IV. Le pape a confié le commandement de ses
a58 ÉLOGE
nne proclamation dans laquelle il menace d
plus cruelles exécutions toute ville ou villag^^^^^
qui osera se défendre (i). Déjà les Française Jrj
troupes à des généraux et des officiers autrichien envoyés par la cour de Vienne.
y. Le pape a refusé de répondre aux avances o Gîelles qui lui ont été faites par le citoyen Ca^^aul ministre de la république française , pour Touvertui—T d*une négociation de paix.
YI. Le traité d'armistice a donc été violé et enfreiim f par la cour de Rome ; en conséquence je déclare que Tarmistice conclu le a messidor entre la république française et la cour de Rome , est rompu.
Signé Btjonapabte.
(i) L'armée française va entrer sur le territoire du pape; elle sera fidèle aux maximes qu'elle professe; elle protégera la religion et le peuple ; le soldat français porte d'une main la bajonnette , sûi' garant de la victoire ; et offre de l'autre aux différentes villes et villages 9 paix, protection et sûreté. Malheur à ceux qui la dédaigneraient , et qui, de gaîté de cœur, séduits par des hommes profondément hypocrites et scélérats, attireraient dans leurs maisons la guerre et ses horreurs ^ et la vengeance d'une armée qui a, dans six mois, fait cent mille prisonniers des meilleures troupes de l'empereur, pris quatre cents pièces de canon, cent dix drapeaux , et détruit cinq armées.
Art, I". Tout village ou ville où, à l'approche de
sont maîtres dlmola ; mais cern'est point sans coup férir : douze cents Romains restent sur le champ de bataille ; et la mort de tant de guerriers atteste quelle eût été , avec des phalanges plus nombreuses, la résistance des sujets du pontife. A Forli , à Faënza, les Français reconnaissent encore que ces soldats du pape , objet de tant de froides railleries , savent mourir à leur poste et honorer la défaite par le courage.
Le général vainqueur est à Macéra; les Romains s'étonnent de la lenteur qu'il met
l'année française , od sonnera le tocsin , sera sur-lechamp brûlé et les municipaux fusillés.
II. La commise sur le territoire de laquelle sera assassiné un Français, sera sur-le-champ déclarée en état de guerre ; une colonne mobile y sera envoyée ; il y sera pris des otages , et il y sera levé une contribution extraordinaire.
III.. Tous les prêtres 9 religieux et ministres de la religion, sous quelque nom que ce soit, seront protégés et maintenus dans leur état actuel , s'ils se conduisent selon .les principes de rÉyangîle; et s'ils sont les premiers à les transgresser, ils seront traités militairement et plus sévèrement que les autres citoyens.
Signé BiTONAPARTE.
k p'oursuîvre ses avantages ; il s'arrête à quarante lieues de Rome; et une proclamation favorable aux prêtres français réfugiés en Italie (i), révèle à la chrétienté
(i) Buonaparte y général en chef y
Au quartier-général à Macerata, le 27 pluviôse an 5.
La loi de la convention nationale sur la déportation' défend aux prêtres réfractaires de rentrer sur le territoire de la république française ^ mais non pas de rester ssr le territoire conquis par les armées françaises.
La loi laisse au gouvernement français ]a faculté de prendre sur cet objet les mesures que les circonstances peuvent exiger.
Le général en chef, satisfait dç la conduite de» prêtres réfractaires réfugiés en Italie, ordonne :
Art. I*^ Les prêtres réfractaires sont autorisés k rester dans les états du pape conquis par l'armée française.
II: Il est défendu, sous les peines les plus sévères, aux individus de l'armée, aux habitans, prêtres ou re^ ligieux du pays, de molester, sous quelque prétexte que ce soit, les prêtres réfractaires.
III. Les prêtres réfractaires seront mis en subsistance dans les diflférens couvens, où il leur sera accordé par les supérieurs, le logement, la nourriture, la lumière et le feu.
IV. Les supérieurs des couvens donneront à chaque prêtre réfraciaire quinze livres de France par mois
que le Directoire s'est mépris en choisissant , pour instrument de sa haine contre le sacerdoce , un général dont l'ambition pouvait s'élever à la hauteur d'une politique généreuse et prévoyante. Avant de reprendre les armes, il avait offert des conditions inadmissibles : vainqueur, maître de plus de la moitié des états du saint-père, il change noblement de langage. Il ne s'agit plus de propositions incompatibles avec la religion. Dans la lettre qu'il écrit au cardinal Mattei, Buonaparte Ten* ti-etient des vues pacifiques de la république française, ainsi que du vif désir qu'il a personnellement de sauver le chef de l'Eglise , et de donner au Saint-Siège une preuve de sa considération ; enfin il proteste qu'il ne souffrira jamais qu'il soit porté aucune atteinte à la religion de nos pères (1).
pour leur habillement et leur entretien, sur lesquels les prêtres réfractaires devront compter la valeur de leurs 'messes
VII. Le général en chef verra avec plaisir ce que les évêques et autres prêtres charitables feront pour améliorer le sort des prêtres déportés. Signé Buoitaparte.
(1) On peut juger des sentimens qui animaient alors Buonaparte , par les lettres suivantes :
a4a ÉLOGE
Quelle douce confiance, mêlée de surprise, ne durent pas inspirer au saint pontife ces for-
Buonaparte , général en chef, etc, > au cardinal MatteL Au quartier-général d'Aaçône, 25 pluviôse aii 5.
J'ai reconnu , dans la leltre qae ¥Ous tous êtes donné la peine de m'écrire, M. le cardin^, cette simplicité de mœurs qui yous caractérise ; tous Terrez par Timprimé cî-joint les raisons qui m'ont engagé à rompre l'armistice conclu entre la république française et Sa. Sainteté.
Personne n'est plus conTaincu du désir que la repu
blique française aTait de faire la paix , que le cardin^h^^ Busca , comme il l'aToue dans sa lettre à M. Albani , qui a été imprimée, et dont j'ai l'original dans l^^s mains. On s'est rallié aux ennemis de la France lorsque. « les premières puissances de l'Europe s'empressaient*c3e reconnaître la république , et désiraient la paix aT ^c elle : on s'est bercé de Taines chimères , et on cm ^a rien oublié pour commencer la destruction de ce beci.u pays. Il reste néanmoins encore à Sa Sainteté un e8]^€>ir de sauTcr ses états , en prenant plus de confiance àstm la générosité de la république française, et en se liTnsot tout entier et promptement à des négociations pacffiques.
Je sais que Sa Sainteté a été ti*ompée. Je toux bien encore prouTcr à l'Europe entière la modération du Directoire exécutif de la république françai&e, eo loi
DE PIE VI. a43
mes bienveillantes si peu d'accord avec le stile habituel des républicains de France ! Fut-ce un
accordant cinq jours pour envoyer tiD Bégociateur, mui]i de pleins-pouvoirs , qui se rendra i Foligno , où je me trouveKii, et où je diisire de pouvoir contribuer en mon particulier à donner une preuve éclatante de la considération que j'ai pour le Sainl-Siége.
Quelque chose ([ni arrive, M. le cardinal, je tous prie d'être persuadé de la cousidération distinguée avec laquelle je suis.
Signé BvoKAPAJtTE.
Emlrûii d'une Mire du nonce à ta cour de Toscane, à S. E. le cardinal Busca, secrâtaire-d'élat. Le marquis Muafredlni est venu ce matin chez moi ; l'attachement qu'il a pour le Sainl-Siége et l'amilié qu'il veut bien avoir pour moi l'ont engagé à me communi- . qnerconûdentieliementquulquesdiscours que le général Buonaparte luiavuit faits (par forme de conversation] sur les alTaires de Rome. Il lu'a doue assuré que Buonaparte, bien loin de travaillera la perte de Rome, uu désire la conservation, et que dans cette vue, il engage le ministre IVunpais Cacault à rester â Itome, quoique' celui-ci lui écrive toutes les semaines qu'il veut absolument en partir; qu'il croyait que l'accommodement avec Home ne pourrait s'effectuer aux conditions proposÛHS par les commissaires français; que maintenant OQ ne parlerait plus de religion. Il a ajouté que Buona-
sentiment de religion et de justice qui fit agirBuonaparte? ou plutôt n'était-il guidé que
parte ne paraissait pas contraire à fixer, par la paixz. générale, le territoire des légations occupées; mais qu'en attendant il devait faire en sorte que Rom^ maintînt les conditions de l'armistice , auxquelles ell^ s'était solennellement obligée, et qu'il ne pourrait pas retar4er long-temps cette opération. Le marquis Bian — fredini m'a dit que de l'ensemble des discours de Buo— naparte, il inférait qu'il était prêt à faire la pai^ci ' avec Rome aux conditions de l'armistice , même avec^ quelque adoucissement. Le marquis m'a confié tout ceo pour que j'en fasse l'usage que je jugerais à propos ; | me crois obligé de le communiquer à votre excellence —parce que ces rapports peuvent vous servir de lumière -^= dans les circonstances actuelles ; et comme le retaK"*^ ^"< pourrait entraîner des conséquences fâcheuses , je yo n ^^«^ ' en fais part par un exprès. J'ose vous prier de mrm^nii charger, en réponse, de quelque ambassade obligearm. ■» — te
pour le marquis Manfredini, pour l'intérêt qu'il r^ *■-
moigne, et dont on ne peut douter. J'espère que vctr^ re Eminence agréera mon empressement.
Signé Antoinï Marie, archevêque d'Ionie»
Le général Buonaparte au cardinal Mattei,
Les étrangers qui influencent la cour de Rome o- «f voulu et veulent encore perdre ce beau^pays. Les J^ ^^ rôles de paix que je vous avais chargé de porter ^^«
DEC PIB VL s45
par dès motifs d'intérêt persoDD^l , et par le désir orgueilleux de montrer son indépen-*
saint-père ont été étouffées par ces hommes pour qui la gloire de Rome n*est rten , mais qui sont entièrement Tendus aux cours qui les emptoienh Nous touchons au dénoûmentde cette ridicule comédie; vous êtes témoio du prix que j'attachais à. la paix et du désir que j'avais de TOUS épargner les horreurs de la guerre. Les lettres ci-jointes 9 que je vous enTOÎe et dont j'ai les originaux entre les mains» tous oonyaincront de la perfidie » de l'ayeuglement et de l'étourderie de ceux qui dirigent actuellement la cour de Rome. ^
Quelque chose qui puisse arriver, je vous prie » M. le cardinal , d'assurer Sa Sainteté qu'elle peut rester à Rome, sans aucune espèce d'inquiétude. Premier ministre de la religion » il trouvera , à ce titre, protectioa pour lui et pour l'Eglise. Assurez également tous les habitans de Rome qu'ils trouveront dans Tarmée française des amis qui ne se féliciteront de la victoire qu'autant qu'elle pourra améliorer le sort du peuple, et affranchir l'Italie de la domination des étrangers. Mon soin particulier sera de ne pas souffrir qu'on apporte aucun changement à la religion de nos pères.
Je vous prie , M. le cardinal , d'être assuré que dans mon particulier je me ferai un devoir de vous donneu dans toutes lesx circonstances les marques, de l'estimQ et de l'attachement avec lequel j& suis.
Signé BuoMi^ABTC.
dance envers le Directoire? Mais à quelle fin chercher l'explication d'un mystère dont la Providence , qui lit dans les cœurs , a seule le secret? 0 Buonaparte! tu fis alors le bien ! rhistoire doit t'en tenir copapte , quelles que fussent tes pensées secrètes ! Elle peut même supposer que tii étais mu par les plus nobles inspirations. L'habitude du despotisme n'avait pas encore perverti ton âme éprise de la gloire militaire! Tu connaissais des émules et des égaux ! Tu n'avais pas encore bu à la coupe enivrante des grandeurs usurpées ! Et en bé-^ nissant chez toi le pacificateur de Tolentino, le bienfaiteur de Pie VI, quel chrétien aurait pu prévoir que tu serais un jour le persécu-^ teur ingrat du vertueux Chiaramonte?
Enfin le traité de Tolentino est conclu (i), * ;— . , /
(i) Ce traité fat conclti le 19 février 1797. En voici les dispositions :
Art. !*'• Il y aura paix^ amitié et bonne intelHgeDce entre la république française et le pape Pie VI.
Art. II. Le pape révoque toute adhésion^ consentement et accession par écrit ou sécrète 9 par lui domtés à la coalition armée contre la république françaâse, à tout traité d'alliance offensive ou défensive arec quelque puissance ou étal que ce soil. Il s'engage à ne
DE PIE YI. a47
fournir, tant poui' la guerre actuelle que pour les. guerres à venir, à aucune des puissances armées contre la république française, aucun secours erx hommes^ yaisseaux., armes, munitions de gu,erre> yivjes et argent, à quelque titre ou sous quelque dénomûiation que ce puisse êtr^.
Art. YI. Le pape renonce, purement et simplement , ^ tous les droits qu'il pourrait prétendre sur la Tille et territoire d'^Âvignon, lecomtat Yenaissin et ises dépen<« dances ; et transporte > cède et abandonne lesdits droits à la république française.
Art. VII. Le pape renonce également à perpétuité ,. cède et transporte à la république française tous ses droits sur les territoires connus sous le nom de légations de Bologne, de Ferrare et de la Romagne. Il ne sera porté aucune atteinte à la religion catholique dans les susdites légations.
Art. vin. Les ville , citadelle et villages formant le territoire de la ville d'Ancône resteront à la république française jusqu'à la paix continentale.
( Les articles X , XI et XII Imposaient à Sa Sainteté l'obligation de payer, savoir : i** quinze millions restant dû sur la somme stipulée par l'armistice de Bologne ; 2*^ une autre somme de quinze millions; plus des contributions en nature qui furent évaluées à un million. )
Art. XVII. Sa Sainteté fera désavouer, par un ministre à Paris^, i^assassiaat commis sur la personne du
Quelque dures qu'en soient les conditions ( i )^ au moins n'ont-elles rien de déshonorant poui-
secrétaire de légation BassTÎlIe. Il sera payé par Sa Sainteté , et par elle mis à la disposition du gouTemement français, la somme de trois cent mille livres , pour être répartie entre ceux qui ont souffert de cet attentat.
Art. XIX. Sa Sainteté fera mettre en liberté les per^ sonnes qui peuTcnt se trouver détenues à cause de leurs opinions politiques.
(i) En annonçaat au cardinal secrétaire - d'état la conclusion du traité, le cardinal Mattel s'exprimait ainsi : « Les conditions sont très-dures et semblables ù en tout à la capitulation d'une place assiégée. C'est ainsi » que^ s'est expliqué plus d'une fois le yainqueur ; et j'ai » palpité, tremblé jusqu'à présent pour Sa Sainteté, » pour Rome et pour tout l'état. Rome cependant est » sauvée ainsi que la religion , malgré les très-grands » sacrifices qu'on a faits. »
Un extrait de la correspondance de Pie YI et de Buonaparte , à l'occasion du traité de Tolentino , mettra à même d'apprécier les sentimens que professait alors ce général , et la confiance qu'il inspirait au sage pontife.
Lettre de Pie VI à Buonaparte.
« Cber fils, salut et bénédiction apostolique. • Désirant terminer à l'amiable nos différens actuels ayec la république française, par la retraite des troupes
le chef de l'Eglise , et c'est ce qui console les fidèles dans ces jours lamentables. Si le pape
que TOUS commandez 5 nous envoyons et députons vers vous, comme nos plénipotentiaires, deux ecclésiastiques, M. le cardinal Mattei, parfaitement connu de vous, et Mgr. Caleppi, et deux séculiers, le duc don Louis Braschi, notre neveu, et le marquis Camille Massimî , lesquels sont revêtus de nos pleins-pouvoirs, pour concerter avec vous, promettre et souscrire telles conditions que nous espérons justes et raisonnables , nous obligeant sous notre foi et parole de les approuver et ratifier en forme spéciale, afin qu'elles soient valides et inviolables en tout temps. Assurés des sentimens de bienveillance que vous avez manifestés, nous nous sommes abstenu de tout déplacement de Rome, et par^à vous serez persuadé combien grande est notre confiance en vous. Nous finissons en vous assurant de notre plus grande estime , et en vous donnant la paternelle bénédiction apostolique.
» Donné à Saint-Pierre de Rome, le 12 février 17979 Tan vingt-deuxième de notre pontificat. »
Signé Pie VI.
Buonaparte , général en chef de l'armée d'Italie j à Sa
Sainteté le pape Pie VI.
« Très-saint-père, « Je dois remercier Votre Sainteté des choses obli-
25o ÉLOG£
a consenti à l'abandon de quelques provinces^, il n'a sacrifié aucun principe ; et si le patrimoine de saint Pierre doit subir une diminution, au moins la puissance qui lie et qui délie n'aura souffert aucune atteinte. La ville sainte , la ville éternelle règne encore par la religion. L'étendard de la croix flotte avec majesté sur le dôme de Saint-Pierre , et da haut de cette cime auguste semble rallier tous les catholiques de l'univers. Triomphe assez
géantes contenues dans la lettre qu'elle s'est donné la peine de m'écrire.
» La paix entre la république française et Totre Sainteté vient d'être signée ; je me félicite d'avoir pu contribuer à son repos particulier
n Toute l'Europe connaît les inclinations pacifiques et les vertus conciliatrices de Votre Sainteté. La république française sera^ j'espère , une des amies les plus vraies de Rome.
» J'envoie mon aide-de-oamp^ chef de brigade , pour exprimer à Votre Sainteté l'estime et la vénération parfaite que j'ai pour sa personne , et je la prie de croire au désir que j'ai de lui donner^ dans toutes les occasions , les preuves de respect et de vénération avec lesquels j'ai l'honneur d'être son très-obéissant serviteur. »
Signé BtioUÀPÀBTE.
DE PIE VI. tt5i
grand pour une religion dont Tauteur a dit : Mon règne n'est pas de ce monde!
Ce n'est pas sans doute que le sort de la religion dépendît de celui de Rome. La foi a d'autres fondeméns que ceux du Capitole, et ce n'est pas sur cette pierre que sont établies les promesses du Rédempteur. Pie VI luimême eût-il, pour quelques avantages politiques , été capable de trahir la foi et d'abjurer la dignité spirituelle , que l'Eglise , cette Jérusalem céleste ^ n'en aurait pas été ébranlée. L'épouse^ de Jésus- Christ pourrait-elle dépendre de la volonté variable et de la fragile vertu d'un mortel ? L'esprit des divine» écritures et des saints canons, voilà l'impérissable vie qui l'anime : le verbe du Très-Haut , voilà son appui et sa défense. Lliotnme peut honorer l'Église par la fidélité de son âme , il ne peut rien pour la détruire.
Cependant Buonaparte, prévoyant que le traité qu'il venait de conclure exciterait le mécontentement du Directoire, prit rapidement la route du Tyrol, en menaçant Vienne, Il lui semblait ne pouvoir assez tôt s'éloigner de Rome , tant il craignait que les directeurs, ces lâches ennemis de la religion , de la vieil-
25a ÉLOGE
lesse etdu malheur, ne le forçassent à envahir la cité du vénérable Pie VI (i).
(i) On peut juger par Tarticle suivant, tiré du Monîteurj du mécontentement que la conduite de Buonaparte inspirait aux révolutionnaires.
Bologne, le 22 février 1797.
« Lorsqu'on apprit ici que les troupes du pape n'avaient osé attendre les Français à Saravalle et s'étaient dispersées , on crut que Buonaparte irait sans obstacle jusqu'à Rome , et tiendrait la promesse formelle qu'il avait faite aux Romains de leur readre leur liberté. Quelle fut notre surprise d'apprendre que , loin d'aller au Capitole, il avait suspendu sa marcbe et avait con- Sicnti non-seulement à un armistice, mais même traiter définitivement avec les commissaires du saint-
pére. Pour n'être pas injustes dans nos jugemens , nous- ^s fîmes des conjectures sur les causes d'une conduite >■ J inattendue. Nous supposâmes que le gouverneme français avait pris des engagemens avec d'autres puissances, et qu'il ne pouvait détruire entièrement l'e pire temporel du pape sans rompre avec Naples l'Espagne
» Nous cherchions à nous consojler en refléchissa que le pape, par la perte de la Romagne, du duc d'Urbin, de la Marche et du Pérousin, restait avec ljma petit état appauvri, dépeuplé, et qu'il ne pourrait Te garder long-temps; mais le traité définitif de pa/x
Les suites du traité de Tolentino ne justifièrent que trop les prévoyances de Tambitieux
conclu le 19 à Tolentino 9 et connu depuis hier ù Bologne, a fait cesser notre illusion. Les Français ne gardent que la Romagne, et rendent au pape les trois antres proyinces. Quand on considère que ce traite a été conclu après une négociation de deux jours, sans que la cour de Naples et celle d^Ëspagne aient pu intervenir de manière a forcer les Français de rendre une partie de leurs conquêtes, on est fondé à croire qu'ils auraient pu garder les autres provinces comme ils gardent la Romagne* Les dispositions que les habitans du pays ont montrées ne permettent pas de douter que les Français auraient pu y établir promptement un nouvel ordre de choses, et Vy consolider malgré la cour de Naples elle-même , si elle avait voulu y mettre opposition.
» On se perd en conjectures pour expliquer ce traité : personne ne croit ici qu'il soit l'ouvrage de Buonaparle. Bien des gens regrettent qu'il ait mis trop peu d'importance à la guerre papale, et qu'il ait adopté de confiance le traité, qui a été rédigé par un agent français (Gacault), qui a plus de connaissances locales que de talens d'homme d'état. »
Lors des événemens du mois de février 1798 , 'quand la république romaine fut envahie par les Français, on revint encore, dans le Moniteur , sur les mêmes reproches. On demanda pourquoi Buonaparte
général. L'astucieuse politique des décemvirs qui opprimaient la France convertit cet intervalle de paix en une guerre sourde contre le Saint-Siège , en attendant qu'il leur fût permis de la lui faire ouvertement. Tant que Rome s'était maintenue dans une attitude défensive envers la France, la vigilance du saint pontife avait écarté de la capitale du monde chrétien les nombreux agens de trouble et d'impiété qui n'attendaient que l'occasion pour attaquer le vicaire de Jésus- Christ jusque dans le sanctuaire de sa puissance. La paix, en rétablissant entre la France révolutionnaire et le Saint-Siège les relations qui existaient avec l'antique monarchie, fit tomber toutes les barrières qui arrêtaient cette invasion menaçante. Les hommes du Directoire affluèrent désormais à Eome , affichant l'irréligion et la haine du gouvernement pontifical. Cependant les villes romaines cédées à la France par le traité s'organisaient en républiques, appelaient à l'anarchie le^ cités
n'avait pas renversé le trône de l'hypocrisie , comme il l'avait annoncé à ses soldats dans sa proclamation du I*' prairial an 4.
<lemeurées au pontife, et s'aggrégeaient à la
oonfédération Gispadane , à la tête de laquelle
on voyait Bologne et Ferrare. Une année
française 9 stationnée sur les limites alors bien
"rétrécies de l'état romain , favorisait ces mou-^
^emens, sous prétexte de veiller à l'exécution
nies clauses du traité de Tolentino. C'était au
<iom de la souveraineté du peuple que la foi
<les nations était ainsi violée. C'était là le grand
secret de la politique du Directoire ; et voici
les seules instructions dç sa diplomatie : toute
cité qui déclare son indépendance devient
ralliée naturelle de la république française;
elle doit trouver de sa part protection et appui*
Malheur au tyran qui s'opposerait au réveil
de-la liberté italienne! ^
Cependant le pontife ne négligeait rien pour arrêter les menées de ceux qui cherchaient à répandre dans ses états les idées révolutionnaires ; car alors le crime et la rébellion avaient leur propagande bien plus prompte et bien plus efficace que l'antique et vénérable propagande de la foi chrétienne. Il donna aux évêques, qui à l'approche des armées françaises avaient quitté leur diocèse , Tordre d'y retourner, pour contenir les peuples
dansje devoir. Mais la voix de pasteurs légitimes pouvait-elle prévaloir partout dans ces momens de bouleversement et d'ivresse politique, où tous les droits sont méconnus^ où toutes les bornes de Tordre moral et social
sont déplacées, comme les limites des états? On peut bien , par des précautions sanitaires, préserver les nations du fléau de la peste, mais qui les garantira aussi sûrement de la fièvre révolutionnaire qui se présente à eux sous le masque de la liberté , et tenant en main le niveau de l'égalité ? Qui les mettrapour toujours à l'abri des maximes commodes de ces docteurs matérialistes, des déclamations corftaptrices de ces orateurs ambitieux , et de la pique de ces bandits qui sont partout les premiers artisans des révoltes, si mal à propos
appelées populaires, puisqu'aprèstoutlepeuple ne fait que suivre l'impulsion de ces aristocrates du crime (i)? Ce n'est pas que les sujets de l'état ecclésiastique ne fussent attachés au gouvernement pontifical , le plus doux et
(i) On sait qa*en It^^Jie presque toutes les révoltes avaient alors pour instigateurs des avocats , des médecins et des gens de lettres.
DE PIB VI. a57
le plus paternel de toutes les monarchies de TËurope. Le zèle qu'ils avaient n>is à le défendre, réloîgnement Wen prononcé qu'ils avaient montré pour les ennemis de la religion, partout où la terreur des baïonnettes ne les empêchait pas de manifester leurs sentimens ; les villages brûlés pour les punir de leur fidélité ^ les paysans fusillés par centaines , parce que le devoir leur arait mis les armes ^ la main , étaient ^autant de preuves irrécusables du dévouement du peuple romain à la personne du pontife , et de rhorreur que lui inspiraient les maximes des séditieux et des incrédules* Mais le séjour trop prolongé des armées françaises ne pou-^ Tait que devenir funeste à ce peuple jusqu'aloxs fidèle» en Taccoutumant à obéir à des dominateurs qui se faisaient gloire de braver la religion et ses ministres. Les républiques nouvelles, intéressées à tout bouleverser pour confondr^e leur rébellion dans le nombre des rév(dtes, devaient chercher à propager, soit par artifice, soit par force , le poison de Tinsurrection parmi les sujets du pontife. C'est ce qu'on vît d'abord arriver à Ancône. Lès Français qui occupaient provisoirement cette viUe en vertu du traité , mirent tout en
usage pour répubUcaniser la population » car cette expression barbare était alors en honneur dans la diplomatie firançaise. Impaitîens d'élever sur les débris de la tiare les infâmes insignes de l'anarchie , ils commencèrent par renverser les statues des papes qui faisaient l'ornement de cette belle cité. Ils ne purent d'abord que les mutiler à cause de leur grandeur colossale. Uqe municipalité nouvelle , composée de démagogues soudoyés f se chargea le lendemain d'achever admlnistrativement l'œuvre d'une populace déchaînée. Elle fit démolir ces colosses déformés , et les forçat3 du port furent employés à ce-travail. Ainsi , Ancône l'a prouvé après Toulon , Marseille et tant d'autres villes françaisea ,. les forçats sont de merveilleux auxiliaires! |>our faire marcher les révolutions ! : ; •: :
Les moyens honteux employés- dÂbis An —
cône excitèrent quelques soulèvemens : par ^rarr-
tiels dans le pays d'Urbin et de Pérouse^ ^^^e. D'autres provinces conservaient Une fidélit^cS^ inviolable au souverain pontife-, bien que \m^:MIle traité les eût livrées à la domination fran^crmçaise. Les populations de Macerata, dT.esi, dE^M/e MontCrSànt-Elpidio, repoussaient le joilg <E^c
leurs nouveaux maîtres et les forçaient à des exécutions sanglantes. Bientôt même Ancône, par une de ces vicissitudes si communes dans les révolutions , se délivra un instant de ses oppresseurs démagogues, jusqu'à ce que la force des baïonnettes remit une seconde fois sous leurjoug cette malheureuse cité. En sorte
que dans tous les Etats romains la conquête exerçait son droit cruel, là où l'anarchie nepropageait pas ses coupables excès. Jamais pays n'avait été en proie à plus de fléaux réunis.
Dan» Rome , l'humiliation et la misère étaient sans mesure. Tous les sacrifices jusqu'alors imposés à la résignatijon 4^s çi-r toyen3 n'étaient que des l^rdeavix; légers au prix de qeux qu'il fallait encore subin.Le trér sor pontifical était plusq^e jamais épuisé; toutes les fortunes privées étaient anéanties : cependant l'énergie du pontife , de sévères économies, et l'activité des agens du fisc, créèrent des ressources inespérées. Les tribujts onéreux stipulés à Tolentino s'acquittaient avec une ponctualité qui étonnait même les avides exacteurs chargés de les recueillir pour le Directoire.
ï^purquoi le dissimuler? L'excès des maux
a(k> ÉLOGE
fit alors naître le découragement parmi les Romains. La pauvreté était derenue le pfti^ tage de ceux qui avaient passé pour les plus riches; et l'homme du peuple n'avait plus de pain à donner à sa femille. De telles misères eussent sans doute suffi pour exciter un mécontentement bien légitime; mais le spectacle inoui des sacrilèges commis en tous lieux par les vainqueurs vint y mettre lé comble, A Lorette, quelle ne fut pas l'indignation des Ro« mains en apprenant que la cupidité républicaine avait détourné les trésors que la piété des nations entassait depuis douze siècles dans la sainte demeure ; et que des guerriers impies avaient insulté l'image révérée de la mère du Sauveur , à peu près comme les soldats de Ponce-Pilate avaient insulté la personne de Jésus-Christ lui-même ?
Admirable pouvoir de la vertu! Les profonds mécontentemens de toute une natioDK- ^^i accablée sous la loi de l'étranger ne se diri-^S *{. geaient point contre le saint pontife : sor^^o peuple lui rendait justice , dans un de c^^mes momens où le malheur rend presque toujouEzur^ injustes les hommes réunis. Rome savait qai^â Pie YI n'avait eu que le choix des maux , ^t
DE PIE VL !i6t
poisqu'il arait sauvé la religioi:i , il était toujours le sauveur , le père çle la patrie. Parais^ sait -il dans les rues? les. plus touchantes âcclaïQations marquaient son passage, Sa 2>ré86nce adorée faisait taire les plaintes , épa« nouissait les visages et réjouissait les âmes, Xies bons et simples Transteverins , qui malf;ré leur pauvreté s'estiment les vrais héritiers ^u sang des vieux Romains, se montraient les plus fervens dans ce culte q^ae Rome , si malheureuse , rendait au malheur de son auguste souverain.
Rome , dans ces tristes journées^ se vit me-iia<;ée d'un malheur qui aurait surpassé tous les aqtres. Ce pontife, dont la courageuse vieillesse était le plus ferme appui de l'état de rÉglisç, fut sur le point de succomber aux infirmités du corps accrues par les angoisse^ de l'esprit (i). Heureux sans doute Pie VI, .s'il eût dès lors trouvé auprès du tombeau des apôtres une mort paisible et honorée. Mais quel eût été le sort déplorable de Rome veuve de son pontife! Un parti dont les chefs tenaient à quelques familles nobles , mais ruinées par
(i) Pendant le moU de mai 1797.
!i6a ' ÉLOGE
l'inconduite ou dégradées par Finfamie, n'attendait que le dernier soupir du saint-père pour renverser la chaire pontificale , fet proclamer au Capitole la liberté du peuple romain. Les agens du Directoire se tenaient prêts à favoriser le complot. Déjà , dans son impatience , cette coalition impie triomphait d'avance sur la tombe de Pie VI (i) ; mais le nombre des jours du saint vieillard n'était pas encore accompli , et ^on rétablissement fut accordé aux prières d'une population fidèle« Fatiguerai-je l'âme attristée de mon lecteur du détail des tribulations qui, par leur retour journalier, jetaient un voile lugubre sur la vie du pontife? Tantôt c'était quelque ralliement séditieux dont les chefs portaient la cocarde tricolore, qui était -alors l'égide du crime dans les cités, comme le
^ (i) Des placards incendiaires renouvelés chaque )Our portaient ces mots sinistres : Rome est à l'extrême onction* — Le temps est arrivé. On en trouva un dans les premiers jours d'août 1797, ^"i portait ce quatrain :
Non abbiamb pazienza'.
Non Togliarao più ominenza y
Non Togliarao santiti ,
Ma ogpftglianza, e libeFtA. :: >i - ^i r*-" f '
signe de laTictokésur h^i champs de bataille ; tantôt lea, chants affreux: (i) qui donnaient; en France le signal des inasss^çres ;et des sacrilèges parvenaient presque au^ .oreilles du saint vieillards D'autres fois penda^nt le service divin i ' des agens révolutionnaires portaient le vandale dans le sanctuaire:, par leur maintien effronté et quelquefois par leurs blas^ phêmes. Peu de jours enfin s^ passaient sans qu'on reçût à Ronve. la. nouvelle alarmante d'u^ae insurrection dans quelques villes de l'État romain, ou qu'on vit arriver les Insolens messages de la république cisalpine , qui prétendait forcer Pie VI à reconnaître son existence fondée sur la révolte. »
..Tant que la santé chancefante du/çaint vieillard lui perqipttait de donner ses soins liersonnels au gouvernement, sa politique, ^.$ein. d'une paix plus dangereuse .que la guerre, elle-mêm,e , ç^e montrait . aus^ fer^pe , . aussi, vigilante que dans les temps. où. rieU: encore n'avait diminué sa puissance. Des édits furent rendus pour forcer au respect ekiêiiéiii de là religion fes' hèmtbes qui au-
. • > , t • /•. Jf ■ , •! - • • • •
(i) La Carmagnole^ entre autres.
( Il •
raient touIu tenter à Rome les^ actes sacrilèges dont les nouvelles républiques de l'Italie commençaient à offrir Te spectacle déplorable; car déjà Tirréligion , digne compagne de la rérolte, levait sa tête hideuse sur le» deux rives de TÉridan , où la foi catholique était profanée par une constitution qui la déclarait dominante.
Pie VI déploya la même énergie dans les^^s mesures ptotnptes par lesquelles 11 étouffa imr^Bi ç vaste conspiration dirigée Goutte son trône , et à la tête de laquelle ne se trouvaient qudes hommes en relation manifertç avec lerévolutionnaires français , et qui furent depui comblés deleurs faveurs. Les ép^ables furéi arrêtés ptïr ordre de Sa Sainte^, et conduits
château de Civita-VecchiafO 9 ^^ilftré les mi naçaWes réclamations dés patricftes , qui ch;
que jour aflichaîent d'jôutrageantes pasqufn -s—
des contre le pontife et son gouvernement (a y^
Par leS ordres de Pie VI , des levées deti^tipes
(i) C'étaient Angelucci, chirurgiea; le marquis Tï valdî ; les deux frères Bouchard^ libraires , et Ascanelli riche juif. -
(2) Voyez la note de la pag. a6a.
DE PIE YI. a65
destinées à contenir les mécohtens furent faites dans toutes ses provinces; le château Saint-Ange fut approyisionné et mis en état de siège. L'Italie admira encore une fois un pontife qui ne s^ croyait jamais assez faible pour ne pas résister à l'oppression.
Malgré ces symptômes avant-coureurs d'une révolution imminente , le traité de Tolentino n'en tecevait pas moins son exécution apparente et même littérale. L'envoyé du saint père (i) auprès du Directoire avait été accueilli avec distinction. Joseph, frère de Napoléon Bûonaparte , venait d'arriver à Rome ^ri qualité d^'ambassadeur de la république française (2).*^J1 parut très - empressé de plaire au pontife et au sacré collège. Assidu aux offices religieux , respectueux envers Sa
(i) Le marquis Massimi.
(a) Il arriva à Rome en août 1797. Depuis le traité de Tolentino, la France avait été représentée à Rome par Çaoauit, qui avait agi ayec assez de loyauté et de bien- Teillanceenrersle Saint-Siège. Il avait même favorisé les mesures énergiques du saint père lors de l'arrestation d'Angeluccî, Yiraldi, etc. (Toyex la page ci* dessus.) Aussi, après le 1.8 fiructidary Cacaolt fat-il rèToqué par le Directoire.
a66 .ÉLOGE
Sainteté , plein de déférence pour les cardinaux , il ne parut pas s'apercevoir, çlu . peu d-etnpresdeoient que la cour.de ^Roine lui témoigna d'abord, tant qu'il ne se fut pa$. fait connaître sous ces dehors avantageux^ Tout faisait présumer alors qu^on verrait dans. Joseph Buonaparte l'exécuteur bienveillant du traité conclu par sop frère.
.. Mais quoi ! Etaitrce donc en Italie q^e deyaiQnt se. décider le^ résultats 4e cette paci^ fic^tiûn qu'on pouvait dire encore plu^ imposée au Directoire qu'au pontife luirmême par le vainqueur de Mantoue? C'était en France, c'était à Paris- Paripi les vicissitudes diverses de la révolution française, les amis du trône et' de l'autel avaient une seule fois obtenu par leB élections des provinces une majorité imposante dans les deux conseils (i). Pour la première fois depuis huit années , la voix dé la, religion, de la justice et de l'humanité se faisait entendre avec faveur du haut de la tribune législative. Déjà un décret avait été rfeiïdupôurle *apjifel des pVêttès dépôrtéisf (ia).'
'.\ {t) £e«t)iQseU\deàAnGieàa, le conseil dedjdnq .oents. (a) Ce décret fut readu le> 7 /ructîdoJ: i«a; Vï,(^4
Ce premier bienfait allait être suivi de totts ceux que réclamait la déplorable situation de la France. L'espoir renaissait dans tous les cœurs honnêtes : les opprimés respiraient ; mais les oppresseurs ne s'endormaient pas. Appuyé sur une minorité redoutable par son désespoir, le Directoire tente le coup d'état le plus prompt : il déporte tous les députés qui avaient été nommés pour rendre à la France la religion et la monarchie ; et la trop fameuse journée du dix-huit fructidor ne se leva sur ce beau et malheureux pays , que pour éclairer le triomphe du despotisme décemviral, et l'oppression de tout ce qu'il y avait d'hommes vertueux en France;
Les mêmes tyrans qui déportaient leurs collègues à Sinamari songèrent à expulser Pie VI le la chaire de saint Pierre ; et le contre-coup le la révolution dii 18 fructidor se fit d'abord •e Uitîr à Rome. La grande coalition révolutioni^aire qui , depuis les sables de la Hollande jVtsqu'aux glaciers de THelvétie, depuis les
^ Él I tl ■ ■ ■■ t ■ lin I I ■ ■ ' ' ■ ■
aotlt 1^97). MM. Royer-Collard et Camille lordan de sign^èEent daos' ceUe.discuasioô<par Féncur^te avec h- ^u^^U^plaidèreqtl^c^usej[|u,ekrg4.,.,,; .. /. .
cimes ded j&lpeft fmqu'aux bouches du Tibre, soulevait les tnasses populaires contre tous les pouvoirs de la société , parut prendre une vigueur nouvelle. Le langage des Cisalpins devint plus menaçant envers le saint père : ils parlaient même de lui déclarer la guerre;ils armaient des troupes qui ne pouvaient être dirigées que contre loi. Cependant les gazettes françaises annonçaient une rupture prochaine entre la France et le pape , et Ton alléguait pour principal grief que le pontife € était entré dans la dernière conspiration- dé^* » couverte à Paris contre la liberté. • Uam-» bassadeur français à Rome prit désormais un langage absolu ; et les membres du sacré collège , en gémissant des nouveaux exils pro-
nonces en France contre les ministres fidèles «^ ^s du culte catholique , né pouvaient s*empê(iheT -'m: t\ de faire un triste retour sur le danger de leur ^"m mx posijtion personnelle. Que pouvait donc Pie VIJC ^I pour tant de fidèles brebis livrées à la den^j^i^it meurtrière des loups dévorans? Un miracle -^L seul aurait pu les sauver ; et si dans les tl6s--^Bseins de la Providence ce miracle avait dftr ^â être obtenu par de ferventes prières » quel ^^ visux auraient été plus efficaces que ceux d^le
DE PIE YI. afi9
cet homme juste ? Dèa que ses 80u£Frances lui laissaient quelque relâche » il se rendait pour prier au tombeau des apôtres. Souvent ses o£5ciers s'inquiétaient de le voir plus longtemps prosterné que de coutume. J* ai à prier pourtant de monde l répondait Pie YI aux respectueuses remontrances de leur sollicitude filiale.
Cependant le moment approchait où , d'après le traité de Tolentino,.Ancône devait lui être rendue, et déjà il prenait les mesures nécessaires pour en reprendre possession. Hé Directoire , n'osant refuser cette restitution, résolut de la rendre impossible. La populace aoconitaine, soulevée par ses agens, I»roclama son indépendance. Le général français qui commandait dans la marche d'An-* c4lne promit aux révoltés la protection que l'invincible nation française accordait à tous les peuples qui se déclaraient libres. Dès ce vnoment it n'y eut plus de sûreté dans Ancône peur les fidèles sujets du pape. Le peuple rerain les dispersa; il se forma une constitixtion , et la république anconitaine marcha «or les traces de la république cispadane sa toidne. Ce nouveau malheur jeta la conster-
a^o ' ËtOGE
nation dans la cour de Rome : le pontife , plus que jamais accablé par la maladie, était obligé de laisser tomber de ses mourantes mains les rênes du gouvernement. Xe cardinal Doria, son ministre , avec des intention droites, n'avait ni cette énergie ni cette habileté qui sauvent les empires. Dès ce moment les séditieux se montrèrent tête levée dans Rome; les prisonniers d état détenus à Civita-Vecchia y rentrèrent en triomphe. Cependant le gouvernement pontifical ne se déterminait pas encore à reconnaître la république cisalpine. Les troupes cisalpines violèrent le terdtoire pontifical. Le prétexte allégué pour cette agression était aussi absurde.qu'elle était z^-J injuâte. Les Cisalpins réclamaient ; quelques ^s^î cantons de la marche d'Ancône et du duché ^».( d'Urbin , qui avaient été détachés du royaurne des Lombards par le roi Pépin, pour être^»*::^ donnés au pape Etienne IIL C'était, pour une^^^< république de la veille, faire remonter ses^^^é prétentions de bien haut. Dombrowski, généralf polonais dont la valeur chevaleresque devai pluS;tard se déployer dans des occasions plu^ -^s grandes et plus honorables , commandait les -^s troupes cisalpines. Il était chargé de s'em
parer du fort Saint-Léon , sur la frontière du duché d'Urbin. La garnison fait une vigoureuse résistance , tandis que le tocsin appelle au loin la population des environs. Unis aux soldats du pontife , les fidèles et courageux villageois en viennent aux mains avec l'ennemi. Le combat fut sanglant , et son résultat apprit aux agresseurs que les sujets du pape n étaient pas aussi faciles à vaincre qu'ils l'avaient espéré. Le fort Saint -Léon se rendit, il est vrai, par capitulation; mais la garnison obtint les honneurs de la guerre, et les Cisalpins bornèrent là une expédition qui faisait si peu d'honneur au début de leurs armes et de leur politique.
Telle était la situation de Rome : agitée audedans, menacée ^u-dehors, la puissance pontificale semblait pour ainsi dite â l'agoAté.
Enfin arrivent les jours marqués par la
Providence pour les cruelles épreuves qui
Tont nous montrer dans un pontife déchu ,
nftiis non dégradé , le plus glorieux martyr de
la cause de la croix. Pie VI était retenu sur
le lit de souffrance : hors d'état de s'occuper
des soins du gouvernement, sa seule affaire
paraissait n'être plus que de mourir. Rome,
2^9 ËLOGB
paisible en apparence, était abandonnée aux mains du cardjilaal Doria. Ce fut le moment que les factieux, qui depuis deux ans conspiraient à la solde du Directoire « choisirent pour porter les derniers coups à la puissance pontificale. Les insensés 1 ils pou^ Talent encore faire bien du mal au yieillard auguste qui occupait la chaire de saint Pierre, mais ils se trompaient lorsque dans leur folle présooiption ils comptaient renverser le siège de rÉglise. Immortelle comme Jésus-Christ son époux, rÉglise devait sortir victorieuse de cette persécution nouvelle ; et les derniers malheurs de Pie YI , sa résignation édifiante , sa mort digne de sa vie , allaient ajouter une nouvelle palme à cette couronne impérissable qui ceint le front de cette mère commune de tant de saints confesseurs de la foi*
Chrétien, que ne puis-je devancer Tordre des temps , montrer dès à présent le juste ai lit de mort, et me soustraire à la tàchi douloureuse de peindre la fourbe et la b%] barie des Dioclétiens nouveaux qui ont avancé le terme de ses jours ! Français , que ne m'est-:::*' til permis de passer sous silence des crime: ^Sis dont la honte retombe sur ma patrie ! Mai ^Sls
eu pnésedce du cercueil d'un martyr, irais-je tairè^dés f érités imporkupes à la Tanité nationale? Je £rai la Térité ; et ; dût la tourbe intéressée à pallier les turpitudes de la révolution s'élever tout entière contre moi , je fais gloire de la braver. Etranger par mon âge%ux actes de là révolution, on ne m'a jamais vu grossir les rangs de cette jeunesse aveugle qui n'a pas eraint d'en embrasser les principes. Je n'ai rien de commun avec la France révolutionnaire.
Je l'ai déjà dit : plusieurs complots avaient été tramés dans Rome par des sujets du pape sous l'influence des décemvirs de la France ; mais l'irrésolution des conspirateurs, autant péot-^tre; que là vigilance de la police pontificale, avaient fait avorter ces projets mal ourdis. Las de ces vaines tentatives , le Directoire songea à envoyer à Rome quelque officier français assez déterminé pour se mettre au biteoin à la tête des factieux. Le gétiéral DapliOt , qu'une valeur brillante semblait appeler à de jjlus nobles entreprises, ne refusa pas cette mission. Il était depuis quelques jours à Rome, logé dans le palais de l'ambassadeur Joseph Buonaparte, dont il devait épouser la sœur , lorsqu'une insuij^ection
éclata « le 2S décembre 1797 (1). Les séditieux, partis de l'école française, perpétuel foyer de trouble et de désordre, trouvent dans la garde romaine une résistance inattendue : ils se dispersent. Les uns se réfugient dans le p^ais de l'ambassadeur français , qui semble les avoir attendus ; les autres se diri-
(1) Noas avons suivi, pour le récit de ces événemens , i** les notes que M. Tabbé Hesmivy-d'Auribeau a jointes à sa traduction de Toraison funèbre de Pie YI, par BIgr. Brancadoro ; 2* V Essai sur l'art de rendre les -s révolutions utiles, 1801 , par l'abbé J. L. Bonnet; S^'la .«^a Notice sur Pie VI, par M. l'abbé Aimé Gulllon, auteur *:jk: ^r des Martyrs de la Foi; et d'autant plus croyable qu'ilf m: il fut le dépositaire des souvenirs du cardinal Spina, uk^b mù des fidèles serviteurs du pontife pendant sa captivités ^^è. On s*étonne de Toir, dans le quatrième volume j» ^^b, pag. 509 des Confesseurs de la Foi, ouvrage inspiré paK.^^ ai de si bonnes intentions , l'auteur se rendre en quelque miMUt sorte le complice des calomnies du Directoire , eu di- S .disant : « Le général Duphot ayant été assassiné à Rom* m:^^'^^ • dans une émeute populaire , etc. » Cette relation a et :^ ^tc adoptée sans réflexion par tous les compilateurs; e^ et elle a été réimprimée tout entière et sans correct:^' -^tif dans une brochure intitulée : Faits relatifs à la captiv(^ ^^^l^ de Pie VI , avec des notes sur celle de Pie VII. Pari 'Se. h, 18149 imprimerie de Lefèrre.
DE PIE VI. ^y5
gent vers le même point , mais par une route moins directe. Duphot et Joseph Buonaparte sortant de leur palais se mettent à la tête du premier groupe. Leur dessein est de se rallier à Tautre corps de révoltés , afin d'être assez forts pour opérer la révolution dans Rome. Arrivés à la porte Septimiana , Duphot et sa troupe sont arrêtés par la garde pontificale, qui fait sommation aux séditieux de se retirer. Au Heu d'obéir, ils veulent forcer le passage; la garde tire ; Duphot tombe atteint d*un coup mortel; les révoltés se dispersent, et Tordre paraît rétabli. Il l'eût été en effet, et la vigueur qu'avaient déployée dans cette occasion les troupes pontificales aurait peut-être consolidé le gouvernement romain , ou du moins entouré sa chute de quelqu 'éclat , si le cardinal Doria, qui agissait au nom du pontife moribond , ne se fût pas montré au-dessous des circonstances. Il devait représenter la mort de Duphot comme la peine trop méritée d'une rébellion armée ; il devait s'élever contre la conduite déloyale de l'ambassadeur français , qu'on avait vu aussi marcher à la tête d'un rassemblement soulevé contre l'autorité iiu pape; il devait enfin déclarer que par cette
conduite, Joseph s'était placé, ainsi que son malheureux complice, hors du droit des nations ; mais au lieu de tenir ce langage si conforme à la vérité comme à la dignitéet au caractère personnel de son auguste souverain; au lieu de demander des réparations , le faible Doria ne sut que s'humilier et descendre à la prièçe- Cependant aucun danger présent ne l'empêchait de mettre dans ses démarches le calme et la dignité convenables. Les Français, consternés delamortdeDuphot, et redoutant lafureur du peuple romain, n'osaient se montrer dans les rues, et se tenaient soigneuse^ inent cachés dans lés palais de France, d'Es-
pagne et de l'Ecole française. Leur ambassadeur, Joseph Buonaparte, donnait l'exemple^ Xl< aux plus timides. Sa contenance , son langage ^g décelaient le trouble de son âme. Loin d'écrir^Tm: .r au cardinal Doria sur le ton résolu du repré^^*:ie sentant d'une puissante nation qui vient d'étroit :lr offensée, il passa toute la nuit à lui envoyé ^^ ^e missives sur missives , presque suppliantes -^»s . afin d'obtenir une garde et des passe-port» — :wts pour quitter Rome au plus tôt. A mesure qu .miuue l'une d'elles restait sans réponse, celle qui 1 ^t7^ suivait était plus pressante et trahissait ei
DE PIE VL a77
oore mieux la pusillanimité du jeune ambassadeur (i)'; mais dès que le cardinal Doria,
(i) Voici ces lettres extraites du Moniteur :
M,' ambassadeur de la république, etc, , au cardinal secré-
taire-d'état.
Rome, 8 nivôse an 6, huit heures du soir.
« Je Tiens de vous écrire , en tous prévenant de l'honiîble attentat qui a été comnais peu d'instans après vnoD départ du Vatican, où je m'étais rendu d'après ^otre invitation.
9 Le palais de France est cerné , violé : il est instant <iue vous ou le gouvernement, ou quelqu'autre personne qui ait votre confiance , se rende ici. Je ne doute pas que vous ne vous y rendiez vous-même; vous n'avez à traverser que vos troupes de ligne et civiques. »
Le même, au même.
Rome , 8 nivôse an 6, dix heures du soir.
« D'après ce qui vient de se passer , il m'est impossible de prolonger mon séjour dans Rome, sans compromettre encore la dignité de mon caractère et servir peut-être des intérêts contraires à mes instructions, qui sont celles qui conviennent au représentant d'un gouvernement loyal et puissant.
» Je vous demande un iaissez-passer pour ma famille et des officiers français.
» Je vous prie de viser le billet que je vous envoie pour avoir des chevaux de poste. «
0 P. S, Plusieurs Français ont en leur cocarde arra-
après viûgt-quatre heures d'inaction depui révéneùient, eut rompu ce silence obstiné
chée dans différens quartiers de la yîlle. Le gouvernement sera responsable des insultes ultérieures qu'ilV^^ab pourront recevoir. »
Le mime s au *même.
Le 8 nivôse , onze hearcs du i^r
• Se vous ai déjà demandé un passe-port; vous dei^^v^ez sentir que la circonstance ne me permet pas de res^- «ter plus long-temps ici. Tout retard que vous occasic=:^v)Q. nerez encore aurait lieu de m*étonner , et certes ^ je -^ ne saurais plus à quel sentiment l'attribuer. Je vous^^ k
repète 9 tout veut que je parte : envoyez-moi un pai tfe- .
port et l'ordre pour des chevaux de poste.
» J'attends cette condescendance des sentimens m^^Brticuliers que vous m'avez témoignés. Renvojez-nrx ol, par le porteur, ce que je vous demande 9 et songez siix conséquences du moindre retard.
» Si vous aviez pu vous transporter chez moi , irons ne douteriez pas de la nécessité de mon départ et de celui de la famille qui était attachée au général Dupho^, dont la perte n'est pas supportable dans ce palais 9 où tout encore est plein de lui. Le sang des maiheurem^x teint -encore mes appartemens, les marches de ns-^s escaliers. Le moindre retard serait en contradîctî^^n avec les sentimens que vous m'avez témoignés 9 etT^^-
pour supplier Buonaparte de ne pas s'éloigner de Rome , la timidité du Romain rendit quelque confiance à Joseph , et il ne répondit qu'avec une politesse dédaigneuse à des excuses auxquelles au fond de Tâme il devait être loin de s'attendre. Toutefois il profita avec empressement des passeports qui lui furent envoyés , et partit avec précipitation pour Florence. Mais là ne s'arrêtèrent point les dégradantes démarches de ce cardiaal , dont la conduite inexcusable servit merveilleusement les desseins du Directoire, en prêtant quelque vraisemblance aux calomnies que la mort de Duphot donna lieu de répandre. Il avait imploré l'iptervention du chevalier d'Azara, afin de retenir Joseph Buonaparte à Rome. L'Espagnol , qui croyait le moment arrivé pour mettre de côté toute dissimulaflbn , répondit par un ffefùs méprisant ; et en même temps qu'il mandait au secrétaire-d'état qu'il lui était défendu de se mêler des affaires de France, il se proclamait dans Rome comme
(îme *dont je tous ai souvent donué des témoignages, a Pour copie conforme , le ministre des relations extérieures , Signé Tâllethand-Péricord.
a8o ÉLOGE
le protecteur des patriotes français (i). Soù palais était devenu leur asile.Le comble de Tabais-
(i) Copie de la lettre de M. le chevalier Azara , ministre d'Espagne y au citoyen Baonaparte, ambassadeur ^ etc.
( Extrait du Moniteur. )
Rome , te 29 décembre 1 797. "
« L*état dans lequel tous nous avez laissé ce matin est plus facile à sentir qu'à exprimer. Je n'ai point ^M- a dormi de toute la nuit, et ayant le jour j'ai su votre ^^ < départ. •
Votre homme est Tenu me trouver, et m'a consigné ^^ Mi votre }>iUet , lequel , au milieu du pjaisir qu'il m'a^^ '^^ causée m'a en même temps affligé infiniment, enme^^-^i< rappelant la perte d'un ami tel que vous. Je n'en avais^ MA pas besoin pour m'en souvenir; mais je le garderaK.tf^'S comme le gage le plus précieux de votre amitié.
» Le citoyen Torette est venu me trouver pour charger des effets du malheureux général , qu'il av cachetés. J'en ai fait dresser un inventaire , et je le ferid garder jusqu'à ce que les héritiers en disposent.
m J'ai dit à votre maître- d'hôtel , au directeur de Is^ ^ poste et à tous les autres Français de recourir à -mo -^' dans tous leurs besoins avec la même confiance qu'il pourraient le faire à vous. Il n'y a que rinconvénien. de ne pas savoir jusqu'à quel point je suis sûr de moimême ; car je vois que le- peuple n'est pas du ton
DE PIE YI. 38 1
lement de la part du cardinal Doria fut de a'oser envoyer au Directoire une relation vériiiquede la mort de Duphot , pour l'opposer au récit mensonger de Joseph Buonaparte. Il supplia seulement cet ambassadeur de se charger de faii'e parvenir au ministre de Sa Sainteté, à Paris , une dépêche ouverte pour diriger sa conduite (i). Par cette lettre , qu'on a justement
tranquille. 9 et on me dit qu'il y A^du mouvement vers Transterere.
» j^rivant ceci , je reçois un message du secrè taired'état 5 au nom du pape 9 pour me prier d'aller auprès devons à Florence 9 pour fâcher de vous ramener à Rome. Quoique la proposition n'eût pas le sens commun, je me suis contenté de répondre qu'il m'était défendu de me mêler plus des aiSaires de Rome.
• ComplM sur l'amitié , etc. , etc.
« Signé AzARA. n
Pour copie conforme , le ministre des relations extérieures. Signé Talletaand-Périgo&d.
(i) Traduction littéraie de ta lettre du cardinal secrétaire^ .
d'état du pape au marquis Massimi, à Paris. ( Extrait
du Moniteur^ )
Paris, a8 décembre 1797.
« Monsieur y la dépêche que je vous adressé aujourd'hui sera pour vous un sujet du' plus vif chagrin , comme elle l'est pour moi. Vous connaissez l'étendue
ag) ÉLOGE
appelée un monument de bassesse dans les fastes de la diplomatie , Doria déclarait s'en
de nos sentimens d'amitié pour la république française) ainsi que l'intérêt que nous prenons tous , et que je prends en mon particulier 9 à tout ce qui la regarde* ainsi que pour ce qui concerne le citoyen ambassadeur Buonaparte, qui est un homme si respectable. J'arais
eu, dans la soirée d'hier , des rapports confidentiels, pour m'arertir que dans la nuit même Ton derait ::m- It faire quelques mouyemens dans la TÎlle ,de jElome. Je ^^ e ne jugeai pas qu'il fallût donner beaucoup de poids àjs^ à cette nourelle ; mais il me parut qu'il serait sage de^^ Je ne pas la négliger. Ainsi, je pris les mesures que toutS' .Kut gouvernement sage doit prendre en pareil cas; ets~ ^aet m'étant fait un devoir de les communiquer aujourd'hui .■c.Hii même au citoyen ambassadeur, il a bien voulu le^ approuver.
» J'étais tranquille, ayant une confiance entière dans les dispositions que l'ambassadeur m'avait manifestées. ^ ^s et dans les précautions que j'avais prises, lorsque tou Mijm «u à coup, sur les vingt-trois heures, j'ai appris qu'uD# ^r^oe troupe d'ibsurgens s'était portée à son palais pou .kl^ ur obtenir de lui un appui qu'il a refusé énergiquement :^ t; et qu'ensuite le général Duphot avait été tué malheureusement dans le combat qui a eu lieu entre les insui gens et nos soldats. C'est à la suite de cet événemen^[:r~7f que le citoyen ambassadeur a pris la détermination d^K^ partir de Rome, dont j'ai tâché par mes prières de L ^
DE PIE YI. 383
>rter pour le récit des faits à la loyauté imbassadeur français. « Quant à la répa-
ner ; mais malgré ses bontés et son amitié pour il a cru qu'il était dû à sa personne et à sa répude suivre ce parti , et j'ai profité de cette occae TOUS écrire en remettant ma lettre à cet amleur.
i m'en rapporte à lui pour tous instruire de ce insi que des circonstances qui l'ont accompagné. ie telle conviction de son honnêteté et de sa Té- ^ que je ne puis ni ne dois douter de la Térité de e qu'il exposera au Directoire. Le but de cette est de TOUS charger de tous présenter au Direcpour lui exprimer que le saint* père éprouTe la la plus sensible à cause de cet accident , qu'il ne »as été possible de préVoir ni d'empêcher. Vous vez offrir aucune satisfaction pour cet incident e saint-père et nous tous sommes inconsolables; rous devez prier le Directoire de demander telle ption qu'il voudra : la demander et l'obtenir sera ae chose; car ni Sa Sainteté, ni moi , ni la cour me , nous ne serons jamais tranquilles jusqu'à ^ nous soyons sûrs que le Directoire sera satisfait. 1 équité, je suis persuadé que si, d'un côté , on U être indifférent à la perte d'un citoyen de mé- . ne pourra douter du Tif chagrin que nous éprouet Toudra bien apprécier la prière instante que lies chargé expressément de lui faire au nom du
» ration à faire à la France, il ne faut pas » l'offrir 9 disait-il, au marquis Massimi, » mais prier le Directoire de la demander telle » qu'il voudra. La demander et l'obtenir, sera n la même chose. »
Quel avantage sur la cour de Rome n'eussent pas donné de tels procédés même à la puissance la plus modérée, la plus sincèrement bienveillante. Mais vis-à-vis d'un gouvernement hostile et impitoyable 'comme le Directoire , c'était avilir en pure perte la diplomatie romaine , qui , dans les conjonctures les plus^ js critiques , n'avait jamais su que s'abaisser no — blement , et céder avec avantage.
Infortuné Pie VI ! quelles durent être voa
souverain pontife, ainsi que notre dépendance entièrar sre dq sa détermination.
» Je ne sache pas vous avoir donné une commissio^i^^on plus intéressante que celle-ci. Ce sera un g^and titiKi^Xre pour vous auprès de Sa Sainteté, si vous parvenez i^B à me mettre à portée de tranquilliser un peu le saint-pë ~ ^sre à ce sujet.
» J^attends quelques renseignemens de votre part s ur
cet objet au plus vite , et suis
• » Votre serviteur,
» Signé le cardinal J. Dorià Pàmfrili. »
censées lorsque, reveau des portes de la mort, rous apprîtes tout ce qui avait été fait par les dépositaires de votre puissance (i) ! Combien
(i) On peut voir ce fait certifié dans la pièce suirante , extraite du Moniteur^ comnie celle qui précède, et que je croîs assez caractéristique pour la cfter tout entière :
Traduction littérale (Cane lettre du cardinal Doria, secrétaire-d'état^ à l'ambassadeur Buonaparte,
Des chambrps du Vatican, le 28 décembre 1797.
c Le cardinal Joseph Doria Pamphili , secrétaired'état, reçoit avec la plus vire satisfaction le billet du citoyen Buonaparte, ambassadeur de la république française, et a signé avec une très-grande peine le passe-port et la permission pour les chevaux de poste.
• Il n'ose le prier de suspendre son départ^ mais il prend la liberté de lui faire passer une lettre pour M. le marquis Massimi , par laquelle , au lieu de lui raconter tout le fait, il s'en rapporte à là bonne foi reconnue du citoyen ambassadeur^ pour tout ce qu'il exposera à la république française. La santé du saint-père ne le met pas en état de pouvoir être informé ce soir de tout ce qui est arrivé; et l'on ne peut prévoir sans aflOiction l'impression que pourra lui faire une si fâcheuse notiTelle dans l'état où il se trouve: Le gouyernement sera prêt à donner à la -république française la satisfaotîoil qu'elle pourra demander au sujet de
'j86 , ÉLOGE
Rome ne dut-elle pas regretter qu'un rayon de votre grande âme n'eût pas éclairé leurs conseils ! Hélas ! quand votre main , saint et courageux vieillard , n'était plus là pour diriger le gouvernail, la barque de saint Pierre semblait abandonnée au caprice des vagues , et faisait eau de toutes parts.
Le Directoire affecta pour la mort de Duphot (i) les mêmes regrets que la Conventio
ce qoî est arrivéïi quoiqu'il n'y ait eu en cela nulle— ment de sa 'faute. Qu'il soit permis au cardinal qui^ écrit de mettre sous les yeux du citoyen ambassadeur^ avant de terminer sa lettre , qu'il dépend de lui de con — server ce que le général en chef établît généreusemenfà Tolentino; et en espérant le tout de la bonté connue du citoyen ambassadeur 9 il renouvelle les assurances de sa haute considération.
if Signé Joseph , cardinal Do ai a Pabipbili. »
(1) L'auteur des Martyrs de la Foi» qui est lyonnais fait la remarque suivante :
« L'on mit une certaine importance & l'illustrer sou » Iç nom de Duphoi, quoique, dans un bulletin de Tar- 0 mée, daté du quartier-général de Mantoue, le 16 ven j » tôse an 5 ( 6 mars 1 797 ) , et qu'on lit dans le Mohi — ' yi.teur du 2 germinal suivant (22 mars de la mêm^ » année 1797 ) , cet adjudant-générai ne fat appelé qu » Duffaux. Il était de Lyon , où il existait une famill
avait fait éclater pour la fin tragique et moins méritée peut-être du séditieux Bassville. On mit une sorte d'importance exagérée à célébrer la mémoire de ce jeune guerrier , brave sans doute, mais dont la mort 9 à la tête d'un ramas de révoltés , était bien peu digne d'un général français. Le nom de Duphot fut donné à l'une de ces nouvelles rues que l'on bâtissait alors à Paris sur la place occupée naguère par les asiles de la prière et de la religion. Le Directoire ne manqua pas non plus d'applaudir à la conduitedel'ambassadeurJosephBuonaparte, qui , dans cette occasion , avait apparemment
» de ce nom dans la classe des ouvriers sur métaux. Un » tel reniement d'origine n'est pas le seul qu'on ait vu M dans la révolution des égaliseurs, n
J'ai conservé à Duphot son nom de guerre, puisque
îe fais allusion à la rue située près de l'ancienne porte
Sai.it -Honoré, qui porte son nom. Il me semble ,
puisqu'on a ôté à des ponts et à des quais les noms bien
autrement et bien plus réellement glorieux d'Austerlitz,
de Buonaparte et d'Jéna, on devrait faire disparaître de
la nomenclature des rues de Paris ce nom de Duphot,
qai ne rappelle qu'une des plus honteuses journées de
la révolution.
mieux servi ce gouvernement immoral , que ne l'avait fait son frè» Napoléon par la pacification de Tolentino. Le ministre des rela>tions extérieures eut ordre de lui écrire la lettre la plus flartteuse (i); et ce n'est pas un
(i ) Voici le texte de cette lettre, extraite du Moniteur, ^'
Le ministre des relations extérieures au citoyen Joseph
Buonaparte*
Paris, le 21 nivôse an 6 (10 janvier 1798).
tt J'ai reçu , citoyen , la lettre déchirante que tou^b- » in*avez écrite sur les affreux événemens qui se son~ -^t passés à Rome le 8 nivôse. On ne peut porter plus loir^ '^ la perfidie et la lâche scélératesse : la république fran — -«çaise en tirera une réparation digne d'elle , soyez - ei^K a certain, et recevez de cette assurance la seule conso — ^lation qu'on puisse offrir à celui qui a vu mourir à se "^* côtés, par la main de vils assassins, ses meiUeui amis, et les amis les plus intrépides de la républlqu< Malgré le soin que vous avez mis à cacher tout ce qi vous est personnel dans cette liorrible journée, toi ' n'avez pu nous laisser ignorer que vous avez maoifesff^ au plus haut degré l'intrépidité, le sang-froid, •• cette intelligence à quiTien n'échappe, et que vous avi soutenu avec magnanimité l'honneur du nom français
» Le Directoire me charge de vous exprimer, de Jb manièreia plus forte et la plus sensible , sa yive satR '^faction sur toute votre conduite. Vous croirez aisémeiTB t.
DE tiB VI. 289
inédiocre sujet de réflexions que de reconnaître dans le signataire de cette dépêche cet ancien évêque d'Autun, qui, le premier d'entre les membres de son ordre , avait demandé la spoliation des autels, et déchiré le cœur du saint pontife Pie VI par le crime d'une honteuse apostasie*
Il faut être juste : ces éloges, adressés à Josçph- Buonaparte , lui étaient bien dus : ii avait ^ bien mérité des révolutionnaires ; il s'était montré digne de leur approbation. En effet , avait - il gardé quelque pudeur, quelque ménagement pour le gouvernement romain dans la relation officielle qu'il rédigea , de la fatale journée du 28 décembre? Loin de répondre à l'appel suppliant que le faible Doria avait fait à sa loyauté, il dénaturait tous les faits, jusqu'à les rendre invraisemblables ou contradictoires; il présentait à la fois comme le crime du
j'espère , que je suis heureux d'être Torgàne de ses sentimeas.
0 Salut et frateroité ,
» Le ministre des relations extérieures ,
» Signé Tàlletrànd-Périgord.
gouvernement pontifical, et la violence des séditieux qui voulaient le renverser, et l'énergie qu'avaient déployée les milices romaine» pour les réprimer. Du récit mensonger des faits, il passait à des déclamations furieuses contre ie Saint-Siège, exceptant toutefois de ses amères incriminations le cardinal Doria , de la coih duite duquel il témoignait être pleinement satisfait (i)* Et pourrait-on le nier? Si, ce quà Dieu ne plaise que je veuille insinuer! Doria eût été complice des Français , ce ministre n'aurait pu tenir une conduite différente. Qui nous expliquera le contraste si remar-
(i) Voici réloge qu'il faisait de ce ministre :
Rome , le S nivôse an 6.
«L'ambassadeur de la répid^lique française près la cour de Rome a témoigné, dans une autre lettre remise par le citoyen Moltedo , tout son regret sur les motifs impérieux qui le forcent d'interrompre toute correspondance avec le secrétaire-d'état , $am cesser de laisser dans son cœur le souvenir le plus touchant du caractère 9 des procédés et des manières polies et amicales de M. le cardinal Doria , dont la bonté d'Ame se trouve déplacée parmi les irréconciliables amis du nom français qui gouyernent encore la cour de Rome. Il le prie de croire aux sentimens d'amitié et d'estime avec lesquels il est Signé Buonapabte. »
DE PIE VI. ^ a^i
quable entre la faiblesse de ce ministre imprévoyant et la résolution qu'avaient déployée la milice pontificale et la garde civique romaine? Des troupes abandonnées à elles-mêmes auraient-elles pu exécuter les dispositions les plus habiles, si quelque chef énergique ne les eût dirigées ? Depuis que les infirmités d'une douloureuse vieillesse forçaient trop souvent le saint pontife à demeurer par intervalle étranger aux affaires de son gouvernement, les chefs de l'état étaient divisés. Les politiques faibles et douteux (i) (et il y en avait aussi
(ij Je citerai, comme un monua^ept de cette triste vérité, l'eictrait d'une lettre du cardipal Ântici, protecteur de Pologne, adressée à Tambassadeur Buonaparte , et datée du 3o septembre, dans laquelle il dit : « Obligé par mes incommodités à garder la maison de* » puis trente jours, mes infirmités ont empiré à mesure » que mon âme a été cruellement affectée par la mal - » heureuse a£EiEdfe du a8 décembre. »
Il (exprime ensuite ses sentimçns envers la respectable p€F9onne et famille de Buonaparte. Puis il ajoute : « Ceux » que j'ai manifestés envers la république française ont » été constatés dans toutes les occasions par une con- » duite uniforme et constante. La-république française, » aussi grande que généreuse , sait distinguer la con- » duite de chacun. >» {Moniteur du 7 plu9iàse an 6. )
aga ÉLOGE
dans le sacré collège) se rangèrent autour du cardinal Doria , qui, comme tous les hommes sans caractère , était , avec les intentions les plus droites, susceptible de suivre les avis les plus funestes. De là le penchant de ce ministre à caresser la révolution française , comme si un pareil monstre avait pu être dompté parla douceur! Le cardinal Doria avait résidé, pendant douze ans à Paris , en qualité de nonce, et il passait pour ami de la France : c'était même à l'influence du parti français à Rome qu'il avait dû principalement son élévation à la dignité de secrétaire -d'état, lors du traité de Tolentino. Il succédait au cardinal Busca, ministre plein d'énergie , et que les révolutionnaires connaissaient pour incapable de transiger avec les principes invariables de la politique romaine.
Parmi les cardinaux et les prélats, il ne manquait pas d'hommes dont les vues et le caractère eussent une honorable conformité avec la politique et les sentimens généreux du sa{nt père; mais depuis que les Français dominaient en Italie , ces serviteurs fidèles et sûrs n'avaient qu'une influence secondaire sur la marche du gouvernement. A leur tête
DE PIE YI. »95
VOUS eussiez admiré le vénérable Albani , doyen du sacré collège ; les cardinaux Gerdyl, Mattei , Axitonelli , dont la foi et la constance inébranlables vont briller d'un éclat si pur aux jours si prochains de la proscription ; lesprélats Sparziani, Caleppi, Tun des courageux négociateurs de Florence ; Gonsalvi ( i ) , qui s'était fait connaître par ses touchans égards envers Mesdames de France , et qui plus tard devait , sous un autre pontife , jouir d'une influence durable; enfin le fiscal Barberi, dont le zèle pour le service de Pie YI ne connaissait ni les obstacles que son habileté savait surmonter , ni les dangers que sa fermeté semblait mé-
(l)Une lettre de Pabbé Corona^ secrétaire de la légation de Prusse , datée du 5o décembre i 797 « et adressée à Joseph Buonaparte , rend témoig;nage à la conduite ferme de Mgr. Consalvi» tout en paraissant l'accuser : « Mgr* Gonsalvi , dit-il ^ a donné Tordre de tirer* sur » les Français , sur les patriotes et sur les gances d*or ; » et en «ffet y vous et le malheureux général tous Tavez » éprouvé vous-même. ^> {Moniteur du 7 pluviôse an 6. ) Ce journal officiel a cela de particulier que ses éloges da jour y deriennent souvent une accusation dans l'avenir; et les accusations du moment y deviennent plus tard un titre de gloire.
priser. Le cokicours de ces hommes » doués de toute Tintrépidité de la vertu, avait, jusqu'au tnini&tère du cardinal Doria, puissamment secondé le saint pontife dans les mesures énerjgîques qui araient jusqu'alors honoré sa politique. C'étaient eux qui , dans la journée du ûj décembre 4 araient dirigé* leè mouyemens fêrïnes et si précis de la force armée; et si, B'ptè^ la fuite précipitée de rambassadeùr Biionâ^arte^ la cour de Naples arbit , comme elle ^n avait <lonné l'espoir , fait entrer surîe-champ des troupes dans Tétai romain , si le grand duc de Toscane ^ mieux éctoiré sur l'es véiitables intérêts des puissances européennes, moins ami d'une paix sans honneur, n'eût pas montré aux révolutionnaires français une lâche condescendance , Rome aurait été —
préservée de l'invasion et de la révolution quk
en fut la suite; peut-être aussi l'Italie €ntiè se serait vue affranchie du joug étranger.
Itlaf s à qut)i bon me livrier à de vaiti^s suppositions!^ Né sâis-je pas quedanslês choses de la politique, la. Providence se rit de toutes les prévisions humaines , et qu'un souffle dérange tout ce qui a été le plus habilement concerte par la prudence du monde? Dieu, qui voulait
sans doute faire éclater par ud miracle la restauration inespérée de la chaire de sain Pierre, a permis qtte les hommes, loi» de pouvoir rien pour la sauver , semblassent au contraire conspirer tous pour Ja détruite, soit d'intention, 6<Ht, en dépit de leurs intentiODs, par faiblesse, impuissance, ou par .aveugleifieiatt.
Le Direc^re vnit à profiter des résultats de la journée du sS décembre, une précision, une promptitude qui seules attesteraient qu'il l'iavaît préparée. L'arrestation du ministre de Sa Sainteté à Paris , Tordre envoyé au général Berthier, alors à Milan, de marcher sur-le-champ contre Rome, Venvôî de commissaires chargés àe donner à la vilVe des poptifes une constitution républicaine {» telles lunent les ^premières démarches du gouvertiei»ent français. CépetKlant ses ageos dans la république trfsalpine n'y restèrent pas ôîsîfs. ïinîtateurs gagés des décemvirs parisiens, les directeurs de la république lombaide affectèrent un langage plus insolent. L'envoyé du gouvernement pontifical près ce gouveraement servilement démocratique fut reçu arec une hauteur outrageante. Les titres
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que le respect des fidèles doit au vicaire de Dieu sur la terre furent refusés à Pie VI. Dans les déclarations officielles des révolutionnaires français et italiens, on ne l'appelait plus que le prince de Rome encore régnant (1). Cependant les détachemens de l'armée cisalpine aux ordres du polonais Dombrowski , général 2lU taché au service de France, inondaient les provinces septentrionales de l'état romain, excitant partout la révolte et le sacrilège,
(1) On lit l'article suivant dans le Moniteur :
Milan, le 1 3 ni> ose an 6 (janvier 1^98).
« Av^t-hier , le ministre du prince 4^ Rome encore régnant se présenta dans les formes ordinaires au Directoire. La curiosité avait attiré un nombreux concours de spectateurs. On était surtout curieux d*entendtn^ le discours que prononcerait le récipiendaire. Il dit, entre autres choses, que la république cisalpine pouTait compter sur lesT dispositions pacifiques d'un prince chef d'une religion qui . adore avec sincérité le Dieu de la paix,* Le ministre a supposé sans doute que tous sçs auditeurs n'avaient aucune notion de l'histoire des papes et de la conduite de Pie VI à l'égard de la republique française.
» Le président du Directoire^ le citoyen Moscati^ fit une répobse républicaine et piiilosophique qui coqtr;iS7
C'est ainsi que Pesaro, Sinigaglia et vingt autres cités furent arrachées à Tobéissance pontificale. Les bons citoyens étaient obligés de fuir ou d'affecter le langage des' révolutionnaires. Partout , les prêtres , et dans les campagnes, le peuple, opposaient une résis- * tance énergique aux progrès des Cisalpins. Mais qui pourra^ ne pas déplorer le langage que tint alors l'évêque de Pesaro dans une lettre pastorale : « Ce que nous devions hier
tait singulièrement avec le discours du ministre santfssime. }l dit qu'il fallait abandonner les opinions , source étemelU de discorde parmi les peuples, et fonder l'amitié, qui doit les lier^ sur des bases solides. « Écartons 9 dit- » il , les obstacles qui s'opposent à la perfectibilité hu- » maine ; ne dégradons pas , par des liens dangereux , » le plus beau don de la nature humaine , la faculté de » penser'; hâtons l'instruction publique ^ encourageons / il les talens, et nous renouvellerons en Italie les ezem* » pies mémorables des républiques de la Grèce , et vous » re verrez les beaux temps de Rome. » ^ , .
On ne sait en vérité si dans ces publications républicaines ïe ridicule l'emporte sur l'odieux ; et il est encore des hommes aujourd'hui qui voudraient nous ramener ces horreurs I et la plupart de ceux qui les 'ont éoiînmises sont encore aujourd'hui comblés des- faveurs de la fortune! * ^
> au pape comme prince temporel , nous le • devons aujourd'hui à la république ?» Bientôt les Cisalpins sont à Foligno ; Rome , ceniée de tous* côtés par les baïonnettes révolutionnaires , parait alors le seul asile de la {mis- ' -sance pontificale ; ses habitans sont danfi la stupeur ; la disette se fait sentir au sein de ses tâurs, et les provinces ne .lui envoient ^s ïes subsistances accoutumées. D'ùb iMut de l'Italie à l'autre , des cris de mort rètentistfent contre la personne sacrée du pontife , qu'on ose qualifier d'assassin.
Rappelé comme par miracle des bord» dte la tombe , Pie Vï ne se fit pas îllusioii sur les funestes consécjuences des ëvénemenîs survenus pendant sa maladie. Il reconnut que les Français avaient voulu , par le plus odieux complot , renverser son trôxie au mépris tbes traités pfrécédeos, et sansaucan égard à tous les sacrifices (jti'il avait fait6 pour en remplir les conditions accablàiites. ÏI yèiit, puisqu'il ne peut plus éloigner la tempête, lui opposer du moins un front inébranlable. Il recueille alors toutes les forces ^ui lui restent ; et il semble qu'une vie nouvelle ranime le gouvernement pontifical , i
DE PiE VI. agg
mesure qu'un retourde santé vient réiaoùrcler le rorps du saint TiëiHard. Rntne èt)irt 'de sa stupeur : Fbhife "f est rétabli. Les révôlulionbaiiies, qui cherchaient à troubler la pait publique, soilt bannis de ses t^jurs. LUi mes« isàgers du pontife vottt dans le* difBétentes tours de TEurope les Informer des périls dont là thaîre de saint Pierre a été menacée le 28 décembre, et de ceux que les Français lui pt^àvént encore. Le cardinal Braschi, neteu tlu poMife, sfe iend à Naples accompagné du ^#é)at Oàltippî, pour intéresser Ferdinand au sài^t du l&aillit^ Siège. La cour de Naples a pferdti un temps prédeux : il n'est plus temps dé faîrt màtcher S*s armétèS, p^i«qtiè Ben- ^kft^ avec ées forces supérieures , est déjà pfèâ d*Aneône; mais Ferdinand reut du moins Wi^Vir te pontife par ses négociations. Lie^rinte dëBelmonte, son ambassadeur, va ^u-devant dto géliéral français avec les autres députés du sïtînt pète, ta résolution de Berthîer , d'accoid âT*e les otdrés dn Directoire , était dé {iire)!Mlr6 Rome ; "ttïkh il profite de ces Ouvert\irès pacifiques ponr s'en assurer la possession sàn^ coup férir. C'tst ainsi que la France rtvolutîonnaîre démentoit partout ce beau
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renoui de loyauté , qui fut à si juste titre sous nos rois le partage de la nation française. Berthier déclara au prince Belmonte, il notifia, même au pape, par écrit, qu'il ne serait fait aucun changement au gouvernement pontifical; qu'on ne diminuerait en rien la puissance du pape dans ses états ; que le Directoire lui avait expressément recommandé de respecter la religion et les propriétés publiques ou particulières ; que l'armée française ne s*av/ancerait sous les murs de Rome que pour demander satisfaction de la mort de Duphot; enfin que l'état-major seul entrerait dans la ville. A ces assurances formelles, Berthier ajouta qu'il requérait, pour prévenir toute effusion de sang , i"^ que le pape publiât un édit dont le modèle fut envoyé au cardinal Doria , et dont l'objet était de tranquilliser le peuple romain sur l'arrivée de l'armée française; 2" qu'on n'enlevât rien du Muséum , de la bibliothèque et de la galerie des tableaux, parce que tous les objets qui s'y trouvaient renfermés étaient garantis par la loyauté française et par ses propres assurances. Berthier terminait en disant qu'en cas de refus , il ne répondait pas des suites , ayant
DE PIE Vï. 3oi
des ordres pour s emparer alors de vive force de Rome et de TEtat de l'Eglise.
Comment concilier ce langage si modéré avec les proclamations virulentes que le même général avait adressées à ses soldats (i) , ou
(i) Dans une première proclamation, datée de Milan 9 il s'exprimait ainsi : « Le gouvernement de Rome s^est rendu coupable du plus lâche de tous les crimes : il a fait massacrer le compagnon de notre gloire , le brave Duphot. Il a méconnu le respect dû à l'ambassa- ^earde la république française qui se trouvait à Rome. Marchez, braves soldats , afin seulement de venger un «horrible délit, pour punir le gouvernement de Rome et ses vils assassins. Le peuple romain est innocent; il 8'a.point pris part à. de si grands désordres : il trouvera dans Tarmée protection et amitié. Il admirera en même temps le courage et la sagesse du soldat-citoyen. Le gouvernement français veut, et Thonneur le com* Viande, que les personnes, les propriétés, le culte et tes temples soient respectés. Le pillage serait sévèremefit puni De si courageux frères d'armes seront
tgDcs d'eux-mêmes.
» Signé Alex. Beethiee. »
Une seconde proclamation, datée du quartier-général
i*&acÔDe, le 10 pluviôse an 6 (29 janvier 1798) :
^ÀUxêndreBerthieTf général en chef de l^ armée d^ Italie, » Les rives du Tibre voyaient succéder les douceurs
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que les agens corrupteurs qui suivaient son armée avaient dictées aux démagogues des villes d'Italie ? Car les révolutionnaires français ont eu cela de particulier dans leur dépravation profonde, qu'ils se faisaient commander les crimes qu'ils méditaient par ceux mêmes qui devaient en être les victimes. C'est par cet art perfide qu'on avait obtenu l'adresse que de prétendus députés du duché d'Urbîn remirent àBerthier lors de son départ de Milan. Dans* cette pièce, qui semble moins exprimer
de la paix au fléau de la guerre ; mais rastucieux et implacable gouyernement de Rome Teillalt : en cherchant à troubler la tranquillité des nations , en se rendant coupable du plus lâche des attentats, il a insulté à la modération et à la générosité que lui ayait montrées la nation française dans le traité de Tolentino. Il doit une satisfaction égale à sa perfidie. Une armée française s'ayance sur Rome. Je déclare néanmoins , dans la plus exacte vérité, que sa marche n*a pas> d*autre motif que de punir les assassins du brave Duphôt, les mêmes qui trempèrent leurs mains dans le sang de Bassyille, en un mot, pour punir ceux qui ont oublie^ le respect dû k Tapabassadeur de la république française. Le peuple romain , étranger à de si grandes atrocités et à une telle perfidie, trouvera dans Tannée française protection et amitié. »
DE PIE VI. 3o3
le vœu des Italiens qu'être émanée du plus horrîBle club de Paris , Rome était accusée d'avoir mis le comble à ses crimes , et Ton sommait Farmée française de s élancer en dévastatrice sur le sol du fanatisme et de la trahison , pour réduire en poudre le trône usurpé des rois' prêtres et le siège de l'infâme imposture ^ pour bannir à jamais du sol des Scipion et des Camille la sainte fraude et l'hypocrisie mttrée. A de pareils traits , il est impossible de ne pas reconnaître les sentimens et même le style du Directoire français , ou de quelqu'un de ces prêtres apostats qui marchaient à la suite de l'armée d'Italie, à peu. près comme certain animal cruel et timide suit la trace du terrible lion des forêts, pour s'acharner lâchement sur des victimes expirantes.
De tels préliminaires n'étaient pas faits pour donnçr du poids aux déclarations hypocrites que Berthîer faisait devant les portes de Rome. Aussi Pie VI ne se laissa pas tromper à ce langage; et s'il ne songea point à se défendre, c'est que , livré à ses propres forces , il était convaincu de l'inutilité de toute résistance à une armée disciplinée. Il prit au contraire , en vériitable père des chrétiens, toutes les me-
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sures nécessaires pour prévenir l'effusion du sang. Par ses ordres , les troupes pontificales se replièrent partout devant l'armée française; et Berthier, après avoir été arrêté parles neiges de l'Apennin , traversa les états du pontife comme il aurait parcouru les départemens de la France. Seulement dans quelques villages, les habitans, écoutant plutôt leur zèle que la volonté du saint-père , tentèrent de s'opposer à la marche des Français; mais le triste résultat de leurs efforts prouva la sagesse des délenses du pontife.
Bien que Pie VI eût appris à ne jamais compter sur les proyiesses des révolutionnaires 9 il eutf soin que toutes les conditions imposées par le général ennemi fussent religieusement observées, afin d'ôter du moins à la mauvaise foi les prétextes dont elle eût pu s'autoriser. Il se montra si fidèle à ses engagemens, qu'il fut sourd au conseil prévoyant qu'on lui donna d'enlever les objets ies plus précieux du Musée Clémentia. Il ne pouvait ignorer la présence à l'armée française de commissaires préposés à la spoliation des monumens de l'Italie ; mais il avait donné sa parole; et la religion du serment l'emporta facilement
DE PIE VI. 5o5
porter auprès de Pie VI sur la crainte de se voir ravir des monumens dont la réunion avait fait le noble délassement de sa vie.
Depuis deux jours Tarmée française campait sous les murs de Rome, sur le Monte-Maria : les proclamations incendiaires d'Alexandre Berthier , et son approche , avaient rendu la confiance à tout ce que cette capitale renfermait de partisans de la révolte , de la licence et des opinions irréligieuses. Tandis que les rues étaient traversées dans tous les sens par des processions que grossissait un peuple nombreux, les conspirateurs couvraient les murs de placards satiriques. Tandis que les fidèles se pressaient en foule devant les images de la mère de Dieu , des a^ens de révolte faisaient circuler secrètement des peintures et des emblèmes sacrilèges et séditieux (i). Une vile populace se rassemblait dans le Campo-Yaecino , sous les auspices de quelques chefs audacieux, tels qu'un Ri-
(i) On distribuait parmi le peuple des portraits du général Buonaparte, avec cette inscription blasphématoire : Foilà la véritable' image du saint Sauveur du ntonde, ■ i ; .
de
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ganti, avocat connu par sa haine contre les I p^ pontife ; un duc Bonelli , qui n'avait rapporté | P^^ de ses voyages qu'une haine aveugle pour les institutions de son pays ; un Pignatelli, Na- \ ^
politain , qui venait propager à Rome , sous la protection des FVançais, des principes qu'il \ ^^
n'eût pas encore osé professer ouvertement dans Naples. Ces démagogues impudens et lâches , en évoquant dans leurs discours les souvenirs vénérables de Rome libre et vertueuse, ne songeaient qu'à introduire des soldats étrangers dans les murs du Gapitole.
A l'instant même où le pontife , environné de toutes les pompes de la religion , célébrait dans la chapelle Sixtine le vingt-quatrième anniversaire de son exaltation, les factieux plantent en face du Capitole l'arbre, de la liberté et arborent les trois couleurs. Ainsi les cyniques accens de l'impiété se mêlaient en quelque sorte aux saints cantiques de l'Eglise. Le peuple se porte à ce nouveau spectacle. Il entend des orateurs furibonds qui lui prêchent la liberté , et qui lui révèlent la morale des révolutions. Il les écoute avec cette curiosité avide qu'inspirent des bateleurs qui pour la première fois importent dans une
çrande cité quelque charlatanisme d'une espèce nouvelle. MaîS tandis que les orateurs le l'insurrection épuisent leur criminelle éloquence, l'airain religieux annonce Vangelus lux chrétiens; et la multitude fidèle à ses pieuses habitudes , se découvre et récite dévotement cette^rière.
Ces scènes de désordre, si affligeantes pour san cœur, n'empêchèrent pas le saint-père d'officier à l'autel avec autant de calme d'onction et de majesté que^ pendant les plus belles années de son pontificat. Il reçut aussi lesfélicitations des cardinaux. Jamais son autorité souveraine n'avait paru plus imposante qu'au moment où elle semblait prête à expirer. Vrai soldat de Jésus -Christ, il témoignait, par sa contenance ferme' ^1 présence de l'ennemi, qu'un pontife doit lé redevbir à son poste, au pied de l'autel.
. Cependant une députation solennelle des insurgés se rend vers le général français , lui fait part de ses intentions , et4'invite à entrer dans Rome. Dès le soir même , Berthier fit son entrée en grande pompe : précédé d'une musique guerrière, suivi d'une brillante cavalerie, il marcha droit au Gàpitole, en tra-
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versant les flots paisibles d'une population stupide d'étonnement (t). Les accessoires d'un pareil triomphe répondaient dignement à son objet principal. Un arc triomphal, dressé sur le pont Saint -Ange, portait la statue de la Liberté foulant aux pieds la tiare. Les théâtres , cette * perpétuelle école de scandale et d'immoralité , se signalèrent dans cette occasion par le spectacle monstrueux de la profanation des choses les plus saintes. Le pape, les cardinaux, I^es évêques , les prêtres , les pieux cénobites , les vierges consacrées au Seigneur furent impudemment joués sur la scène. La croix du Sauveur, les clefs de saint Pierre devinrentl'objet des plus abominables parades ; et, dan ses écarts sacrilèges , le pinceau du décora — teur représenta les ornemens du pontificaS souillés d'immondices par des hommes et pa:si des animaux. Les vases sacrés enfin servirea -c à de détestables orgies. On vit même un artiste
(i) L'auteur des Mémoires philosophiques sur le pontificat de Pie VI, en fait ici Taveu, en disant « que dans cette foule il y avait plus de curieux que de » véritables amateurs de la liberté. »
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comblé des bienfaits du pontife , monter sur le théâtre pour renier son baptême (i)..,.. Mais parmi toutes ces turpitudes capables de donner une si déplorable idéede Fespèce humaine , en est-il aucune qui surpasse la ridicule comédie jouée par le général français? La plus profonde hypocrisie , jointe au mépris le plus absolu de Thumanité , put seule dicter le discours que, monté sur des tréteaux (â), Berthier adressa à la multitude effarée pour la féliciter de ce que le gouyernement pontifical allait faire place au régime républicain : « Mânes des Ca- > ton,desPompée9desBrutus,desCicéron,des » Hortensius , dit-il • recevez Thommage des » Français libres dans le Capitole, où vou» avez i tant de fois défendu les droits du peuple et il- » lustré la république romaine. Ces enfans des » Gaulois, l'olivierdela paix à la main, viennent
(i) L'architecte Barberi, que Pie VI ayait décoré de Tordre de l'éperon d'or, après s'être frotté la tête çivec de Teau, abjura le nom de son patron, et s'écria : o Désormais on ne m'appellera plus que Tisiphonte. «
(a) Il était placé entre un soliveau appelé l'arbre de hn liberté , et la statue de Marc-Aurèle décoré de la cocarde tricolore , ainsi que son cheyal.
3io ÉLOG£
» dans ce lieu auguste y rétablir les autels de » la liberté, dressés par le premier des Brutus. » Et vous , peuple romain , qui venez de re- » prendfe vos droits légitimes , rappelez-vous » ce sang qui coule dans vos veines ! Jetez les » jeux sur les monumens de gloire qui vous » environnent ! Reprenez votre antique gran- » deur et les vertus de vos pères ? »
Ah! si Jes grands hommes quW osait invoquer en ce moment avaient pu secouer la poussière du tombeau, et apparaître au milieu du Forum , leur voix accusatrice n'eût-elle pas fait justice de cette odieuse parodie des mouyemens généreux d'un peuple vraiment libre>^ Quelle n'eût pas été leur indignation , ei voyant quelle vile populace on plaçait soui leur patronage? Eussent-ils reconnu des Romains, même dégénérés, dans ces homm<
repris de justice, dans ces démagogues sii pendiés, dans ces Juifs réprouvés ( i) qui seu^l^s entre tous les sujets du pontife prenaieczit quelque part à la révolution suscitée cohtKi^e son autorité sacrée? Car le reste des lxabitai::i5
(i) Les Juifs de Rome appelaient alors Berthier leur libérateur et leur Messie.
de Rome , ou , pour mieux dire y tout ce qui méritait le nom de peuple romain , demeura spectateur morne et affligé de l'étrange scène quj se passait sous ses yeux.
Cependant Berthier commande en maître dans la capitale du monde chrétien , ou plutôt son nom et son autorité couvrent des excès que commettront, en invoquant les droits d^s nations^ les agens militaires et civils qui sont sous ses ordres ; mais qui , plus que lui peutêtre, sont dans le secret de la politique du Directoire. Ce sont eux qui dirigent tous les mouyemens des révolutionnaires Romains.
Le jour même de l'entrée des Français , les chefs du rasseoiblement de Campo-Yaccino osèrent envoyer au pontife une députation xhargée de lui déclarer « au nom du peuple » libre et souverain de Rome qu'il est déchu » de tous ses droits temporels , et que l^e pape • n'est plus qu'un simple citoyen. > Pie YI répondit à l'officier de sa maison qui lui an* nonçait l'objet de son message : « Ah! dites >» plutôt qu'ils viennent au nom du Dieu ven- >» geur des péchés des peuples et des rois. » Il refuse de recevoir la députation, mais résigné à tout événement , il attend d'un air serein
3ia ÉLOGE
l'orage prêt à fondre sur sa tête. Bientôt oim vient lui signifier que s'il n'est plus que l'évêque de Rome , du moins la générosité du peuple veut bien lui assigner un traitement et pourvoir à la sûreté de sa personne. I#es effets succèdent promptement aux paroles ; car ce n'est jamais la lenteur qu'on peut reprocher aux artisans de révolution. Les gardes du pontife , ces soldats dont on redoute la fidélité, tout en les accablant de méprisantes railleries, sont licenciés et remplacés par des grenadiers français. Alors le général Cervonî, gouverneur de Rome , osa présenter à Pie VI la cocarde nationale, en l'invitant à s'en décorer, s'il voulait profiter des avantages que lui hissait }a républi(j[ue romaine. « Je ne connois d'autre uni- » forme pour moi , répondit le pape , que celui » dont l'Eglise m'a honoré. Vous avez tout » pouvoir sur mon corps; mais mon âme est » au-dessus de vos atteintes. Je n'ai pas besoin 9 de pension. Un bâton au lieu de crosse , et » un habit de bure suffisent à celui qui doit 9 expirer sous la haire et sur la cendre. J'adore » la main du Tout-Puissant qui punit le berger » et le troupeau ; vous pouvez brûler et dé- » truire les habitations des vivans et les tom-.
DE PIE VI. 3i3
» beaux des morts; mais la religion est éter- » nelle; elle existera après vous, comme elle » existait' avant vous, et son règne se perpé* » tuera jusqu'à la fin des temps. »
Les révolutionnaires s'étaient attendus à ce refus magnanime , et tout était préparé pour l'exécution des mesures les plus violentes. Dès ce moment on met de côté la feinte modération et les égards dérisoires dont on avait cru devoir user envers l'ëvêque de Rome réduit au spiritueL La persécution la plus cruelle commence, non plus contre l'autorité, mai^ contre la personne même du pontife. Depuis que les Français occupaient Rome , les spoliations, résultat ordinaire du triomphe des républicains, y étaient en pleine activité. Les scellés avaient été mis au Muséum , dans les archives du Vatican et sur les moDumens des arts. Dès qu'en repoussant les couleurs nationales le pape avait ôté aux rebelles tout prétexte de le ménager, son palais fut mis au pillage. On confisqua , au profit de la grande nation , ses vêtemens et sa bibliothèque particulière, qui, depuis plusieurs années, lui offrait la seule distraction à ses chagrins cuir sans. Pie VI se vit ainsi dépouiller sans pro«^
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férer une seule plainte. C'est par de teU exploits que se signalèrent les commissaires français, doués de toute la dextérité, de toute Timpudeur nécessaires pour les recherches ^ les plus minutieuses. Faut-il ici rappeler le nom de cet infâme calviniste , Suisse de nation , de cet Haller qui , dans cette exécution, se distingua entre tous ses complices par ses manières insolentes et brutales? Il arracha même à Pie YI l'anneau du pêcheur, et, pourrait-K)n le croire, ne mettant aucune borne dans ses indécentes perquisitions , il os s'approprier quelques objets encore plus par ticuliers à l'usage du pontife (i)?
(i) Après avoir ouvert les bureaux, les garde-robe — -s duptmtîfe, Halleretses complices aperçurent une Bbît e en forme d'urne, et ils s'en saisirent aussitôt. « Qu'estz^ ce qu'il y a là ? » dit Haller au pape. — « Du tabac. • Haller, avec la dernière Impudence, en prit une pri^ « et s'écria : « Par Dieu I il est excellent ! » Puis se tou^c:*— n^nt du côté de ses gens , il ajouta : a Portes cela à ^^^ maison. » — « Et quoi ! dit le pape , vous m'ôtez m tabac? » — «Il esti)on, et je le garde pour moi Hdler s'appropria de même une boîte de confitu destinée au dessert du pape , pendant que Sa Sainte
DE PIE VI. 3i5
Fidèle image du bon pasteur , qui né fuit point au risque d'exposer sa vie pour ses brebis , Pie YI voulait mourir au milieu de son peuple. Cette résolution jeta les révolutionnaires dans un sérieux embarras; ils redoutaient I pour l'exécution de ce dernier attentat , l'intérêt qui s'attache au malheur ; ils craignaient que le peuple ne se soulevât si l'on faisait quelque violence au souverain pontife. Us prirent le parti d'envoyer une députation au cardinal Doria , pour persuader à Pie yi que s'il ne se décidait pas à quitter Rome^ le général Français était résolu d'employer la force armée pour l'y contraindre. Le pape voyant son ministre joindre ses instances aux menaces de ses ennemis , se laissa vaincre enfin* « On ne peut résister à la vio- *1ence, répliqua -t-il : heureux si comme » Jonas , jfe peux sauver mon peuple de la 9 foudre qui vient fondre sur lui ! »
était à table. De telles indignités, et bien d'autres eoeoi^ que Ton pourrait citer, prouvent que l'homme, mlÊnc civilisé et doué d'instruction, est le plus mécliaQt des aDÎmaùx lorsqu'il a biisé le joug des loi^ sociales.
5i6 ÉLOGE
Que d'assauts le saint-père, non moins accablé des souffrances du corps que des peines de l'esprit , n*eut-il pas à soutenir pendant les cinq journées qui s'écoulèrent depuis l'entrée des Français dans Rome jusqu'à son enlèvement hors de la capitale! Combien de monstres indignes du nom d'hommes se montrèrent sans respect pour ses cheveux blancs et pour son caractère sacré ; sans pitié pour ses souffrances ! Rappelleraî-je l'insolence féroce de ce marquis Vivaldi, l'un des sujets les plus dangereux de l'état de l'Eglise , et que Pie VI s'était contenté d'exiler quand il aurait dû l'abandonner au glaive du bourreau? Voyant le pontife dépouillé de sa puissance , Vivaldi osa se présenter devant lui pour lui dire : « Tyran, » ton règne est passé !» — « Si j'étais un tyran, » répondit Pie VI avec douceur, vous n'exis- » teriezpas aujourd'hui pour mêle reprocher.» Ce fut le commissaire Haller qui se chargea le premier d'annoncer au saint-père que son départ était résolu. Pie VI allégua sou grand âge et ses infirmités : « Je suis à peine conva- » lescent , s'écria- t-il ; je ne puis abandonner » mon peuple ni mes devoirs ; je veux mourir I» ici.» — Vous mourrez partout, lui répliqua
» le féroce calviniste. Si les yoies de douceur » ne vous persuadent pas de partir , on saura » bien vous y contraindre. » Pour la première fois , Pie yi , resté seul avec ses domestiques ,
parut accablé de douleur; mais bientôt il entra dans son oratoire, se recueillit un instant devant l'image du Dieu mort sur la croix , et reparut avec sa sérénité ordinaire : « Dieu » le veut, dit-il , préparons-nous à recevoir > tout ce que sa Providence nous destine. > Pendant les deux jours qu'il passa encore à Rome , il s'occupa des affaires de l'Église avec un calme qui étonnait ses persécuteurs (i).
Le fanatisme révolutionnaire qui s'acharnait sur le chef de la Chrétienté, n'épargna pas le sacré collège. Un des premiers soins des Français avait été d'exiger des cardinaux une renonciation expresse à toutes leurs attributions temporelles , mais bientôt leur présence iseule
(1) L'auteur des Mémoires philosophiques s'exprime ainsi : • Il étonnait par son apparente sérénité. Était- » ce philosophie ? était-ce résignation aux volontés » diyines ? »
3i8 ÉLOGE
dans Rome devint un sujet d'ombrage pour SCS nouyeaux dominateurs. Lé moment des rigueurs est arrivé. Les cardinaux sont, malgré leur âge et leurs infirmités, jetés dans les fers, accablés d'outrages et menacés d'être déportés dans quelqu'ile lointaine. Heureusement la plupart trouvent dans la cupidité de leurs persécuteurs une voie de salut inespérée: ils achètent au poids de l'or la liberté d*àller loin de Rome gémir sur la désolation du sanctuaire. Mais dans le nombre il en était plusieurs qui ne pouvaient espérer de la part des Français aucune espèce de ménagement :
c'était le cardinal Busca, cet homme d'état énergique et clairvoyant ; c'était le duc d'York^ dont la naissance royale aurait ameuté contre lui les révolutionnaires, quand même ils auraient pu oublier les mesures rigoureuses qu'il avait naguère prises contre eux dans son diocèse. Tous deux s'étaient hâtés de fuir à l'approche des Français. Lé doyen du sacré collège, Âlbani, vieillard plus qu'octogénaire, avait attiré sur lui les plus profonds ressentimitns. Son crime était, aux yeux de ses.persécuteurs , d'avoir toujours appuyé les mesures de vigueur, et cherché le salut de Rome dans
la protection de TAutriche. Des hommes de sang le poursuivirent sur la route de Naples , avec ordre de le saisir mort ou vif; mais ils ne purent Fatteindre , et leur fureur brutale se dédommagea par le pillage et la dévastation de toutes les possessions du cardinal et de sa famille. Le vertueux Mattei (i), Tautèur du traité de Tolentino , ne trouva pas plus grâce devant les Frapçais que le cardinal Gerdyl , dont la pauvreté toute apostolique aurait dû flatter l'égalité républicaine. Enfin le cardinal Doria fut emprisonné , outragé , rançonné comme les autres; et la persécution qu'il subit avec un grand courage, qu'il dédaigna même d'éviter, doit lui faire pardonner ses fautes (2).
•(1) Entre autres actes décourage par lesquels Mattei se signala dans cette occasion, il faut citer sa lettre pastorale dans la(]uelle il déclarait incompatible avec la re* ligion le serment civique qu'on faisait prêter aux habi-^ tans de Rome. Il enjoignait à ses diocésains de s'abstenir de cet acte impie. Ses biens furent confisqués.
(a) Le général Cervoni, gouverneur de Rome, qui logeait chez lui, conseillait à Doria de s'évader, parce qne^ disait-il, on allait faire arrêter tous les cardinaux , qui se trouvaient à Rome. « Je ne fuirai pas, répond le » cardinal ; je n'ai rien à me reprocher ; je subirai le sort
3ao ÉLOGE
Parlerai-je de ces cardinaux qui se mon** trèrent assez peu dignes de la pourpre pour se laisser contraindre , trois jours après rentrée des Français, à venir dans la basilique de Saint-Pierre chanter le cantique d'actions de grâces. Les officiers républicains s'indignèrent eux-mêmes de cette honteuse condescendance , et ils disaient entre eux a?ec un sentiment d'orgueil national : c Nos évé- » ques déportés ne se seraient pas conduits H ainsi. » Mais détournons les yeux de ces exemples de bassesse , tableau plus affligeant même que celui de la persécution la plus cruelle. Puisse-t-on oublier à jamais le nom de ces princes de TEglise dont la conduite offrit un si déplorable contraste avec le dévouement des autres membres du sénat catholique !
Combien n'est-il pas plus consolant de
• mmm^0»m
» de mes confrères, o Le cardinal Braschi, neveu du pape, se trouvait alors à Naples, chargé d'une mission politique 9 conjointement avec M. Galeppi. Cependant il fut dépouillé de tous ses bénéfices , et ^ selon l'expression des Mémoires philosophiques , « il dut envier » la portion congrue d'un curé de campagne. »
rappeler la conduite héroïque du cardinal Ântonelli ! Il était prisonnier; le commissaire Haller lui proposa, de rompre ses fers, sans autre condition que de renoncer à sa dignité. « Vous êtes militaire , lui dit le cardinal ; je vous » demande donc , si après avoir joui paisible-^ » ment pendant de longues années des préroga-^ » tives de votre état , des grâces de votre souve- » rain , vous seriez assez lâche pour abandonner » son service et Tuniforme qui vous décore , à » l'approche de Tennemi ou à la veille d'une » bataille ? Jugez de mes sentimens par ceux • que je dois vous supposer, et apprenez à » mieux connaître ceux qui ont fait serment » au chef de l'Église de défendre la pourpre » romame jusqu'à l'effusion de leur sang« Sa » couleur seule nous rappelerait à nos devoirs, » si nous avions le malheur de les perdre de » vue. Le moment de l'épreuve est arrivé , » et nous espérons , avec la grâce de Dieu , » d'être fidèles à notre vocation jusqu'à la » mort. »
Ainsi furent dispersés tous les cardinaux; ainsi les évêques de l'État de l'Église furent arrachés à leur troupeau ; et dans cette captivité de la Jérusalem nouvelle, il n'est pas un
seul de ces vénérables et illustres prêtres qui, par sa constance et sa résignation , n'ait édifié la chrétienté 'si cruellement frappée dans la personne de son auguste chef.
Avant de quitter Rome sur les pas de l'infortuné Pie VI, donnons-nous le spectacle bien triste mais instructif de cette république romaine que la présencie d'une armée française; avait fait surgir en quelques heures. Partout les conquérans révolutionnaires se disaient : c Séparons les peuples de la cause de leurs gouvernans, afin d'envahir sans combat, et d'asservir en paraissant protéger. » C'est dans cet esprit qu'avaient été rédigées les proclamations de Berthien Aussi dès qull ^ut assis son camp près de Rome, un ramas de séditieux, usurpant le nom de peUplcTomain 9 avait ^ selon l'expression du Directoire Français (i) j faU
(i) Toutes ces expressions distin^ées par des italiques, sont tirées d'un message du Directoire français au corps législatif, dans lequel , non content de rappeler ses prétendus griefs contre la cour de Rome , il se livrait à des déclamations , ou plutôt à des invectives, contre le siège pontifical et contre un grand nombre de papes. Jamais pièce plus monstrueusement impie et mensongère ne sortit des ateliters révolutionnaires. On croit
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justice de son gouvernement j et rédigé un acte solennel de la reprise de son droit de souverain
qu'elle fut écrite par La Revelière Lepaux, un des directeurs. Elle est imprimée dans le Moniteur du 7 mars 1799.
Après la lecture de ce message, plusieurs législateur^ prirent la parole pour applaudir à ce chef-d'œuvre de déraison et de fureur. Jourdan de la Haute-Tienne ^ Jean de Bry, Philippe Delleville et Frison se firent successiyement entendre. 11 fut décidé que le message serait enyo je et lu publiquement dans toutes les communes 9 à la fôte du 3o yentôse, dédiée à la souveraineté du peuple.
D1U09 le discours de Jean de Bry 9 il faut dter ces paroles remarquables qui exprimaient combien la modération de Buooaparte tenait au cœur des révolution* naires : « Depuis le traité de Campo-Formio , il était » interrompu ce concert sublime d'acclamations, d'é- » loges et de témoignages de reconnaissance envers nos » immortels défenseurs. Il se renouvelle aujourd'hui..* » Qui pourrait osseï louer la conduite ^ jamais liiémo- • rable de cette étonnante armée. Nous saisissons pour 9 prononcer son nom avec un sentiment toujours égal » d'admiration , l'occasion d'un événement qui mar-^ » quera dans les annales du monde la victoire qui vient 9 d'être remportée sur la superstition , et de renverser » la vieille idole de la papauté.
» Que oeux-là s'affligent, qui naguère demandaient à
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neté dans lequel il déclarait avec un seul esprit et une seule voix à Dieu même et à l'univers , qu'en supprimant toutes les autorités du gouvernement sacerdotal , il se constituait luimême en souverain libre et indépendant j et créait un gouvernement provisoire sous la protection de la république française. Après la rédaction par quatre notaires de cet acte, qui fut lu à haute voix et que signèrent les assistans, unedéputation portant les couleurs de la république romaine (i), était venue transmettre au général Berthier le prétendu vœu du peuple, et lui présenter les membres du gouvernement provisoire, parmi lesquels figurait un curé français, prêtre apostat dont les excès avaient scandalisé la ville de Versailles (2). Alors seulement Berthier crut
9 la tribune des hommes libres le rétablissement du » culte de nos pères , c'est-à-dire l'abolition du culte » de la patrie ! qu'ils pleurent sur les débris de leur » idole I Pouf nous , représentans des républicain, » nous applaudirons avec transport aux événemens que » la politique de l'Europe entière devait appeler depuis n long-temps , etc. »
(1) Blanc, rouge et noir/
(2) Bassal, secrétaire du gouvei'nement provisoire;
DE PIE VI. 3a5
devoir faire son entrée dan^ Bome pour y débiter cette harangue absurde et odieuse que j'ai rapportée tout entière. Alors il avait, au nom du peuple français , déclaré libre le peuple romain , et joué cette burlesque comédie, vraie saturnale de la liberté, qu'il voulut procurer à la populace romaine pour la dédommager de celles que les folies du cahtaval lui ramenaient chaque année à ^ cette même époque ( i )• Dès le lendemain , 16 février , le département nouvellement institué de la police et de l'espionnage, qui jouait , toujours un grand rôle dans les journées révolutionnaires , ordonna des ré^ jouissances publiques.
Le général Gervoni, gouverneur de Rome ,
il avait été membre de la conventioD , et avait voté la mort du roi. Les autres membres étaient l'avocat Rigadti, président; Bonelli, Constandini , Bassi , Pessuti, Stampa et Maggi. Ils furent quelques jours après confirmés dans leur pouvoir usurpé sous le tilre de consuls.
(i) Berthier Ijui-même dirait : « Je leur aï donné » cette farce révolutionnaire p6ur les dédommager des » fêtes du carnaval.* « .
cotnmença la fête par haranguer la populace ; il proclama le g^uTemement pnovisoire , et déclara que la république' française voulait être la sœur de la république romaine. Quelques acclamations' salariées accueillirent ce discours , tandis que les ebirres de la nè^ blique préparaient de» illuminations et ren-* Y6rsaiént totas les âigxies du gouTeroement légitiinft» En même temps on déclara que toutes les distinctions dé naissance et de dignité étaient abolies pour faire place à cette gro6<sière égalité qui ravak les premiers rangs de ia société bans reliausser les deraiieiîs. Tou^efirâ iliaut le dreconnaître^comme une preuve sam réplique du peu de Térité d'uyûe révolatkm qui s'-aiecottipilissaitaiPeeaufaKi/t dé rapidité et de précision que les scènes d'un drame composé d'avance , le peuple romain ne se permit aucun excès ni contre les prêtrfes^y ni eontrt» «ueuii de^ meïûbtéis du gouveirttetîbêiit pontifical ; c*èst ce qu*avouaîl indirécleinent lé Directoire Jui-^méme» lorsqu^il avançait qué cette rèvolution s'était faite dans le plus grand ordrp , et que Rome affrait le spectacle imposant et majestueux d'un peuple sage qui ruprend sa dignité^ rompt ses fers et ne conserve qu 'un froid mépris
DE PIE VI. 5a7
pour ses oppresseurs (i). Pure jonglerie qu'un pareil langage ! Un peuple qui fait lui^nême une révolution , n'épargne guère ceux dont il renverse l'autorité : qu'il les méprise ou non , il finit toujours par les immoler. La populace de toutes les ' cités de la France avait trop cruellement prouvé cette vérité pour que le Directoire pût l'ignorer; mais alors les avocats qui exploitaient la révolution mettaient les belles paroles à la place de l'affreuse réalité. C'était là le secret de leur puissance. Le froid mépris qu'on supposait gratuitement au peuple roiDaia pour )e gouvernement pontifical , n'était autre chose que la violence qu'il se faisait à lui-même pour ne pas se précipiter sur les Français , pour ne pas s'aller jeter aux pieds de l'auguste pontife. On opprimait les Romains afin qu'ils s'insurgeassent. Sans ce motif, pourquoi les Français, maîtres des murs de Rome, mais noii des cœurs de ses habitans , se seraient^-ils imposé les ménage^ mens les plus marqués pour ce qu'ils appelaient le culte et les préjugés (2) ?
(1) Dans le message déjji cité.
(9) « Le général français a gardé les ménagemens
'vj
3a8 ÉLOGE
Mais comme les larmes de quelques exilés ne sont pas autant à craindre que le zèle d'un peuple religieux, les Français signalèrent leur entrée dans Rome par une proclamation menaçante contre les émigrés français : on leur enjoignait de s'éloigner de Rome et de TEtat ecclésiastique ; on ordonnait la saisie des biens qu'ils pourraient y posséder (i). Révo-
)» que le culte et les préjugés pouiaient exiger de sa » part. » ( Message du Directoire déjà cité. )
Rome, 6 ventôse an G (26 février 179S;.
« Le peuple romain a déclaré que sa volonté est de conserver la religion qu'il vénère et observe, e(âe laisser intactes la dignité et l'autorité spirituelle du pape.» . (^Moniteur.)
(1) Un ordre du général Berthier, du ^S pluviôse j portait : a II est ordonné à tout émigré français de quitter Rome et tout le territoire de là république romaine, dans les vingt-quatre heures du présent ordre;
» Tous les émigrés français, notamiBcnt le cardinal Mauri, sont expulsés du territoire de la. république romaine, ci-devant état de l'Église.
» On exécutera à leur égard la loi qui ordonne la
Yaisfe et vente , au profit de la république française, de
toupies biens, meubles et immeubles qui se trouveront leur appartenir dans les pays occupés par les armées françaises. »
lutioû française , voilà donc tes miracles! Rebannir des. proscrits , et spolier ceux à .qui tu avais tout enlevé ! La cruauté de l'exécutiou devait ajouter encore à la barbarie d'une telle mesure. En vain pour obtenir quelques heures de répit, les malheureux émigrés adressèrent* ils leurs supplications au gouverneur de Rome. « La loi qui proscrit ne protège pas, » fut toute la réponse qu'ils purent obtenir. Espérant trouver plus d'humanité dans un autre officier attaché à rétat<-major, ils se rendirent chez lui : « Je dois être .impassible comme la loi y leur » répondit'-il avec toute la morgue révolutiou- » naîre; demain commence la visite domici- » liaire, et si vous êtes découverts vous serez • renfermés au château Saint- Ange pour y être a jugés comme rebelles aux décrets de la ré- » publique. »
Le cardinal Mauri était nominativement l'objet de cette cruelle mesure; il n'attendit pas l'entrée des Français dans Rome pour se soustraire àleur vengeance. Dans sa fuite, il fut sur le point de tomber entre les mains des commissaires français, mais, ou ils ne le recdn-^ nurent point , ou ils n'étaient point en force pour se saisir de ^a personne* Heureux sans
•ib
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doute cet éloquent défenseur du trône et de Tautel 9 si dès-lors un glorieux martyre Tayait soustrait à la honteuse chute qui devait marquer les dernières années d'une trop longue yie (i)! Les oppresseurs d'une nation peuvent quel* quefois se croire obligés de ménager ses opinions, mais jamais ils ne poussent ce scrupule
(i) « Caché pendant la plus grande crise dans son diocèse dQ Montefiascone , lorsqu'il la croît passée , il prend, et en plein jour, la route de Florence , et le saccès couronne son audace. A quelques lieues de Rome, il change de ehevauK,iau motnentoû Teoaient d'arriver les trois nouveaux, commîssairea français , les citoyens Paunou , Alooge et . ^loreo(. |1 ;e^t reconnu. Oq ignore s'il s'en ap.erpeit; sçp front inaltérable n'en paraît pas du moins altéré. L'un des commissaires rôde autour de sa voiture. Rien ne manque à sa conviction. Il contient S peine l'expression de sa haine contre iin des plus grands «nnerals delà révolution -française. U regrette de n'avoir pas autour de lui une forée Bxméfdj qui ^ «ût fait justice à l'iastaqt^ sur un terri tûirç où l'iuvîolabUité d'un cardinal 131'esf plu^.qu'iiïfç qbimére. Il délibère ; mais les 4leux voitures spnf attelées : elles partent en /sens contraire, Mauri a échappe à un danger imminent^ qu'il paraît hé pas ayoir soupçonné, et que la lecture de ces Hgnes lu! apprendra peut-être. » {Mémoires phihsephiques sur Pie FL )
jusqu'à 9a fortune ; aussi la république protectrice, sanspitié pourla misère des Romains^ imposa-t-elle à la république naissante une contribution de plus de six millions. C'était payer un peu cher l'apprentissage de la liberté, d'autant plus que les commissaires D^^*, Ifonge et Saint-Florent, de qui le peuple romain attendait avec impatience la grande charte du contrat social (i), se pressaient moins, de confectionner une institution que de fouiller les ar cbives du Vatican , et d'emballer pour la France les momimens précieux dont une suite de pontifes éclairés et magnifiques avaient eoibelli la ville de la religion et des arts.
Le sacré collège était disipersé ; .les princes , les prélats , les riches propriétaires ^ tout ce qu'il jF: ayai4 à Rome d'bomn^s boïinêtes et fidèles à leurs devoirs avaient pris la fuite. Pie VI était resté au ^milieu des rebelles et des Français vainqueuffs» Xes brebis avaient fui , le pasteur seul était en proie aut loups dé-* Tonans. Le nn^raent vint où , ,selon r,exprefih sioD de Haller^ on n'avait plus iesâin ditpa^ àRême. Son enlèvement fut fixé pour le milieu
(i) Expressions tirées du Moniteur.
de la ùuit , dont les ombres sont si favorables aux grands crimes : on craignait avec raisoo un mouvement de la part des Romains si l'enlèvement s'était fait en plein jour. Toutes les circonstances ajoutèrent à l'horreur d'une mesure aussi atroce. Au moment où Haller vint prendre le saint père, il le trouva au pied de l'autel prêt à célébrer le divin sacrifice. Ce forcené voulut s'y opposer, mais on toi répondît avec fermeté que, s'il ne voulait pas attendre , il lui faudrait enlever le saint père par ses cheveux blancs. Cette réponse fit son effet , et un calviniste n'eut pas Todieux triomphe d'arracher à l'autel le vicaire de Jésus^Christ. « Au moins qu'il se dépêche , sécria-tnill t La Sainte-Eucharistie est donc offerte à Dieu par son pontife. Mais les soldats chargés d'escorter Pie VI^* trouvent la cérémonie trop longue au gré deleur impatience ; ils interrompent les prières par leurs blasphèmes et menacent à leur tour d'enlevefr le pape sans lui laisser achever le saetiflbe. Enfin après avoir une dernière fois élévié'-son âme à Dieu, Pie VI, qui* -pendant toute la scène qui venait de se passer était resté comme étranger aux choses de la terre,
se tourna vers la troupe et , empruntant les paroles du Sauveur du monde, il leur dit avec une majestueuse sérénité : « Que voulez-yous de moi?» — i II faut nous suivre et partir, lui répondit-on. » — « Faites ce que vous avez à faire, répliqua le pape , en se livrant aux soldats. » Soutenu par deux personnes de sa maison , il descjend les degrés du Vatican. Là il trouve rassemblés tous les officiers de son palais; les larmes coulent de tous les yeux, on n entend que de sourds gémissemens , contenus par le respect. Pie YI seul est calme , il console ses serviteurs et leur répète deux fois, t Dieu le • veut , mes enfans , patience , patience. » Gomme l'âge et la maladie ralentissaient la marche de l'auguste captif, ses guides, monstres indignes du nom français, osent, dans leur féroce impatience , précipiter ses pas par des menaces , et , le dirons-nous ? par des gestes. Le commissaire Haller ne quitta point Sa Sainteté qu'il ne l'eût vue montée dans la modeste voiture qui devait la traîner vers le lieu encore incertain de son exil. C'est ainsi que Pie VI fut arraché du palais d'où il avait « pendant vingt -quatre années, veillé sur le bonheur de Rome. Au milieu d'une
nuit froide et orageuse, il traversa Rome à la lueur de deux pâles flambeaux. Avant qu'il eût franchi les murs de sa capitale , ses geôliers eurent Finhumanité de le tirer de ses méditations et lui dirent de regarder pour ia dernière fois le clocher de Saint-Pierre. Cette recherche d'une barbarie gratuite et inattendue ébranla le cœur du saint vieillard , il étendit ses tremblantes mains vers l'édifice sacré j il songea qu'il s'en éloignait peutêtre pour toujours, ses yeux se remplirent de larmes ; et cette fois au moins ses ennemis purent jouir de son affliction, (i)
Dès la pointe du jour le peuple romain , qui
(i) L^abbé Blanchard rapporte ici une anecdote qui fait frémir, et que je croîs devoir rejeter dans une note: « A la fin de la première journée , le pape fut conduit à Monte-Rosi. Deux ojQlciers , chargés de le garder pendant la nuit , eurent leur lit dans la pièce qui précédait celle où il reposait. Croirait-on que ces malheureux se fireqt amener une prostituée arec laquelle ils se lirrèrent jusqu'au lendemain matio à tous les excès de la débauche la plus bruyante ? C'était un genre de persécution renouvelé des premiers ennemis du nom chrétien; mais déjà, depuis la révolution , l'exemple en avait été donné en France à l'égard de plusieurs prêtres captifs. »
DE PJE VI. 335
soupçonnait Tenlèvement du pontife, mais qui ne l'avait pas cru si prochain , se porta en foule au Vatican. Il voulait voir Pie VI, et lui offrir se8 bras pour préserver de tout attentat sa personne sacrée : zèle inutile ! dévouement tardif! Les Romains confus n'eurent plus qu'à donner des larmes stériles à l'éloignement de leur vénérable pasteur. Les soldats placés aux portes du palais repoussèrent avec violence cette foule de sujets désqlés, tandis qu'ils facilitaient à un petit nombre de révolutionnaires éhontés le pillage des meubles du pontife.
Lorsque dans des jours moins désastreux , Pie VI, environné de toute sa puissance, se rendit à Vienne , la presse et le burin , toujours au service du pouvoir, s'empressèrent de conserver les moindres circonstances de ce glorieux voyage. Mais ils ne se montrèrent ni plus exacts ni plus fidèles que la plume de ces dévoués confesseurs de la foi qui se hâtèrent de consigner, dans de pieuses légendes , l'itinéraire quotidien du même pontife , dépouillé de sa puissance, enlevé par d'audacieux brigands, et conduit en exil (i).
^i) Voyez les notes très-détaillées et très^instructive»
Quelques précautions que prissent les geôliers de Pie VI pour cacher sa personne, ses traits étaient trop bien gravés dans tous les cœurs, pour que partout sur son passage, il ne fût point reconnu et comblé d'hommages les plus touchans. Les révolutionnaires prétendirent d'abord réprimer ces marques d'amour; ils reconnurent bientôt que la prudence leur prescrivait de soufifrîf cet empressement. Dans plus d\in endroit , ils fu-^ rent obligés de se soustraire par un prompt départ à la fureur du peuple. Ailleurs, ce fut la voix de Pie VI lui-même qui arrêta l'explosion de cette ftireun Vraie image de Jésus- Christ., il veillait ainsi à la sûreté de ses bourreaux. A voir la foule qui partout se portait pour le contempler, à voir surtout la sérénité qui brillait sur son visage, et quelquefois même le sourire que fs^isait naître sur ses lèvres la manifestation de tant d'amour, doDt il était l'objet , aurait-on pu penser que c'était
qui accompagoent V Oraison funèbre de Pie Vl , paf M. deBrancadoro, traduite de Titalien par M. l'abbé Hesmiyi d'Auribeau , témoin oculaire de TenlëTemcnt du pape.
un souyerain dans les fers , une victime dévouée à la rage révolutionnaire?
Une des circonstances les plus touchantes de ce voyage fut l'empressement courageux avec lequel quelques prêtres français, proscrits par les dominateurs de Rome, s'exposèrent au martyre, pour se mêler, déguisés en soldats , à la foule qui suivait la voiture du pontife. Le pape accueillit avec le plus tendre intérêt ces vrais soldats dé Jésus-Christ , puis se glorifiant de combattre et de souffrir avec eux pour la même cause , il \eé combla de grâces' spirituelles, et leur fit donner, par un des prélats qui l'avaient suivi , les secours temporels qu'exigeait leur détressç (i).
Après cinq journées d'un pénible voyage , le souverain pontife arrive à Sienne. Ici l'on redouble de précautions pour comprimer l'expression de la douleur publique ; et la politique timide du grand duc de Toscane se' montre encore une fois docile aux ordres des révolutionnaires. Il défendit que l'airain religieux se fît entendre, selon la coutume, à
(i) Voyez rentretiea du pape avec Tabbé d*Hesmivy d'Auribeau , dans l'ouvrage cité ci-dessus.
rentrée du pontife , et que le clergé vînt en pompe à sa rencontre. Les habitans de Sienne , forcés de concentrer en eux-mêmes les sentimens dont ils sont pénétrés, attachent leurs regards respectueux sur l'auguste vieillard ; ils Reçoivent avec ferveur les richesses de ses bénédictions , et le silence qui règne au sein d'une aussi nombreuse population a quelque chose de plus solennel et de plus expressif que les acclamations les plus bruyantes. Les commissaires français, alarmés par cet accueil , se hâtent de dérober le pape aux empressemens du peuple , et le conduiseot au couvent des Auguttins , près des remparts de la ville. Là Pie YI , sous la timide protection du grand duc , devait jouir pendant trois mois d'une tranquillité inespérée. Ferdinand s'empressa de visiter son vénérable hôte : ce prince , foncièrement religieux , éprouvait une cruelle humiliation de se voir en quelque sorte associé par les révolutionnaires à Tindigne traitement qu'ils faisaient subir au père des fidèles. L'ambassadeur d'Angleterre vint offrir ses hommages respectueux au pontife, et le complimenter comme le modèle du clergé et l'admiration de son siècle. Ainsi dans sa
mauvaise fortune , aussi bien que jadis dans réelat de sa puissance, Pie VI voyait la conduite respectueuse des protestans envers lui former un contraste remarquable avec celle des catholiques tièdes, indécis ou apostats. La solitude où il réside, sans pompe, et entouré seulement de quelques serviteurs dévoués semble devenue comme le centre de la chré'tienté. Sa sollicitude ne cesse point un instant de s'occuper du gouvernement de l'église. Semblable au bon pasteur, il est toujours avec ses brebis. C'est alors qu'il adresse aux souverains ces brefs admirables qui, répandus par toute l'Europe, y raniment la foi par l'espérance. Il donne ses audiences avec la même liberté d'esprit, la même dignité personnelle qu'aux temps les plus brillans de sonpontificat. « Je souffre , mais je ne suis pas abattu , pa- • tior sed non confundor^ » dit-il comme saint Paul aux prêtres fidèles qui paraissent inquiets sur ses souffrances. Les instans qu'il ne consacre pas à la prière et au soin des affaires spirituelles sont employés par lui • soit à des promenades solitaires , soit à la visite des principales églises de Sienne. Ainsi dépouillé de sa puissance temporelle , il fait voir que , pour
34ô ÉLOGE
le vicaire du Christ, aucun événement ne peut atténuer ni interrompre l'exercice de la puis-^ sance spirituelle.
La lettre que Sa Sainteté reçut alors du fils aîné de l'Eglise , dut vivement toucher son cœur paternel. Louis XVIII , qui supportait les ennuis et les dangers de l'exil aussi noblement que Pie VI subissait sa captivité, avait, à son avènement au trône de France , écrit au souverain pontife pour lui donner l'assurance de son attachement filial, et lui protester que son premier soin en rentrant dans son royaume serait d'y faire refleurir la religion catholique , apostolique et romaine. Avec quelle douleur le fils de saint Louis n'avait-il pas appris la persécution qu'éprouvait Pie VI en sa détention ! Il lui écrivit de Mittau , le 5 avril 1798, une lettre dans laquelle il démandait au Saint-Père de permettre qu'au milieu de son affliction , la voix d'un fils tendre et respectueux s'élevât vers Sa Sainteté pour lui exprimer la douleur qu'il en ressentait lui-même. « Ma tristesse pourrait être moins 9 profonde , ajoutait le roi très-chrétien , si » les attentats commis contre Votre Sainteté •» l'avaient été par d'autres que par des Fran-
» çai*. Mais , Très-Saint-Père , ce sont des 9 enfans égarés ; ils ont pu méconnaître aussi »> le père commun des fidèles. Daignez ne pas » vous en prendre à eux , et encore moins à 9 la France ; elle sera toujours le royaume » très-chrétien , comme Votre Sainteté sera » toujours le successeur de saint Pierre. Les
• seuls coupables sont les tyrans qui abusent, » ou plutôt qui oppriment mon peuple. Votre » Sainteté ne confondra pas leurs yictimes » avec eux ; et ses prières, plus agréables que » jamais à Dieu dans ces temps d'épreuyes et » de douleur, seront, j'ose Fen conjurer spé-
• cialement , dirigées en faveur de cette na- » tion , qui ressent d'une manière si terrible » les effets de la colère céleste. »
Depuis trois mois Pie VI vivait à Sienne , environné des hommages timides et des vœux sincères des fidèles , lorsqu'un événement inattendu l'obligea de quitter ce séjour. Le â4 mai 1798, un tremblement de terre vint porter la ruine et la consternation dans la ville. Le couvent des Augustins fut presque entièrement renversé. Dans l'appartement qu'occupait le pontife, l'âtre s'entr'ouvrit , et )e plafond s'écroula ^ mais par un bonheur
presque miraculeux , il était sorti depuis quelques instants pour faire sa promenade accoutumée. La crainte de nouvelles secousses lui fit passer la huit suivante dans un jardin , exposé à toutes te6 intempéries de Tàir. En voyant le plus redoutable fléàû de la nature menacer sa tête octogénaire, il ne parut pas ébranlé. Sa confiance en Dieu -, l'habitude de supporter des secousses bien autrement cruelles de la part des hommes , l'avaient accoutumé à ne s^effrayer d'aucun péril. Néanmoins on crut devoir se hâter de le transporter dès le lendemain hors des murs de Sienne- Le voilà de nouveau condamné aux fatigues d'un voya^ge. Un château, où il réside pendant quelques jours, portait le nom d^Enfer; et cela donne lieu aux froids sarcasmes des impies , qui ne sont jamais plus joyeux que quand ils ont le spectacle de la vieillesse souffrante, du sacerdoce humilié (i). Le s juin, le pape est conduit 4 Florence : au moment où il traverse cette ville^ le ciel, presque toujours seirein dans la Toscane , se couvre d'é-
(i) Voyez les Mémoirei philosophiques déjà cités pag. §59, tom. II.
pais nuages , des torrens de pluie s'élancent des cataractes du ciel, le tonnerre gronde dans Tair; circonstance assurément sans importance pour l'histoire , mais dont les enne* mis du pontife tirèrent ^parti pour l'accuser devant une populace i^orante et superstitieuse, de porter le malheur partout où il dirigeait ses pas.
L'auguste vieillard fut aussitôt conduit dans une chartreuse près de Florence , paisible solitude oiïl il allait faire une dernière station de dix mois ayant d'arriver au terme de son martyre.
Il reçut alors la visite du grand duc de Toscane. Cette entrevue fut accompagnée de part €t d'autre d'un attendrissement profond : c'était un captif qui en visitait un autre , à cette différence près que. Ferdinand , libre en apparence , mais tremblant sous la domination française , voyait avec douleur son nom couvrir des actes ordonnés par les révolutionnaires. Tel était le fruit amer qu'il recueillait des lâches condescendances au prix desquelles il espérait préserver son peuple des maux de la guerre ; mais le moment n'était pas éloigné où l'invasion des Français en Toscane devait
prouver au grand duc que les ménagemens politiques qu'on accorde à un gouvernement immoral sont sans profit comme sans honneur.
Gomment peindre dignement l'entrevue touchante qui eut heu dans le même temps entre le pontife et' deux autres personnages comme lui illustres et déplorables exemples de la fragilité des grandeurs humaines? Le. roi et la reine de Sardaigne , que les armées républicaines avaient récemment chassés de leurs états * où ils laissèrent des souvenirs immortels de bonté et de vertu , vinrent aussi visiter Sa Sainteté. Dès que Charles -Emmanuel l'aperçut , il se prosterna. « J'ou- » blie dans ce moment , s'écria-t-il , toute » mes disgrâces; je ne regrette point le trône » que j'ai perdu, je le retrouve tout à vos » pieds. » — « Hélas ! cher prince , répondit » Pie VI , tout n'est que vanité , nous en som- » mes vous et moi la triste preuve. Portons » nos regards vers le ciel, c'e^t là que nous » atteindrons des trônes qui ne périront ja- » mais. » Combien , dans une telle occasion , durent être touchans les discours de cette digne sœur de Louis XVI ^ qui , sur le trône
de Sordaigne, sut allier à la majesté du plus haut rang toute Taustérîté d'une cénobitç! Marie - Clotilde et son époux pressèrent le pontife de les accompagner en Sardaigne , où ils allaient , en se consacrant tout entiers au bonheur de leurs sujets d'outre-mer , se consoler de la perte des fidèles habitans de la Savoie et du Piémont. « Venez avec nous, 9 saint père , lui disait la pieuse reine , nous » nous consolerons ensemble , vous trouverez » dans vos enfans tous les soins respectueux » que mérite un si tendre père. » Pie VI se refusa à leurs généreuses instances. Qu'il dut lui coûter ce refus, commandé par son âge et ses infirmités , et plus encore par la crainte d'attirer sur ces infortunés époux de nouvelles persécutions de la part de leurs farouches oppresseurs ! Emmanuel et Clotilde se retirèrent comblés des vœux du père des fidèles et de ses bénédictions , trésor préférable pour ce couple pieux et digne d'un meilleur siècle , à toutes les richesses qui soutiennent la puissance et la dignité des couronnes. Marie- Clotilde, c'était surtout pour toi que devaient fructifier les grâces attachées à la bénédiction du pontife. L'odeur suave de tes vertus et de ta
sainteté est montée jusqu'au cie^ : elle a réjoui les bienheureux ; et déjà Téglise a marqué ta place dans le séjour de la béatitude.
A Sienne les membres du sacerdoce pouvaient assez librement approcher du pontife : il n'en fut pas de même à la chartreuse ; ses gardiens le surveillaient rigoureusement, et ce n'était qu'avec des peines infinies que les prêtres , et même les évêques , pouvaient avoir le bonheur d'être admis en sa présence. Un tel excès de tyrannie n'arracha pas un murmure au pontife : sa résignation était parfaite. « Nous » nous sommes fait un devoir , écrivait-il à un » digine prélat ( i ) , de considérer en ceci la vo- » lontédu Seigneur, et d'incliner la tête de— » vaut ses décrets suprêmes. » Dans une lettres «dressée à lamème époqueà monseigneurGonfialvî{2), Sa Sainteté disait au sujet des menaces atroces des républicains français envers» sa personne : « Je ne comprends pas ce qu^ » veulent ces messieurs ; n'importe ! Nou»
(i) L'archevêque de Bellune.
(2) Alors auditeur de Rote. Le pape lui écrivaL ^ au sujet de son incarcération dans le château Saint: — Ange.
» sommes entre les mains de Dieu : rien n'ar- » rivera que selon sa volonté. »
Cependant il eut un jour une grande consolation. Plusieurs cardinaux, fidèles à leur Dieu et à leurs sermens , avaient été traînés A Cività-Vecchia pour être déportés au-delà des mers , suivant le système barbare adopté par le Directoire depuis lé 18 fructidor. La Providence voulut que le bâtiment sur lequel on les avait entassés ne pût point aller à sa deitination. Une tenipête le rejeta dans le port Tle Livourne ; les cardinaux profitèrent de cette occasion pour aller rendre leurs devoirs au saint père , et pour puiser dans son exemple , dans ses conseils et dans ses bénédictions, une nouvelle force contre la rage de leurs persécuteurs. Avec quelle joie Pie VI ne revit-ail pas ces nobles compagnons de ses travaux , qui Tétaient devenus de son infortune?
Plus les geôliers du pontife cherchaient à le priver de toute communication avec l'Eglise , plus le zèk du saint vieillard s'occupait des besoins de la chrétienté. C'est de la chartreuse de Florence qu'il écrivit ces admirables lettres qui , rappelant l'éloquence apostolique des Léon et des Grégoire , attestaient au monde
catholique que Tautorité du vicaire de Jésus- Christ ne se repose jamais , et qu'aucune force humaine ne peut rien pour l'arrêter. Féliciter les prélats de la Belgique ( i ) de leur fermeté , de leur constance dans l'exil et dans les prisons pourla ciéfense de l'unité de l'Eglise ; confirmer par des brefs (2) les décisions déjà prises pour
les affaires de France; s'élever avec force contre la conduite des prêtres de Rome (3) qui ont osé prêter serment à la république romaine ; condan^ner avec une persévérante énergie le serment de haine à la royauté que les révolutionnaires français voudraient imposer aux
(1) Bref au cardinal de Frankenberg, archevêque de Malines, où Sa Sainteté le félicite, ainsi que rérêque de Ruremonde nominativement.
(2) Ces deux brefs adressés à Mgr. Octave Boni, archevêque de Nazianze 9 à Mgr. Passeri , son vicairegénéral à Rome , et à Mgr. de Pietro, évêque d'Isaure et dépositaire de ses pouvoirs, tous trois députés pour les affaires de France.
(5) Notamment les professeurs du collège romain et de Id Sapienza, Il ne faut pas croire qu'en cela Pie VI n'avait eu aucun égard aux circonstances. Lui-même Avait dicté la formule d'un serment de résignation. {Martyrs de lu Foi, tom. IV, pag. 3ii. )
fninistres de la religion , tels sont les importons objets de cette correspondance apostolique. La prévoyance du pontife embrassait jusqu'au temps où il ne serait plus : ce fut encore de la chartreuse de Florence qu'il émit une bulle pour prévenir, après sa mort, un schisme qui eût ajouté à toutes les tribulations de l'Église (1). L'Europe catholique , en recevant avec respect les instructions du pontife, concevait avec peine qu'un vieillard dont le corps à demi paralysé avait déjà l'immobilité de la mort, pût suffire presque seul à dm détails aussi multipliés (2). En cela surtout il fallait admirer Pie VI : l'activité de sa tête et la force de sa raison survivaient en quelque sorte à la matière périssable qui enveloppait sa belle âme. Pénétrés de ce sentiment, les
(1) Voici la substance de cet acte :
« Ed cas de mort, et pour prévenir un schisme , on procédera de la manière que je déterminerai à l'élection de mon successeur.
» Les antiques lois qui prescrivent le terme du Gonclaye dans le palais de saint Pierre , dix jours après la mort du prince régnant, sont suspendues. »
(2) Il n'avait avec lui que deux prélats , outre son médecin et deux autres officiers de sa maison.
35o ÉLOjGE
prélats français réfugiés en Angleterre s'exprimèrent d'une manière frappante dans un^ lettre qu'ils adressèrent alors au pontife : « Avoir régné sur Rome avec douceur et jus- » tice par le double empire des lois et de^ » bienfaits ; avoir décoré cette ville de chefs- » d'œuvre tant anciens que modernes , tel est » le fait d'un grand prince ; mais , dans les » circonstances les plus difficiles , soutenir » l'Eglise par sa constance invincible , la con— » soler par sa piété , la diriger par sa pru— » dence et sa doctrine , tel est, très-saint-père^ » le mérite qui vous est propre : voilà ce quî. » distingue votre pontificat , voilà ce qui fai » votre gloire. » La réponse de Pie VI n^ fut pas moins renjarquable ; il exhortait cesfidèles et pieux évéques, honneur éternel d^ l'Eglise gallicane , à persévérer dans leur courageuse conduite et à se réjouir avec lui des tribulations dont le Seigneur le favorisait dans soim amour. Il se félicitait avec un pieux orgueil d'à— voir par ses souffrances quelque trait de ressemblance avec le Dieu dont il était le vicaire. Il les assurait qu'il était disposé à souffrir les plus grands tourmens pour la justice, et qu'il ne voyait au milieu de tant d'afflictions que
DE PIE VI. Zbi
le triomphe éclatant de la religion sur Tîmpiété. « Je ne soupire , ajoutait sa sainteté , » que pour la paix et la gloire de TEglise , qui » ne fut jamais plus grande que dans la per- » sécution. Je ne désire que la consomma- » tion du sacrifice auquel mon âme se dis- » pose; et je défie, avec saint Chrisostôme, » toutes les puissances , la pauvreté , Texil , » la 'mort même, de rompre les liens étroits » qui m'unissent à cette Eglise contre laquelle » viendront se briser les plus violentes tem- » pêtes , et tous les efforts de l'enfer , jusqu'à » la fin des siècles. »
Mais un exil entouré de tant de calme , dirai-je même d'honneur ? ne pouvait satisfaire la haine du Directoire. Il est donc venu pour moi le moment de demander à ce gouvernement immoral et lâchement cruel , compte des derniers jours d'un saint martyr. Il faut être juste cependant : ce n'est peut-être pas le directoire tout entier qu'il faut accuser. Quelque disposé que fût chacun de ses membres à ne pas reculer devant un crime politique, quelque ardeur qu'il eût mise à renverser le gouvernement pontifical , le Directoire avait long-temps balancé avant d'ordonner
renlèvement de Piç VI , non par scrupule de commettre Faction la plus injuste , mais par la crainte du fâcheux effet qu'elle pouvait produire en Europe. En ordonnant cette mesure , après beaucoup d'hésitations , le Directoire ne s'était rendu qu'aux sollicitations d'un de ses membres, qui, pour être le plus ridicule des humains ^ n'en avait pas moins paru digne d'être un des souverains élus de la France républicaines A cet homme donc appartient principalement cette œuvre de folie et d'iniquité , de cruauté et de sottise. Parmi ceux qui ont déjà assez épuisé la coupe de h vie pour avoir été témoins des turpitudes de la révolution, qui ne se rappelle ce sycophante politique , lequel , au seul nom de prêtre et de pape , entrait en convulsion , et qui n'en prétendit pas moins être le souverain pontife de cet Être-Suprême que Robespierre avait décrété. Teint du sang de son roi , Lareveillère Lepaux s'était fait le mufti des frères et amis. Ce petit homme, dont l'intelligence mal organisée logeait dans le corps le plus difforme, prétendait singer Mahomet et réunir en ses débiles mains le pouvoir sacerdotal et l'autorité politique. Il s'était fait le chef des théophi-
lanthropes > secte assez digne de mépris pour qu'il parût très - convenablement placé à la tête de ses grotesques cérémonies. Voilà quel était au sein du Directoire l'adversaire ou plutôt l'indigne persécuteur de Pie VI ; voilà quel a été le véritable bourreau du chef d'une religion que l'excès même des humiliations releva toujours. Lareveillère Lepaux , c'est donc sur toi que doit surtout retomber l'opprobre d'une violence aussi atroce qu'inutile exercée contre la vertu ^ le sacerdoce et la vieillesse , violence que le peuple français désavoua autant qu'il était en lui , et sur laquelle on entendit gémir jusqu'à des révolutionnaires.
Que gagnez-vous , ô nations ! à vous soustraire à l'autorité légitime pour vous abandonner aux suggestions perfides des ambitieux qui vous flattent! Vous renversez un gouvernement dont les abus mêmes attestaient la douceur paternelle ; vous vous dites libres alors ; vous dansez sur des ruines et sur des cadavres sanglans; mais^ affranchies du joug des lois et des devoirs, vous tombez dans Tanarchie ou bien sous le joug honteux, sous l'impitoyable férule de quelques hommes
qui, sortis de vos derniers rangs, portent, daiis rexercîce d'un pouvoir usurpé,avec l'ignorance des intérêts nationaux , Tivresse des parvenus et la bassesse des habitudes attachées à leur première condition!
Etait-il une mesure plus capable^ que Fenlèvement de Pie VI de compromettre la nation française aux yeux de l'Europe et de la postérité ? Semblable à ces fléaux envoyés de Dieu dans l'ordre physique , et qui n'épargnent ni les bons ni les méchans , cette démarche funeste , en portant la désolation dans le cœur des bons Français, appela l'indignation detous les peuples et de tous les rois de l'Europe sur la France, qui tolérait encore ce crime après tant d'autres. Tous virent dans ce nouveau forfait une insulte solennelle faite à la majesté souveraine , comme à la religion et au droit des gens. Les nations étrangères en conçurent de vives alarmes ; et ce sentiment , en resserrant les liens de la coalition européenne , devait susciter aux Français , pendant la campagne de 1 799 , des revers inattendus. Alors on vit les cantons catholiques de l'Helvétie se fortifier dans leur haine contre la France révolutionnaire. Les catholiques irlandais se déta-
chèrent de son alliance et repoussèrent sa dangereuse protection. Convaincu de tout ce quïl aurait à craindre de la part du Directoire pour sa religion , ce peuple généreux préféra demeurer soumis au joug oppresseur des Anglais, dont le fanatisme anti -romain connaît au moins des bornes ^ puisqu'il est raisonné ; et les Irlandais abjurèrent le projet^ peut-être exécutable alors, de s'insurger contre le léopard pour devenir une colonie française* Cette fausse prudence , qui en politique ne sait que prévoir le lendemain , semblait à quelques égards autoriser la détermination que prit le Directoire après tant d'irrésolutions , d'éloigner le pape de l'Italie. Les préparatifs guerriers des empereurs d'Autricl>e et de Russie faisaient prévoir que la guerre allait se rallumer : les chances pouvaient en être défavorables à la France , et dans ce cas il y avait à craindre que les peuples italiens , touchés du malheur du saint pontife , ne se levassent enfin comme un seul homme pour briser ses fers et le reconduire en triomphe dans sa capitale. Il fallait prévenir un pareil échec pour la philosophie révolutionnaire; et l'on ne trouva d'autre moyen
que de donner à Pie VI la France pour prison ! Mais 9 toujours timide dans Texécution de ses projets , le Directoire , au lieu de prendre un parti décisif , hésita , négocia long-temps ; il parut vouloir , dès Tarrivée du pontife à Sienne , que sa sainteté quittât la Toscane ; mais il était encore indécis sur le lieu de so» nouvel exil. Les avis les plus cruels furent alors mis en avant : sans égard pour l'âge et les infirmités de Taugùste vieillard , on ne parlait rien moins que de le déporter soit en Sardaigne , soit à Malte, soit même en Amérique, où il aurait été confondre ses cendres avec les ossemens de tant de généreux martyrs de la foi. Cependant plusieurs souverains de TEurope lui offraient un asile qui sans doute eût été inaccessible à la persécution révolutionnaire. Paul P' , autocrate de Russie, et François II, empereur d'Autriche, mettaient le plus d'empressement dans leurs offres généreuses. Mais un octogénaire , accablé d'infirmités, pouvait-il songer à s'éloigner du beau ciel de la Toscane , pour affronter le climat de la froide Moscovie ? Le Directoire ne s'opposa point à ce que le grand-duc envoyât à Vienne Manfredini , son ministre , avec la
DE Plifi \I. 557
mission de ménager au pape une retraite paisible au sein des états héréditaires d'Autriche (1). Déjà Ton était décidé pour le couvent de Moëlk, riche abbaye sur le bord du Danube , à douze mille« de Vienne , et qui, par la beauté majestueuse de sa construction, n'était pas indigne de loger un hôte aussi auguste. L'imprudente jactance de l'ambassadeur français à Vienne , Bernadotte (2) , amena la rupture subite de cette négociation dont l'heureuse issue aurait épargné à Pie VI bien des souffrances , et à la nation française la honte de rougir sur la mort cruelle de ce pontife. Il fut alors question de le faire passer en Espagne ; mais le roi Charles IV, qui déjà pourvoyait noblement aux besoins de la mo-
(1) Il est question de cette négociation dans le Moniteur de ventôse an 6, sous la rubrique du 27 ventôse (17 mars 1798).
(a) On sait que Bernadette , alors très-fougueux républicain , mais qui ne Test plus sans doute depuis qu'il a rhonneur d'être roi, fit arborer à Vienne, le i3 avril 1798, les armes de la république française , malgré le peuple de cette capitale, qui l'insulta et l'obligea de revenir en France.
55a ÉLOGE
deste cour du pape à Sienne ( i ) , ne voulait consentir à l'admettre dans son royaume qu a des conditions qui eussent ménagé la dignité pontificale : et cette seule considération parut au gouvernement français suffisante pour faire rejeter ces conditions comme inadmissibles. On songea^ de nouveau alors à déporter le saint-père en Sardaigne (2), Je ne saurai dire quel motif empêcha de suivre ce projet. Le seul déplacement qu'il subit alors se réduisit à sa translation de Sienne à la Chartreuse de Florence (3). Il y était à peine depuis un mois que le Directoire , vivement inquiété par des insurrections sans cesse renaissantes dans l'état romain , lui fit signifier qu'il eût à s'embarquer pour la Sardaigne. En vain les médecins démontrèrent l'impossibilité d'un pareil voyage à moins de vouloir que le pape expirât pendant la traversée ; en vain le grand-<iuc fit entendre les remon-
^1) Par les mains du jcardinal Lorenzana^ le seul in,embre du sacré collège qui résidât auprès du pontife.
(2) Moniteur de l'an 6 , rubrique du 2 prairial (21 mai 1 798 ).
(3) 2 juin 1798 ( 14 prairial an 6}.
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trances les plus pressantes : elles ne purent convaincre les décemvirs français; et Pie VI , résigné à tout souffrir, fixa lui-même son départ au 5 juillet 1798 (1). Il faut le dire pour
(1) Od peut lire» dans le Moniteur , les détails ùl ce sujet. Ces documens, mêlés de^étîcences maladroites qui ne produisent que des contradictions grossières, prouvent que les réyolutionnaires se trouvaient forcés quelquefois de rendre justice à la constance de Pie VI :
« Notre gouvernement vient d'apprendre, par un courrier extraordinaire , que le chevalier Azara a expédié au cardinal Lorenzana la détermination positive et imprimée d'après laquelle le pape doit se retirer à CagUarî. Elle a consterné le grand -duc et le marquis Manfredinî , qui se flattaient d'avoir réussi à assurer à Sa Sainteté un asile plus agréable. Le ministre toscan, que le pape avait prié de l'aller voir, a éludé cette entrevue embarrassante. Le gouvernement, ne sachant pas trop qui il pouvait charger de lui annoncer la fâcheuse nouvelle qu'il venait de recevoir, avait enfin jeté les yeaz sur un abbé Parisio , qui a été secrétaire du ministre vénitieu à Rome , et qui se trouvait ici avec tai;t d'autres Romains bannis de leur patrie sans cesser d*être attachés à leur ancien souverain. Il parait que cet affidé de Pie TI s'est refusé à lui donner cette fatale preuve de dévouement. Nous avons appris que hier matin le ministre Scrrati et trois autres ministres de la secrétaîrerie d'état se sont rendue à la chaiticuse
56o ÉLOGE
rhonneur de Thumanité , les agens du Directoire , qui ne pouvaient s'empêcher d'admirer les vertus et la résignation de leur captif, se refusèrent dans cette occasion à exécuter des ordres trop cruels, et ils laissèrent encore Tauguste vieillard dans son asile. Le Directoire insistait cependant pour son départ : çans cesse il importunait le grand-duc et ses
auprès de Pie YI , pour lui annoneer son sort. On prétend qu'il a reçu cette nouvelle avec toutes les apparences de la résignation ; mais qu'en secret il n'a pu s'empêcher de répandre des larmes. »
On trouve encore, sous la rubrique Florence, 6 germinal an 6 (26 mars 1 798 ) :
« Le pape a dit qu'il n'était qu'au commencement de son émigration : il paraît oublier son âge. »
£t encore à la date de Rome, 5 fructidor an 6 (20 août 1798} , après avoir parlé de la maison de campagne du neveu du pape , et rappelé qu'elle était située sur les ruines des maisons de plaisance de Cîcéron et d'Horace, le journaliste ajoutait :
a On y voit encore les ruines de celle de Varus, Taincu autrefois par ce Germain dont les Romaios ont changé le nom de Hermann en celui d'Arminius; c'est ce Germain qui causa à Auguste , alors maître du monde , le plus violent chagrin qu'il eût jamais i^ prouvé, lorsque, renfermé dans son appartement et
ministres par les réclamations les plus vives et les plus déraisonnables au sujet du séjour trop prolongé du pontife en Toscane. Voulant par un affreux calcul de perfidie faire porter sur ce prince une partie de la honte de sa démarche, il alla jusqu'à exiger que Ferdinand lui-même bannît le pape de ses états : « Je » n'ai point désiré qu'il y fût amené , répon-
livré au délire du désespoir^ il s'écriait : Yarus, rendsmoi mes légions ! Que de réflexions font naître ces rap* prochemens! Pie VI supporte mieux qu'Auguste des changemens encore plus cuisans. Dans la Chartreuse près de Florence , où il est presque oublié , il ne s'écrie pas : « Français ; rendez-moi ma tiare et mes honneurs presque divins. » Il se résigne à sa destinée avec une constance qui tient peut-être plus à l'apathie qu'au courage. »
Florence, 6 mars 1798.
« Pie Via demeuré quatre jours à Sienne 9 dans le couvent des Augustins ; il paraissait tranquille et satisfait de sa situation. »
Milan , 27 ventôse an 6.
« Le pape jouit d'une assez bonne santé; il s'est un peu remis du coup qui l'a frappé ; et il disait dernièrement que tout ce qui lui est arrivé ne paraît plus qu'un 9onge. »
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» dit le grand-duc , vous n'exigerez pas sans » doute que je le chasse, » Cette réponse si simple en elle - même parut un efifort de courage , tant était grande la terreur que Taudace républicaine inspirait aux souverains ! Toujours est-il qu'elle suflSt pour le moment à ' empêcher le pontife d'être déporté loin de la Toscane ; mais elle valut plus tard à Ferdinand Tenvahissenfient de ses états. Pendant six mois encore le pape coula des jours assez paisibles à Sienne , lorsqu'au milieu des rigueurs de février arriva l'ordre de le faire embarquer sur-le-champ pour Cagliari , et cet ordre était conçu de manière à ne souffrir aucun retardement. Pie VI , dont la santé paraissait un peu raffermie , se prépara sans hésiter à ce nouveau sacrifice. Déjà tout était prêt pour le départ; mais une rechute subite le mit à la veille de faire un voyage encore pjus important. Pendant plus d'un mois il fut entre la vie et la mort. Les révolutionnaires souriaient encore une fois à son agonie : ils croyaient qu'avec le dernier soupir de Pie VI , allaient s'anéantir l'Eglise et la papauté : comme si Néron , maître du monde , avait pu les détruire par le martyre
de saint iPierre ! Le pontife se rétablit enfin pour des souffrances plus cruelles que celles de la nature , car elles allaient être l'ouvrage de la scélératesse des hommes. L'on était sur le point d'appareiller vers la Sardaigne , lorsque l'envoyé de France s'opposa lui -même à son départ. Les Anglais couvraient la mer de leurs navires ; ^t les agens français , craignant de se voir arracher leur proie , attendirent de nouveaux ordres. Ainsi l'Anglais hérétique n'eut pas la gloire qu'il avait généreusement ambitionnée de délivrer de ses fers le successeur des apôtres. A la fin , pour s'affranchir de toutes les angoisses que lui causait la présence du pape en Italie , le Directoire met de côté toute pudeur , toute dissimulation : il envoie à ses commissaires le commandement exprès de conduire Pie VI en France , sur cette terre qui, sous le sceptre paternel de nos rois, avait toujours été l'asile dqs princes malheureux , mais qui , pendant la trop longue éclipse de l'astre des Bourbons, n'en devait plus être que la prison ou le tombeau.
Le voyageur apostolique va partir pour son dernier pèlerinage. Avant de quitter sur ses pas ritahe , jetons un regard en arrière , et
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voyons quelle était la situation de Rome depuis treize mois que cette reine des cités chrétiennes était veuve de son pontife.
Avec quelque rapidité que les Français eussent opéré la révolution dans Rome, il était facile d'apercevoir que l'opinion générale était contre eux et leurs partisans. Chaque Jour le peuple manifestait sa haine par le massacre de quelques Français isolés ; et l'exécution des coupables dans les vingt - quatre heures ne faisait que rendre cette animosité plus profonde. Aux vengeances particulières qui ressemblaient trop à des assassinats , devait , cinq jours après l'enlèvement du pontife , succéder un soulèvement général dont l'occasion fut la division qui régnait dans l'armée française. Un grand nombre de soldats et d'officiers conservaient sous la cocarde tricolore les sentimens de religion et d'honneur qui avaient de tout temps animé notre nation. (et c'est ici le lieu de rappeler que pea — dant nos troubles civils l'honneur français ^ ne trouva presque de refuge que sous l^^s drapeaux). Ces généreux guerriers gémissaient des persécutions que la présence d'u^^^e armée française autorisait à Rome contre
le sacerdoce ; ils voyaient avec honte les criantes dilapidations que se permettaient une foule d'agens civils et militaires visiblement protégés par' le Directoire. L'intérêt personnel se joignait à ces nobles motifs. Les troupes n'étaient pas payées , tandis que plusieurs généraux et les publicains de Tannée , affectaient uft luxe non moins révoltant que leurs rapines. D'ailleurs Berthier, qui par sa probité , et même , jusqu'à un certain point , par sa modération , avait mérité la confiance et l'estime du soldat, venait de céder le commandement à Masséna, dont les brigandages récens dans la Vénétie avaient scandalisé les révolutionnaires les moins scrupuleux. La présence d'un tel chef à Rome redoubla l'audace des dilapidateurs: tout était au pillage comme dans une ville prise d'assaut : aucune maison , aucun temple n'était à l'abri de leur rapacité. L'indignation des officiers de l'armée est à son comble. -Ils tiennent des conciliabules , et forment des délibérations , contraires sans doute à la discipline , mais qu'autorise la force des circonstances, et que commande l'honneur du Boin français. Ils refusent d'obéir à Mas-
séna , et redemandent Berthier pour général (i).
(i) Ces griefs sont exposés dans une adresse pré^ sentée au Directoire par quatre officiers de Tarmée d'Italie , députés de leurs compagnons d'armes. £n yoici les passages les plus remarquables :
« Citoyens directeurs ^ la calomnie pourrait dénaturer, par des rapports mensongers, les motifs qui ont donné lieu à l'assemblée générale et volontaire des officiers de tous les corps de l'armée de Rome. Notre honneur exige donc que, par un exposé fidèle et exact» nous TOUS convainquions de la pureté de nos vues. Trois causes importantes ont motivé cette assemblée, l'honneur, le besoin et l'apparition inopinée du général Masséna pour commander en chef l'armée. La nécessité nous prescrivit cette démarche décisive pour prévenir une insurrection parmi les troupes. Aussi, le soldat resta paisible au milieu de nos délibérations, et observa la plus exacte discipline. La première de ces causes est l'honneur qu'une troupe de brigands,. qui sans doute ont surpris la confiance de la nation, cherche à nous enlever. Ces hommes se portent dans les plus riches maisons de Rome, se donnent pour receveurs des contributions, et enlèvent l'or, l'argent, lesbijoux, tous les objets précieux, ainsi que les chevaux, sans donner aucun reçu. Cette conduite, si elle était impunie , déshonorerait la nation française aux yeux de tout l'univers. Nous pouvons fournir une foule de preuves de ces faits odieux. Quelques-uns des
Les sujets de Pie VI, voyant leurs oppresseurs ainsi divisés, n'hésitent pas à se souvoleurs sont déjà arrêtés, et ils seront traités comme ils le méritent. La deuxième cause est la misère dans laquelle se trouvent les soldats et rofficier; privés de leur solde depuis cinq mois , ils manquent de tout. Le luxe excessif et les prodigalités de quelques personnes de rétat- major forment un contraste révoltant avec cet état de dénuement absolu. La troisième cause est le mécontentement que l'armée a éprouvé à l'arrivée du général Masséna. Elle n'a point oublié les brigandages et les extorsions qu'il a exercés sur les habitans des pays où il commandait. Le territoire vénitien , et surtout Padoue, est un champ fertile où l'on peut rassembler les preuves les plus nombreuses de son immoralité.
» Nous nous sommes assemblés, le 6 de ce mois, après la parade, dans la rotonde du Panthéon. Les ofôciers de chaque corps , qui étaient de service , restèrent dans leurs quartiers respectifs , et attendirent tranquillement, conjointement avec les troupes, le résultat de nos mesures, qui avaient pour but le bien général. Le général Masséna , informé de cette réunion, envoya un adjudant-général qui nous ordonna, en son nom, de nous séparer, en ajoutant qu'en cas de refus, il ferait avancer les troupes qui étaient sous les armes , ainsi que l'artillerie , pour nous réduire à l'obéissance. L'assemblée répondit qu'elle attendait tranquillement la mort, et qu'elle préférait mourir
lever : tandis que les officiers français, réunis dans la basilique de Saint-Pierre , protestent
plutôt que de survivre à la honte qui allait couvrir la patrie et l'année; que, dans le temple où elle était réunie , elle prenait l'Être suprême à témoin de la pureté de ses vues. Un officier de chaque corps fut alors envoyé au général poijrlui remettre une copie de notre adresse, dont l'objet était de convaincre le peuple romain que nous n'étions point coupables des vols que commettaient quelques vils individus, qui^ sous le titre de préposés de l'armée pour rassembler les contributions, déshonoraient l'armée par leur conduite iufâmç^^ et indisposaient le peuple romain contre elle. Iliiiéiiiâ reçut ces députés comme des séditieux : il ne jpRdttt ni lire l'adresse ni promettre qu'il ferait droit à nos JMStés deniandes. Pour convaincre le général que nous n'étions point des séditieux, et que nous désirions le maintien de la tranquillité publique , nous nous ren« dîmes tous chez lui le soir, dans le plus grand calme. Il ne réponde à nos demandes que par des paroles insignifiantes. Alors nous résolûmes de nous rendre che2 le général Berthier, qui nous reçut avec Tair ouvert et la cordialité qui le caractérisent. Il lut l'adresse, et promit de s'interposer pour qu'il fût satisfait à son contenu. Les ordres qu'il donna pendant la marelle de l'armée sur Rome, et lorsqu'elle y entra, prouvent combien il est l'ennemi des dévastateurs.
» Le 7 au matin nous nous rassemblâmes de nouveau dans la rotonde , pour délibérer sur l'état des choses.
contre Tautorité de Masséna , les Romains s'attroupent dans les quartiers de Transtevère
Une députation de généraux y vint aussi; elle se conyainquit de la bonté de nos vues, et y prit elle-même quelque part. Dans l'après-midi du même jour, le général Masséna fit battre la générale; aussitôt tous les officiers qui se trouvaient dans la rotonde se rendirent à leur poste. Le général avait arrêté qu'il ne resterait que trois mille hommes dans Rome pour les livrer aux poignards des insurgés et des fanatiques. C'était dans cette vue qu'il avait déjà quitté Rome; mais l'armée, qui avait dès lors pénétré son dessein, refusa d'obéir à ces ordres meurtriers. Il fut envoyé ensuite des députés de chaque corps au Capitole , où ils pouvaient se rassembler avec sûreté. La première cliose qu'ils firent fut de rédiger deux circulaires qu'ils envoyèrent par une députation aux généraux Berthier et Masséna. On priait le premier, on le sommait même, vu l'urgence des circonstances , de reprendre le commandement de l'armée ; on déclarait au second que l'armée était singulièrement mécontqnte de sa conduite ; qu'elle ne le voulait en aucune manière pour général, et qu'elle ne reconnaissait pour général en chef que le citoyen Berthier.
» Les séditieux et les fanatiques, qui étaient informé que l'armée devait quitter Rome , à l'exception de trois mille hommes, s'étaient rassemblés trop promptement pour eux dans différens quartiers de la ville. Un grand nombre de nos frères d'armes, qui avant* que l'on