POURSUITE DE LA GUERRE
La guerre continuait, sous les yeux inquiets et attentifs des peuples de toute la terre. Elle pesait sur Lincoln d'un poids bien lourd, et sur sa face se creusaient les sillons que tracent les soucis et la tristesse. Sans malice contre personne, libre de toute idée de vengeance, à chaque victoire son désir de la paix, devenait plus intense, et sous ce rapport, ses ennemis ne doutèrent jamais de ses paroles, ni ne crurent jamais qu'il dussent désespérer de sa clémence. Il brûlait du désir de pardonner à tous, à la seule condition que la liberté des noirs fût assurée. Les grandes batailles de Mill Spring, du fort Donelson, de Malvern Hill, d'Antietam, de Gettysburg, de la forêt de Virginie, de Winchester, de Nashville, la prise de la Nouvelle-Orléans, de Vicksburg, de Mobile, du fort Fisher, la grande marche à travers la Géorgie, la chute de Savannah, de Charleston, tout faisait présager le dénoùmenl. En outre, la régénération spontanée du Missouri, ce cœur de notre continent; du Maryland dont jamais les fils n'entendirent sons de cloche plus doux, que ceux qui tout à coup au milieu de la nuit annoncèrent au ciel et à la terre que le vote de son peuple le plaçait désormais parmi les États libres; du Tennessee qui, franchissant des barrières de sang et de feu, conquérait lui-même dans les douleurs et les ténèbres sa délivrance et, grâce à l'énergie de ses enfants, comme le phénix, se créait une nouvelle jeunesse, tout cela prouvait que nous méritions de vaincre, et que la victoire vaudrait ce qu'elle aurait coûté.
Les paroles de clémence que Lincoln fit entendre sur les fleuves de la Virginie furent insolemment repoussées, nos armées s'ébranlèrent sous l'effort d'une seule volonté, volèrent au but comme la flèche et sans colère frappèrent à mort la rébellion.