‹ Éloge funèbre du Président Abraham LincolnChapitre 2 sur 40 · NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE LA RÉPUBLIQUE AMÉRICAINE

Au temps voulu, une république surgit dans les solitudes du nouveau monde. Des milliers d'années s'étaient écoulées avant que cet enfant des âges pût voir le jour. De tout ce qu'avaient produit de bon les systèmes des siècles antérieurs, elle tira sa substance; les naufrages du passé lui servirent de leçons.

Animée d'une foi sincère, incrustée au plus profond de son âme, elle délivra la religion de tout lien envers le pouvoir temporel, afin que ses adorations pussent devenir des adorations en esprit et en vérité. La sagesse que l'Inde avait transmise à la Grèce, ce que la Grèce y avait ajouté, la jurisprudence des Romains, les grandes communes du moyen âge, l'expérience politique de l'Angleterre, la calme science du droit naturel et international créée en France et en Hollande, toute cette quintessence de la pensée humaine lui versa ses rayons. Elle dégagea l'or pur de la sagesse politique, des sables qui la souillaient; elle l'arracha aux rocs qui l'étreignaient; elle la retira de dessous les ruines qui la couvraient. Et de tout ce qu'avaient découvert les philosophes et les hommes d'État, de toute l'expérience des vies humaines écoulées, elle composa une philosophie politique désormais éternelle, le principe désormais fondamental de la vie morale des nations. Les sages de l'Europe cherchaient la meilleure forme gouvernementale dans une habile mixture de monarchie, d'aristocratie et de démocratie ; L'Amérique, sans s'arrêter à ces mots, plongea jusque dans les entrailles des organismes sociaux, pour y trouver leurs principes vitaux, et en former cette république libre, la réalisation la plus parfaite connue du grand principe de l'égalité naturelle de tous les hommes. Elle confia à la loi la mission de conserver, à l'esprit du peuple celle de réformer, et de l'heureuse conciliation de ces deux forces, elle tira sa puissance.

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