‹ Éloge historique de James WattChapitre 9 sur 16 · C)2 ELOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

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t-il pas permis de regretter qu'une méthode qui compta parmi ses adhérents, des Watt, des Jeûner, soit aujourd'hui entièrement abandonnée, sans qu'on puisse citer des expériences suivies, en opposition manifeste avec celles du Piieumatic Institution de Clifton (i) ?

Watt dans la retraite. Détails sur sa vie et son caractère. Sa mort. Les nombreuses statues élevées à sa mémoire. Inflexions.

Watt avait épousé, en 1764, sa cousine M"e Miller. C'était une personne accomplie dont l'esprit distingué, la douceur inaltérable, le caractère enjoué arrachèrent bientôt le célèbre ingénieur à l'indolence, au découragement, à la misanthropie qu'une maladie nerveuse et l'injustice des hommes menaçaient de rendre fatale. Sans M"e Miller, Watt n'aurait peut-être jamais livré au public ses belles inventions. Quatre enfants, deux garçons et deux filles , sortirent de cette union. Madame Watt mourut en couche, d'un troisième garçon qui ne vécut pas. Son mari était alors occupé dans le nord de l'Ecosse., des plans du canal Calédonien. Que ne m'est -il permis de transcrire ici avec leur naïveté , quelques lignes du journal dans lequel il déposait chaque jour ses pensées les plus intimes, ses craintes, ses espérances! que ne puis-je vous le montrer s'arrètant, après son malheur, sur le seuil de la porte de la maison où ne l'attendait plus sa douce bienvenue ( my Kind

(1) Vingt ans avant la naissance de l'institution pneumatique de Bristol, Watt appliquait déjà ses connaissances chimiques et minéralogiques au perfectionnement des produits d'une poterie qu'il avait établie à Glasgow avec quelques amis, et dont il resta actionnaire jusqu'à la fin de sa vie.

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weleomer" : n .i\ ml pas la force de pénétrer dans «les appartements où il ne devait plus trouver le confort de sa vie (the comfortof mj life ! Peut-être lapeinl ire >i vraie dune douleur profonde réduirait-elle enfin au silence les esprits systématiques qui, sans s'arrêtera mille et mille démentis éclatants, refusent les qualités du cœur à toul homme dont l'intelligence s'esl nourrie des vérités fécondes, sublimes, impérissables des sciences exactes.

Après quelques années de veuvage, Watt eut encore le bonheur de trouver dans M Mae Gregor, une compagne digne de lui par la variété des talents, par la sûreté de jugement, par i,i force de caractère (i).

\ l'expiration du privilège que le pari 'meut lui avait conféré,Watt in commencement de 1800] se retira entièrement il. ^ affaires. Ses deux (ils lui succédèrent. Sous la direction éclairée de M. Boulton fils et des jeunes A]M. Watt, la fabrique de Soho continua à prospérer et prit même de nouveaux, d'importants développements. Aujourd'hui encore elle occupe le premier rang parmi les établissements anglais destinés à la construction des grandes machines. Le second des deu\ fils de notre confrère , Gregorv \\ att, avait débuté dans le monde de la manière la plus brillante, par des compositions littéraires et des travaux de géologie. Il mourut eu l8o4, à l'âge de 27 ans, d'une maladie de poitrine. Cet événement cruel atterra l'illustre ingéni ur. I ,es soins touchants de sa fa'mille', de ses amis, parvinrent très-difficilement à entretenir

ii M Watl Mac-Gregor] s'éteignit en 1 83 2, dans u >-;ivancé.

I e avait eu la douleur dé survivre airx I i [tri étaient i-.>us de

son 1u.1ri.1 • ive« M. Watt

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quelque calme dans un cœur à demi brisé. Cette trop juste douleur a paru pouvoir expliquer le silence presque absolu que Watt a gardé pendant les dernières années de sa vie. Je suis loin de nier qu'elle ait été sans influence; mais qu'est-il besoin (Je recourir à des causes extraordinaires, lorsque nous lisons déjà, à la date de 1780, dans une lettre de Y\ att à son ami le docteur Black : « Rappelez-vous bien que je n'ai aucun « désir d'entretenir le public des expériences que j'ai faites;» lorsque nous trouvons ailleurs ces paroles bien singulières dans la bouche d'un homme qui a rempli le monde de son nom: «Je ne connais que i\eux plaisirs: la paresse et le «sommeil.D Ce sommeil, au reste, était bien léger. Disonsle aussi, il suffisait de la moindre excitation pour arracher Watt à sa paresse favorite. Tous les objets qui s'offraient à lui recevaient peu à peu dans son imagination, des changements de forme, de construction, de nature qui les auraient rendus susceptibles d'applications importantes. Ces conceptions, faute d'occasion de se produire, étaient perdues pour le monde. Voici une anecdote qui expliquera ma pensée :

Une compagnie avait établi à Glasgow, sur la rive droite de la Clyde, de grands bâtiments et de puissantes machines destinées à porter de l'eau dans toutes les maisons de la ville. Quand ce travail fut achevé, on s'aperçut qu'il existait près de la rive opposée une source, ou plutôt une espèce de filtre naturel qui donnait à l'eau des qualités évidemment supérieures. Déplacer l'établissement n'était pas même proposable; aussi pensa-t-on à installer au fond et tout au travers de la rivière, un tuyau de conduite rigide dont l'embouchure se serait constamment trouvée dans la nappe d'eau potable; mais la construction du plancher destiné à supporter un

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pareil tuyau sur un lit vaseux, changeant', très-inégal el toujours couvert de plusieurs pieds d'eau, semblail devoir exiger de trop fortes dépenses. Watt fut consulté. Sa solution était toute prête : en voyant un homard sur sa table, quelques jours auparavant, il axait cherché et trouvé comment la mécanique pourrait avec du fer, engendrer mie pièce a articulations qui aurait toute la mobilité de la queue du crustacé; c'est donc un tuyau de conduite articulé, susceptible de se plier de lui-même à toutes les inflexions présentes et futures du lit de la rivière, qu'il proposa; c'est une queue de homard en fer, de deux pieds anglais de diamètre et d'un millier de pieds de longueur que, d'après les plans et Ks dessins de Watt, la compagnie de Glasgow lit exécuter avec un succès complet.

Ceux qui eurent le bonheur de connaître personnellement notre confrère, n'hésitent pas à déclarer que chez lui les qualités du cœur étaient encore au-dessus des mérites du savant. Une candeur enfantine , la plus grande simplicité de manières, l'amour de la justice poussé jusqu'au scrupule, une inépuisable bienveillance , voilà ce qui a laissé en Ecosse, en Angleterre de* souvenirs ineffaçables. W att, d'habitude si modéré, si doux , se crispait quand devant lui une invention n'était pas attribuée à son véritable auteur ; lorsque, surtout, quelque bas adulateur voulait l'enrichir lui-même aux dépens d'autrui. \ ses yeux les découvertes scientifiques étaient le premier des biens. I )<s heures entières de discussion ne lui semblaient pas de trop, s'il fallait faire rendre justice à dc^ inventeurs modestes dépossédés par des plagiaires, ou seulement oubliés d'un public ingrat.

La mémoire de Watt pouvait être citée comme prodi-

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gieuse, même à côté de tout ce qu'on a raconté de cette faculté chez quelques hommes privilégiés. L'étendue était, cependant, son moindre mérite: elle s'assimilait tout ce qui avait quelque valeur ; elle rejetait sans retour, presque instinctivement, les superfluités qu'il eût été inutile de conserver.

La variété de connaissances deaiotre confrère serait vraiment incroyable, si elle n'était attestée par plusieurs hommes éminents.Lord Jeffrey, dans une éloquente notice, caractérisa heureusement l'intelligence à la fois forte et subtile de son ami, quand il la compara à la trompe, si merveilleusement organisée, dont l'éléphant se sert avec une égale facilité pour saisir une paille et pour déraciner un chêne.

Voici en quels termes sir Walter Scott parle de son compatriote, dans la préface du Monastère :

«. Watt n'était pas seulement le savant le plus profond ; « celui qui avec le plus de succès avait tiré de certaines com- «. binaisons de nombres et de forces des applications usuelles; « il n'occupait pas seulement un des premiers rangs parmi « ceu* qui se font remarquer par la généralité de leur instruction ; il était encore le meilleur, le plus aimable des k hommes. La seule fois que je l'aie rencontré, il était ente touré d'une petite réunion de littérateurs du Nord.... Là, «je vis et j'entendis ce que je ne verrai et n'entendrai plus « jamais. Dans la quatre-vingt-unième année de son âge, le a vieillard, alerte, aimable, bienveillant, prenait un vif inté- « rêt à toutes les questions; sa science était à la disposition « de qui la réclamait. Il répandait les trésors de ses talents et « de son imagination sur tous les sujets. Parmi les gentlemen ose trouva un. profond philologue.; Watt discuta avec lui

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« sur l'origine de l'alphabet comme s'il avail été le contemrporain * I * - Cadmus. I n célèbre critique s'étanl mis i!«' la « partie, tous eussiez dit que le vieillard axait consacré sa « vie tout entière à l'étude des belles-lettres et de l'économie ■ politique. Il sérail superflu de mentionner les sciences : «c'était >a carrière brillante et spéciale; cependant, quand «il parla avec notre compatriote Jedediah Cleishbotham , * vous auriez juré qu'il avail été le contemporain de Claver- . bouse el de Burley, «les persécuteurs et des persécutés; il i aurait l'ait . en vérité, le dénombrement exact des coups de a fusil que K> dragons tirèrent sur les Covenants fugitifs. cNous découvrîmes, enfin, qu'aucun roman du pins léger « renom ne lui axait éckappé, et que la passion de 1 illustre ivant pour <e genre d'ouvrages était aussi vive que celle « qu'ils inspirent aux jeunes modistes de dix-huit ans. »

Si notre confrère l'eût voulu il se serait t'ait un nom parmi les romanciers. \u milieu de sa société intime, il manquait rarement d'enchérir sur les anecdotes terribles, touchantes ou bouffonnes qu'il entendait conter. Les détails minutieux de ses récits, les noms propres dont il les parsemait; les descriptions techniques des châteaux, des maisons de campagne, des forêts, des cavernes où. la scène était successivement transportée, donnaient a ces improvisations un si grand air de vérité qu'on se serait reproché le plus léger sentiment de défiance. Certain jour, cependant , Watt éprouvait de l'embarras a tirer ses personnages du dédale dans lequel il les avait imprudemment jetés. I 0 de ses amis s'en aperçut au nembre inusité de prises de tabac à l'aide duquel le conteur roulait légitimer de fréquentes pauses et se donner le temps de la réflexion. Aussi lui adressa-t-il cette

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question indiscrète : « Est-ce, par hasard, que vous nous « raconteriez une histoire de votre cru ? » — « Ce doute « m'étonne, repartit naïvement le vieillard : depuis vingt « ans que j'ai le bonheur de passer mes soirées avec vous , a je rie fais pas autre chose! Est-il vraiment possible qu'on « ait voulu faire de moi un émule de Robertson ou de Hume, « lorsque toutes mes prétentions se hornaient à marcher, de « bien loin , sur les traces de la princesse Scheherazade des « Mille et une Nuits ? »

Chaque année , durant un très-court voyage à Londres ou dans d'autres villes moins éloignées de Birmingham, Watt faisait un examen détaillé de tout ce qui avait paru de neuf depuis sa précédente visite. Je n'en excepte même pas le spectacle des puces travailleuses et celui des marionnettes, car l'illustre ingénieur y assistait avec l'abandon et la joie d'un écolier. En suivant, encore aujourd'hui, l'itinéraire de ces courses annuelles, nous trouverions en plus d'un endroit des traces lumineuses du passage de Watt. A Manchester, par exemple, nous verrions le bélier, d'après la proposition de notre confrère, servant à élever l'eau de condensation d'une machine à vapeur, jusqu'au réservoir alimentaire delà chaudière.

Watt résidait ordinairement dans une terre voisine de Solio, nommée Heathfield, dont il avait fait l'acquisition vers i 790. Le respect religieux de mon ami , M. James Watt, pour tout ce qui rappelle la mémoire de son père, m'a valu, en i834, la satisfaction de retrouver la bibliothèque et les meubles de Heathfield, dans l'état où l'illustre ingénieur les laissa. Une autre propriété bordant les rives pittoresques de la rivière Wye (pays de Galles), offre aux voyageurs des preuves multipliées du goût éclairé de Watt et de son fils, pour famé-

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lioration des routes, pour les plantations, pour les travaux agricoles « 1 * ■ (ouïe nature.

1 .a >.i nie- de Watt s'était fortifiée avec l'âge. Ses facultés intellectuelles conservèrent toute leur puissance jusqu'au dernier moment. Notre confrère crut une lois qu'elles déclinaient, et fidèle à la pensée qu'exprimait le cachet dont il axait fait choix (un œil entouré du mot observare), il se décida à éclaircir ses doutes en «'observant lui-même; et le voila, plus que septuagénaire, cherchant sur quel genre d'étude il pourrait s'essayer, et se désolant de ne trouver aucun sujet vierge pour son esprit. Il se rappelle, enfin, qu'il existe une langue anglo-saxonne, que cette langue est difficile, et l'anglo-saxon devient le moyen expérimental désiré, et la facilite qu'il trouve à s'en rendre maître lui montre le peu île fondement de ses appréhensions.

Watt consacra les derniers moments de sa vie à la construction d'une machine destinée à copier promptement et avec une fidélité' mathématique, les pièces de statuaire et de sculpture de toutes dimensions. Cette machine dont il faut opérer (pie les arts ne seront pas privés, doit être fort avancée. On voit plusieurs de ses produits, déjà fort satisfaisants, dans divers cabinets d'amateurs de l'Ecosse et de l'Angleterre. L'illustre ingénieur les axait présentés gaiement, comme les premiers essais d'un jeune artiste entrant dans la quatre-vingt-troisième année de son âge.

Cette quatre-vingt-troisième année, il ne fut pas donne à notre confrère d'en voir la fin. Dès lis premiers jours de l'été de i S i rj . des symptômes alarmants défièrent tous les efforts de la médecine. Watt lui-même ne se lit pas illusion. « .le suis touché, disait- il aux nombreux amis qui le visitaient. je suis touché de rattachement que vous me montre/., .le

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me hâte de vous en remercier, car me voilà parvenu à ma dernière maladie. » Son fils ne lui paraissait pas assez résigné; chaque jour il cherchait un nouveau prétexte pour lui signaler avec douceur, avec bonté, avec tendresse, «tous les a motifs de consolation que lui apporteraient les circonsc tances dans lesquelles allait arriver un événement inévi- « table. 5) Ce triste événement arriva en effet le 25 août 1819.

Watt fut enterré à coté de l'église paroissiale de Heathfield , près de Birmingham , dans le comté de Stafford. M. James Watt, dont les talents distingués, dont les nobles sentiments embellirent pendant près de vingt-cinq ans la vie de son père, lui a fait ériger un splendide monument gothique, cpii rend aujourd'hui l'église de Handsworth extrêmement remarquable. Au centre s'élève une admirable statue en marbre, exécutée par M. Chantrey, et qui est la reproduction fidèle des nobles traits du vieillard.

Une seconde statue en marbre, sortie des ateliers du même sculpteur, a été placée aussi par la piété filiale , dans l'une des salles de la brillante université où, pendant sa jeunesse , l'artiste encore inconnu et en butte aux tracasseries des corporations, reçut des encouragements si flatteurs et si mérités. Greenock n'a pas oublié que Watt y naquit. Ses habitants font exécuter, à leurs frais, une statue en marbre de l'illustre mécanicien. On la placera dans une belle bibliothèque , construite sur un terrain donné gratuitement par sir Michel Shaw Stewart, et où seront aussi réunis les livres que la ville possédait, et la collection d'ouvrages de sciences dont Watt l'avait dotée de son vivant. Ce bâtiment a déjà coûté 35oo livres sterling (près de 80000 fr. de notre monnaie), dépense considérable à laquelle la libéralité de M. Watt fils a pourvu. Une grande statue colossale en bronze qui domine,

ni. WATT. loi

une belle base de granil , un des angles de George square, ;i Glasgow, montre à tons les yeux combien celle capitale de l'industrie écossaise esl fière d'avoir été le berceau des découvertes de W att. I .es portes de l'abbaye de \\ estminster, enfin, se sont ouvertes à la voix d'une imposante réunion de souscripteurs : une statue colossale de notre confrère, en marbre de Carrare, chef-d'œuvre de M. Chantre} , et dont le piédestal porte une inscription de lord Brougbam i . esl

i Voici cette inscription:

\ t to perpétuait a name

which must endure while the peaccfitl arts flourish

But to sheiv

that mankind hâve learut to honour t/tose

iv/io l'est deserve their gratitude

tlte h'/'ng

/u's Ministcrs and many of the Nobles

and Commoners of the Realm

raised tliis monument to

Jv.vrs Watt

who directing the force of an original genius

carly exercised in philosophie research

to the improvement of

the Steam Engine

i iilargcd the resources ofhis country

increased the pnwer of man

and rose to an eminent place

nmong the most illustrious followers of science

and the real henefactors of the world

Bon, at Greenock MDCCA \ MI

Died at Hcathfield tn Stajfordshire MDCCCA IX

devenue, depuis quelques années, l'un des principaux ornements du Panthéon anglais. Sans doute, il y a eu quelque coquetterie à réunir les noms illustres de Watt, de Chantrey et de Brougham sur le même monument; mais je ne saurais trouver là le sujet d'un blâme: gloire aux peuples qui saisissent ainsi toutes les occasions d'honorer leurs grands hommes!

Voilà , de compte fait, cinq grandes statues élevées en peu de temps à la mémoire de^ Watt. Faut-il l'avouer? Ces hommages, de la piété filiale, de la reconnaissance publique , ont excité la mauvaise humeur de quelques esprits rétrécis qui en restant stationnaires croient arrêter la marche des siècles? A les en croire, des hommes de guerre, des magistrats, des ministres (je dois avouer qu'ils n'ont pas osé dire tous les ministres), auraient droit à des statues. Je ne sais si Homère, si Aristote, si Descartes, si JNewton, paraîtraient à nos nouveaux Aristarques, dignes d'un simple buste; à coup sur ils refuseraient le plus modeste médaillon aux Papin, aux Vaucanson, aux Watt, aux Arkwright et à d'autres mécaniciens, inconnus peut-être dans un certain monde, mais dont la renommée ira grandissant d'âge en âge avec les progrès des lumières. Lorsque de semblables hérésies osent se produire au grand jour, il ne faut pas dédaigner de les combattre. Ce n'est point sans raison qu'on a appelé le public une éponge à préjugés; or les préjugés sont comme les plantes nuisibles : le plus petit effort suffit pour les extirper si on les saisit à leur naissance; ils résistent, au contraire, quand on leur a laissé le temps de croître, de s'étendre, de saisir dans leurs nombreux replis tout ce qui se trouvait à leur portée.

Si cette discussion blesse quelques amours - propres ,

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