EXPÉRIENCES SUR LES FONCTIONS DES RACINES DES NERFS RACHIDIENS
(22 juillet 1822.)
« Depuis longtemps je désirais faire une « expérience dans laquelle je couperais, « sur un animal, les racines postérieures « des nerfs qui naissent de la moelle épi- « nière. Je l'avais tenté bien des fois sans « pouvoir y réussir, à cause de la difficulté « d'ouvrir le canal vertébral sans léser la a moelle et par suite sans faire périr ou c< tout au moins sans blesser grièvement « l'animal. Le mois dernier, on apporta a dans mon laboratoire une portée de huit a petits chiens âgés de six semaines ; ces rt animaux me parurent très-propres à tena ter de nouveau d'ouvrir le canal verté- « bral. En effet, je pus, à l'aide d'un scal-
« pel bien tranchant et pour ainsi dire « d'un seul coup, mettre à nu la moitié « postérieure de la moelle épinière entoua rée de ses enveloppes. Il ne me restait, « pour avoir cet organe presque à nu, que « de couper la dure-mère qui l'entoure ; « c'est ce que je lis avec facilité ; j'eus alors « sous les yeux les racines postérieures des c( paires lombaires et sacrées, et en les sou- « levant successivement avec les lames de ce petits ciseaux je pus les couper d'un « côté, la moelle restant intacte. J'ignorais « quel serait le résultat de cette tentative ; a je réunis la plaie par une suture à la « peau, et j'observai l'animal; je crus d'ace bord le membre correspondant aux nerfs ce coupés entièrement paralysé ; il était inc( sensible aux piqûres et aux pressions les c< plus fortes; il me paraissait aussi immoc( bile; mais bientôt, à ma grande surprise, ce je le vis se mouvoir d'une manière trèsce apparente, bien que la sensibilité y fût
fis DISCUSSION SUR LES TITRES
« toujours tout à fait éteinte. Une seconde, (( une troisième expérience, me donnèrent « exactement le même résultat; je comc< mençai à regarder comme probable que « les racines postérieures des nerfs rachi- (( diens pourraient bien avoir des fonctions « différentes des racines antérieures et a qu'elles étaient plus particulièrement « destinées à la sensibilité.
« Il se présentait naturellement à l'esprit a de couper les racines antérieures, en a laissant intactes les postérieures; mais (( une semblable entreprise était plus facile « à concevoir qu'à exécuter; comment metc< tre à découvert la partie antérieure de la f( moelle sans intéresser les racines posté- « rieures? J'avoue que la chose me parut « d'abord impossible ; cependant je ne ceso sai d'y rêver pendant deux jours, et enfin « je me décidai à essayer de passer, devant « les racines postérieures, une espèce de f( couteau à cataracte, dont la lame très-
UE MM. BELL ET MA G END lE 09
c( étroite permettrait de pouvoir couper les « racines, en les pressant avec le tranchant «■ de l'instrument sur la face postérieure du « corps des vertèbres; mais je fus obligé « de renoncer à cette manœuvre, à cause a des grosses veines que contient le canal « de ce côté et que j'ouvrais à chaque mouce vement en avant. En faisant ces essais, je c( m'aperçus qu'en tirant sur la dure-mère « vertébrale, on pouvait entrevoir les raci- « nés antérieures réunies en faisceaux, au « moment où elles vont percer cette mem- « brane. Il ne m'en fallut pas davantage, et a en quelques instants, j'eus coupé toutes « les paires que je voulais diviser. Comme « dans les expériences précédentes, je ne « fis la section que d'un seul côté, afin d'af< voir un terme de comparaison. On con- « çoit avec quelle curiositéje suivis les effets « de cette section, ils ne furent point douce teux ; le membre était complètement imc( mobile et flasque, tandis qu'il conservait
« une sensibilité non équivoque ^ Enfin, « pour ne rien négliger, j'ai coupé à la fois « les racines antérieures et les postérieu- « res ; il y a eu perte absolue de sentiment « et de mouvement.
' Cette expérience de la section séparée des deux racines est fondamentale, et seule alors (avant que le mystère de la sensibilité récurrente eût été dévoilé), elle pouvait être regardée comme nette et tranchante.
Près de vingt ans plus lard, en 1859, M. Magendie remarque, avec raison, que « M. Bell ne l'avait pas encore « faite. » (Leçons sur le système nerveux, t. II, p. 65.) — « Si M. Bell, ajoute-t-il, eût avancé, comme on le préi( tend à tort, que les racines postérieures et non les an- « térieures président à la sensibilité, il eût avancé un fait « que son expérience aurait démenti. » (Ibid., t. II, p. 77.) Elle ne l'aurait pas démenti; mais elle ne l'eût point prouvé directement. M. Bell n'a pu rien voir directement de la sensibilité, cnr l'animal sur lequel il opérait était mort. M. Magendie continue ; « En pinçant les racines, « elles sont toutes deux sensibles. Pour reconnaître les « différences de leurs propriétés, il fallait les couper ; or « c'est ce que M. Bell n'a jamais fait, puisqu'il les a sim- « plement pincées sur un animal récemment tué. « (Ibid., t. II, p. 77.) En s'en tenant au fait matériel, à la vue directe, M. Magendie a complètement raison. (Voyez ce que je dis plus loin.)
UE MM. BELL ET MAGENDIE li
« J'ai répété et varié ces expériences sur « plusieurs espèces d'animaux; les résultats « que je viens d'énoncer se sont confirmés « de la manière la plus complète, soit pour ce les membres antérieurs, soit pour les pos- « térieurs. Je poursuis ces recherches et « j'en donnerai un récit plus détaillé dans « le prochain numéro ; il me suffU de pouce voir avancer aujourd'hui comme positif ce que les racines antérieures et les postécc rieures des nerfs qui naissent à la moelle c( épinière ont des fonctions différentes, que c( les postérieures paraissent plus particuc( lièrement destinées à la sensibilité, tance dis que les antérieures semblent plus ce spécialement liées avec le mouvement. »
Nous venons de voir la première Note de M. Magendie»
Passons à la seconde. On sera étonné du pas rétrograde.
-NOTE SUR LliS l ONCTIOÎiS DES ItAClNES DES ^Er.^•S I NAISSEM DE LA MOELLE ÉPIKIÈUE.
'îi octobre 182-2.)
« Les faits que j'ai annoncés dans le pré- « cèdent numéro sont trop importants pour « que je n'aie pas cherché à les éclairer par c( de nouvelles recherches.
u J'ai d'abord voulu m'assurer si on ne u pourrait pas couper les racines antérieucc resoii postérieures des nerfs spinaux sans « ouvrir le grand canal de la dure-mère « vertébrale; car, en exposant la moelle « épinière à l'air et à une température (( froide, on affaiblit sensiblement l'action « nerveuse, et par suite on obtient d'une « manière peu apparente les résultats que c( l'on cherche.
a La disposition analomique des parties c( ne rendait pas la chose impossible, car
1)Ë MM. bELL ÈT MAGËNDIE 75
(( chaque faisceau de racine spinale che- « mine quelque temps dans un canal partic< culier avant de se réunir et de se con- '( Tondre avec l'autre faisceau. En effet, j'ai c( trouvé qu'à l'aide de ciseaux mousses par ce la pointe on peut enlever assez des lames u et des parties latérales des vertèbres pour « mettre à découvert le ganglion de chaque H paire lombaire; et alors avec un petit « stylet on sépare sans trop de difficulté le « canal qui contient les racines postérieu- « res, et il n'y a plus de difficulté pour faire « la section. Cette manière de faire l'expé- « rience m'a donné les mêmes résultats que «ceux que j'avais déjà observés; mais, f comme l'expérience est beaucoup plus " longue et laborieuse qu'en suivant le « procédé où l'on ouvre le grand canal de « la dure-mère spinale, je ne crois pas qu'on
« doive suivre cette méthode de faire l'expé- " rience de préférence à la première.
« J'ai voulu ensuite soumettre à une
« épreuve particulière les résultats dont (c j'ai précédemment parlé. Chacun sait « que la noix vomique détermine chez « l'homme et les animaux des convulsions « tétaniques générales très-violentes. 11 « était curieux de savoir si ces convulsions a auraient encore lieu dans un membre « dont les nerfs du mouvement seraient c( coupés, et si elles se montreraient aussi « fortes qu'à l'ordinaire, la section des nerfs c( du sentiment étant faite. Le résultat a été « tout à fait d'accord avec les précédents, u c'est-à-dire que, sur un animal où les race cines postérieures étaient coupées, le té- « tanos a été complet et aussi intense que u si les racines spinales eussent été toutes « intactes; au contraire, dans un animal où « j'avais coupé les nerfs du mouvement de (( l'un des membres postérieurs, ce membre a est resté souple et immobile dans le mo- « ment où, sous l'influence du poison, tous (C les autres muscles du corps éprouvaient
DE MM. HKLL ET MAGKNDIE T."
« les contractions tétaniques les plus pro- « noncées.
« En irritant directement les nerfs du « sentiment ou les racines spinales posté- « rieures, produirait-on des contractions? « Une irritation directe des nerfs du mou- « vement exciterait-elle de la douleur? Telce les sont les questions que je me suis faites « et que l'expérience seule pouvait résou- « dre.
« J'ai commencé par examiner sous ce « rapport les racines postérieures, ou les c( nerfs du sentiment. Yoici ce que j'ai ob- « servé : en pinçant, tiraillant, piquant ces « racines, l'animal témoigne de la douleur; « mais elle n'est point à comparer, pour « l'intensité ^ avec celle qui se développe « si l'on touche , même légèrement , la a moelle épinière à l'endroit où naissent
' Elle est tout à fait à comparer : la sensibilité des racines posténenrea est extrême. Il ne faut pas oublier quo ces premières expériences n'étaient que deS' essais.
« ces racines. Presque toutes les fois que « l'on excite ainsi les racines postérieures, « il se produit des contractions dans les « muscles où les nerfs se distribuent; ces « contractions sont cependant peu mar- » quées, et infiniment plus faibles que si « on touche la moelle elle-même : quand on (( coupe à la fois un faisceau de racines, poste térieures, il se produit un mouvement de « totalité dans le membre où le faisceau va « se rendre.
« J'ai répété les mêmes tentatives sur les « faisceaux antérieurs, et j'ai obtenu des c< résultats analogues, mais en sens inverse; « car les contractions excitées par le pincement, la piqûre, etc., sont très-fortes et « même convulsives, tandis que les signes « de sensibilité sont à peine visibles Ces «■ faits sont donc confirmatifs de ceux que
* Ces signes de sensibilité, à peine visibles, ont ('(/• mieux compris plus tard par M. Magendie ; ils lui prc-senlaient le premier indice de la sensibilité récurrente.
\)K MM. BVAA. ET MAGI:NUIK 77
{< j'ai annoncés; seulement ils semblent é(au blir que le sentiment n'est pas exclu- « sivement dans les racines postérieures , « non plus que le mouvement dans les ance térieures'. Cependant une difficulté poua vait s'élever. Quand, dans les expériences c( qui précèdent, les racines ont été coupées, (( elles étaient continues avec la moelle (( épinière : l'ébranlement communiqué à (i celle-ci ne serait-il pas la véritable oric< gine soit des contractions, soit de la doute leur qu'ont éprouvées les animaux? Pour « lever ce doute, j'ai refait les expériences, ce après avoir séparé les racines de la c( moelle; et je dois dire qu'excepté sur « deux animaux, où j'ai vu des contractions a quand je pinçais ou tiraillais les faisceaux « antérieurs et postérieurs, dans tous les c< autres cas je n'ai observé aucun effet senc( siblede l'irritation des racines antérieu-
* lirreur : chaque racine, considérée en soi, a sa fonction exclusive. (Voyez les Noies snivanles.)
"S DisnnssiOTS sur lrs TiTni:s
f( res ou postérieures ainsi séparées de la « moelle.
« J'avais encore un autre genre d'épreuve « à faire subir aux racines spinales : c'était c< le galvanisme. En conséquence, j'ai ex- « cité ces parties par ce moyen, d'abord en « les laissant dans leur état ordinaire, et « ensuite en les coupant par leur extrémité c( spinale pour les placer sur un corps iso- « lant. Dans ces divers cas j'ai obtenu des « contractions avec les deux sortes de ra- « cines; mais les contractions qui suivaient « l'cxci ta tion des racines antérieures éta ient <( en général bien plus fortes et plus conic( plètes que celles qui naissaient quand le c( courant électrique s'établissait par les « postérieures. Les mêmes phénomènes (( avaient lieu soit qu'on appliquât le pôle « zinc ou le pôle cuivre sur le nerf.
a II me reste maintenant à rendre compte « des recherches que j'ai faites pour tâcher c< de suivre le sentiment et le mouvement
(( isolés au delà des racines des nerfs, c"esl- « à-dire dans la moelle épinière; je m'en « occuperai incessamment.
(( Avant de terminer cet article, je dois (( donner quelques éclaircissements sur la a nouveauté des résultats que j'ai annonce cés.
a Quand j'ai écrit la note contenue dans a le numéro précédent, je croyais être le « premier qui eût songé à couper la racine (c des nerfs spinaux; mais je fus bientôt a détrompé par un petit écrit de M. Schaw, « que ce jeune et laborieux médecin eut « la complaisance de m'envoyer dès qu'il « eut reçu le numéro de mon journal. Il « est dit, dans cet écrit, que M. Ch. Bell « avait fait cette section il y a treize ans et a qu'il avait reconnu que la section des « racines postérieures n'empêchait pas les «mouvements de continuer. M. Schaw « ajoute que M. Ch. Bell avait consigné ce « résultat dans une petite brochure impri-
oO UiSr.USSJÛN SUll LES TITliKS
« mée seulement pour ses amis, mais non «pour la publication. J'ai aussitôt dece mandé à M. Schaw qu'il voulût bien « m'envoyer, s'il était possible, la brochure « de M. Ch. Bell, afin que je lui rendisse « toute la justice qui lui serait due. Peu de ce jours après, je l'ai reçue de M. Schaw. c( Cette brochure a pour titre :
c( Idea of a new anaXomy of te Brain , suùcc mitled for the observations ofhis friends, bij ce Ch. Bell. F. A. S. E. «
ce Elle est très-curieuse, en ce qu'on y ce remarque le germe des récentes découle vertes de l'auteur sur le système nerfe veux. A la page 22, on trouve le passage (e indiqué par Schaw ; je le transcris en en- ;e lier :
ce Considering that the spinal nerves ce have a double root, and being of opinion ce that the properties of the nerves are dece l'ived from their connections whit the ce parts of the brain, I thought that 1 had
u an opportunity ofputting my opinion to fc the test of experiment, and of proving at (.( the same time that nerves of différent en- « dowments, were in the same cord and a held together by the same sheath. On « laying bare the roots of the spinal ner- « ves, I found that I could eut across the « posterior fasciculus of nerves which took « ils origin from the posterior portion of a the spinal marrow without convulsing (( the muscles of the back; but that on toute ching the anterior fasciculus with the « point of the knife, the muscles of the back « were immediately convulsed. » (Voyez, ci-devant, p. 65. et 64).
« On voit, par cette citation d'un ouvrage « que je ne pouvais connaître, puisqu'il (c n'a point été publié, que M. Bell^, conduit « par ses ingénieuses idées sur le système « nerveux, a été bien près de découvrir les « fonctions des racines spinales; toutefois, c( le fait que les antérieures sont destinées
« au mouvement, tandis que les poslérieu- « res appartiennent plus particulièrement a au sentiment, paraît lui avoir échappé' ; « c'est donc à avoir établi ce fait d'une « manière positive que je dois borner mes c( prétentions. »
RKPIil^ïlIK IIK M. DRIX A M. NAGEIVDIK -.
Pour la commodité de la discussion , M. Bell attribue cette Béplique à un élève\
Cet élève pourrait bien être M. Bell luimême.
^ Embarras de langage, que M. Magendie éclaircira plus lard. Le lait n'avait point échappé à M. Bell, il layait prévu par l'esprit, et, de plus, il l avait direclemenl. «pioique incomplètement, constate''.
- Le titre de cet Ecrit est : llistory of Lliis miitiry con cerniiuj Lhe nervoiis System.
^ 1 am indebted to a Pupil fort this Noie.
Je dois la communication de cet Eoi'il à M. Ronjamin
DE iMM. BELL ET MAGENDIE 83
« Quoique les expériences originales , a (c'est-à-dire celles de M. Bell), aient beauce coup plus de valeur dans tous leurs réu sLiltats que celles qui ont été rapportées c( par M. Magendie, cependant il est bon de c( noter que celui-ci, lorsqu'il se trouvait « obligé, peu de temps après, d'abandonner « ses prétentions à la nouveauté, a eu l' exce trême assurance d'affirmer que les expécc riences qu'il avait faites étaient les plus ce soignées.
ce C'était réellement" amusant de voir ce M. Magendie faire parade d'exactitude ce bien supérieure, lorsque, dans le même ce mémoire, au lieu de persister dans son
Uroilie, juge en ceUe matière si cuuipéteut. M. lîrodie a Ijeauconp connu M. Magendie, et il m'écrit, sur lui, quelques mois où je vois qu'il le place, avec une justesse parfaite, non loin d'Haller et de Bichat : d'IIaller, dont il n'eut pas l'érudition, de Bichat, dont il n'eut pas les vues expansives; mais égal à tous deux, et supériem^ peut-être pour Vinduslrie dans [Invention des expériences et pour l'habileté dans l'exécution.
«4 DISCUSSION SÙH LES tlTBliS
c< premier dire, il cliange ce qu'il avait étac< bli sur les fonctions des nerfs en question « de la manière la plus essentielle. Dans « cette seconde publication sur ce sujet, il c( donne une relation tout à fait différente « de celle qu'il avait consignée dans son « premier mémoire.
« l.es résultats tirés par M. Magendie de K ses premières expériences avaient été tout « à fait d'accord avec ceux qu'a énoncés « notre auteur en 1811. En conséquence, « quand leurrelation arriva dans ce pays-ci
et que l'on vit qu'il donnait cette décou- « verte comme originale, on se mit aussitôt ^< en mesure de faire connaître aux perte sonnes de la profession celui qui avait « réellement le mérite de la découverte. Il u n'y avait point là matière à difficulté. (( Dans son second mémoire, M. Magendie « ayant abandonné les opinions émises dans « son premier mémoire, pour adopter des « vues diamétralement opposées à celles de
DK MM. BELL ET MAGIîNDIE H5
« sir Ch. Bell, il n'y eut plus de question de « priorité entre eux : la question fut alors « de savoir non pas celui qui avait vu le « premier, mais celui qui avait bien vu'.
« Il est bon de dire que si les vues don- « nées par M. Magendie dans son second c< mémoire sur les fonctions des racines des « nerfs spinaux avaient été exactes, elles « n'auraient plus laissé aucun espoir d'ace méliorer nos connaissances sur le système c( nerveux par les raisonnements fondés sur « l'anatomie. La partie fondamentale de la « doctrine originale était que la racine ner- « veuse donnant la sensation est tout à fait c< distincte de celle qui donne le mouve- « ment'^; que ces propriétés sont tellement
' Tout cela est très-bien dit, et très-vrai, tnnt qu'on l'ait abstraction de la sensibililé récurrente, ou qu'on ne la connait pas encore, ce qui était le cas de M. Bell.
* D'accord : telle est bien, en effet, « la partie fondamentale de la doctrine originale : » V exclusivité cC action, 31:\is enfin il y a quelque chose de plus; il y a la sensibilité )nobile de la racine antérieure. M. Bell ne l'a pas vue, inais(|uelque physiologiste aurait lini par la voir; et tant
80 DISCUSSION SUK LKS TITRES
« dilïérentes dans leur nature, qu'elles ne « peuvent pas toutes deux appartenir à un « même nerf; que quand un nerf, dans son u trajet, possède à la fois le mouvement et c( la sensation, c'est un signe que c'est un a double nerf, composé à son origine de « deux racines, l'une qui est la source de la c( sensation, tandis que l'autre est la source « du mouvement; qu'il n'est pas raison- « nable de supposer qu'un nerf pourrait « conduire l'inOuence nerveuse dans deux o directions opposées à la fois, ce qui serait « nécessaire si un nerf transmettait en (( même tempslepouvoir moteur et recevait u les sensations. Maintenant, ce que M. Mate gendie, dans son second mémoire', pré-
qu'iiii iihysioldgisle, aussi liabile que M. Magp.ndie, n'en aurait point découvert le caractère (le retour, iVeiuprmU, le beau principe (Yexclusivilé n'eût pu être admis. 1 Dans ce second Mémoire, M. Magondie s'est trompé. ' Mais quelle faute heureuse {felix culpa) ! et qui nous a Valu la découverte de la sensibililè récitrreitle.iVo'^ei, ciaprès^ ma Conclusion.)
« sente comme étant d'une exactitude si « remarquable tend directement à renvera ser tout cela. Chacune des deux racines, a suivant lui, peut transmettre en même a temps le mouvement et la sensation; il a n'est point vrai que la racine antérieure « soit exclusivement pour le mouvement, « et la postérieure pour la sensation ; la pre- « mière participe jusqu'à un certain degré « à la fonction de la dernière, et la dernière « à la fonction de la première ; tout ce qu'on (( peut alléguer sur la distinction entre ces « deux racines, c'est que l'antérieure a plus « d'influence comme nerf du mouvement a que la postérieure, et la postérieure plus « d'influence comme nerf du sentiment que a l'antérieure, que l'antérieure peut con- (c férer la sensation, et la postérieure le a mouvement »
REJIARQUFS DR M. MACENDIE A L OCCASION d'iINE NOTI: DE M. FLOORENS
•1 mars 18i7.)
« Je dois remercier M. Flourens d'avoir c( bien voulu donner devant l'Académie les « explications que j'ai réclamées de lui dans f< la précédente séance. Lçi plupart des faits « qu'il vient de citer me paraissent exacts : « seulement il les interprète d'une manière cf que je ne saurais admettre.
« Et d'abord, si j'ai gardé le silence dans c( la circonstance rappelée par mon con- « frère , personne n'a pu l'interpréter « comme une sorte d'abandon de mon « droit; car le rapport fait à l'Académie c( pour le prix de physiologie de 1841 dit « textuellement que j'avais cru devoir me « récuser comme ne 'pouvant pas être jugi' et « partie dans des questions dont je m'étais
a moi-même beaucoup occupé. Je passe mai 11- « tenant aux travaux de Ch. Bell.
a Ces travaux, c'est moi qui, le premier, « les ai fait connaître en France. Je les ai a analysés dans mon Journal de physiologie. « J'ai même fait ressortir leur originalité a dans une lecture faite à une séance pu- « blique de l'Académie des sciences ; et si « la découverte qu'on voudrait attribuer a aujourd'hui au physiologiste anglais eût « été annoncée, ou seulement indiquée ce dans ses mémoires, je n'eusse certes pas a manqué de la mettre en première ligne c( et d'en signaler toute l'importance.
c( Charles Bell fut très-satisfait de l'ac- « cueil que je fis à ses travaux. La preuve « qu'il reconnaissait que je lui avais rendu « pleine justice, c'est que, le 10 juin 1822, « il écrivait dans son journal : c< Mes décou- « vertes ont fait plus d'impression en France « qu'ici ; j'ai reçu une seconde lettre deMa- « gendie, qui me dit que si je voulais lui
'■'0 DISCUSSION SUIl LES TURKS
f< envoyer une courte analyse de mes expé- « riences, j'aurais la médaille que décerne c< l'Institut. » (Biographie de sir Charles Bell, Revue britannique, octobre 1846.)
« Quiconque a connu la susceptibilité et c( le caractère ombrageux de Charles Bell \ « conviendra sans peine qu'il ne se serait « pas exprimé de cette manière sur un « étranger qui aurait omis dans l'exposé et f< l'appréciation de ses travaux la plus belle (c de ses découvertes.
« A l'occasion de mes premières publicac( tions sur les fonctions des racines , « M. Schaw m'écrivit que Ch. Bell avait ance ciennement fait quelques expériences « analogues aux miennes. Il m'envoya une « petite brochure datée de 1811, et que •< Ch. Bell n'avait communiquée qu'à ses « seuls amis, dans le but, disait-il, d'avoir « leur opinion touchant ses nouvelles idées,
* On verra, tout à Theure, comment il s'exprime à l'occasion des fonctions distinctes des racines des uerfs.
1)K Sl.M. Ijl'I.I, KT M AGE NT) II' !)|
f( encore confuses, sur l'anatoraie du cer- « veau. Je me hâtai d'imprimer textuelle- « ment, dans mon Journal de physiologie^ «■ les passages qui avaient trait aux racines, a et j'eus soin d'ajouter que ni moi ni per- « sonne, en France, n'avions le moindre « soupçon de l'existence de cet opuscule. c( Heureusement pour mes travaux, il ne c( contenait rien qui touchât au fait capital, « savoir, la distinction entre les deux racines « rachidiennes, les unes comme nerfs du « sentiment, et les autres comme nerfs du « mouvement.
« En effet. Ch. Bell, préoccupé de ses « idées sur l'irritabilité , dit simplement c( qu'en coupant la racine postérieure, il n'a « pas déterminé de contraction dans les musc( des, tandis que les muscles se sont contrac- « tés quand il a touché avec la pointe de « l'instrument la racine antérieure. Voilà c( l'expérience telle qu'il la décrit. On voit « que non-seulement il n'avait pas distin-
ii' DISCUSSION SVW LES TITIIKS
« gué les racines en sensitives et en mo- « triées, mais que même le mot sensibUitc (( n'avait pas été prononcé. Comment eût-il (( pu en être autrement, puisqu'il n'agis- « sait que sur des animaux récemment « morts?
c( En résumé, Ch. Bell avait eu avant moi, « mais à mon insu, l'idée de couper séparé- <c ment les racines rachidiennes ; il avait eu (( également le mérite de découvrir que « l'antérieure influence la contractilité « musculaire plus que la postérieure. C'est Ci là une question de priorité dont je lui ai, c( dès le principe , fait hommage. Maintece nant, quant à avoir établi que ces racines (( ont des propriétés , des fonctions dis- « ti actes, que les antérieures président au (( mouvement, et les postérieures au sentice ment , cette découverte m'appartient.
c( Ch. Bell ne l'a point indiquée , il n'a c( même pu l'entrevoir, puisqu'elle ne rescc sort en aucune manière de l'expérience
I)K MM. liKLL ET MAGEISDIR !).-)
« qu'il raconte C'est donc bien mon (( œuvre, et elle doit rester comme une des « colonnes du monument qu'élève depuis le « commencement de ce siècle la physiologie « française. »
DK liA §)EKj§liniLITÉ KKdJKREIVTK.
La découverte de la sensibilité récurrentr a été le résultat de la seconde série des elforts de M. Magendie.
Voici, sur ce beau sujet, que lui seul a osé aborder encore, sa première Note.
* Elle n'en ressort pas expérimentalemeM, mais bien iiitellecluellement. Le ^i^océdé iiilellecliiel était le procédé lie M. Bell. 11. .Magendie ne se place pas ici sur le terrain de sa vraie force. Sa véritable force est d'avoir déconvorl la srmihiiilé récurrenle, dont il va être question.
IIÉSIJMÉ DE NOUVEI.LKS EXPÉRIENCES SDR LE SYSTÈME KERVEDX.
(20 mai 1859.)
« Les nerfs sensitifs et les moteurs race chidieiis sont également sensibles quand (( ils sont les uns et les autres intacts K
a Si Ton coupe les nerfs sensitifs, les nerfs a moteurs perdent immédiatement leur c( sensibilité^
c( Si l'on coupe par le milieu les nerfs mo- « leurs, le bout qui reste attaché à la moelle (( épinière est tout à fait insensible ; le bout « opposé conserve , au contraire , une a extrême sensibilité'. Dans ce cas, la « sensibilité va de la circonférence au « centre
' Fait vrai, en tenant compte de la sensibilité rdcnrrenle.
-, Fait vrai et tout nouvivin.
Fait vrai et nouvraii.
* Kviclemmenl.
MM. l^liLL ET MAUEfiDIli 9*.
« Si l'on coupe les nerfs sensitifs à leur « partie moyenne, le bout qui tient à la ce moelle est très-sensible; le bout qui tient « au ganglion a perdu, au contraire, toute « sensibilité '. »
Venons enfin à la seconde et dernière Note de M. Magendie. Celle-ci est la plus importante.
, mi'E SUU LA SEiNSIlilLlTÉ RÉCUliREiSTE (28 Juin 1847.')
« Les découvertes scientiliques ont des a destinées très-diverses. Celles-ci, accueil- « lies avec transport dès leur naissance,
' Comptes rendus de L'Académie des sciences, t. VIII, \u 70.
'JG DiSCUSSlOIS suit TiTilliS
« parcaiirent le inonde, excitant partout « l'enthousiasme. Tel est leur immense et " facile succès, qu'on les croirait l'une de c( ces brillantes erreurs qui viennent, à des c( périodes trop rapprochées, satisfaire cet ^ c( impérieux besoin des hommes, celui d'è- « tre trompés.
« Celles-là, nées dans l'obscurité, y resc( tent jusqu'à ce qu'une circonstance heuc( reuse vienne les mettre en lumière et a glorifier leur auteur.
c( D'autres, ayant d'abord jeté un certain u éclat, ne parviennent pas à surmojiter le u uuuivais vouloir des contemporains.
<( Après avoir lutté et combattu, elles « finissent par s'évanouir et tomber dans (c l'oubli s'il ne leur vient à propos un seu cours efficace.
c< Une remarque assez importante, que u j'ai eu l'honneur de présenter à l'Âcadéu mie en lcS59, et qui, je crois, peut être « envisagée comme une découverte, se
bE MM. HELL et MAUENUll': 07
c< trouve malheureusement aujourd'hui (f dans cette dernière catégorie.
« Je ne raconterai point ici ses vicissi- (( tudes; je dirai seulement qu'elle a été (( condamnée deux fois par -des com- « missions de l'Académie, puisque ces * u commissions ont couronné deux ouvra- « ges dans lesquels ma découverte est qua- (( lifiée d'erreur. Appuyé sur une autorité « des plus respectables, chacun est en droit « de croire que je me suis fait illusion « (chose d'ailleurs très-possible, car quiet conque travaille est sujet à errer).
« Un autre motif a dû porter à la môme « conclusion. J'étais membre de ces deux c< commissions, je me suis abstenu, je de- (c vais m'y abstenir; mais j'aurais pu proa tester, tandis que j'ai gardé un silence « qu'on a sans doute interprété comme un c< aveu tacite de mon erreur, bien que, à c( vrai dire, il eût une tont autre signilicac( lion. Probablement mes honorables col-
IJISGUSSFON SUR LKS TITIIES
c( lègues agirent, clans cette circonstance, « d'après la maxime : Amicm Plato, scd « magis arnica veritas. Je suis moi-même « grand partisan de cette sage maxime, et c( je l'ai mise plus d'une fois en pratique, « en ayant soin toutefois de ne préférer à « Platon que la vérité.
« Pourquoi mes honorables collègues ne « me consultèrent-ils pas? Pourquoi ne me « demandèrent-ils pas à voir mes expéc( riences \ que je me serais empressé de « répéter devant eux? Je ne dois l'expli- « quer que par un sentiment de discrétion a bienveillante envers un confrère dont la
' Ils; vous consultèrent, ils vous demandèrent à voir vos expériences. Mais, ayant oublié les conrlilions où la sensibililc récurrente vous avait apparu, vous ne réussites plus à la voir reparaître. Plus tard (à l'époque dont il s'ayit ici, en 1847), aidé des souvenirs de M. Bernard,' de ([ui je tiens ce détail précieii.x, vous étant replacé' dan s les conditions favorables, vous avez retrouvé la sensibilité récurrente, vous l'avez reproduite avec certitude, et vous avez écrit celte Note, qui est, de tout point, supérieure et excellente.
|)K MM. REl.L I:T MAGENnil-: !)''
« position pouvait leur paraître embarrasc( santé.
« Quoi qu'il en soit, pour clore toute « discussion, j'accorde que tous ceux qui a n'ont pas vu mes expériences peuvent re- « garder ma découverte comme gravement , « compromise; car malheureusement les « physiologistes qui ont voulu les repro- <( duire s'y sont pris de telle manière, qu'il « leur était impossible d'en vérifier les réa sultats. Cependant il s'agit d'un fait que « je regarde comme ouvrant une voie nou- H velle ' aux recherches expérimentales sur « les fonctions encore si obscures du sys- « tème nerveux. C'est donc pour moi un « devoir de revenir sur ce point de physioa logie et de mettre tout le monde à même « de constater l'exactitude des résultats « que j'ai fait connaître en 1839.
* Oui, cette fois vous avez tout à fait raison. 11 s'agit ici d'une voie nouvelle, absolument nouvelle, et d'un grand, d'un très-grand fait.
100 DISCUSSION SUH LKS TITïtKS
«Disons d'abord en quoi consiste le pliéc< nomène que j'ai appelé en 1859 sensibi-
lité en retour, et que je crois préférable « de nommer aujourd'hui sensibilité ré- ((■ currente.
« Si l'on met à découvert, avec les pré- '< cautions convenables, une paire des nerfs » rachidiens, on reconnaît que les deux ra- « cines sont sensibles, mais qu'elles le sont « à des titres bien différents. Dans les pos- « térieures, la source de la sensibilité est c( au centre et se répand à la circonférence; f< dans les antérieures, au contraire, l'ori- « gine de la sensibilité est à la périphérie a et se propage vers le centre. C'est pour- » quoi je donne à cette dernière le nom de a sensibilité récurrente.
« Pour prouver que la sensibilité de la ra- « cine antérieure vient bien réellement de « la périphérie, je la divise transversale- « ment vers le milieu de sa longueur, et « des deux bouts qui résultent de sa sec-
« tion, le périphérique reste sensible, tance dis que le central est insensible'.
a Pour démontrer que cette sensibilité « de la racine antérieure rachidienne est « acquise et qu'elle prend sa source dans « la racine postérieure correspondante, je « divise de même cette dernière, et à l'in- « stant la racine antérieure perd toute sa a sensibilité. Des deux bouts qui résultent « de la section de cette racine postérieure, « celui qui tient au ganglion est devenu a insensible, tandis que celui qui lient à la « moelle possède encore une vive sensia bilité.
« Donc cette racine reçoit elle-même dire rectement sa sensibilité de la moelle épi- « nière.
« Je n'insiste pas davantage sur ces réa sultats qui sont littéralement ceux que a j'ai annoncés à l'Académie en 1859, et^
' Vieuve excellente et décisive.
DISCUSSION Slin I.KS TITP.KS
« que j'ai démontrés dans mes leçons an a Collège de France; j'ajouterai seulement a que je les maintiens rigoureusement « exacts, et que je suis, aujourd'hui comme c( alors , toujours prêt à les faire voir à (( ceux qui m'en manifesteraient le désir.
<c Actuellement je vais rapporter des faits (( qui sont de nature à jeter un nouveau (( jour sur le phénomène de la sensibilité (( récurrente des racines antérieures.
« Différant en cela des racines posté- « rieures qui sont constamment sensibles, (c il arrive quelquefois qu'en interrogeant « la racine antérieure on la trouve déc< pourvue de sensibilité. Cela s'observe par- « ticulièrement quand, l'ouverture du race chis et la séparation de la racine ayant « été laborieuses, les animaux sont affai- « blis par la douleur et par la perte de u sang.
ce Mais cette insensibilité n'est que temc( poraire, il suffit d'attendre quelques in-
DK MM. IIKI.I, KT M A (i KÎS l> 1 K 105
ce stants, et bientôt le phénomène apparat! « et se maintient tant que l'état de la plaie « et des parties environnantes permet de « l'observer.
« Cette disparition momentanée de la a sensibilité dans un nerf est un phéno- « mène fort singulier qui appartient à la « sensibilité récurrente et qui la distingue « essentiellement de la sensibilité directe « de la racine postérieure, sensibilité que « je n'ai jamais vu disparaître compléte- « ment.
«Cependant, lorsque l'expérience est con- « venablement faite, on constate immédia- « tement, à l'ouverture du rachis, la sensi- « bilité récurrente de la racine antérieure, « et pour y parvenir j'ai reconnu que le « meilleur procédé est celui dans lequel on « ne découvre la moelle épinière que d'un « seul côté et dans l'étendue d'une ou deux « lames vertébrales.
« J'ai remarqué, en outre, que, l'expé-
in/i. DISCUSSION SUR [,|.;s TITniîS
« rience étant aussi bien faite que possible, « si l'animal a perdu une certaine quanlilé « de sang, le phénomène ne se manifeste c< pas; j'ajoute que, dans le moment où il « est le plus apparent, on peut le faire distt paraître en pratiquant une saignée.
« Dans mes premières expériences, avant « de connaître l'influence des causes que « je viens de signaler, il m'était arrivé de « trouver les racines antérieures tantôt « sensibles, tantôt insensibles. Ce résultat, « qui pouvait paraître alors contradictoire, « n'est cependant que l'expression rigou- « reuse des faits et dépend de cette parti- (( cularité remarquable, qu'un nerf sensi- (i blepeut, sous certaines influences, perdre c( temporairement sa sensibilité pour la re- « couvrer ensuite.
« La sensibilité que j'appelle récurrente « n'appartient pas exclusivement aux ra- « cines antérieures des nerfs rachidiens; (' je l'ai également trouvée dans le nerf fa-
\)K MM. RKl.l. HT MAGENDIE lOr.
« cial, et elle existe probablement dans « d'autres nerfs encore.
« Je m'occupe en ce moment de recher- « ches à cet égard, j'aurai probablement « l'honneur de les communiquer à l'Aca- (( demie.
« Je joins à cette note le récit de quel- (( ques expériences que j'ai faites avec mon « collaborateur habituel, M. le docteur Ber- « nard, bien connu de l'Académie, et qui a (( pris la peine de les rédiger.
« Première expérience. — Sur un chien de a trois à quatre mois, vif, et bien portant, (( on découvre la moelle lombaire du côté a droit, dans l'étendue de deux vertèbres, (c Les racines nerveuses, mises à découvert, u sont les quatrième et cinquième lom- «■ baires.
« Aussitôt après l'expérience, qui a un « peu fatigué l'animal, on pince la racine « antérieure de la quatrième paire lom-
lOr. IJJSCUSSION SlIIl I.ES TlTIiKS
« baire qui ne donne pas de signes mani- « festesde sensibilité. La racine antérieure « de la cinquième paire lombaire est dans « le même cas. Alors on coupe ces deux « racines de manière à ce qu'il en résulte a des bouts périphériques et des bouts at- (( tenant à la moelle. L'animal n'a pas « éprouvé de douleur au moment de la secte tion des racines nerveuses antérieures, et u le pincement de ces deux bouts de nerfs, c< résultant de la section de la racine, ne c( donne pas non plus des signes évidents « de sensibilité.
ce On découvre ensuite le nerf facial sur <( la joue, et l'on divise transversalement « ses rameaux. Les bouts périphériques a étant pincés ne paraissent pas sensibles « d'une manière évidente.
« Après ces premières tentatives on laisse c< l'animal, pendant quelques instants, se « reposer du trouble général causé par « l'expérience. 11 est possible alors de con-
« stater de la manière la plus nctlc la a sensibilité des bouts périphériques des u racines antérieures des quatrième et « cinquième lombaires. Les bouts péri- « phériques des branches du nerf facial « présentent de même de la sensibilité « de la manière la plus évidente.
a Cette sensibilité en retour des racines « antérieures lombaires et du nerf facial se a prolonge avec une égale intensité pen- « dant toute la journée. Quatre heures après «l'expérience, on constate encore, de la « manière la plus tranchée, la sensibilité « vive des bouts périphériques des racines « lombaires et du nerf facial.
«Le lendemain (vingt-quatre heures « après l'expérience), malgré un commen- « cément de gonflement et de suppuration u des plaies, on retrouve également la sen- « sibilité récurrente dans les nerfs indiqués « plus haut.
« Deuxième expérience. — Sur un chien de c< taille moyenne de quatre à cinq mois, vif « et bien portant, on découvre la moelle (( lombaire du côté droit dans l'étendue c( d'une seule vertèbre; la paire nerveuse, « mise à nu, est la cinquième paire lomc( bairc.
« La racine antérieure de cette paire ner- « veuse, étant légèrement dégagée, estpin- « cée et est bien évidemment sensible. On « constate cette sensibilité à plusieurs rec( prises, puis on coupe cette racine anté- (( rieure, et le bout périphérique conserve « sa sensibilité, tandis que le bout attenant « à la moelle est devenu complètement in- « sensible. La plaie du dos est recousue. c< On examine de nouveau cinq heures « après, rien n'est changé; la sensibilité du « bout périphérique de la racine antérieure « est toujours très-vive, et l'insensibilité « complète du bout central persiste. Alors
DE Mm. BELL Et MAOEiNDlE lOO
« on coupe la racine postérieure correspon- « dante, ce qui détermine de la douleur et « de Tagitation. Aussitôt la sensibilité en u retour de la racine antérieure disparaît, « si bien que des quatre extrémités ner- « veuses résultant de la division des deux « racines antérieure et postérieure, il n'y « en a plus qu'une seule où la sensibilité « persiste très-vive; c'est le bout central de c( la racine postérieure.
« Le lendemain, vingt-deux heures après c( l'expérience, la plaie est fétide et dans un c( commencement de suppuration; néanc( moins on peut constater encore la sensi- « bilité exquise du bout central de la racine « postérieure et l'insensibilité complète des « trois autres.
« Troisième et quatiième expériences. — c< Expériences faites sur des animaux de « même âge, quatre à six mois. On constate « les mêmes faits, savoir : sensibilité en re-
nu DISCUSSION SUR LKS TITRES
c( tour des racines antérieures et du lacial. u Quelquefois., au moment même de l'expéc< rience, cette sensibilité récurrente n'est c( pas bien évidente, et alors il faut atten- « dre quelques instants pour que les ani- « maux soient un peu remis du trouble c< causé parles douleurs de l'expérience. On M a constaté aussi que la section de la ra- « cine postérieure faisait disparaître la sen- » sibilité en retour de la racine antérieure c< d'une manière constante, et cela même (( dix-huit heures après l'opération. On a vu c( aussi que la sensibilité en retour de la « racine antérieure, une fois détruite par c( la section de la racine postérieure, ne re- « paraissait plus, quelque fût le temps qu'on « attendit.
ce Cinquième expérience. — Expérience c( faite sur un chien adulte. Mêmes résultats « constants delà sensibilité en retour qui a
«persisté jusqu'au lendemain (la racino « était attachée avec un fil).
a Sixième expérience. — Expérience sur « un chien adulte. On enlève deux ver- « tèbres lombaires, et l'on constate, après « avoir laissé reposer l'animal une dizaine « de minutes, que les racines antérieures « sont sensibles ; alors on saigne l'animal, « et cette sensibilité en retour disparaît, « tandis que la sensibilité des racines pos- « térieures persiste toujours. »
COMCIilJl^ilOIV.
J'ai répété toutes les expériences de M. Magendie sur la sensibilité récurrente \
' Je les ai répétées seul ; je les ai répétées devant M. Bernard; il a bien voulu les répéter devant moi, et jo
et vérifié jusque dans les moindres détails tout ce qu'il en a vu et tout ce qu'il en dit dans sa dernière Note, sa Note de 1847.
Pour reproduire ces expériences avec succès, le premier point est de se bien placer dans les conditions requises :
1° N'ouvrir le rachis que d'un côté ;
2" Ne mettre à nu que les racines d'un nerf ou de deux nerfs au plus ;
5° N'explorer les racines que cinq ou six heures après ce premier travail, pour que l'animal ait pu se remettre du trouble éprouvé, du sang perdu, et que la plaie, de froide qu'elle était devenue, ait pu reprendre un certain état de chaleur et de réaction. '
Ces expériences prouvent :
les ai fait répéter plus de vingl fois peut-être dans mon laboratoire par mon aido-naturaliste, M. le docteur Philipeaux, dont la main habile et si exercée m'est aussi une garantie.
HE MM. BELL ET MACENDIK lir.
1° Que la i^acine postérieure est exclusivement et essentiellement sensible ;
Je dis essentiellement, car on a beau couper Xantérieure, la postérieure n'en reste pas moins sensible ;
2° Que la racine antérieure est essentiellement motrice;
Essentiellement, car on a beau couper la racine postéi'ieure, V antérieure n'en reste pas moins motrice.
Et, au contraire, celle-ci [l'antérieure) n'est point essentiellement sensible^ car si on coupe la racine postérieure , elle cesse aussitôt de l'être. Elle ne l'est donc point par elle-même, elle ne l'est que par l'autre, et si uniquement par l'autre que si, laissant cette autre (c'est-à-dire la postérieure) intacte, on la coupe elle-même, de ses deux bouts ce n'est que celui qui tient à l'autre (à la postérieure) qui reste sensible.
•IVi DISr.lJSSTON SUR LES TITRKS
Un dernier effort restait à faire, et M. Magendie l'a fait.
La semibilité de la racine antérieure lui revient, lui afflue de la racine postérieure, mais par où, mais par quel chemin? quelle est la route qu'elle suit pour cela? Ce retour se fait-il immédiatement dès l'association, dès la réunion des deux racines? Se fait-il plus loin?
« C'est un fait constant, dit M. Magendie, c( que l'abolition de la sensibilité de la ra- « cine antérieure par l'effet de la section a de la racine postérieure.... Arrivons « maintenant à l'expérience qui consiste c( à couper le nerf au delà de la jonc- « tion des racines, en laissant celles-ci inci lactés....
c( J'isole le tronc d'une paire rachidienne (( à six lignes à peu près du ganglion... a Yous voyez de la manière la plus manicc feste que les racines de ce nerf sont sente sibles ; je les saisis l'une après l'autre, et
nr-: mm. p.ri.l rt magrndie iir.
« l'animal parait sentir presque aussi vive- « ment quand j'irrite la racine antérieure « que quand j'irrite la postérieure. Maintece nant, je coupe le tronc du nerf à quatre (( lignes environ de la jonction des racines. « Examinons si celles-ci sont restées sen- « sibles.
« Je pince la racine postérieure, la sen- « sibilité est la même; elle n'est ni diminuée c< ni augmentée.
« Je pince la racine antérieure, cette « racine, au contraire, n'est plus du tout
« sensible
« J'en conclus que la sensibilité fournie a par la racine postérieure à l'antérieure « se transmet dans un point plus éloigné « encore que celui sur lequel nous avons c( opéré. Il faudra que j'essaye de détermia ner, par de nouvelles recherches, l'en- « droit du nerf où ces phénomènes se pasce sent. Serait-ce à l'extrémité même des (( divisions nerveuses, et les filets de ter-
IKi DISCUSSION SUR LES TITRKS
« minaison s'aboucheraient-ils les uns dans « les autres ^? »
J'ai répété aussi celte expérience, et bien des fois. Le résultat en est certain.
La section des deux racines, immédiatement après leur jonction, abolit la sensibilité de la racine antérieure, tout comme l'abolit la section de la racine postérieiire elle-même.
C'est donc par Vabouchement des deux nerfs, le moteur et le sensible, que se fait le retour de la sensibilité de l'une des racines à l'autre, de la postérieure à V antérieure.
Le système nerveux est un système clos et fermé comme lesystème sanguin. Dans celuici, les artères se continuent avec les veiiies; dans celui-là, les filets moteurs avec les filets sensibles.
' Leçons sur le système nerveux, etc., t. II, p. T)ii.
IHEPTlÈIIfK PAIRK.
§ 1. — Expériences sur la cinquième poire.
Une des plus belles expériences de M.Magendie est celle qu'il a faite sur la cinquième paire.
M. Bell avait déjà fait cette expérience, mais par un autre procédé. Il s'était contenté de couper les nerfs sous-orbitaire, frontal et mentonnier, à la sortie du canal dont ils portent le nom.
M. Magendie est le premier qui ait coupé la cinquième paire dans le crâne.
« Le nerf qui préside à la sensibilité de « toute la face est, dit-il, le nerf de la cin-
lis DISCUSSION SUR LES TITRES
« quième paire. Vous allez voir qu'en le « coupant dans le crâne on abolit non-seu- « lement la sensibilité tactile de la peau et « des parties molles, mais même la sensi- « bilité spéciale des sens, dans tout le côté a de la face correspondant à la section. « Ainsi, la vision, l'odorat, l'ouïe, le goût, c< seront perdus, par cela seul que la cin- « quième paire aura été coupée ; et cepenc( dant les nerfs que l'on s'accorde à regarc( der comme présidant à l'exercice de « chacun de ces sens n'auront subi au- « cune atteinte ^ »
Voilà ce qu'il dit d'abord. Il a dit plus exactement ensuite : « La section de la cin- « quième paire agit sur la nutrition de « l'organe de l'odorat comme sur celle de « l'œil. Ce sont des désordres consécutifs '. »
La section de la cinquième paire se borne,
' Leçons sur le système nerveux, t. If, p. 27. - //m/., p. 45.
DE MM. BEH. Eï MAGENDIE 110
en efl'et, à détruire immédiatement, directement, la sensibilité tactile. Elle ne détruit la vision, Y odorat, Vouïe, que par des désordres consécutifs.
M. Magendie l'a reconnu lui-même pour ce qui est de la vision ou de la sensibilité delà rétine.
« Je coupai le nerf optique à son entrée u dans l'œil : si le nerf de la cinquième « paire ou tout autre pouvait sentir la luu mière, la section que j'avais faite ne decc vait pas s'y opposer. Mais il en fut autreu ment : la vue fut complètement abolie, a ainsi que toute sensibilité pour la lumière u la plus forte, même celle du soleil conu centrée au moyen d'une loupe.
« Je voulus soumettre à cette dernière « épreuve un animal dont la cinquième « paire seule était coupée; je reconnus ai- « sèment qu'en faisant brusquement pas- « ser l'œil de l'ombre à la lumière directe a du soleil, il y avait impression, car les
i'IO DISCUSSION SUR LES TITRES
« paupières se fermaient. Toute sensibilité « n'est donc pas perdue dans la rétine par « la section de la cinquième paire, mais il « n'en reste qu'une faible partie'... »
Voilà M. Magendie arrivé à l'idée juste pour la vision. Il y serait arrivé de même pour y audition et pour V olfaction, s'il eût fait, sur les nerfs acoustique et olfactif, l'ex périence qu'il a faite sur ]e nerf optique.
g ± — E.\périeiices sur la septiénie paire.
On savait, par les belles expériences de M. Bell, que la sensibilité de la face lui vient de la cinquième paire, et le mouvement respiratoire de la septième. Averti par une expérience très-fine de M. Eschricht, le célèbre physiologiste de Copen-
' Précis élémenlaire de physiologie, t. 1, p. lOO.
UE MM. Blil,L ET MAGENDIE 121
hague', M. Magendie s'est attaché à déterminer l'action de la cinquième paire sur la septième.
On peut suivre dans ses Leçons, et leçon par leçon, les progrès par lesquels il passe de l'idée d'une sensibilité de retour, ou par anastomose nerveuse, à l'idée de simple association de filets d'une paire avec ceux de l'autre.
« La sensibilité du nerf facial lui est apportée par ses anastomoses avec la cinquième paire'. »
a Cette expression d'anastomose cessera « de représenter une idée juste si , par c( anastomose, on entend la lusion de deux « nerfs en un seul. Non, il n'y a pas dans « ce cas fusion véritable. J'avais cru le con- « traire jusqu'ici...; mais mes dernières « expériences me forcent à modifier ma «manière de voir... Les rameaux de la
' Voyez Journal de physiologie, t. VII, p. 228 el 539. - Leçons sur le système nerveux, t. Il, p. 160.
m DISCUSSION su H LES TITRES
« cinquième paire et de la septième, qui « se sont i;éunis, ont associé leurs filets de « manière à ce que chaque filet conservât « les propriétés respectives du nerf dont il « émane. Ainsi les filets de la cinquième « paire resteront filets sensitifs, les filets a de la septième paire resteront filets moa teurs. Le tronc qu'ils constitueront par « leur association sera un tronc composé « de filets moteurs et de filets sensitifs, et a non d'un seul ordre de filets qui seraient c( sensitifs et moteurs tout à la fois. Coupez c( le nerf de la cinquième paire, il ne reste « plus que des filets moteurs, et toute sen- « sibilité disparaît... Si donc je me sers « encore indistinctement des mots associaa lioriy anastomose, vous saurez quelle signi- « fication je leur donne \
« Nous savons maintenant ce qu'il faut « entendre par anastomose entre un nerf
' Leçons sur le système nerveux, t. Il, \>. 185.
«de sensibilité et un nerf de mouvement. « Les filets sensitifs s'associent aux lilets « moteurs, et partout où les premiers exis- « tent, vous rencontrez de la sensibilité. c< L'association de deux nerfs ne confond « pourtant pas leurs propriétés : celles-ci « s'exercent conjointement dans le même « tronc nerveux, mais elles restent indé- « pendantes , puisque nous les pouvons « isoler ^
« La septième paire reçoit de la cin- « quième, non pas de la sensibilité, mais « des filets sensibles. Ses propres filets « forment un nerf exclusivement mo- « teur^ »
' Leçons sur le système nerveux, l. Il, p. 191. tlnd., p. 209.
OQUinR CÉRÉBRO-i^PIUATi.
Dès 1825, M. Magendie avait lu à l'Académie un mémoire sur ce liquide; il en lut un second en 1(S2G, un troisième en 1828. Bien avant M. Magendie, en 1769, un célèbre médecin d'Italie , Cotugno , avait connu et décrit ce liquide.
Toutefois, ce qu'en avait dit Cotugno était tout à fait oublié, lorsque M. Magendie le rappela à l'attention des physiologistes.
Ce que l'auteur italien n'avait pas vu, ou n'avait qu'incomplètement vu, et que M. Magendie a mis hors de doute, c'est :
1° Que ce liquide existe à tout âge ;
2° A l'état normal comme à l'état de maladie;
5" Qu'il est placé, non pas dans la ca-
DE MM. BliLL ET 'MAG UIE 125
vité de l'arachnoïde, mais sous cette membrane, autour de l'encéphale et de la moelle ;
4° Que la pie-mère en" est l'organe sécréteur.
Et 5" qu'il est un point particulier, nommé par M. Magendie Ventrée des ventricules, par où le liquide pénètre de l'extérieur du cerveau dans les cavités, dans les ventricules, dans les conduits de cet organe.
« N'est-il pas remarquable, » dit à cette occasion M. Magendie, a que les parties du « cerveau, nommés par les anciens anato- « mistes : valvule^ aqueduc, pont, aient préce cisément les usages que leur nom indice que? La valvule de Yieussens, ou la grande « valvule du cerveau, remplit, à n'en point c( douter, les fonctions de soupape, puisce qu'elle s'oppose à la sortie du liquide qui (( traverse ou qui remplit le quatrième ven- (( tricule. Jamais partie mérita-t-elle mieux
« son nom que Vaqueduc de Sylvius, puis- « que, d'après les expériences que j'ai rap- « portées, ce canal transporte tantôt l'eau c< des ventricules vers l'épine, et tantôt de « l'épine vers la tête? Enfin, ce qu'on apc( pelle le pont est, en effet, une grande àr- « cade médullaire, renversée et placée aua dessous des courants du liquide qui trace verse Vaqueduc ' . »
Je viens de dire que Cotugno avait connu et décrit ce liquide^. Il n'a point été le seul.
Un grand anatomiste de nos jours, Sœm • merring, plaçait dans le liquide des ventricules du cerveau le siège de l'âme.
« Peculiare organum sensorii commu- « nis si ponere fas est, vel si propria sedes « sensorio communi in cerebro est, haud « sine veri quadam specie hoc in humore « quaeri débet \
* Journal de physiologie, l. VII, p. 29.
- Disserlaiio de Ischiade nervosâ, Rotlerdatn, 1709.
^ Pe corporis hnmani fabricA, t. IV, p. 69, 1798,
DK MM. RELL ET MAGRNDTK 127
Un siècle avant Sœmmerring, un autre grand anatomiste, Vieussens, donne à la production médullaire, qu'il a découverte, le nom de imlvule. Pourquoi ? Il nous le dit lui-même; c'est parce qu'il y voit une digue opposée au liquide des ventricules.
« ... Ex quibus eam quarti ventriculi ca- « vitatis anticsB parti instratam esse, et « aqux emissarium circà posteriora occlucc dere intelligitur; proindèque illam val- « vulx vices gerere asserimus'. »
Voilà pour la valvule; voici pour Vaqueduc :
« Ubi nates et testes, glandulâ pineali è « propriâ sede dimptâ , ab invicem didu - « cuntur, sub-albo-cineresB substantiae, per « quam partes istae anteà conjunctse erant c( subjectus detegitur ductus unus, tertio « scilicet et quarto cerebri ventriculo inter- « jectus : qui cùm aquosos humores è glan-
* Nevrogruphia universalis, p. 7f), 1684.
« dulis choroïdaeis anteriorum ventricu- « lorum plexibus interserlis exsudantes, et a anum subeuntes excipiat, ac deinceps ad c( tertium ventriculum transmittat, non abs a re forsan aquae emissarium nominabitur'.»
Enfin, il n'est pas jusqu'au mot de pont auquel Vieussens ne donne le même sens (de nomenclature hydraulique) que M. Magendie.
« Supernam autem hujusce aqux emissa- « rii partem, cujus interior superficies sub- «cinerea apparet, pontem, ni fallimur, c( Varolius nominavit". »
Cependant je crois ici que nos deux auteurs s'écartent un peu du sens de Varole.
•Varole donne à la protubérance le nom de pont, parce que, dans la situation renversée où il étudie le cerveau, il voit a la c< moelle épinière se porter sous la protu- « bérance comme un canal. »
a Ego certè quùni videam sub hoc pro-
* ^evroqraphia vniversalis, p. 17).
* Ibid.
a cessu transversali spinalem medullam « ferri, eo modo quo canaliculus quidam « fliiens sub aliquo ponte fertur, clarion's « doctrinœ graliâ appellarem pontem cere- (( belli'. »
Je reviens au liquide cérébral. Entre les auteurs qui Font connu, j'ai cité Vieussens etSœmmerring. Ces deux-là me dispensent d'en citer une foule d'autres.
Quant au liquide spma/, tous ceux qui ont mis la moelle épinière, et surtout la moelle allongée, à nu, n'ont pu faire cela sans le voir. Tous les expérimentateurs l'ont vu.
Mais pourquoi dis-je tout ceci? Est-ce pour diminuer le mérite de M. Magendie? A Dieu ne plaise !
Tout sert un homme d'esprit. Ici le défaut d'érudition a servi M. Magendie. S'il n'eût pas cru avoir fait une découverte, il
' De nervis opticis, etc., p. 150, I591,
n'aurait pas étudié le liquide cérébro-spinal avec le soin qu'il y a mis; nous ne l'aurions peut-être jamais connu aussi bien que nous le connaissons aujourd'hui , et au renom de notre physiologiste s'attacherait un titre de moins.
Page 2. — ... Son père originaire du Béarn...
Antoine Magendie, ne à Ponlacq, mort à i ris en 1813.
l'âge 2. — ... Une muludie aiguë lui enleva mère...
Marie -Victoire de Peray-Delaiinay , née Paris.
Page 5. — Le Journal des Hommes libres... Numéro du 5 germinal, an VI.
Page! 5. — ... Lefilsducitoljen Ma(jerdie,élecl(i'ar...
Électeur, maire du dixième arrondissemeiil, membre de l'Administration des hôpitaux, etc.
Page 7. — ... Se transforma en un professeur (Tamtomie...
C'est vers cette époque que se forma sa liaison intime avec M. le docteur Ferrus , qui a porté, dans l'étude des maladies de l'esprit et de ce qu'on pourrait appeler la thérapeutique du crime, un esprit si fin et des vues si justes.
Page 7. — ... A Vétmle fut consacrée la part la plus large.
Aux études médicales il joignit des études littéraires. Bien qu'il eût été élevé à une époque où l'on ne jurait que par Athènes et par Rome, un costume, mœurs, principes, tout était emprunté de ces deux républiques, cependant on ne lui avait. rien appris des langues anciennes. Il ignorait grec et latin. 11 voulut réparer cette lacune, et il en trouva le moyen dans les cours de M. Lemarc, cours excellents qui furent suivis