LA POLITIQUE ANGLAISE
La vitalité de l'Amérique est indestructible. Le gouvernementanglais l'oublia, et sans attendre, fit en hâte ce que n'avait jamais fait jusque-là puissance chrétienne, ce que lui-même avait condamné comme contraire au droit public entre nations, à l'époque des guerres de notre indépendance. Les États insurgés n'avaient pas un vaisseau qui ne fût bloqué dans son port, l'Angleterre leur reconnut cependant les droits de puissance belligérante même sur mer; etcela, alors que ces rebelles nonseulementcombattaient,sans l'ombre d'un grief, le plus doux etleplus bienfaisant des gouvernements de la terre, mais de plus s'insurgeaient contre la nature humaine elle-même, en luttant pour l'asservissement à perpétuité d'une race. L'effet de cette reconnaissance fut de donner la protection de la justice anglaise à des actes qui en réalité n'étaient que de la piraterie. Toutes les ressources des capitalistes de l'Angleterre, leurs ateliers, leurs magasins, leurs arsenaux privés, leurs chantiers de construction, se liguèrent avec les insurgés, et dans le monde entier tout port anglais devint un lieu de refuge d'où des vaisseaux anglais, montés par des marins anglais, armés de canons anglais, comme des oiseaux de proie guettaient notre commerce paisible et s'élançaient sur nos navires, sortant de ports anglais chargés de productions anglaises, ou revenant d'avoir généreusement porté nos grains aux pauvres d'An-
gleterre. Le premier ministre, aux acclamations de la chambre des communes, s'indigna de la seule idée d'apporter, à notre prière, à la législation anglaise le moindre changement dans le but de mieux garantir une stricte neutralité; et à nos remontrances, dont aujourd'hui on reconnaît la justice, il répondit que les Anglais ne pouvaient constamment modifier leurs lois.