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lui qui l'appliqua le premier; ce furent ses calculs sur l'étendue des surfaces nécessaires à réchauffement des salles de différentes grandeurs, qui, à l'origine, servirent de guide à la plupart des ingénieurs anglais.
Watt n'aurait produit, pendant sa longue carrière, que la machine à condenseur séparé, la machine à détente et le parallélogramme articulé , qu'il occuperait encore une des premières places parmi le petit nombre d'hommes dont la vie fait époque dans les annales du monde; mais son nom me semble se rattacher aussi avec éclat à la plus grande, à la plus féconde découverte de la chimie moderne : à la découverte de la composition de l'eau. Mon assertion pourra paraître téméraire, car les nombreux ouvrages où ce point capital de l'histoire des sciences est traité ex professo, ont oublié Watt. J'espère, cependant, que vous voudrez bien suivre ma discussion sans prévention; que vous ne vous laisserez pas détourner de tout examen, par des autorités d'ailleurs moins nombreuses qu'on ne le suppose; que vous ne refuserez point de remarquer combien peu d'auteurs remontent aujourd'hui aux sources originales; combien ils trouvent pénible de secouer la poussière des bibliothèques ; combien il leur semble commode, au contraire, de vivre sur l'érudition d'autrui , de réduire la composition d'un livre à un simple travail de rédaction. Le mandat que je tenais de votre confiance m'a semblé plus sérieux : j'ai compulsé de nombreux mémoires imprimés, toutes les pièces d'une volumineuse correspondance authentique encore manuscrite , et si je viens , après cinquante ans , réclamer en faveur de James Watt un honneur trop légèrement accordé à un de ses plus illustres compatriotes , c'est qu'il m'a semblé
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utile de montrée qu'au sein des académies la vérité se fait joua tôt on tard, et (juin matière de découvertes il n'y a jamais prescription.
I i > quatre prétendus éléments , le feu . l'air, l'eau et la terre., dont les combinaisons variées devaient donner nais* sance à tous le^ corps connus, sont un des nombreux legs de la philosophie brillante qui, pendant des siècles, a ébloui les plus nobles intelligences et les a égarées. Van llelmont, le premier, ébranla, mais légèrement, un des principes de cette ancienne théorie, en signalant à l'attention des chimistes plusieurs fluides élastiques permanents, plusieurs airs, qu'il appella des gaz, et dont les propriétés différaient de celles de l'air ordinaire, de celles de l'air élément. Les expériences de lîoyle et de Ilooke soulevèrent des difficultés plus graves encore : elles établirent que l'air commun, nécessaire à la respiration et a la combustion, subit dans ces deux phénomènes des changements notables, des changements de propriété, ce qui implique l'idée de composition. Les nombreuses observations de 1 laies; les découvertes successives de bacille carbonique par Black, de l'hydrogène par Cavendish ; de 1 acide nitreux. , de l'oxygène, de 1 acide muriatique, de l'acide sulfureux et de l'ammoniaque par Priestlev, reléguèrent, définitivement, l'antique idée d'un air unique et élémentaire, parmi les conceptions hasardées et presque constamment musses, qu'enfantent tous ceux qui ont l'audace de se croire appelés, non u découvrir, mais à deviner la marche de la nature.
Au milieu de tant de remarquables travaux, l'eau avait toujours conservé son caractère d'élément L'année 1 776 fut, enfin, signalée par une des observations qui devaient amener
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au renversement de cette croyance générale. On doit l'avouer, de la même année datent aussi les singuliers efforts que firent longtemps les chimistes, pour ne pas se rendre aux conséquences naturelles de leurs expériences. L'observation dont je veux parler appartient à Macquer.
Ce chimiste judicieux, ayant placé une soucoupe de porcelaine blanche sur la flamme de gaz hydrogène qui brûlait tranquillement au goulot d'une bouteille ,. observa que cette flamme n'était accompagnée d'aucune fumée proprement dite, qu'elle ne déposait point de suie : l'endroit de la soucoupe que la flamme léchait, se couvrit de gouttelettes assez sensibles d'un liquide semblable à de l'eau, et qui, après vérification, se trouva être de l'eau pure. Voilà assurément un singulier résultat. Remarquez-] e bien , c'est au milieu de la flamme, dans l'endroit de la soucoupe qu'elle léchait , comme dit Macquer, que se déposèrent les gouttelettes d'eau! Ce chimiste, cependant} ne s'arrête point sur ce fait; il ne s'étonne pas de ce qu'il a d'étonnant; il le cite tout simplement, sans aucun commentaire; il ne s'aperçoit pas qu'il vient de toucher du doigt à une grande découverte.
Le génie, clans les sciences d'observation, se réduirait-il donc à la faculté de dire, à propos, Pourquoi?
Le monde physique compte des volcans qui n'ont jamais fait qu'une seule explosion. Dans le monde intellectuel il est, de même, des hommes qui après un éclair de génie disparaissent entièrement de l'histoire de la science. Tel a été Warltire, dont l'ordre chronologique des dates m'amène a citer une expérience vraiment remarquable. Au commencement de l'année 1 781, ce physicien imagina qu'une étincelle électrique ne pourrait traverser certains mélanges
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gazeux, >.• us \ déterminer quelques changements. Une idée aussi neuve, qu'aucune analogie ne suggérait alors et dont ou a fait depuis de si heureuses applications, aurait, ce me semble, mérité à son auteur que tous les historiens de la science voulussent bien ne pas oublier de lui en faire honneur. VVarltire se trompait sur la nature intime des changements que l'électricité devait engendrer. Heureusement pour lui il prévit qu'une explosion les accompagnerait. C'est par ce motif qu'il lit d'abord l'expérience avec uw vase métallique dans lequel il avait renfermé de l'air et de l'hydrogène.
Cavendish répéta bientôt l'expérience de VVarltire. La date certaine de son travail [appelle ainsi toute date résultant d'un dépôt authentique, d'une lecture académique, ou d'une pièce imprimée) est antérieure au mois d'avril ij^3, puisque Priestley cite les observations de Cavendish dans un mémoire du ai de ce même mois. La citation, au surplus, ne nous apprend (pi une seule chose : c'est que Cavendish avait obtenu de l'eau par la détonation d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène, résultat déjà constaté par VVarltire.
Dan-, son mémoire du mois d'avril, Priestley ajouta une circonstance capitale à celles qui résultaient des expériences de ses prédécesseurs : il prouva que le poids de l'eau qui se dépose aiir les parois du vase au moment de la détonation de l'oxygène et de l'hydrogène, est la somme des poids de ces dcu\ gaz
Watt, à < j 1 1 i Priestley communiqua cet important résultat, v vit aussitôt, avec la pénétration d'un homme supérieur, la: preuve que I eau n'est pas un corps simple.
« Quels sont les produits de votre expérience? écrivit-il â
11 illustre ami : de ïca/e , de la lumière, de la v/tii/cur. - V sommes-nous pas, dés lors, autorisés à en conclure que
« l'eau est un composé des deux gaz oxygène et hydrogène, « privés d'une partie de leur chaleur latente ou élémentaire; « que l'oxygène est de l'eau privée de son hydrogène, mais « uni à de la chaleur et à de la lumière latente?
« Si la lumière n'est qu'une modification de la chaleur, ou « une simple circonstance de sa manifestation, ou une partie «composante de l'hydrogène, le gaz oxygène sera de l'eau « privée de son hydrogène, mais unie à de la chaleur latente. » Ce passage si clair, si net, si méthodique, est tiré d'une lettre de Watt du 26 avril i^83. La lettre fut communiquée par Priestley à divers savants de Londres, et remise aussitôt après à sir Joseph Banks , président de la Société royale , pour être lue dans une des séances de ce corps savant. Des circonstances que je supprime, parce qu'elles sont sans intérêt dans la discussion actuelle, retardèrent cette lecture d'un an; mais la lettre resta aux archives de la Société. Elle figure dans le soixante-quatorzième volume des Transactions philosophiques, avec sa véritable date du 26 avril ij83. On l'y trouve fondue dans une lettre de Watt à Deluc, en date du 2G novembre 1783 et distinguée par des guillemets renversés , apposés par le secrétaire de la société royale.
Je ne réclame pas d'indulgence pour cette profusion de détails : on remarquera que la comparaison minutieuse des dates peut seule mettre la vérité dans tout son jour, et qu'il est question d'une des découvertes qui honorent le plus l'esprit humain.
Parmi les prétendants à cette féconde découverte, nous allons maintenant voir paraître les deux plus grands chimistes dont la France et l'Angleterre se glorifient. Tout le monde a déjà nommé Lavoisier et Cavendish.