinal d'Yorck, seul héritier légitime de la pieuse maison des Stuarts et de la- couronne d'Angleterre. Quarante-cinq ans auparavant (s), il avait, avec son frère Edouard, comme lui proscrit et fu-
(1) 0 Sa maisoQ, dit Fauteur d*un voyage en Italie , j» est ouverte à tous les voyageurs de toutes les parties » du monde; il tient ^ comme il le dit lui-même, l'au- » berge de France, dans un carrefour de l'Europe. »
(2) En 1 746.
gitif , demandé à la cour de Louis XV un asilo et des secours que les fdles de ce monarque réclamaient alors du père commun des fidèles. Infortuné Louis XVI ! pourquoi ne vous futil pas donné de trouver, comme vos tantes ^ au sein de Texil un refuge contre la rage des révolutionnaires qui de crime en crime marchaient si rapidement au régicide ! Dieu qui protégea la fuite de ces augustes princesses , et qui conduisit comme par la main hors de France ces princes , alors si infortunés , mais dont vingt-cinq ans plus tard le fortuné retour devait être le salutd'une génération moins criminelle que ses pères, Dieu, dis-je, ne voulut pas que le roi de France échappât à ses bourreaux : c'était la grande victime dévouée aux
iniquités de son siècle Aussi quelle fut la
douleur de Pie VI quan4 il apprit la captivité de Louis XVI à la suite du malheureux voyage de Varennes ! Douleur d'autant plus amère qu'elle succédait aux éclats d'une fausse allégresse. C'était au mois de juin 1791 que des /Courriers venus de France avaient appris à la cour de Rome queLouis XVI, trompant la surveillance coupable des Parisiens en révolte , étoit déjà sur la route de la Belgique. Disposjé
DE PIE Vï. , 171
A croire ce que son cœur désirait , Pie VI , dans les élans de sa joie, ne vbulut pas différer d'un seul instant de féliciter le monarque. Il lui adressa sur-le-champ un bref (ï) que son nonce à Bruxelles devait lui remettre, et dans lequel le saint pontife témoignait la satisfaction qu'il ressentait lui-^mémé, et l'enthousiasme qu'avaient fait éclater à Rome toutes les classes de la société, depuis les plus élevées jusqu'aux plus humbles, à la nouvelle dé cet heureux événement. « Les » rues et les places de notre ville , écrivait 9 le saint-père , retentissent encore des ac- » clamations par lesquelles le peuple romain » a célébré votre délivrance ; et pour que » vous ne soupçonniez pas nos paroles d'exa- » gération , nous prenons à témoin de. cette » joie universelle nos iilles en Jésus^Christ , i> Adélaïde et Victoire, vos illustres tantes, » et notre frère le cardinal de Bernis, les- » quels , au milieu de l'émotion profonde » qui pénétrait toutes les âmes , n'ont pu rc- » tenir leurs larmes. » Pie VI terminait par des vœux ardens pour le retour de Louis sur ^ «■ ■ p I ■ ■ . ■ . ■ . .■
(1) Ce bref est du 6 juillet 1791.
son trône. «Nous ne cessons d'implorer le ciel, » lui disait-il, pour q\i 'il vous accorde un retour » prompt, pacifique et glorieux dans TOtre » royaume, avec le rétablissement de votre pre- » mière autorité, des anciennes lois et de tous » les droits de votre couronne. Que ce soit la re- » ligion qui vous ramène en France, suivi du » misijestueux cortège de vos évêques recou- » vrant leurs sièges ; qu'elle règne avec vous sur » les peuples, dont elle aura réprimé l'audace, » enchaîné la licence , et reconquis tous les » cœurs, désormais dociles à la morale , à la. » piété et au devoir ! » Hélas ! si ces vœux n& devaient point s'accomplir pour Louis XVI, ils se réalisèrent du moins dans la personne de Louis XVIII son auguste frère ; et les paroles .de Pie VI semblent s'appliquer directement à l'heureuse restauration du trône et de l'autel sous ce monarque désiré.
Et quandle martyre eut été consommé,quand Louis XVI eut franchi, en montant sur l'échafaud, le premier degré vers les cieux, essaieraijede peindre la profonde douleur dont le saint pontife fut affecté? Le montrerais -je retrouvant toute sa force et toute l'énergie de sa charité pour préparer les augustes tantes du
DE PIE Vï. 173
fils de saint Louis à ce coup si terrible? Je le vois qui mêle ses larmes aux leurs, et qui, désespérant de trouver dans des motifs humains quelque consolation dans une douleur pareille , prie pour elles et avec ellea^etfait descendre d en haut ^ur leur cœur abattu la manne des consolations célestes!
* Si ces soins affectueux, nous montrent chez Pie VI un père plein de tendre^jse envers ses filles en Jésus-Christ, admironsicncoreplusle souverain pénétré de sa dignité, lorsque nous relisons TalloGution mémorable par laquelle ilrprotesta devant toute la chrétienté contre l'attentat du 21 janvier 1 793. Le crime impardonnable :de la France livrée aux révolutionnaires .a plongé l'Europe dans la stupeur. Les chefs des nations les plus guerrières ont pâli : la crainte s'est glissée dans les cœurs.f l'indécision est dans leurs conseils. Mais q<ti seul n'a pas tremblé? qui le premier ose élever la voix contre les, régicides qui l'ont déjà désigné pour leur seconde victime? C'est un vieillard qui n'a d'autres armes que ses prières, 4'^utre influence en Europe que celle de l'ppinion, qui le. fait ycigarder opmme le chef visible de lî^ chrétienté ; et cette opinion n'existait plu^ pour les hommes qui
présidaient alors aux d^dtinéeÀ de la tnaïlieureuse France. N'impdite! le danger ne détournera jamais Pie VI de raccomplisstetîlent d'un devoir; et c'est avec une sainte énergie que d«m ce discours, que rimpression Ta répandre d'un bout dé l'Europe à l'autre, il dénonce rhorrible trioittphe de la canspiration mrdie par ^mpê^^éf. « I.ouîs\VI, dît-il, a 1» été condamné i la peine de mort , et la sen- » tence a été exécutéeJ* Quels hommies^ ont 1» donc rendu un semblable jugement? Quelles » manœuvres l'avaient préparé? La convention » nationale , qui s'est établie son juge\ en » avflit*-eile le droit? Nullement. Cette assemii blée^ après avoir aboli la royauté, le nieillear » de tous les gouvernemcns , avait transporté » l'autorité publique dans les mains du peuple, » incapable d'écouter la raison , et de suivre » aucun plan de condnite, sans discernement » pour apprécier les choses , réglant la {plupart » de des décisions non ^ur la vérité, mais sur » ses préventions, inconstant, facile à tromper » et à sé laisser poiis^êr au mal , ingrat , pré- » somptueux-, cruel, et qui se fait un jeu de » voir couler le sang humain , de se i^paître » dii supplice et de Tagonie de ses victimes
» expirantes , com^ne dans Tantiquité il courait » aux sanglans spectacles de l'amphithéâtre. »
Après avoir retracé les coupables menées par lesquelles une faction altérée de sang porta la Convention à consommer le forfait le plus affrewjç^ le plus digne de l'exécration de tous les siècles^ le pontife jette un voile sur les souffrances de la royale victime et sur les raflSnemens d'insulte et de cruauté dont ses bourreaux se complurent à entourer ses dernières journées. « Il est impossible,, ajoute le saint- » père 5 pour peu qu'on ait quelque sentiment » d'humanité , d'en entendre le récit sans hor- » reur , surtout quand on se rappelle le caractère » bien connu de Louis XYl ; combien il fut » doux , bienfaisant , plein de clémence » pa- » tient, ami de son peuple « ennemi de la ri* 0 gueur et de la sévérité, indulgent et facile » avec tout le monde, etc. »
Eioge bien mérité ide Louis XVI , et qui prouve qu'avec des peuples ingrats et corrompus , la bonté dans un chef de nation peut devenir une vertu fune^ quand elle n'est pas tempérée pajr une sage fermeté! Que faut-il donc aux rois avant tout ? la verge qui châtie , dirigée avec justice et discernement par une
volonté indomptable. C'est ce qui n'a point manqué à un Charlemagne, à un Louis IX, à un Louis XIV ; aussi ces monarques , si grands, ces vrais héros chrétiens, ont-ils trouvé des sujets non-seulement fidèles et obéissans , *mais dévoués , mais empressés de baiser leur main redoutable aux pervers. Qu'on me pardonne cette réflexion chagrine : c'est le souvenir déchirant de la vertu la plus pure, opprimée dans un roi trop débonnaire, qui me l'a dictée. Continuons à suivre Ijes éloquentes paroles de Pie VI.
Devançant le jugement de la postérité (car la postérité existe déjà pour Louis XVI dans une génération qui pendant le court intervalle de trente années a subi des siècles de révolutions et de calamités), devançant, dîsje , le jugement de la postérité , le pontife proclame le testament du roi martyr comme « un monument qui attestera sans cesse Thé- » roïsme de sa vertu , la ferveur de son zèle » pour la religion catholique , la piété sincère » qui l'animait , le regret amer et le profond » repentir d'avoir apposé son nom à des actes » contraires à la discipline et à la foi de TE- »> glise orthodoxe. »
DE PIE- YI. 1^7
Ici Pie YI se plaît à tenir . compte à l'infortuné monarque de toute la diflEiculté de la position où il se trouvait quand il donna cette sanction fatale. « U pouvait ^ dit le saint père, » s'appliquer à lui-même ces paroles de Jaca ques P', roi d'Angleterre : « Qfi» l'an répanr » dait contre lui dans son fortement les accusar- » tions les plus, calomnieusigs ^r non gu'il.se fût * rendu Coupable d'aucun .crime , mais parce » qu'il était roi, ce qui passait pour le plus grand » de tous les crimes. » . ; ^ '
Pie YI a prononcé le nom d'un Stuait, cette famille si: chère à la foi catholique et si fameuse par une suite. d'éclataijtes infortunes. Ya-t-il nous appitoyer sur ces catastrophes royales, et appeler le supplice ou l'exil des monarques déchus , en témoignage du néant des grandeurs humaines? Ce sont de plus hautes pensées encore qu'il présente à notre esprit : il nous montre le ciel ouvert, élève nos regards jusqu'au sanctuaire du roi des rois, et nous révèle les mystères de l'autre vie. Fils de saint Louis , ce ne sont plus dés larmes que nous devons répandre sur votre odieux supplice, c'est à des hymnes d'allégresse qu'il nous faut préluder, pour célébrer
YOtre entrée dans le séjour des bienheureux. Un des plus illustres prédécesseurs de Pie YI, Benoit Xiy araH reconnu la reine Marie Stuart pour inartyre : à travers les préleisries frauduleux allégués peur noÎTcir le caractère et atteiMer aux jours ^ cette princesse , îl 4écètitrît que )è Ttaî motif de sa condaifnnàtkm fat , de la^ p^n d'Elisabeth son ennemie , la haine de la foi catholique que M^rie Stuart auprait fait triOtt^her dans son psfys, si elle eât vécu (i). Pie VI , appuyé d-uïie autorité aussi
'(i) a Cette déctsioh ' de Benoît XIV en farexxr de Aiftrie Stuavise trouve dans son ouvrage Sitria béoêifioatiàn des Hnitean dn Dîekt, eh.. 15», a* lo. Lq s^^ant pai))if(^: eoi^nne 9^,4éf^^n par \xtK %^mà nombre de témoignais que lui fournissent les écrivains ecclésiastiques, tant anciens que modernes^ Durant tout le cours de la'procédure et à ses derniers momens, rinfortunée
rèmc ne cessa de prôtcstiér devant Dieu et devant les
Hbil;^tees contre les accusations qui lui étaient faites. Le pflrlenoeBty toutdévouéàlahalne que lui pointait Eli- Sf^^>fe^9 ayait dépl^méi par t»ie requête rendua pii)>lique, « que la religion ne s'affermirait pas trauquillemieint tant » que Marie vivrait », et motivéla demande de sa mort
surdon attachement à la religion catholique. {Rum^s ffist.'delamalsondeTudor, tom, V, traduet, française , ^iiîr, in^i^ y pag^ 55^. j Le comte dVîKent, à. qui Élî-
DE PIE VI. tyg
imposante > se prononce par deô raisons analogues en faveut du ùiartyre de Louis XVI. « Le rapprochemeiM: eét e^taet , dit-il , dans » les sentimenB de la viefiniè , dans l'intention » de ses bourreaux , dans là catastrophe , et n par coTisë<)iient dans les raérif es. Eh ! qui » jamais révoquera en doute que la ]()tincipâle » cause qui a occasîonié la mort de ce roi , a » été la haine de la foi, rachàrnement contre » les dogmes catholiques. »
Après avoir établi son sentiment par dés preuves irrécusables tirées de la doctrine constante de rÉgKse sur ce qui constitue le martyre 5 le saint pontife cède au douloureux sentiment qui l'oppresse : il s^exhale en plaintes touchantes contre cette France pour laquelle il
sabeth avait donné Tordre secret d'assister à l'exécution de la reine d'Ecosse , en fit l'aveu formel. • Ma conn stance dans ma foi, disait Marie, est mon crime réel; » le reste n'est qu'un prétexte invente par des hommes » intéressés et méchans. » Elle en écrfvit dans ces termes au pape. L'original de sa lettre est conservé à Rome au château Saint- Ange. » {If oie de M. tabbé Sylvestre Guillon, à la suite de la traduction qu^ll a donnée de l'allocution de Pie VI sur la mort de Louis XVI , p, 69. Paris, 1818.)
i8o ÉLOGE
avait toujours eu une affection si vive , et qui depuis trois ans lui causait des chagrins mortels. « 0 France ! » s'écria-t-il avec l'accent du prophète qui se lamentait sur le sort de Sien , «France! que nos prédécesseurs proclamaient » le miroir de tout le monde chrétien ^ et la co- » lonne immobile de la foi^ toi qui marchais , » non à la suite , mais à la tête des autres naïf tions^ dans la ferveur de la foi chrétienne ^ et » la soumission à l'autorité du siège apostoli- » que (i) , combien aujourd'hui ne t'es-tu pas » éloignée de nous (2) ! Quelle animosîté » t'aveugle sur la véritable religion et t'a » poussée à des excès de fureur qui te donnent » le premier rang parmi les plus cruels persé- » cuteurs? Et cependant pourrais -tu , quand » tu le voudrais, ignorer qu'elle est , cette relî- » gion, le plus ferme appui des empires , parce
^1) Ces paroles sont de Grégoire IX, É pitre aux chapitres de Reims ^ de Paris s etc. , Ann, de Raynaud» à Tannée 1227, n*" 9.
(2J Pie YI disait 9 ainsi que Benoît XIV, qu'il en était des Français comme d'Origène : Qu'il n'y avait rien de mieux que ce qu'ils faisaient de bien, et rien de pire que ce qu'ils faisaient de mal : ubl bene nemo meiius^ ubi malè, nemo pejus.
DE PIE VI. i8i
» que c*est elle qui réprime et les abus du pou- » voir dans ceux qui gouvernent , et la licence » dans ceux qui obéissent? Aussi voilà pour- 9 quoi ceux qui en teulent aux droits de Tau- » torité royale , aspirent pour la renverser à » l'anéantissement de la foi catholique.
» Encore une fois , ô France ! toi à qui , » disais-tu , il fallait un roi catholique , parce » qu^ainsi le voulaient les lois fondamentales » du royaume , tu l'avais ce roi catholique ; et » par cela seul qu'il était catholique , tu Tas » assassiné. . ... ! »
Bientôt le saint vieillard fait trêve à ses lamentations, et saisi d'une soudaine et prophétique inspiration : « Jour de triomphe » pour Louis! dit-il ; oui , nous avons la con- » fiance que le Seigneur, d'où lui venait ce » courage qyi brave la persécution et rend » supérieur à la souffrance , l'a appelé dans » son sein , changeant pour lui une couronne » terrestre , hélas ! si frêle , et des lis sitôt » flétris , contre une autre couronne impé- » rissable , tissue dli ces lis immortels qui » ornent le front des bienheureux (i). »
(i) Tout en énonçant aussi énergiqiiement la per-
i8a ÉLOGE
MaU D'est-<;e pas trop long-temps m 'abandonner au soin doux et facile de reproduire les paroles du ^int pontife? Je reprends le cours de ses actions , ou plutôt je rais commencer rhistoife de ses derniers malheurs.
suasîon personù^lle où il était 9 que Louid XVI était mort martyr, I^e Vl ne pouvait encore le proclamer en cette qualité au nom du Saint-S|ége apo9toli(][ue. Il fallait) pour arriver à ce résultat, des procédures réglées par' les saints canons : en conséquence le saint-pére indiqua, en terminant cette allocution, un service solennel pour le roi trés-chrétien , dans sa chapelle pontificale. Cette cérémonie eut lieu en eff^t avec la plus 'grande pompe dans la chapelle du Qivrînal, ep présence de sa sainteté, du sacré collège,^ et des ambassadeurs des puissances étrapgëres, etc. li'oraison funèbre fut prononcée en latin par Monsignor Leardi de Casai Montferrat. Elle a été traduite en français par M. l'abbé d'Auribeau.
L'allocutioQ 4otnt je viens de donner ^analyse fut prononcée par le pape, le 17 juin 179^. £Ue fut tra* duite alors par l'archevêque de Nîcée (Maurj^. j'aurais été obligé de la transcrire entièrement, si j'avais pu présenter ici tout ce qu'elle off^ de passages admirables. Je parlerai encore de celui où, rappelant les maux qu'a faits Voltaire par ses écrits impies. Pie VI le qualifie de très-scélérat (sceiestissimi Voiteru). Cette épithèle ne se trouve pas dans la belle traduction qu'a donnée de
DE PIB VI. i65
De la mêmemaia qui releTait de «i nobles iûfoitimes et qui montrait aux roislechemiD du martjre ^ Pie VI secourait alors des malheurs moins éclatans, mais non moins dignes de son intérêt. Arec quel amcMir ne reçut**il pas dans ses bras , atec quelle tendresse ne coii<sola-t-*n pas les évêques i les prêtres , et même les laïcs français que la proscription laissait sans pain et sans patrie? Faut-il le voir s'imposer les sacrifices personnels les plus rigou«reux pour s<Milager tant de misères, répandre des sommes immenses avet; des revenus si modiques 5 chercher même hors de ses états des larmes à sécher et des besoins à secourir, en un mot rappeler à la chrétienté étonnée cet œil vigilant dont parle Daniel , et de qui la paupière ne s'apesantit'. jamais? Ainsi, pendant cinq années , le miracle de la multiplication des pains parut se renouveler dans les états de Pie Y I , tant « malgré leur médiocre
ce discours du saint-père M. l'abbé Sylvestre Guillon, en 181S, inais Aûerapôintmxilseclans^leteYte (p. 99); ce qui preuve qnMI oe feut pas attachera cette inadver*tance autant d'importance qiie veut lui donner l'autear des Martyrs de êû F\oi, tom. 1% paf . 272.
i84 ÉLOGE
étendue, les secours furent inépuisables pour une multitude toujours croissante d'infortunés ! Mais dans sa sollicitude prévoyante il ne se contente pas de ce qu'il peut faire par lui-même. Digne successeur des Symmaque et des Grégoire-le-Grand , il ne cesse d'adresser aux princes et aux éyêques les lettres les plus pressantes en faveur de leurs frères dispersés (i). Ses instructions ne furent pas inutiles : les pasteurs et les souverains imitèrent la charité du saint pontife. Ce fut dans toute la chrétienté , et même chez les hérétiques , une touchante émulation de générosité et de miséricorde. On eût dit que l'âme de Pie VI avait passé dans tous les fidèles , et comme au temps de la primitive église , tous les chrétiens semblaient n'avoir plus qu'un cœur et qu'un esprit.
Tant de bienfaits envers les victimes de la persécution étaient des crimes aux yeux des
(i) Voyez la lettre circulaire adressée à tous les évoques de l'état ecclésiastique en faveur des prêtres français réfugiés 9 le lo octobre 17921; a" le bref adressé aux é?êques. et autres prélats , et à tout le clergé d'Allemagne, le 21 nôvenrbrc 1792 , pour le même objet.
DE PI£ YL i85
persécuteurs. Us ne s en irritaient pas moins que des nobles efforts de Pie YI pour engager les souverains de l'Europe à fcrmer une |àinte croisade contre ce peuple français que Toubli de son Dieu allait rendre le fléau de )ui-!mêi!ne et des autres nations. Dès le mois de décembre 1 79a f on avait vu sortir des ports de France une escadre destinée à porter la guerre et le pillage dans les états du saintpère. Déjà elle était à la vue des rivages dltalie : le pontife Tapprènd; il frémit du danger qui menace son peuple; mais il regarde le ciel et son âme se rassure. U va prier pour les Romains devant le tombeau de saint Pierre. Au même moment, ô prodige! une teimpête soudaine s'élève, et la flotte ennemie est dispersée devant Oneille. Ainsi lorsque Moïse tenait les mains élevées au ciel , Israël était victorieux ; et comme lui Pie YI put s'écrier avec les transports d'une sainte allégresse : Gbireau Seigneur qui a précipité dans la mer le cheval et le cavalier ! Votre droite, 6 Seigneur 9 s 'est signalée et a fait éclater sa force : votre droite a brisé l'ennemi (1).
^i— ^ ■■ I H I I I . I ■ ■ I ' ■ Il .» ..fil» III I I I I «II. If »■»
(1) Ezod. c. i5^ t 1 et 6.
i86 ÉLOGE
Ce miraculeux événement excita la reconnaissance des Romains. Dans leur euthou^ siasm^ ils proclamèrent Libérateur de Rome le pontife qu'ils bénissaient. Une statue lui fut décernée \ et ce monument aurait rappelé aux races futures combien Thomme est fort avec le bras de Dieu ; mais la modestie de Pie YI ne voulut pas en permettre Térection^ Il ne put empêcher du moins qu'une inscription , gravée sur le marbre, ^ttest&t au voyageur visitant le Capitole , le service que la foi confiante et courageuse du successeur des apôtres avait rendu à son peuple. L'on vit encore en cette occurrence se signaler le zèle d'un simple citoyen (i)^^^ ^^ frapper à ses dépens une mé* daille en l'honneur de son pieux et magna«nime souverain (d).
(i) L'abbé Yenezianelli , patricien de la ville d'UrbÎQ.
{%) a Que d'iascriptioQS et d'éloges gravés à son iasù qu'il désapprouvait dès qu'il en avait conuaissance ! S'étant aperçu qu'on avait mis son nom sur les statues et les autres raretés de son Musée, il donna ses ordres pour les faire supprimer. On Ta vu souvent se refuser aux louanges les plus méritées et les moins suspectes d'adulation. Il effaça de sa propre main et ne voulut jamais laisser publier ce que disait si nobtement à sa
Cependant , sous les yeux mêmes du pon* tife « le génie des révolutions osait ourdir les plus coupables intrigues et faire entendre les sinistres acceoa de l'impiété et de la haine. Depuis plusieurs années, des agens stipendiés répandaient çq secret dans Rome Imirs fu^ nestes et désolantes doctrines ^ et cherchaient à soulever le^ esprits contre la religion et le gouyerneoiçnt. Qui n'a entendu parler de ce trop fameux Cagliostro , qui 9 après avoir porté dans toutes les capitalea de l'Europe le scandale de 3on charlatanisme et de ses escroqueries, vint à Rome pour hâter le grand œuvre
gloire S. Em. le cardinal Maurj, dans sa belle pastorale à ses diocésains , pour Hnauguration de son épiscopat) en 1794* * {Extrait des notes qui accompagnent la traduction qu'a faite M. fahbé d*J[uriêeaa de Foraison fimèire de Pie VI» pn^n^neée par Mgr. Rrancadoro,}
1(463 réyolufionnairc;^ eux^mêmed oot» è roccosioo dont il s'agit ici, rendu justice entière à Pie VI. On lit dans la Gazette nationale du 12 septembre 1795: « Les anciens maîtres du monde firent de leur vivant » adorer leurs statues. Pie VI 9 prince actuel de Rome , » est plus modeste : il s'est refusé constamment au vœu »-d^ eou peuple, «|ui voulait lui déférer les mêmes » honpeurs. »
i88 ÉLOGE
de rilluminisme et de la philosophie? Mfaisc'est là que la justice de Dieu et des hom— mes attendait ce digne apôtre d'une sect^ ennemie de Tautel et du trône. Pie VI , ea appliquant à cet infâme jongleur toute là rigueur des lois ecclésiastiques , eût pu Taban— donner au glaive du bourreau; mais il lui assigna seulement une prison perpétuelle , et la société fut vengée, sans que le cœur du saint pontife eût quelque violence à se faire en signant un arrêt de mort. Loin de bénir une telle clémence , les complices de Timposteur s'attachèrent à représenter Cagliostro comme une victime du despotisme et de la superstition. Pie yi , pour les confondre , fit publier le procès du coupable, et la chrétienté reconnut que non-seulement Cagliostro s'était livré à ces pratiques ténébreuses qui dans un siècle moins éclairé eussent passé pour sorcellerie, mais encore ^u'il avait été convaincu par ses propres écrits d'avoir Conspiré contre le pontife et son gouvernement.
Cet exemple ne désarma point la faction des impies , qui partout se sentait soutenue par les plus viles passions de la populace et par les progrès rapides et menaçans de la, révolu-
DE PIE YI. 189
tion française. Les jeunes altistes français, que la munificence royale avait jusqu'alors entretenus à Rome, ne rougissaient pas de violer l'hospitalité que leur donnait la cité de la religion^ des arts, en professant à la face du trône pontifical les principes qui faisaient alors le malheur de leur patrie. Chaque jour voyait éclater quelque scène scandaleuse suscitée par cette jeunesse égarée. Ils avaient osé renverser dans le palais de l'Académie la statue de ce roi dont la grandeur fera l'éternel désespoir des démocrates , ce Louis XIY , le protecteur de tous les talens et de toutes les vertus : ils avaient brisé les effigies des pontifes et des cardinaux bienfaiteurs de l'école française. A la place de ces images révérées, de ces monumens de la reconnaissance, ils érigèrent le buste d'un assassin , d'un parricide , de ce Brutus dont le nom arrivera encore plus odieux à la postérité depuis qu'il est devenu le mot de ralliement pour tant de crimes nouveaux. Le piédestal qu'ils avaient surchargé de banderoUes et de cocardes mnkx trois couleurs , était pour eux l'autel de la patrie. C'est en sa présence que ces jeunes insensés ivres de fureur, de vin et de débauche, s'exci-
igo ÉLOGE
taient au sacrilège et aux plus audacieuses entreprises. Ils se croyaient dëâ Harmodius*, des ÂristogitoDi » des Scevola , et ils n'avaient que les vices et la fureur de ces républicains fonatiques, sans y joindre* leur courage farouche. Quelles blessures profondes ne firent pas au cœu* de Pie VI ces atteintes continuelles portées à la religion , à là majesté des rois, comme à son autorité et à là bie^n veilla nce mtitoelle qui. depuis des siècles unissaient les deux nations! Après avoir long- temps fait preuve d'une iwdiïlgence qui aftfestait sa prédilection pour les Français , il se décida à sévir. Deux artistes (i) furent arrêtés avec quelques ^ autres aventuriers de la même nation qui s'étaient signalés entre leurs compatriotes par les excès les plus révoltans.
C'est ici qu'avant de nous abandonner att cours rapide des événemens , il faut se donnet' le spectacle do Tadmirablé activité du saînitpère. Protéger , nourrir les prêtres et les religieuses qui affluaient dans ses états, Jeur créer ^iP^^^^^ ^^ honorables occupations,
(i) Le sculpteur Chinard et l'architecte Ratel.
DE PIE VI. iQi
e:xercer une surveillance exacte sur ceux d 'entre ces proscrits que leuf$ doctrines pou* vaient rendre suspects au gardien suprême de la foi catholique ^ ces soins multipliés étaient loin d'absorber tous les momens du généreux iFÎeillard. U terminait la grande afiEaire du schisme tenté par Rioci , concluait Theureux traité qui mettait fin à la longue querelle que lui avait suscitée la cour de Naples; enfin il consolait la religion en prononçant plusieurs béatifications» Sans cesse en butte aux menaêes de la France 9 il se préparait à en prévenir les effets. Il avait donné à tous les ressorts de son gouvernement une vie nouvelle, aj^provisionné ses magasins, ses arsenaux, mis tQutes ses places en état de soutenir un siège , et levé six mille hommes de troqpes, nombre bj^a: considérable pour l'étendue des états lomains. Lui-même animait souvent de sa ptfésence ces travaux guerriers , tant malgré son grand âge et ses infirmités il était jalùux dfe remplir tous les devoirs que Dieu impose aux souverains temporels.
Pie VI ne se faisait pas illusion sur Tinsufiisance de ces préparatifs; mais il voulait du moins ne pas joindre la honte de la
i9!t ÉLOGE
lâcheté au malheur de la défaite (i). D'ailleurs ce n'était pas de Rome qu'il pouvait espérer ses
(i) On peut juger par la pièce suiyante dts sentimens qui animaient Pie VI à cet égard :
« Quoique dans les circonstances présentes sa sainteté n'ait aucun motif de craindre qu'aucune puissance reuille attaquer hostilement ses états , par la raison qu'elle manifeste à l'égard de toutes les sentimens qui conyiennent à son caractère , qu'elle ne s'en est point départie et ne s'en départira jamais; cependant les craintes que ces mêmes circonstances ont répandues en dififérens endroits 9 et qui pourraient donner lieu a de grands désordres » ont excité sa vigilance à prendre les mesures conyenables pour démontrer d'un côté que son système permanent est de se maintenir dans des dispositions pacifiques à l'égard des étrangers , et de l'autre sa prompte sollicitude à pourvoir à la tranquillité et à la sûreté de ses chers sujets.
» A ces causes, après ayoir pourvu à la sûreté de ses côtes et ports sqr la Méditerranée, après avoir pris d'autres mesures conyenables pour que la paix ne soit point interrompue dans aucun de ses états , que le bon ordre y soit maintenu , elle a ordonné de faire danfrses différentes proyinces une leyée de soldats mi^ liciens qui, dans un nombre proportionné, deyronS=. être envoyés à la capitale pour la garder de concerS^ ayec la garnison qui s'y trouve.
» Sa sainteté a voulu que tout ceci fût notifié au
dëfenseurs : il espérait beaucoupde la coalition des rois contre la révolution française ; mais son attente devait être trompée. Les monarques de l'Europe avaient, si Ton veut, entrevu enfin que leur trône était solidaire du trône de Louis XYI : ils s'étaient réveillés de leur inconcevable léthargie ; mais semblables à ces liommes qui , à la suite d'un rêve pénible » se lèvent encore appesantis par le sommeil',' leurs premiers pas furent lents, incertains-; et le terrible choc des armées révolutionnaires <pii se précipitèrent comme un seul homme sur l'Europe étonnée , devait sans peine déconcerter tous les efforts de la coalition. Ah ! si selon la proftortion de leurs forces respee-* tiyes les puissances de l'Europe avaient mis autant de suite , de franchise et de décision dans leurs démarches que le prince de Rome, la révolution aurait sans doute été arrêtée dans terrible course , les générations entières ne
public, afin que chacun coonaisse ses inteotioDS souveraines, lesquelles, toujours éloignées de projets offensifs ou d'agression contre qui que ce soit , ne tendent qu*à la défense et au maintien du bon ordre dans
ft€s états , à éloigner de ses sujets tout motif de crainte ,
et à les garantir de tout désordre.
se seraient pas précipitées dans les Toies du crime et de l'impiété , et nous ne verrions pas aujouKlIiui d'autres générations étrangères à tous ces forfaits , s'élever et croître pour les approuver , afin de ne pas avoir à renier ou à maudire les auteurs de leur existence.
N'importe, U suffît à la gloire de Pie VI d'avoir accompli pour sa part ce que l'honneur exigeait des têtes couronnées; et d'ailleurs, comme père des fidèles , n'a*t41 pas pleine» ment réussi à fonder par l'autorité de son Caractère et de son exemple une saipte coalitioa contre les doctrines , les hommes ^t les goi»^ vernemens révolutionnaires. Laissons à la Ugue des rois le reproche d'avoir tfial combattu , d'avoir souvent fléchi , et quelquefois même abdiqué. Formée par Pie VI , la coalition religieuse n'a jamais démenti sa saintedestination, ni ralenti ses efforts ; elle a survécu ausaintpon^* tife ; elle devait relever le trône de son sucoe»seur ; elle devait même survivre à toutes les espérances delà légitimité politique et religieuse.
L'issue désavantageuse de l'expéditiop d($s P^HSsiens eB\ Chaippagne 9 résultat inévitajile du. peu d'apcord qui régnsiit entre les p^isr sances, avait troq>p«é toutes le* pFév<>yajîçe&
DE PIE YI. i^
du s^ii^^ P^^^ > °^^^ ^ ffi^vait en Fcance que Pie YI i\^t çflté , par s^^ iïl]^^tîon8 vigoureuse 9 UA d^ aiiteurp; 4^ k coalition ; on ne lui p(9r4i9^[^^it ps^ d*ay^ env^>yé le caurdinal Maïf^ au ç^grès de Fr&Bcfort; on loi pai^ dqi^stîf. emiiqri^ pioy^K» la proteetion qu'il «o oQrdaît; ^u|: viçtimea dd la révolution; Ton s'irriti^ d^ p)M8 de Teutbousiasme avec lequel Iç m^iûfoste 4u^ due de Kxunswick avait été ^icç^ei|^49^&ft<^vQ^• Qœdirai-^jeeafinPPieyi Q'auraHrâ ^H d'autre crime aux yeux des léi^o^ lutÎppQAii;^ q^e d'être chrétien et prince f que cela 4fwl ^% ffu^ P<Hir lui attirer cette loûgue siûtA dfl persécutions dont il me reste à délou^ l'Iustoire. Défà plusieurs articles infù^ rieux, insérés dans les feuilles officielles de )a r^put^ttQW française, enjoignaient au saint pODtifip^ 'indiquer un ministère de fanatisme ef .4? ipimVQQg^* C^ déclamations furibondes jcé{>9!iid|ie$ à Rome avec profusion , m produi- ^i€»t poîpt surle peuple l'effet que la Çonvention. en attendait. La malveillance méfne y trouvait de l'exagération, et l'autorité qu'on ^tait réduit à attaquer avec de pareilles armes en paraissait plus vénérable. Elles ne produis fiaient pas plus d'effet sur l'âme du pontife^ qui
ig6 ÉLOGE
jo'y opposait que le silence du mépris, et n'en continuait pas moins deprendreles mesurés les plus actiyes pour soutenir Tintégrité de sa puissance temporelle , dans l'intérêt même de la religion. Tandis que toutes les cours dltalie» et même celle d'Espagne, étaient infestées d'agens de la Gonyention , Pie YI osait seul soutenir la majesté du trône, en repoussant loin de lui les artisans de révolution que cette assemblée prétendait lui envoyer comme ambassadeurs. Aussi, dans leur admiration pour le généreux vieillard , les diplomates de l'Angleterre avouaient-ils que par la dignité de son attitude et la vigueur de ses précautions, Pie YI était à cette époque la seule puissance belligérante du midi.
Mais bientôt les menaces des révolutionnaires de France furent suivies de menées plus décisives. Les sinistres dispositions des tyrans abjects qui gouvernaient la république éclatèrent par le plus insolent message dont il soit peut-être fait mention dans les annales des nations civilisées. Ils demandaient la délivrance de quelques Français que le pontife retenait ea prison, en vertu du 4roit qu'a tout gouvernement de veiller à sa conservation.
Les termes de cette réclamation n'étaieat pas moiDS extraordinaires que son objet. « Poo- » tife de l'Eglise romaine, y xiisait-on , prince » encore d'un état prêt à vous échapper, con- » naissez les maximes de la république fran- » çaise. Trop juste pour avoir rien à taire , » même en diplomatie, trop puissante poinr » recourir aux menaces, mais trop fière pour t dissJQdi^r, un outrage j ellorest prête à te
» lDenger,si des réclamations paisibles dèmeu^ t -rajc^.^^simf. effet » ,...:.
^ie.,yi»,4^i^ ^ prévoyante fermeté devait paifoj^i )Q^er:;i i'indijij^iiee^ n'avait pas attend|i:f:^ç|i;le.^9rpgante missive pour mettre en libefti ^H^. 4^ factieux qui appartenaient i l'école^ ^ranç^isew II avait: ordonné leur déli" Yran((^9 ^n^ y mettre d'autre condition que leur, pvoippt .départ de ses états.
Vaine:précaution I Etait-il quelque ménagement fi,uquel les, révQlqtiQnnaijrep pussent être sen^ibliçs^ Trois mois après, Flotte et Bassvi]Je^ agens.de la diplomatie française , i^rri*vent à Rome avec la mission de faire rétablir les signes delà liberté surla porte du consulat et de l'Académie. Ils font plus, ils essayent de soulever le peuple eu promenant dans les rues
Jbie peuple i^ë «OûIèVè Ibiï effet; miih èVistcontre 'e6S.^T0V^>eàiveiûins ; §*Ur ebttéfgè 'i^h^feû:* se ^ieperae. BoiiisrriiUiâ , qùî vèùt Tiîtté'irtent se •«oustraixé à Ifii 'fùtbiir pablîqufe; tôtnbe percé jcHuniooup toiMrteL Cet înfbrtuiié , âuiJùêHes dbctîeux wit HiioUtié tant dé latttrës bypôëritës, ûpii^9 l'a^^oir éui^j^mêihés tfétoufé àû SHéfîftée, Bassniie néveûï poiiît riKmrîï; siiÉ^fe*iStfé ré- <!Qiicilié wmAt ptfntife t(u11 à béèli^> âtec cette sainte religion qu'il â iH^y titte|/1^iè Vl >s:<eai^r€Sflse de ïdi'feiiie ^di^â^i'ides'kec'ôa^ : ItL foi à laquelle rcftteïrt B»st?¥fllé^;i(îi tiiàîAi^ i^, ciel ouvert*^ «ott repétitii-^^^ëfàï ijtii Vi^gitèi« proférait te blftfe^Ù^eVV^M'^ lllt^^ {liété a.Tait déehiatné <d<yttti^ l'Ê^Kirè; ihe^^^ 4»TOOitd)eB rjimè^i ':^i6 VI^ feà hWttuiSàWf % chrétienté, et dés- réntlibfëé «/tetiW=*' éèftë HMLjtastfophe,!^ de la fiti édifiinirtè'dë S>à^vtlle, iiedtsi^imulafoiM bt^hËOlàUbtî <^*âVdt'^bVtè ^ -ikfc ccMrpatertWl'ce W^^ frtl àcomî^^tnîtfè dëiàûtlfe sobv^ràîW Wig^'<^) .
(iy^cttéWéhe èbt lîèule IS'fariVîer'iigl^
DE PIE YI. igg
Lu Cooirention ne manqua pas de t^rà- MQtev la mort que Tinfortubë Baserille a?iait encouiiie : par son iinpnidehckv comme ùh adcâsçinat prémédité ; elle fit entendre les<menaces les plus terribles; m«ià le plaisir sacri^ lége .d'kimdlièp lé chef de >yÉglifie ne lui était point TésérVé. Trop de fol'ftiiis jplm procbaioJI, trop d'éjtétutîtms plus ilrgèétes remplirent sa hideuse cfi trière. La. Fiancé était couverke d'*édbiafliuds ; mais ftothe du 'moins respira. : Il àpparteoliftàtJa^olitique cauteleuse et cruelle da Diractoiilefde périëi les -fléaux de la gtierve dâjàs les étais du. pontife^ vet de commèsneer eofitiisi'sa >peH»onne eaerée cette odieuse «t ppec^tiéfantk': perséeiition )qui • n'eut de ternore -que la-mortb ;.:::' ■
* €qiendaiit. les premiers pas de cette au-
4erilé : nouvelle parufeoit à , toils les yeux
.r^ttirorè. d;un tétnps plus prospère. Les prâ-
tries ae:<m]raîent plus ia. hache meurtrière
^^hceir inoessamment leurs tètes dévouées ;
la déportation cessa de lés atteindre^ et le culte
catholique s'étonna de trouver même pour
lui une sorte de liberté au sein de la république
française. L'espoir commençait à renaître dans
tous les cœurs honnêtes et religieux. Un grand
nombre de prêtrea français réfugiés à Rome n'aspiraient qu'à rentrer dans leur patrie. Pie YI , dont la haute prévoyance avait dès le premier jour démêlé les intentions perfides du Directoire , les conjura vainement de ne pas précipiter un retour qui les livrait sans dé*fense à d'implacables ennemis. L^amour du pays 9 le saint désir de rallumer en France le feu sacré de la foi , honteusement profané par des lévites apostats ^ l'emportèrent dans ces cœurs généreux sur les craintes que leur exprimât ce père vigilant. Pie YI , malgré ses presrsentimens , céda enfin à leurs instances réité^ rées ; il leurfoumit les moyens d'accomplir leur périlleux voyage, et ses ferventes bénédictions accompagnèrent ces magnanimes confesseurs du Christ. Il ne voulut point, pour retenir auprès de lui ces hôtes vénéi^ables, user de l'ascendant de son autorité. Pouvait-il en effet empêcher des prêtres d'aller au martyre , lui qui était résolu de boire jusqu'à la lie la coupe amère des tribulations (i).
(i) « Âyec quelle affabilité, écri?ait un témoin oculaire , ce bon père adresse la parole à chacun des prêtres qui Tont partir, dans Fespoir de ramener à la foi tant
DE PIE VI. Ml
Depuis long-^temps le clairon des batailles netentissait sur les sommets d^ Alpes. Mais la partie de lltalie où règ^ue le successeur de saint ^Pierre restait encore inaccessible aux armes françaises. Pendant ce long intervalle, quelle continuelle vicissitude d'alarmes et d'espérances n'éprouva point la grande âme du saint pontife ; mais elle sortit toujours glo<rieuse de ces épreuves. Les revers et les succès
d*ftmes qpi s*en sont éloignées! Âyec quelle sensibilité il leur témoigne ses inquiétudes sur leur sorti Ne pou- Tant ea cadier-ta yive impression', MdsJ 8*écrie-t«il Âef9tUioaM,g eh«rê tt malkêureax enfirnsL.. gueiU p$me Us me cmantl VLtâs notre idiotie ne rend pas encore assez bien ces tendres et douloureuses exclamations italiennes du saint -père : Ohimèl Poverini!.,. pove^ rini /••• ml fmno penaL,, Avec quelles instances paternelles ce pontife suprême engage à'revènif pVès de lui, ao moindre danger, les patres , àui saints désirs desquels il ne peut plus résister! AVec qudle affection il les assure qu'ib retrouyeront dans ses étata les plaejBs qu'il leur y a données! Il loue publiquement leur piété, leur courage : Oui, reprend-il dans leur langue qu'il parle très-bien , oui; la religion des prêtres français m* édifie. » {Bienfaits de N. T. S. P. lé pape Pie VI, et de ses états envers les Français émigrés, por M. l^abbé itHesmkoy d^Jwribeau. Rome, 1794*)
aod ÉLOG£
d4 la cGialilioD.la trouvèreot également itàtme et tfiodéf éè« i^âmirable «ansuétude qui profilait aa €Oiiirce dans un tentimâtit ^mload de dignité , de piété et de soumission à la Plr^ Tidènce! Gîteiiai^^fe Tfaumânité âvee iaqueUe^ an tooment où les arméeé alliées, étaient ¥io^ trieuses 9 Pie YI traita l'équipage d'un aa^ire Pinçais qui avaièt été ptis sltrles côtes de l'état ecclésiastique. Jtf n« êuis pas ^en: gaerre avei^ia France j dit-il en coinblant de bienfaits ces Français qu'il aurait pu retenir prisonni^. En e£Pet ^ si comxoe chef dç l'Église il deva^!^ tauterinfluence.de son aut&rilé spirituelle À «me ligue- formée eontre ted ^ ptîhoîpes éîiés inésuhSti éé la réVbltitîdti î tûinîsiife d'ùtié'^ï(è^ ïîgtbtt t[fïî 'abhbrte ié Sahg; ii âè s*én tîtit |ia(fe nioins dans tes .i^trïctes limites dNine neiilràilïie anjnëe et d une deîenscptréyoyànJe : nia,is auç yeux du, Pirj^ct(;ure^ dont Iç^pr^j^e^iinya^riai^lemeàt ain*êté était la destruction du trôn^ poqtifical , le& torts d« Pie Vldevaieét augmiefnt» âvèé ëès dàng^frti ChàkïtiWtaesûrè qu'il prehaft pôtir s opposer au torrent éf ait une nouvelle preuve de tn^iyeillance ; chaque moyen dé défense^ une rébellion cpntreresprit du siècle; ehaqfife levée de.troupes^une perfidie;et cha^e
DE PIE VI. .tto3
«ffQrt; 'qiib iklsak lè^peapte r6mtlBpdiir ^^ -ooMir Mb lorfers , un àcfie Hïioiiilité '-^i )• > .;To«it dftDB'.ecs t^ribkes cotijoùotuiiss toaptiaît ao malbear dm Romains/ (.en c^rsalMs barban^sques ^ 4ligM6 alliés éèa irét^UtiôH'- Aires français > infestaient les côtes de IMtM; de i-Ëj^iie^ ia fkwiim ^iftt af^t^ «es fléaux à Ifimoiiiiepte *dea àtsifisg^ de H gtei'nu h^ mesures de sûreté que pendant cinq années la politique avait prescrites à Pie YI , avaient épimé iM>B-'tréBôri^ Qb» pëupto étcrti'Sittiii pain , r4tfiiaaLli*ai(nfr)tianrail4«â^ la vôiicduiiptetifé, le pMriotJstn^ éè' 'lattobte^G^ >ët^u''klët*gé tfSh de iMdl^llës -tëi^b^rm priiit%^' «t l4
!ékydi'nàùxîijéiaîpfë^sè^ 4'àppQitëir â' lai inoà- «de. MQ;e pif^e ,4fi cç.qi^^ en or
et fin- a^CiOjt' tr^v^Ué^! £k ¥1 et sa famille don*-
mn^fàm'ëiwiMiàGtï itéiàïmwiiahs la pos-
tWntftfié , teè MéitfôWet Mstof icju^'lét "jAiildàii^ Beéjttràîbs, î^iiïi'bé feoM iûVfé Hïolàb'i4\i\ihl extrait diî
ao4 ELOGE
oèrent Texemple des sacrifices* N*oublians pai, disait un caMiinal (i)» fidèle organe des iïAetih tioDs du pontife 9 que nom sommes tous dés Citoyens, et que^ nous devons prendre notre part des sacrifices que la justice divine voudra iunùs imposer. : . ••
Enfin on a violé le territoire sacré de saiat Fierre (:3). Que d'autres i^coiltent par quelle
(1) Le cardinal Yinoenti^ ac^hçTêqaecte Bologne*')
(a) Après lesTiotoires de Monteootte ,<â6 MiUesioao ^ de Dego et de MoadoTi^ qui raDgire^t dous les iun«tes de Buonapa]:te h plus grande partie, de l'Italie septep,7 trionale jusqu'aux boirds du Pô 5 il annpnpa le dessein d'enyahîr le re^e <ie la péninsule, a Soldats, dit-iiii » son anhêê dans une proclamation du 6 mai 1796,' il » ne faut fifas Vous le dissimuler', toùs'n'àVez rièh fàiVj » puisqu'il vous reste encore à faire. Ni Turin, ni Milan » ne sont à vous; les cendres 4ç9;Tainqxi^rs des Tar- » quîns sqnt encore foulées par les assassins de 69^*^ B yille. » D^Mois une lettre adressée au directoire, tr^ji^e jours après, à la suite du passage du Pô^ il n'exprimf^t pas des sentimens plus modérés. : si à propos de Payie il rappeloit François I*% c'était pour ajouter que les républicains français n'étaient pas si ineptes que ce monarque; sll annonçait l'arriTée à Paris des tableaux cédés pai le duc de Parme , il observait avec un toa
DE PIB VI. 9o5
succession de Tictoires les années réyolutioiH nàires forcèrent toutes les barriifis, qui jus-
d'impiété tout-à-fait en yogue à cette époque : « Je » vous enyerrai , le plus tôt possible , les plus beaux » tableaux du Corrège, entre autres un saint Jérôme » » que Ton dit être son chef-d'œurre. J^ayoue que oe » saint prend un mauvais temps pour arriyer à Paris ; «j'espère que yous lui accorderez les honneurs du Muséum (le 20 floréal an 40* * ^^^ mêmes sentimens dominaient dans une proclamation qu'il adressa dix jours après à son armée yictorieuse de toute la Lombardie 9 La postérité , disait-il , nous reprochera-t-elle » d'ayoir trouvé Capoue dans la Lombardie?.. Eh bien ! • partons. Nous avons encore des marches forcées à » foire j des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir^ » des Injures à venger. Que ceux qui ont aiguisé les » poigtiards de la guerre civile en Fr^ce-, qui ont lâj» chement assassiné nos ministres 9 incendié nos vais-
» seaux à Toulon, tremblent L'heure de la yen-
»0eahce a sonné I Mais que les peuples soient sans
1» iéquiétude : nous sommes amis de tous les peuples ,
9 et plos particulièrement des descendans des Bru tus y
» des Scipion, et des grands hommes que nous avons
9 pris pour modèles. "Rétablir le Capitole , y placer avec
)• honneur les statues des hérosquile rendirent célèbre^
» réveiller le peuple romain, engourdi par plu-
• sieurs siècles d'esclavage , tel est le fruit de vos vic-
» toires, etc »
aoG ÉLOGE
qti'alors avaient soustrait à leurs atteintes celrtt terre )ldb si paisible» A l'approche des Français, Mesdames de France ont fui : elles vont chercher à travers les mers un exil où elles puissent être à Tabri des armes de leurs persécuteurs.
Qui mç (jii);a p2(r quelle iusigue faveur du Dieu djçsi suméçs les 4éau:K de la guerre, après avoir ravagé les légations , s'arrêtèrent sur la frontière de l'antique patrimoine des apôtres ; pourquoi le saint pontife ne vit pas encore toute sa terre ravagée par d'implacables ennemU, toutes ses villes dévorées par te feu (v). Dieu, qui tient dans sa main le cœur des rots , ne dédaigna pas , dans les profonds desseins de sa* providence , de toucher l'âme d'un jeune guerrier, que l'absence de tout pouvoir légitime en France devait bientôt faire l'égal des Césars. Destiné par le ciel à reuouvçler les sanglans prodiges des Alaric et des Attila , Buonaparte devait , comme ces farouches conquérans, éprouver parfois Je ne sais quelle terreur religieuse à l'aspect du
(i) Isaïc, ch I", ir 7.
DE PIE VI. %oy
représentant de Jésus^Ghrist, Peut-être aussi Taml^îtieux rêvait-il dèswlûrs le réMl>lisseai^fit de la mouarchie italienne , et TQuUit-il se concilier ropinion des peuples, en affectant de la vépératiçip pour l'autorité sainte que la pieuse IUlie a toujpurs plus respectée que l'autorité impériale çUe-inême*
La haine du Directoire fut donc trompée cette fois par la clémence politique de celui qu'elle avait chargé de ses vengeances. Buonapartç consentît à négocier avec le poptife. Pfe VJ j, toujours s^veuglé par son imperturbable confiance dans le ministre espagnol Amv9^9 lui commit en c€tte conjoncture le« iptéiètt de sa couronne (i). Tandis que cet équivoque ami du Saint-Siège entame à Milan avec le vainqueur de la Lombardie des préliminaires dont la facilité perfide d'Azara doit ^j^ger le^ longueurs» les troupes de Buo- Qf^pwrt^ » %vi li^u de modérer leur course , s'empsyreat déloyalement du fort d'Urbin et
(0^^^^^^ d'Axara avait avec lui le sénateur ReuonhH) ^^ 1^ inar<|(iÎ8 ittassinii 9 pténipo(enti^ire6 ckt
loB ÉLOGE
envahissent les trois légations. Si les Français s'arrêtent enfin, c'est t[ue le négociateur complaisant offre plutôt qu'il ne cède les provinces de Ferrare et de Bologne, outre une contribution de quinze millions et l'abandon des plus précieux chefs-d'œuvre de ce Muséum , qui faisait la gloire de Pie YI et l'ornement de Rome (i).
(i) Voici les conditions de rarmistice conclu le 5 mes* sidor an lY , entre Pie YI et le directoire exécutif :
Art. I**. Youlant donner une preuve de la déférence que le g.ouTemement français a pour S. M. le roi d'Espagne , le général en chef et les commissaires susdits accordent une suspension d'armes à Sa Sainteté , à compter d'aujourd'hui jusqu'à cinq jours après la fin des négociations qui Tont être entamées à Paris pour la conclusion de la paix définitiTC entre les deux états.
II. Le pape enverra, le plus tôt possible^ un plénipotentiaire à Paris pour obtenir du directoire exécutif la paix définitive , en ofifrant les réparations nécessairey pour les outrages et les pertes que les Français ont essuyés dans ses états , et notamment le meurtre <b. BassYille et les dédommagemens dus à sa famille.
III. Tous les individus détenus dans les états du pape, à cause de leurs opinions politiques, seront sur* le-champ mis en liberté et leurs biens restitués.
lY. Les ports des états du pape seront fermés aux j
DE PIE VI. au9
Le pontife conservait tout le calme de son âme en ces journées d'angoisse et de péril.
habitans dçs puissances ea guerre avec la république, et ouverts aux bâtimens français.
V. L'année française continuera de rester en possession des légations de Bologne et de Ferrare, et évacuera celle de Faenza.
YI. La citadelle d'Ancône sera remise dans six jours etitre les mains de l'armée française , avec son artillerie 9 ses appro vision nemens et ses vivres.
YII. La ville d'Ancône continuera à rester sous lo gouvernement civil du pape.
VIII. Le pape livrera à la république française cent tableaux , bustes j vases ou statues , au choix des commissaires qui seront envoyés à Rome; parmi lesquels objets seront notamment compris le buste de bronze de Junius Brutus, et celui en marbre de Marcus Brutus, tous les deux placés au Capitole 9 et cinq cents manuscrits j au choix des mêmes commissaires.
IX. Le pape paiera à la république française vingt-un. millions de livres , monnaie de France , dont quinze millions cinq cent mille livres en espèces ou lingots d'argent, et les cinq millions cinq cent raille livres restans, en denrées, marchandises, chevaux, bœufs, d'après la désignation qu'en feront les agens de la république française.
Les quinze miih'ons cinq cents mille livres seront payées en trois termes ; savoir : cinq dans quinze jours.
Éï^OGE ,.x avaient
Bologne. y >SV^ ,1 attendait les
de V^ ^^^' ^ -^
^ . cent mSl*
^"•* 1 1 et ^ «'«^"'it Gènes , de tWourne f »**«*'*' ,dansVe9çort»dc^ ^,o*t de
.««es endroits 0 ,,,,, portée daBS le pre-
««"^" «.medetlogt-u«f^f'^Jeoattib«»i«"» '^^l
gereau, datée *e^^.^^^pecie(,.e !^„gotranqudte,au
DE PI& Vr. 2111
mens avec une piease résignation , sans se ralentir de sa vigilance et de sa sévérité à maintenir Tordre et. la paix intérieure de ses états. « Si les Français viennent à Rome, • disait-il, je saurai mourir, je les recevrai » vêtu pontificalement sur les marches du » Capitole. « Ainsi Ton eût vu l'auguste vieil'* lard 9 entouré de ses cardinaux , rappeler à la
» de la paix. Des mères n* auraient point eu à pleurer » leurs fils, des veuves. leurs maris, des orphelins les » auteurs de leurs jours. Que cette épouvantable le^n » TOUS instruise et vous apprenne à apprécier Tatnitié I» des Français. C'est un volcan quand il s'Irrite; il téti^ » verse , il dévore tout ce qui s'oppose à. son irruption, o Au contraire «il protège , il caresse quiconque cherche » en lui son appui. » A la suite de cette proclamation sont quelques-unes de ces mesures de terreur qui con* trîbuèrent au moins autant qoe la valeur française aux succès des armées révohitionnafres. -^IT. T<}ute per« • sonne qui, vingtHiuatre hetireft; aprèé la publicatloA » de la présente 9 n'aura pas d^Osé ses armes à fan, » aéra fusillée. — IIL Toute ville ou village où 9^ trou« » vera un Français as.9assiBé^ sera livré aux flammes, » — lY. Si un habitant est convaincu d*avoir tiré un » coup de fusil sur un Finançais , il sera fusillé et sa » maison brûlée. ^^V. Si un village s'arme ^ il sera » brûlé. »
ri. V-
ai a ÉLOGE
chrétienté les prodiges de Rome ancienne, alors que Papîrîus €t les vieux sénateurs attendirent , assis sur leurs chaises curules et revêtus de la pourpre consulaire , les Gaulois avides de carnage. Pontife magnanime! cette dernière épreuve vous était sans doute réservée; mais l'heure n'en était pas encore venue. Enfin Rome est informée des conditions de l'armistice. Pie VI, toujours dupe de ses préventions favorables, ne vit dans les larges concessions de son négociateur que le tribut que la faiblesse est obligée de payer à l'abus de la force (i) : il était résigné à les subir, malgré leur riigueur, parce qu'après tout elles n'étaient entachées d'aucune stipulation qui (^omprôniît les principes de la religion , ou qui ébranlât les bases de l'autorité spirituelle. Le Directoire exigea avçc une impitoyable ponctualité la rançon du pape et de ses peuples. Dans ce cruel moment , Pie VI eut besoin xle tout l'ascendant que lui donnait sôil' double caractère de prince et de pontife, jpour calmer' la fermentation
(i) Le samt-père ratifia l'armistice de Mîlah le a juillet 1796.
DE PIE vr, ai;^
du peuple, qui ne se faisait pas illusion sur la perfidie du ministre espagnol , et le comparait à Judas , qui vendit son divin maître. Des attroupemens considérables eurent lieu dans les places publiques ; mais ils n'avaient rien d'hostile contre le gouvernement pontifical : ce n'était que le mouvement spontané de citoyens qui trouvaient quelque douceur à déplorer ensemble le malheur et l'humiliation de la patrie. Le devoir du saint-père était de mettre un terme à des rassemblemens qui pouvaient à la lin dégénérer en une dangereuse agitation. Par une proclamation , le cardinal Zélada , digne et fidèle ministre de Sa Sainteté, exhorta les Romains « à recourir » à Dieu comme chrétiens, et comme sujets à » se confier à leur souverain, qui ne négligeait » rien pour assurer la paix et la tranquillité » publique. » Convaincu que le meilleur moyen de calmer un peuple religieux était de le rappeler à des devoirs de piété , Pie VI ordonna des prières pour implorer l'assistance du Très-Haut. Chaque jour à midi la foule docile des fidèles se rendait dans les temples : des indulgences étaient attachées à ces prières, et leur mérité devait s'étendre à toute la
a 14 ÉLOGE
chrétienté. Ces pratiques pieuses rendirent aux Romains moins amer le sentiment de leurs maux : elles calmèrent la haine que leur inspirait la présence des commissaires français (i) envoyés pour enlever Tor et les chefsrd'œuvre stipulés par le traité de Milan. Ces agens de spoliation furent non-^ seulement respectés , mais bien traités.
Ainsi l'ordonnaient la charité chrétienne, le droit des gens , la volonté du pontife (2).
(1) Ces commissaires étaient Salicettiet Garreau. Ils avaient à leur suite Daunou, Monge^ Thouin, quelques savans français ^ chargés ^ comme lia le disaient euxmêmes dans leurs rapports au directoire y de recueillir les dépouilles de L'Italie savante^
(2) Le cardinal Zélada 9 secrétaire-d'état y publia un édit dans lequel il représentait aux Romains ^ <« que tous » les motifs se réunissaient pour leur faire un devoir de % respecter et de bien traiter les Français 9 4e8 principes » de la religion , le droit des gens , l'intérêt dii peuple j » la Tobnté du souycrain. Il leur dit que l'armistice » obtenu était un effet de la miséricorde de Dieu y parce »> qu'il est toujours avantageux de perdre une partie 9 pour conserver le tout. Il enjoignit à tous les sujets > 1) quels que fussent leur condition , leur âge et leur » sexe , de ne se livrer à aucun mouvement inconsidéré, » et de se défier des insinuations perfides,. Il dçclara
Mu PIË VI. 345
Admirable pouvoir d'une religion qui s'ap-^ plique à toutes les circonstances et à tous les
» que quiconque insulterait 5 par ses actions ou ses dis* 9 cours 9 mêpe de la manière la plus légère , les com- » missaires français» leurs gens, leurs domestiques ou » dépendans , serait puni du dernier supplice , déclaré » infâme 9 comme rebelle et traître à la patrie , ses biens » confisqués. Ceux qui, par leurs discours , leurs con- Dseils, leurs écrits,' proYoqueraient quelque insulte » contre les Français , quand même l'effet ne suivrait » pas , seraient soumis aux mêmes peines ; les témoins » de pareils actes qui ne les dénonceraient pas aux trin bunaux ordinaires, seraient condamnés à dix ans de » galère, n
Les journaux français eux-mêmes rendirent justice aux mesures que prit alors si loyalement le gourernenrient du pape , et principalement à TefOcacité de celles qui avaient un caractère religieux. On lit dans la Ga-^ zette nationale j sous la rubrique Rome, a8 juillet 1796 : « Au reste , il paraît que ces cérémonies pieuses ont » rempli l'objet que le gouvernement se proposait , » puisqu'on assure qu'elles ont étouffé dans tous les » cœurs les haines , les ^nimosités qui y fermentaient » Beaucoup d'armes tranchantes et d'armes à feu ont » été déposées sur les autels et aux pieds des Madones. » Pour entretenir le peuple dans cette heureuse ferveur, Q les missions furent continuées jusqu'au mardi pro- « chain. »:
siS ÉLOCC
devoirs , parce qu'elle est parfaite coma
auteur!
Cependant il fallait, dans la pénurie d(f trésor pontifical, trouver sans délai des ressources pour remplir les conditions de l'armistice. La noblesse romaine , le clergé , les communautés qui depuis quatre années contribuaient géuéreusement à toutes les nécessités de l'État , ne firent pas attendre de nouveau» J sacrifices. Pie VI, en les acceptant, sut « alléger le poids , car il les partageait. LetrJ princes romains furent les premiers à faire ] porter à la monnaie leur argenterie (i). UirJ Doria ne se réserva pas une seule pièce c sa riche vaisselle (2). Les amis des art regrettèrent qu'en se dépouillant de 1^ sienne, le pontife ne songeât point à sou3>^|
(]) Les princes BorghÈse, Colonne, PiombÎDO, Doria et le duc Braschi , neveu dn pape.
(9) On évalua à un demi-million la vaisselle du prince | Doria, Le prince Borghèse lit porter à la monnaie pour I dix-huit cents onces d'argenterie. Le pape donna touto la sienne, ne voulant pas, disait-il, qu'il y eOt d'exception pour lui. II fit ouvrir en outre un emprunt ij Gènes par le banquier Turloiiia.
traire au creuset plusieurs objets d'un tra- Tail inimitable. Pouvait-il mettre quelques bornes à ses privations personnelles , quand les couveus et les églises ne conservaient de leurs ornemens et de leurs vases précieux que ce qui était indispensable pour la célébration des saints mystères? Loin d'avoir besoin de stimuler le zèle de son peuple, Pie VI n'eut qu'à le modérer; et les offrandes faites par les plus riches furent si considérables, qu'on n'en fut pas réduit à retrancher sur la subsistance du pauvre , ni à percevoir le denier de la veuve : tant il est vrai que le patriotisme n'est jamais plus sincère que sous une monarchie paternelle; et qu'il n'est point de sacrifices qu'un souverain ne puisse obtenir de ses sujets, quandll il a su mériter leur confiance et leur vénération !
Un traité qui faisait supporter aux états romains des conditions aussi rigoureuses, ne suffisait pas à la baine du Directoire. C'était peu pour lui que PieVI eût cédé le tiers de ses états , si la dignité pontificale demeurait sans atteinte, et si la religion n'avait à gémirdequelque indigne concession. En vain l'irréproclia-
ai8 ÉLOGE
ble exactitude du saint-père ôtait tout prétexte pour rompre l'armistice (i). Les prétextes ne manquent jamais à la mauvaise foi armée de la force. Le Directoire , déguisant ses desseins hostiles sous l'apparence d'un empressement louable pour la paix y semble disposé à convertir l'armistice en un traité définitif. Mais préliminairement à toute négociation, il veut que le saint-père rétracte et annuUe tous ses actes relatifs aux affaires de France, depuis 1791, comme ayant été surpris à sa religion par des ennemis communs. Le piège était trop grossier : c'était proposer à un pontife aussi ferme que prudent une démarche avilissante et maladroite. Dans d'autres temps, Pie YI
(1) On pourrait placer ici le prétendu bref du 5 jiîillet 1 796 , dans lequel Pie YI était censé recomaiander aux fidèles la soumission aux puissances établies ; mais l'authenticité de cette pièce n'a jamais été prouyée par ceux qui avaient intérêt à cette concession, qui eût démenti l'inflexible et courageuse politique du saintpère. Il est probable que la pièce en question aura été fabriquée à Rome par une intrigue du chevalier d'Azara, qui la remit officiellement à M. Cacault , ministre de la république française à Rome, lequel la transmit 51 u Directoire.
DE PIE VI. aig
n'eût fait aucun état d une pareille ouverture; mais dans la situation extrême où il se trou- Tait alors , il ne crut pas devoir se dispenser de s^éciairer des avis d'une congrégation composée de douze cardinaux. Animés des mêmes sentimens que leur vénérable chef, ils déola^ rèrent unanimement que la demande était ctuk/-* missible; que c'était attaquer la religion dam ses fondemens, et qu'il fallait que le pape souffrit le martyre plutôt que de violer les principes de l'Eglise (i). Ce fut avec la mission de sou-» tenir ces généreuses maximes que le pape envoya au congrès de Florence, Mgr. Ca-« leppi , prélat distingué , ' et le dominicain Soldàti, l'un des plus savans théologiens de l'Italie. Le pontife avait encore cette fois accepté la médiation du chevalier d'Azara, non que sa confiance eu lui (ùX toujours aussi aveugle; mais pouvait-il ne pas ménager le représentant du roi catholique qui , étant allié du Saint--Siége et de la France,
(i) Les cardinaux Aotonelli et Gerdyl se firent remarquer dans cette congrégation par l'énergie et la force avec laquelle ils éUitblirent les principes immua* ^lescjui devaient guider la politique romaine.
220 ÉLOG£
pouvait seul protéger la cour de Rome contre la fureur des révolutionnaires? Tout dangereux qu'étaient les services d'Azara, il eût été plus dangereux encore de les refuser. Il fallait bien se garder de pousser à bout un hotnme qui avait acquis dans Rome une puissance pour ainsi dire rivale de celle du pontife , depuis que les novateurs , dont il était l'appui secret , commençaient à s'agiter à l'ombre des drapeaux victorieux des Français en Italie (i).
De quels intérêts prétendait-on décider au congrès de Florence? Quel objet allait au gré duDirectoire être mis d'abord en délibération? Une révocation de brefs, c'est-à-dire uue
(i) « Le rôle que TËspagne ayait constamment joué 1» parmi les puissances catholiques, avait fait de lui » (d'Azara) l'homme le plus important de Rome. Le » palais d'Espagne et toutes ses appartenances formaient » dans cette ville une espèce d'état indépendant dont » le chef protégeait, dirigeait une population de qua- » torze mille âmes, avait ses immunités que personne » n'eût osé violer, ses gardes, et jusqu'à ses gentib- » hommes. » ( Mémoires historiques et philosophiqaei sur Pie VI , tom. II , pag, 265. )
DE PIE VT. aai
nlTaire de pur droit canonique , et tout-à-fait étrangère au droit des gens. En effet, dans tous les brefs de Pie YI , il ne se trouvait pas un seul mot qui pût léser les droits des empires. On n'aurait su en citer un seul passage susceptible d'alarmer la république la plus ombrageuse; aucune de ces fonnules qui eussent un rapport mêibe indirect à ces prétentions sur le temporel des empires tant reprochées à la cour de Rome. Quel spectacle déplorable si l'on eût vu les représentans d'un gouvernement dont les membres professaient l'incrédulité, s'ériger en théologiens, et argu« menter en forme contre deux savans docteurs autorisés par le chef de l'Église! L'impiété philosophique aurait ainsi brillé dans une sorte de concile; et déjà l'on parlait de confier au fameux Tamburini, chef de l'école janséniste d'Italie, la mission d'être l'auxiliaire d'un aussi beau dessein.
La Providence ne permit point ce scandale : la conférence , à peine commencée , fut rompue dès que les commissaires français eurent déroulé avec insolence, devant les négociateurs du pape, l'effrayante série des soixante -quatre articles au prix des-
aaa ÉLOGE
quels le Directoire prétendait faire acheter une paix ignomineuse. Il ne s'agissait pas seulement pour le saint -père de renoncer à la plus belle part du domaine de TÉglise^ il fallait que le vicaire de Jésus-Christ épousât en quelque sorte la révolution française , en annulant tous les actes par lesquels il en avait anathématisé les principes et les excès; îl fallait qu'il consacrât la révolte des prêtres sacrilèges, et qu'il les admît dans sa communion, pour rejeter de son sein les pasteurs demeurés fidèles. A la lecture die pareilles propositions, les négociateurs romains déclarèrent ne pouvoir même les discuter. Toutefois ils demandèrent un délai pour en faire part à sa sainteté et attendre sa réponse. Il était facile de prévoir le parti que prendrait le digne successeur de tant de pontifes ëànctifiés par la persécution. Il rejeta avec indignation des stipulations si contraires à sa conscience, à son honneur et à ses devoirs comme dépositaire suprême des saintes règles de î'ÉgKse; et dicta là déclaration la plus énergique au prélat Calé)[)pi , qui était rev^èû de Florence pour prendre lés dernières instructions. Ce zélé ministre crut pouvoir faire
DE PIE VI. 9d5
pressentir à Pie VI , le périlleux résultat d'un refus aussi formellement exprimé. Qu'on n'y change rien ^ reprit le généreux vieillard , telle est notre résolution ^ et nous la soutiendrons^ dût-elle nous coûter la vie (i).
(i,) Observateur fidèle des règles canoniques , le pape n'avait pas négligé de convoquer une congrégation de cardinaux dont Topinion fut unanime pour rejeter avec indignation les propositions du Directoire. Voici au reste le résumé officiel de cette négociation :
Le Directoire exécutif de Paris ayant arrêté qu'un député du souverain pontife se rendrait auprès des commissaires des armées d'Italie et des Alpes, Saliceti et Garreau, afin de conclure la paix, Mgr, Galeppi, destiné par Pie VI à cette importante mission, se rendît aussitôt à Florence , lieu fixé par les commissaires pour le congrès* Ceux-ci lui écrivirent en ces termes :
« Les commissaires chargés spécialement
par arrêté du Directoire exécutif de traiter avec le pape Pie VI, des coudions auxquelles la république française consent à hii. accorder la paix, remettent, cijoints, à M. Galeppi, plénipotentiaire de sa sainteté, les soixante-quatre articles , etc. .Ils déclarent à M. Galeppi que, d'après les instructions qu'ils ont du .Directoire exécutif, ces traités et conditions doivent être acceptés ou refusés dans leur entier par le pape ou son pléhipi-^ teniiaire. Us prient M. Galeppi de leur faire saToi^sil
2a4 ÉLOGE
Pendant que le Directoire cherchait à entraîner le saint-père dans le dédaje de ses ténébreuses négociations, ce gouvernement immoral mettoit en pratique sa grande maxime
consent à donner sa si^ature. Et au cas où des instructions particulières lui imposeraient Tobligatioa d'eo référer au pape , ils observent qu'ils ne peuvent accorder qu'un délai de six jours, lequel passé, le défaut de réponse sera regardé comme un refus de la part de Sa Sainteté de donner les pouvoirs nécessaires pour l'acceptation desdites conditions; et en exécution de leurs ordres , ils en rendront compte au Directoire exécutif.
A A Florence, le 25 fructidor an 4 <lc la république française une et indivisible (9 septembre 1796). »
Sâlicetti, Gar&eau.
Voici le texte des deux articles qui motivèrent surtout le refus de Pie VI :
« Art. IV. Sa sainteté reconnaît avec le plus vif regret que des ennemis communs ont abusé de sa confiance et surpris sa religion pour expédier, publier et répandre en son nom dififérens actes dont le principe et l'effet sont également contraires à ses véritables intentions et aux droits respectifs des nations. £n conséquence Sa Sainteté désavoue , révoque , annulle toutes bulles > rescrifs , brefs, mandcmens apostoliques, lettres circulaires ou autres , monitoires , instructions pastorales, et généralement tout écrit et actes émanés de l'autorité
PE PIE VI. .ia5
qui (consistait à propager ses principes pour étendre ses conquêtes en corromjf)ant les peuples. Il déclarait libres les villes du duché de Modène et celles des légations qui avaient
du Saint-Siège, et de toute autre autorité y ressortis-. saute qui seraient relatifs aux affaires de France, depuis 1789 jusqu'à ce jour.
» Art. XYl. Sa sainteté abolira le tribunal de l'inquisition. j>
Voici la réponse faite au nom de sa sainteté aux commissaires français, le 14 septembre 1796.
« Le soussigné , ministre plénipotentiaire de sa sainteté le pape Pie VI , a l'honneur de faire part à MM. Carreau et Salicetti , commissaires du Directoire exécutif prés les armées françaises d'Italie et des Alpes, que, n'ayant pas manqué de porter lui-même à sa sainteté les soixante-quatre articles proposés par leurs excellences, sous la condition de les accepter ou refuser dans leur entier :
» Sa sainteté, après les avoir elle-même examinés, et pris l'avis du sacré collège, a déchiré que ni la religion ni la bonne foi ne lui permettaient de les accepter. En effet, sa sainteté y a vu avec la plus vive douleur qu'outre l'article qui avait déjà été proposé à Paris, et par lequel on avait voulu l'obliger à désavouer, révoquer et annuler toutes bulles, rescrits, brefs, mandemens apostoliques, etc. , émanés de l'autorité du Saint- Siège et relatifs aux affaires de France depuis 1789, il
été concédées à la république française par le traité d'armistice. Le commissaire Salicetti se montrait partout , enconrageant la licence jies tlémagogues, menaçant du châtiment réservé aux traîtres,les magistrats qui cherchaient à maintenir l'autorité des lois, et promettant la protection du peuple français à tous les hommes qui se disaient républicains. Quelques semaines suffirent pour révolutionner
y en avait encore d'autres qui , étant infiniment préjudiciables à la religion catholique et aux droits de l'Église, étaient conséquemment inadmissibles , sans entrer en discussion sur ceux qui sont destructifs de la souveraineté et de ses états ^ nuisibles au bonheur et à la tranquillité de ses sujets 9 et ouvertement contraires aux égards dus aux autres nations et puissances, vis-à- TÎs desquelles le Saint-Siège ne pourrait plus garder même la neutralité.
» C'est pourquoi sa sainteté est encore dans la ferme confiance que le Directoire exécutif, tant par sa propre droiture que par égard pour la médiation de sa majesté le roi d'Espagne, voudra bien faire attention aux puissans motifs qui ont déterminé ainsi la conscience de sa sainteté, à un refus qu'elle serait obligée de soutenir nu péril même de sa vie.
» Fait à Florence, le 14 septembre 1796. »
DE PIE VI. aa-
Modènc, Reggio, Bologne, Ferrare, où Tinfluence des agens français improvisa des municipalités et une garde nationale composé^ d'individus sans foi , sans mœurs et sans aveu. Là, comgie en France, les gens de bien et la tourbe des indifférens se laissèrent opprimer par des scélérats audacieux ; et l'autorité civile ainsi que la force armée furent confiées aux mains de tous ceux qui pouvaient avoir intérêt au désordre de la société. Telle fut l'origine de cette république transpadane , sœur aînée de la république romaine, et qui, comme elle, née du caprice des révolutionnaires de France, devait pendant son existence éphémère connaître les excès et les malheurs de la république française, sans y joindre sa force et son illustration guerrière.
Les tyrans de la France ménageaient au pontife une insulte encore inouïe dans les annales des nations. Le pape, en exécution de l'armistice, avait envoyé à Paris deux plénipotentiaires chargés de traiter de la paix. L'un d'eux, le comte Perrachi , était dans les ordres sacrés. Le Directoire , qui , parlant de rendre tous les peuples libres, ne voulait pas de cette liberté pour les souverains, eut l'impudeur de ren-
au» ÉLOGE
voyer ce ministre sans même lui permettre de prendre à Paris vingt-quatre heures d'un repos nécessaire. Quel fut leprétexte d'un tel attentat aux lois de l'hospitalité? On déclara ne pas vouloir traiter, avec un prêtre. Ainsi, au gré du Directoire, le chef du sacerdoce, gêné jusque dans sa confiance, devait ne prendre ses représentans auprès de la France que hors du sacerdoce, c'est-à-dire parmi les hommes qui ne pouvaient suffisamment connaître les droits , les devoirs , et même les scrupules de la religion. Une pareille exclusion ne pouvait que faire honneur à Tordre respectable auquel appartenait le prélat romain, en même temps qu'elle était de la part du Directoire la confession indirecte de sa faiblesse morale.
Une nouvelle rupture avec le gouvernement français était inévitable. Le pape s'empressa de prendre toutes les mesures nécessaires pour en soutenir dignement les hasards. Qui pourrait, dans un pareil moment, ne pas admirer la grandeur d'âme et la constance héroïque de Pie VI ? Qui ne reconnaîtra la force que donne la religion , à la vue de ce vieillard auguste, qui ne connaît qu'une seule crainte, celle de Dieu , comme il n'a refusé qu'un seul
DE PIE \I. aay
sacrifice, celui de sa conscience? Les directeurs de la France ne manquèrent pas, dans leurs journaux et dans leurs pamphlets, d'insulter à sa fermeté ; et pour se venger de n'avoir pu avilir son grand caractère, ils Taccusèrent de fanatisme. Car tel avait été le calcul perfide du Directoire, en proposant au saint-père des conditions incompatibles avec ses obligations et sa dignité religieuses : ou le pape persistera dans son refus, ou il cédera ; dans le premier cas , nous le taxerons d'entêtement et d'imprudence , nous l'accuserons de sacrifier à son opinion personnelle les intérêts de son peuple et même de son culte , et nous, le rendrons responsable des événemens : dans le second , nous prendrons acte de ses concessions pour publier en tous lieux que la politique romaine sait au gré des circonstances faire fléchir les principes devant ses intérêts , et nous livrerons Pie VI au mépris de l'Europe. Odieuse politique d'un gouvernement qui, joignant la duplicité à l'audace, osait accuser le pontife de prêcher contre la France une guerre de religion, alors même que dans son intolérance philosophique , il cherchait à accabler en lui le chef de
ji3o ÉLOGE
la chrétienté ! Mais Tincomparable vertu de Pie VI allait encore une fois déjouer tous les calculs , toutes les espé^rances du Directoire. Dès que les commissaires assemblés à Flo-^ rencQ se furent séparés , le saint-père fit ex— pédier à tOMteâ les cours de l'Europe catho — lique un bref dans lequel il exposait les motifs^ de conscience et de religion qui l'avaient forcé de rompre une négociation qui aurait eu poui— ^ base le sacrifice de Tune et de l'autre (i). IL
(i) Voici la notification adressée nu nom du saint— père à la cour de Madrid :
« D'après les 9M:*ticles proposés au congrça de Flo-* rence par le commissaire français au plénipotentis^ire pontifical, dont votre excellence a déjà connaissance , Ton découvre clairement à quel prix on doit acheter un accommodement avec la république française,
» Sa sainteté a d'abord été frappée d'étonnement en voyant que l'on cherchait à égarer sa propre conscience, pour porter le coup le plus funeste à la religion que comme chef visible de l'Église et comme centre d'unité de tous les ca^tholiques , elle ne sera jamais dans le cas de trahir.
» Ensuite elle n'a pu être insensible à l'occupation de ses provinces, à la diminution prétendue de ses états, et à la privation des droits temporels de l'Église
DE PIE VI. a54
exhortait les princes fidèles i la foi de leurs pères à s'unir à lui contre un gouvernement dont tous les efforts tendaient à détruire la religion et à renverser les trônes. Dans un autre manifeste adressé à son peuple, le saint* père exprimait les mêmes sentimens , et déclarait sa résolution de suspendre l'exécution de l'armistice et d'opposer la force à la foite > dès l'instant que les troupes ennemies tente-
romaine, auxquels elle ne peut renoncer, vu les serin ens réitérés qu'elle prêta à l'instant de son exaltation à la dignité pontificale.
» Ne pouTant donc admettre ces articles, etn'espé^ rant pas même que les commissaires français vemlient enfin se désister ou diminuer de leurs prétentions , tant au spirituel qu'au temporel, ces considérations mettent sa sainteté dans la cruelle nécessité 'de suspendre l'armistice générai, et de s'occuper des moyens de défense pour l'instant où s'exécutera l'invasion doat oa nous menace.
» En même temps que l'archevêque de Pirgi pri» M. le prince de la Paix de mettre ce mémoire sous lea yeux de sa majesté, il continue" d'implorer avec un» vive confiance la confirmation de sa protection royal«^ en faveur de la religion catholique et de l'Eglise rQ-« mai ne. »
i3a ÉLOGE
raieot de franchir les limites de ses états. Il ordonnait de plus aux chefs ecclésiaistîques et civils d'engager par tous les motifs de religion, d'honneur et de devoir, le peuple à concourir à la défense de la patrie. Les préparatifs les plus énergiques répondent à ces déclarations décisives, Rome, la sainte, paraît devenue Rome la guerrière. Tout retentit du bruit des armes ; les pauvres offrent leur personne, les riches équipent à leurs dépens des régimens entiers ( i ) , et les agens du trésor pontifical suffisent à peine à l'empressement des citoyens qui viennent contribuer volontairement de leurs dernières épargnes aux frais d'une gueno aussi légitime. Après une funeste hésitation , l'héritier des Césars paraît enfin consentir à la défense du Saint-Siège, dont il est le pro-» tecteur nécessaire. Il promet de faire marcher des troupes , et n'envoie qu'un général (a),
(1) Le conuétable Colonne fournit un régiment entier de douze compagnies de fusiliers et de deux compagnies de grenadiers ; le prince Justiniani trente-sept car valiers; le banquier Turloniaune compagnie de quatre-r vingts cavaliers, sa personne et sa banque, etc.
(2) Le général CoHi.
DE PIE VI. 2j5
Ce capitaine vante Tardeur généreuse qui anime les soldats romains ; mais leur nombre ne répond pas aux forces de leurs ennemis. Pourra-t-il avec de si faibles moyens arrêter Tarmée française qui a pour elle le nombre , la confiance et Thabitude de la victoire?
Quel autre bras que celui de Dieu détournera ce torrent vainqueur auquel rien n'a pu iésister? Quel autre que celui qui conduisit, comme il lui plut , les Cyrus et les Alexandre par la main , inspirera de nouveau au jeune guerrier chargé des vengeances du Directoire une modération qui trompera l'attente des impies? Car ils se croyaient déjà au jour de leur triomphe. Déjà, dans des rimes sacrilèges , ils chantaient par anticipation la chute de Rome et la destruction de ses autels; mais tandis que le Directoire se flatte de voir le dernier jour de la cité chrétienne, Buonaparte,, qui brûle d'humilier l'aigle impériale, cherche à se soustraire à la honte d'opprimer le saint vieillard du Vatican. Il avait appris à estimer le caractère droit et énergique du cardinal Mattei , qui avait été son prisonnier. Il écrit à ce digne conseiller du pontife pour offrir la paix ; mais comme il n'écarte pas les condi-
d34 ÉLOGB
fions intolérables proposées par le Directoire, et que son style est presque menaçant , sa lettre ne produit pas l'effet qu'il peut en attendre. Sauvez le pape des plus grands malheurs, écrivait-il ; songez que pour détruire sa puissance, je n'ai besoin que de la volonté de U faire (i). Les menaces n'ébranlèrent famais Pie VI; et Mattei, api^ avoir pris ses ordres, fit au vainqueur de l'Italie une réponse qui est un monument de raison et d'énergie (â).
(i) Cette lettre est du ai octobre 1796.
(a) « Le souverain pontife , écrivit le cardinal Mattei , dépositaire sur la terre des maximes dont Jésus- Christ a donné l'exemple à ses fidèles disciples et au monde entier 9 a toujours cherché les moyens d'entretenir la paix et l'harmonie dans la chrétienté , et il s'est porté de lui-même à tous les sacrifices que la modération la plus entière a pu lui permettre. Lorsque la France , bouleversée par les malheureux événemens qui Tafiligent depuis sept ans , a coatristé son âme et son cœur, il s'est souvenu qu'il était par état le père des chrétiens ; et lorsqu'il a vu que des enfans, de l'É-' glise se plongeaient dans les plus afireux égaremens^ il à pensé que les voies de douceur étaient les seules qu'il dût employer 9 espérant qu'il plairait à Dieu de les guérir de leur aveuglement , et de les amener à des maximes justes et raisonnables. C'est par suite do
DE PIfi Vl. tt55
L*faistoire doit conserver précieusement cet écrit , qui met au grand jour la conduite yraiment héroïque de Pie VI à l'égard de ses persécuteurs ; et la religion s'honore d'opposer ce langage vraiment apostolique aux déclamations philosophiques alors si bien en vogue , où l'on confondait l'arrogance avec la dignité, et les outrages faits à la faiblesse et au malheur , avec la force.
Il fallait donc que les Etats romains subis-
ces principes que sa sainteté, faisant abnégation de tout ce qui est tenaporel, s'était prêtée à des sacrifices bien considérables pour ménager la paix de l'état de l'Eglise avec. la France. Les succès de votre armée d'Italie ont aveuglé votre gouvernement, qui, par^uB abus intolérable de prospérités , non content d'avoir tondu la brebis ji^squ'au vif, a ensuite voulu la dévorer; et il exigeait encore que le pape fit le sacrifice de son âme et de celles des peuples dont l'administration est confiée à ses sbins , en exigeant de lui le renversement et la destruction totale des bases qui constituent les principes de la religion cbrétieime , de l'Evangile , de la morale et de la discipline de l'Église.
» Sa sainteté , consternée de ces prétentions intolérables , s'est recueillie dans le sein de Dieu pour demander au Seigneur qu'il lui plût de l'éclairer sur tout ee qu'elle derait faire dans une si fâcheuse conjoncture.
sent encore une^ fois les fléaux de TiavasioD. Buonaparte publie du camp de Bologne une
C'est sans doute Fesprit saint qui l'a inspirée en la faisant souvenir de l'exemple des martyrs; et après avoir sollicité vainement que le Directoire se prêtât'à des conditions raisonnables, la cour de Rome a dû se préparer à la guerre : c'est à l'Europe entière à dé cider qui Ta provoquée. La mort dont vous voudriez nous eflrayer, monsieur le général, commence le bonheur de la vie éternelle des gens de bien; elle est aussi le terme des prospérités apparentes des mechans , et le commencement de leur supplice , si les remords déjà ne l'ont commencé.
» Votre armée est formidable, mais vous savez par vous-même qu'elle n'est pas invincible : nous lui opposerons nos moyens, notre constance, la confiance que donne la bonne cause , et , par-dessus tout , l'aide de Dieu, que nous espérons obtenir. Nous savons bieu que les incrédules et les philosophes modernes tournent en ridicule les armes spirituelles ; mais s'il plaisait au Seigneur que l'on fût dans le cas de les déployer, vos phalanges feraient sans doute une funeste expérience de leur efficacité. Je conviens avec vous que b guerre que vous feriez au pape serait peu glorieuse pour vous; quant au péril que vous ne croiriez pas y rencontrer, notre confiance en Dieu ne nous permet pas de croire qu'il y en eût d'autre que pour vous e! pour les vôtres.
» Maintenant j'en reviens à l'objet qui fait celui do
DE iPIE VI. a37
déclaration hostilg contre le saint-père, qu'il
accuse d'avoir violé Tarmistice (i) ; il y joint
«■.I II >i I .1. ..___
votre lettre. Vous désirez la paix; nous la souhaitons plus que vous. Accordez-nous des conditions raisonnables et qui puissent convenir à nos fidèles alliés, et vous trouvercï les uns et les autres disposés à y souscrire. De son côté, sa sainteté fera, pour l'obtenir, tous les sacrifices qVii ne seront pas contraires à sou devoir.
» Nous osons croire , monsieur le général , qu'en votre particulier, vous inclinez pour les principes que la justice et l'humanité mspirent aux hommes estimables, et je serai toujours enchanté de pouvoir concourir avec vous à l'œuvre salutaire de la paix. *
Signé le cardinal Mattei.
{i ) Art. I". Le pape a refusé formellement d'exécuter les articles 8 et 9 de l'armistice conclu le a messidor ù Bologne, sous la médiation de l'Espagne, et ratiûé solennellement à Rome le 27 juin 1796.
II. La cour de Rome n'a cessé d'armer et d'exciter, par ses manifestes, les peuples à la croisade : ses troupes se sont approchées de Bologne jusqu'à dix milles , et ont menacé d'envahir cette ville.
III. La cour de Rome a entamé des négociations hostiles contre' la France avec la cour de Vienne, comme le prouvent les lettres du cardinal Busca et la' mission du prélat Albani, à Vienne.