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Lu date de la lecture publique <lu mémoire dans lequel Lavoisier rendit compte de ses expériences', dans lequel il développa ses vues sur la production de l'eau par la combustion de l'oxygène et de l'hydrogène, esl postérieure de deux mois à celle du dépôt aux archives de la Société royale de Londres de la lettre déjà analysée de Watt.
Le mémoire célèbre deCavendish, intitule: Experimenis on air, esl plus récent encore: il fut lu le i 5 janvier \~^.\. ( )n s'étonnerait avec raison que des faits aussi authentiques eussent pu devenir le sujet d'une polémique animée, si je ne m'empressais de signaler à votre attention une circonstance dont je n'ai pas 'encore parlé. Lavoisier déclara, en termes positifs, que Blagden . secrétaire de la Société royale de 1 jondres, assista à ses premières expériences du •>. \ juin 1783, et «qu'il lui apprit que Cavendish avant déjà essayé, à Londres, de « brûler du gaz hydrogène dans drs vaisseaux fermés, avait a obtenu une quantité d'eau très-sensible. »
Cavendish rappela aussi dans son mémoire la communication faite à Lavoisier par Blagden. Suivant lui, elle fut plus étendue que le chimiste français ne l'avouait. Il dit que la confidence embrassa les conclusions auxquelles les expériences conduisaient, c'est-à-dire la théorie de la composition de l'eau. Blagden, mis en cause lui-même, écrivit dans le journal de Crell , en 178Ç, pour confirmer l'assertion de Cavendish. A l'en croire, les expériences de l'académicien de Paris n'auraient même été qu'une simple vérification de celles du chimiste anglais. Il assure avoir annoncé à Lavoisier, que l'eau engendrée à Londres avait un poids précisément égal à la somme des poids des deux gaz brûlés. Lavoisier, ajoute enfin Blagden , a dit la vérité, mais pas toute la vérité.
Un pareil reproche est sévère; mais, fut-il fondé, n'en atténuerai-je pas beaucoup la gravité, si je montre que, Watt excepté , tous ceux dont les noms figurent dans cette histoire s'y étaient plus ou moins exposés?
Priestley rapporte en détail et comme siennes , des expériences dont il résulte que l'eau engendrée par la détonation d'un mélange d'oxygène et d'hydrogène, a un poids exactement égal à celui des deux gaz brûlés. Cavendish , quelque temps après, réclame ce résultat pour lui-même et insinue qu'il l'avait communiqué verbalement au chimiste de Birmingham.
Cavendish tire de cette égalité de poids, la conséquence que l'eau n'est pas un corps simple. D'abord, il ne fait aucune mention d'un mémoire déposé aux archives de la Société royale et dans lequel Watt développait la même théorie. Il est vrai qu'au jour de l'impression le nom de Watt n'est pas oublié; mais ce n'est pas aux archives qu'on a pu voir le travail du célèbre ingénieur: on déclare en avoir eu connaissance par une lecture récente , faite en séance publique. Aujourd'hui, cependant, il est parfaitement constaté que cette lecture a suivi de plusieurs mois, celle du mémoire où Cavendish en parle.
En arrivant sur le terrain de cette grave discussion, Blagden annonce la ferme volonté de tout éclaircir , de tout préciser. Il ne recule, en effet, devant aucune accusation , devant la citation d'aucune date, tant qu'il est question d'assurer à son protecteur et ami, Cavendish, la priorité sur le chimiste français. Dès qu'il s'agit de ses deux compatriotes, les explications deviennent vagues et obscures. « Dans le prin- « temps de 1783, dit-il ,M. Cavendish nous montra qu'il avait « dû tirer de ses expériences, la conséquence que l'oxygène
n'est autre chose que de l'eau privée de son phlogistique
c'est-à-dire privée de 1 hydrogène). / ers le mente temps,
t la nouvelle arriva à Londres que M. Watt, de Birmingham,
«avait été conduit par quelques observations à une opinion
semblable, i ('es expressions : / en /<■ même temps, pour
parler com Blagden lui-même , ne sauraient être toute la
vérité. I ers le même temps ne décide rien : des questions de priorité peuvent tenir à des semaines, à des jours, à des heures, à des minutes. Pour être net et précis, comme onTa- \ait promis, il fallait dire si la communication verbale, faite par Cavendish à plusieurs membres de laSociété royale, précéda ou suivit l'arrivée à Londres des nouvelles du travail de Watt. Peut-on supposer que Blagden ne se serait pas explique sur un fait de cette importance, s'il avait pu citer nue date authentique en laveur de son ami?
Pour rendre XimbrogUa complet, les protes , les compositeurs, les imprimeurs des Transactions philosophiques se mirent aussi de la partie. Plusieurs dates y sont inexactement rapportées. Sur les exemplaires séparés de son mémoire que Cavendish distribua à divers savants, j'aperçois une erreur d'une année entière. Par une triste fatalité, car c'est un malheur réel de donner lieu involontairement à des soupçons fâcheux et immérités, aucune de ces nombreuses fautes d'impression n'était favorable à Watt! V Dieu ne plaise que j entende inculper par ces remarques, la probité littéraire des savants illustres dont j'ai cité les noms : elles prouvent seulement (pieu matière de découvertes , la plus stricte justice est tout qu'on doit attendre d'un rival, d'un compétiteur , quelque émiuente que soit déjà sa réputation. Cavendish écoutait k peine les gens d'affaires, quand ils allaient le consulter sur
le placement de ses a5 ou 3o millions ; vous savez maintenant s'il avait la même indifférence pour des expériences. On se montrerait donc peu exigeant, en demandant, cpi'à l'exemple des juges civils, les historiens de la science n'accueillissent jamais comme titres de propriété valables, que des titres écrits; peut-être devrais-je même ajouter, que des titres publiés. Alors , mais seulement alors , finiraient ces querelles, sans cesse renaissantes, dont les vanités nationales l'ont ordinairement les frais ; alors le nom de Watt reprendrait dans l'histoire de la chimie, la place élevée qui lui appartient.
La solution d'une question de priorité, quand elle se fonde, comme celle que je viens de lire, sur l'examen le plus attentif de mémoires imprimés et sur la comparaison minutieuse de dates, prend le caractère d'une véritable démonstration. Toutefois, je ne me crois pas dispensé de parcourir rapidement diverses difficultés auxquelles de très-bons esprits m'ont paru attacher quelque importance.
Gomment admettre, m'a-t-on dit, qu'au milieu d'un immense tourbillon d'affaires commerciales ; que préoccupé d'une multitude de procès; qu'obligé de pourvoir, par des inventions de tous les jours, aux difficultés d'une fabrication naissante, Watt ait trouvé le temps de suivre pas à pas les progrès de la chimie, de faire de nouvelles expériences, de proposer des explications dont les maîtres de la science euxmêmes ne se seraient pas avisés ?
Je ferai à cette difficulté une réponse courte, mais concluante : j'ai dans les mains la copie d'une active correspondance, relative principalement à des sujets de chimie, que Watt entretint, à dater de 1782 , de 1783 et de 1784, avec
Priestley, Black, Delue, l'ingénu urSmeaton, Gilbert Hamilton de Glasgow, ci I V\ de Bristol.
Voici une objection qui semble plus spécieuse; elle est née d'une connaissance approfondie du cour humain.
La découverte de la composition de l'eau, marchant au moins de pair avec les admirables inventions donl la machine à \apeur offre la réunion, peut-on supposer que Watt ait consenti de gaieté de coeur ou du moins, sans en témoigner son déplaisir, à se voir dépouillé de l'honneur qu'elle devait éternellement faire rejaillir sur son nom.'
Ce raisonnement a le] défaut de pécher complètement par sa base. Watt [ne renonça jamais à la part qui lui revenait itimement dans la découverte de la composition de l'eau. Il lit scrupuleusement imprimer son mémoire dans les Transactions philosophiques. Une note détaillée constata authentiquement la date de la présentation des divers paragraphes de cet écrit. Que pouvait . que devait faire de plus un philosophe dif caractère de Watt, si ce n'était d'attendre patiemment le jour de la justice!' Au reste, il s en fallut de bien peu qu'une maladresse de Deluc n'arrachât notre confrère à sa longanimité naturelle. Le physicien genevois après avoir averti l'illustre in ! nieur de l'inexplicable absence de son nom dans la première rédaction du mémoire de Cavendish; aprèsj^avoir qualifié cet oubli dans des termes que de si hautes renommées ne me permettent pas de rapporter, écrivait à son ami : «.le vous conseillerai presque, «attendu votre position, de tirer de vos découvertes des s Conséquences pratiques pour votre fortune. 11 vous laut « éviter de vous faire de-> jaloux. »
Ces quelques mots blessèrent lame élevée de Watt. « Si je « ne réclame pas mes droits sur-le-champ, répondit-il, im- « putez-le à une indolence de caractère qui me fait trouver « plus aisé de supporter l'injustice, que de combattre pour « en obtenir le redressement. Quant à des considérations «-d'intérêt pécuniaire, elles n'ont à mes yeux aucune valeur. «Au surplus, mon avenir dépend des encouragements que « le public voudra bien m'accorder, mais nullement de ceux « de M. Cavendish et de ses amis. »
Dois-je craindre d'avoir attaché trop d'importance à la théorie que \Yatt imagina pour expliquer les expériences de Priestley? Je ne le pense pas. Ceux qui refuseraient un juste suffrage à cette théorie, parce qu'elle semble maintenant ■une conséquence inévitable des faits, oublieraient que les plus belles découvertes de l'esprit humain ont été surtout remarquables par leur simplicité. Que lit Newton, lui-même, lorsque répétant une expérience déjà connue quinze siècles auparavant il découvrit la composition de la lumière blanche? Il donna de cette expérience une interprétation tellement naturelle, qu'il paraît impossible aujourd'hui d'en trouver une autre. Tout ce qu'on tire, dit-il, à l'aide de quelque procédé que ce soit, d'un faisceau de lumière blanche , y était contenu à l'état de mélange. Le prisme de verre n'a aucune faculté créatrice. Si le faisceau parallèle et infiniment délié de lumière solaire qui tombe sur sa première face, sort par la seconde en divergeant et avec une largeur sensible, c'est que le verre sépare ce qui dans le faisceau blanc était, par sa nature, inégalement réfrangible. Ces paroles ne sont pas autre chose que la traduction litté-
nr: \v ut. 8g
raie de l'expérience connue du spectre solaire prismatique. Cette traduction avait cependant échappé à un Aristote, à un Descartes, à un Robert Hooke !
Venons , sans sortir du sujet , à des arguments <[ni iront an
l)u t pins directement encore. La théorie, conçue par Watt, de la composition de L'eau, arrive à Londres. Si dans les
idées <ln temps elle est aussi simple, aussi e\ idente qu'elle nous le parait aujourd'hui, le conseil de la Société royale ne manquera pas de l'adopter. Il n'en est rien : son étrangeté lait même douter de la vérité dis expériences do Priestley. On va jusqu'à en rire, dit Deluc , comme de l'explication de le d< ni d'or.
Une théorie dont la conception n'eût présenté aucune difficulté, aurait été certainement dédaignée par Cavendish. Rappelez-vous avec quelle vivacité, sons l'inspiration de cet homme de génie, Blagden en réclama la priorité contre I avoisier.
Priestlej sur qui devait rejaillir nue bonne part de 1 honii« m i- attai lie à la découverte de Watt; Priestley dont les sentiments affectueux pour le célèbre ingénieur ne pourraient être contestés, lui écrivait, à la date du 29 avril 1^83: « Re- « garde/, avec surprise et indignation la ligure d'un appareil >. a l'aide duquel j'ai miné sans retour votre belle Inpo- « thèse. »
1 .11 résumé, une hypothèse dont on riait à la Société royale; qui taisait sortir Cavendish de sa réserve habituelle; que Priestley, mettant tout amour-propre de côté , s'attachait à ruiner, mérite d'être enregistrée dans l'histoire des sciences comme une grande découverte, quelque idée que des cou-
gO ELOGE HISTORIQUE
naissances devenues vulgaires puissent nous en donner aujourd'hui (i).
Le blanchissage à l'aide du chlore , cette belle invention de Berthollet , fut introduit en Angleterre par James Watt, après le voyage qu'il fit à Paris vers la fin de l'année m86. Il construisit tous les appareils nécessaires, dirigea leur installation, présida aux premières épreuves et , ensuite, confia à M. Mae-Grégor, son beau-père, l'exploitation de la nouvelle industrie. Malgré toutes les sollicitations de l'illustre ingénieur, notre célèbre compatriote avait obstinément refuse (2) de s'associer à une entreprise qui n'offrait aucune chance défavorable et dont les bénéfices semblaient devoir être fort grands.
A peine venait-on de découvrir, pendant la seconde moitié du siècle dernier, les nombreuses substances gazeuses qui jouent aujourd'hui un si grand rôle dans l'explication des phénomènes chimiques , qu'on songea à s'en servir
(1) Lord Brougham assistait à la séance publique où je payai , au nom de l'Académie des sciences, ce tribut de reconnaissance et d'admiration à la mémoire de Watt.
De retour en Angleterre, il recueillit de précieux documents et étudia de nouveau la question historique à laquelle je viens de donner tant de place, avec la supériorité de vues qui lui est familière, avec le scrupule, en quelque sorte judiciaire, qu'on pouvait attendre de l'ancien lord chancelier de la Grande-Bretagne. Je dois à une bienveillance dont je sens tout le prix, de pouvoir offrir au puhlic le fruit encore inédit du travail de mon illustre confrère. On le trouvera à la suite de cet éloge.
(2) Le terme est exact, quelque fabuleux qu'il puisse paraître dans le siècle où nous vivons.
comme médicament. Le docteur Beddoës poursuivi) cette idée avec sagacité el persévérance. Des souscriptions particulières lui permirent même de créer à Cli/îon, près df Bristol, sous le nom de Pneumatic Institution, un établissement où les propriétés thérapeutiques de t<>us 1rs gaz devaient être soigneusement étudiées. L'Institution Pneumatique eut l'avantage d'avoir quelque temps à sa tête, le jeune Humphry D w qui débutait alors dans la carrière des sciences. l'Ile put aussi se glorifier de compter .lames Watl parmi ses fondateurs. Le célèbre ingénieur lit plus : il imagina, décrivit et exécuta dans les ateliers de Soho les appareils <|ni servaient à engendrer les gaz et à les administrer aux patients. Je trouve plusieurs éditions de ses mémoires, aux dates de i~;m. de 170,5 et de 1 71)6.
I es idées de notre confrère se tournèrent de ce côté, lorsque plusieurs de ses proches et de ses amis lui eurent été cruellement enlevés, avant lage, par des maladies depoitrine.C'étaient Mil tout les lésions des organes de la respiration qui paraissaient à\\ att pouvoir être traitées à l'aide des propriétés spécifiques de> nouveaux gaz. Il attendait aussi quelque avantage de l'action du 1er ou du zinc (pie l'hydrogène entraîne en molécules impalpables, quand il est préparé de certaines manières. J'ajouterai, enfin, que parmi les nombreuses notes de médecins publiées par le docteur Beddoës <t annonçant des résull plus ou inoins décisifs . il eu est une, si^m e John Carmichael , relative à la guérison radicale de l'hémoptysie d'un domestique, Richard Newberry , à qui M. Watt faisait lui-même respirer île temps ii autre un mélange de vapeur d'eau et d'acide carbonique. Quoique je reconnaisse sans difficulté nia protonde incompétence en pareille matière, ne me sera-