‹ Éloge funèbre du Président Abraham LincolnChapitre 12 sur 40 · IL PART POUR WASHINGTON · texte numérisé non relu

IL PART POUR WASHINGTON

Le 11 février 1861, il quitta Springfield où, depuis un quart de siècle, était fixé l'heureux foyer de sa famille, et s'adressant à cette foule d'amis et de voisins qu'il ne devait plus revoir, il leur fît ces solennels adieux : « Je ne sais pas si je vous reverrai bientôt. Un devoir m'est imposé, plus grand qu'aucun de ceux qui depuis Washington soient descendus sur des épaules humaines. Sans l'aide de la divine Providence, en

(1) Surnom de l'Illinois.

laquelle il eut toujours confiance, Washington n'eût pu réussir. C'est à l'Être tout-puissant que je demande aussi secours. Priez pour qu'il me l'accorde, cette divine assistance sans laquelle je ne puis rien, mais avec laquelle le succès est certain. » A ceux de l'Indiana il dit : « Je ne suis qu'un instrument accidentel et temporaire, c'est à vous qu'il appartient de se lever et de défendre l'union et la liberté. » Dans la capitale de l'Ohio : « Sans nom, sans motif pour que j'aie un nom, une tâche m'est incombée, plus lourde même que celle qu'eut à remplir le père de la patrie. » A diverses reprises, dans l'État de New-York, et notamment à Albany devant la législature qui lui offrait l'appui de toutes les forces unies de « l'État impérial (1) », il répondit: « Tandis que je me regarde comme le plus humble de ceux qui jamais seront élevés à la présidence, j'ai à remplir une tache plus difficile qu'aucun d'eux. J'apporte à l'œuvre un cœur dévoué. Il faut que je m'appuye sur le peuple de notre pays tout entier; mais avec son appui, moimême, tout humble que je suis, je ne puis manquer de conduire au port à travers la tempête le vaisseau de l'État. » Au New-Jersey il déclara : « J'adopterai le système que je crois le plus juste envers toutes les parties de la nation, envers le Nord, l'Est, l'Ouest et le Sud, de bonne foi et avec une égale bienveillance pour chacune de ces parties. Je suis ami de la paix, mais il se peut que je doive poser sur le sol un pied qui ne recule pas. » Et dans l'antique Independence-Hall de Philadelphie : « Jamais en politique je n'ai nourri un sentiment, qui ne fût le fruit de ceux dont la déclaration d'indépendance est l'incarnation et qui n'ont point donné la liberté seulement au peuple de ce pays, mais au monde entier dans l'avenir. Si la patrie ne peut être sauvée que par l'abandon de ces principes, que l'on me tue ici, j'aime mieux cela que de les livrer. Je n'ai rien dit que ce que je suis prêt à maintenir et dans la vie et dans la mort. »

(1) Surnom de TÉtat de New-York.

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