‹ Éloge funèbre du Président Abraham LincolnChapitre 24 sur 40 · LE PEUPLE AMERICAIN · texte numérisé non relu

LE PEUPLE AMERICAIN

Quand dans la conscience des Américains s'éveilla la certitude que la guerre qu'ils soutenaient était une guerre pour la liberté de toutes les nations du inonde, pour la liberté comme principe, ils remercièrent Dieu de l'épreuve sévère à laquelle il soumettait leur sincérité, et se raidirent dans leur devoir avec une volonté d'acier. L'exemple de leur abnégation s'imposa par sa grandeur au président et comme un enfant qui, dans la nuit obscure, sur un sentier rugueux, serre la main de son père qui le guide et le soutient, il étreignit la puissante main du peuple et marcha sans crainte à travers les ténèbres. Tandis que toute l'Europe officielle riait de ces efforts qu'elle croyait vains et sans espoir, l'Amérique enfantait des miracles d'énergie inconnus jusqu'alors dans l'histoire du monde. La marine des États-Unis, organisant pour le service public les milices volontaires des océans, en huit mois, eut doublé sa puissance et établi un blocus effectif du cap Hatleras au Rio-Grande. Pendant la durée de la guerre, elle quintupla sa force en hommes et son tonnage, en même temps que le génie inventif de la nation rendait sans cesse l'artillerie plus forte et plus efficace, et employait le bois et le fer à des formes d'architecture navale toutes nouvelles. Deux millions d'hommes, pour des temps de service différents, furent mis en campagne, et en mars dernier les soldats sous les armes dépassaient un million ; c'est à dire que la moitié des citoyens valides prit à la guerre une part active, et qu'il y eut un moment où le quart de notre population en état de combattre se trouva à l'armée. II y eut un mois où nous recrutâmes 165,000 hommes. En quatre semaines, l'État d'Ohio organisa et mit en campagne 42 régiments d'infanterie (environ 36,000 hommes), et ce que fit rOhio, d'autres États de l'Est et de l'Ouest le firent aussi. Nous eûmes en cavalerie 84,000 soldats bien montés, et en tout nous achetâmes 660,000 chevaux. Pour le transport des

troupes, la science vint en aide au patriotisme, et grâce à leur union, on put voir une armée de 23,000 hommes, artillerie, animaux, munitions, vivres et bagages, franchir en sept jours et par chemin de fer une distance de 1,200 milles (1), celle du Potomac aux bords du Tennessee. Dans d'immenses marches, des ponts sans nombre, merveilles d'architecture militaire, traversèrent nos rivières, et partout où se portaient nos armées, des vivres en abondance les suivaient, quelque fréquent que fût le changement de base. Cette pensée basse, qui fait de la vie le plus précieux des biens, n'apparut point. En 625 batailles et combats, le sang coula à flots. Il arrosa l'herbe des plaines; il teignit les rochers; il rougit. les taillis, et nos armées, qui savaient qu'elles combattaient pour Dieu et pour la liberté, marchaient de bataille en bataille, sans jamais laisser faiblir leur majestueux courage. Le service médical fut toujours, par son exactitude et sa rapidité, à la hauteur de ses devoirs sans cesse renaissants. A la nouvelle d'un combat, les meilleurs médecins de toutes nos villes se hâtaient vers le champ de bataille, pour y porter le secours de leur science et de leur expérience. Les femmes les plus timides et les plus délicates quittaient le luxe et les douceurs de leur demeure, pour la tente-hôpital dressée derrière l'armée et le service d'infirmières près des malades et des mourants. A côté des ministres de la religion que la nation entretenait en grand nombre, les diverses confessions envoyaient à leurs frères sous les armes les meilleurs de leurs prêtres. La commission chrétienne, qui dépensa cinq millions et demi de dollars, envoya 4,000 membres du clergé, scrupuleusement choisis, pour conserver intacte chez le soldat l'idée religieuse; à ce bienfait elle joignit d'innombrables dons en vêtements, en aliments et en médicaments. La charité privée prit des proportions jusqu'alors inouïes. La commission sanitaire, qui érigea 7,000 comités, distribua, sous la direction d'un

(1) 400 lieues.

bureau travaillant gratuitement, des secours spontanément offerts, pour une valeur de quinze millions de dollars (1); la Californie seule fournissant en argent un million et demi de dollars, et de Paducah à Port-Royal, de Belle-Plaine en Virginie à Brownsville au Texas, elle parsema de logements et d'abris le théâtre de la guerre.

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