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2 Georg. Pascius, écrivain allemand du ?,7;«,fi^çte^fi^|,fttjj|^r^^ vers 1700, son TractaUis 4e rwvi^ ii^e^Jti^,, ^ rapBQr;tqcÇjfftit(f}gs^,$iqft,SlpPr YJ!, page 780, édit. in-4». ,.,,.; . . .^,, ;. ^,, :, ,., ,^ ,,^,^ ^,^,,,,j, ,. . , . ,.^ , y ,.^, ^ . ,.
^ Maflfeius, in Historiâ In^iœ Çr^/ifa^y^,^^ay§}fij5.gj& jE[Rr|f|., ,Joha^^^^ Guilandinus Panciçole , Jojiani^j^ .!]V^€;ndftja ^,915 jl|H?îç\^r^^j3L\^^^^^ a.ttrib,uenj;.JL'in-;;
vention de rimprimerie aux QvW«?f(, ,j .0 8olqiiOff ^-um. i«' x ... . .;
Cette opinion , appuyée du sçptij;pçi?.^,^jPj^'e ^H^14Q,,^e Martini , Trig^ift ,5 Kirker, etc. ,est assez fortement (^fe<idi^e;(pqm*q]:(j99 l'çiçf^iiine sérieusepiei^^,.i|L, la vérité , les Chinois sont parvenus à graver des planchas en bois avec lesquelles ils iirtpriment des almanachs et d*autres livres peu corisidéVablès ; mais c'est entore aujourd'iiui un problème à résoudre que de savoir s'ils sont parvenus à découvrir les caractères mobiles. Dans tous les cas , ces lettres en bois n'auraient que bien peu de rapport avec celles qu'emploie riinpiinierie modernej et l'on pourrait
ÉLOGE JUJtST/:(RfQUE JXE L'IMPRIMERIE. 7
ciens Hébreux, avait pprté.s^r,.|5çs.,véteflxens des lettres saillantes*; uij roi de Lacédémope^ i^géail^^^j^j^-V^it imprimé sur le foie d'une victime le mot wx», pour enooif^^^r. ses soldats par un heureux augure 2; et à une époque ,plu;5 jrécente,^ l'empereur Justin, à Constantinople, avait formé les .lettres de, son nom, au moyen d'une planche où elles, étaient gravées ^ JQW* '., Mais que prouvent de telles rechjarchçs, .si ce n'est qu'on av?at .çu tous les moyens nécessaires pour pi^rveivr h la découverte, et que l'ignorance générale ^'était oppppçfi à, «ce qu'on y arrivât? . .,. .^
^^^l^^i^teiiant , que les tems qui précédèrent la fin du 15V. siècle ont ga^^.sws nos yeux, rappelons quelques époques de l'bi^toire de Guttemberg. Les circonstances de la vie d'un homme illu^f^ .sont CQmme ces sites agréables rqjuie l^n aime souvent à revoir, quoiqu'ils nçus soient depuis long-tems connus : on ne saurait les * parcourir sans les admirer; on les quitte avec peine, et dès qu'on les retrouve, ils parpi^pt em^bellis 4'un npuveau charme. C'est dans les monumens historiques qu'on se plaît à saisir les grandes causes de l'art, qu'on pénètre le genre de mérite auquel est appelé chaque individu ;
dire , ittn^^tVlè âèôû^é Vî^iJiA^Wttiôft^V^tt'ils n^ont fait que rêver seulement ce que
l'Europe a^ftSittgiftéV'^^wî^^^fe ptt^tionné;
MàèîiiU^^H^trS'^'^feVy^'MJi^zé^^dêècHï^^^ FAmériqué) ; Pierre Montanus,
dans Y^tla^ Hâ' t^^cfiâfid\'\è}^ le ^Vstnt <îënébraid, regaixient les Mexicains comme les premiers inventeurs de l'imprimerie.
Le même Maginus , au chapitre du royaume de Tangut , avance que les Tartatés' fa tëbWàlë^iélit î^lus' de mille ans avant nous.
Séloti'^âAëUlicrZkihibUiU^^Iës Sé^tlieis seraient lés véritables auteurs de l'imprimerie. Cet écrivain appuie son assertion d'un volume trouvé dans la bibliothèque du grand-duc de Toscane , et dont les caractères étaient placés du haut en bas , à peu près comme' cetii'des Écydiëil^Mais Traesterius et Prosper Marchand , qui lecitent,ontjudiciééfe'étiféfit''yDSfe^?é(jUë 'cette preuve n'était d'aucun poids en faveur de Zamozius. Plusieurs peuples orientaux ont , comme les Scythes , l'habitude d'écrire de haut éh bà'i,*let l'ouvrage trouvé dans la bibliothèque du grand-duc pourrait bien ne venir que de la Chine.
* p^of. DomCalmet, Dictionnaire de la Bible, tom. IV, pag. 510.
2 Plut. , in jégesilao.
3 Ce fait est 'rapporté par l'historien Pi-ocope, in Anecd., cap. VI.
c'est là qu'on sépare le héros de l'éclat immortel qui l'environne, et qu'on apprend par quels efforts et quels travaux il a payé ses glorieux succès.
S'il est vrai que la noblesse puisse décorer de ses titres celui-là même à qui la postérité décerna des titres plus augustes encore ; s'il est vrai qu'un homme déjà célèbre reçoive un nouvel honneur de sa naissance et de ses aïeux , l'histoire dira que l'inventeur de l'imprimerie était d'une famille de Strasbourg, ancienne et distinguée, de celle des Zumjungen ^
Simple gentilhomme , livré à l'étude et à la réflexion , son esprit avait déjà inutilement mûri le projet de lever une empreinte sur des caractères en relief, quand le hasard fit, en partie, ce que Guttemberg n'avait pu saisir • La vue d'un cachet imprimé sur lacire^ fut son premier guide ^ (1440); elle lui apprit, en même tems, à former une composition gluante ^ dont la teinte imiterait celle de l'écriture, et dont
^ Goccius Sabellicus , écrivain du 15** siècle et disciple de Pomponius Lœtus , s exprime ainsi à ce sujet :
« Pulcherrimi int^enti auctor Johannes Guttembergius , equestri vir dignitate. »
Paul Laugius , bénédictin allemand , auteur d'une Chronique imprimée dans le tome l'^'^ des Ecrivains d'Allemagne , dit aussi :
vi Ars imprimendi exorta est per Fetrum Guttembergium , equestris ordinis
virum. »
Johannes Colle nomme Guttemberg baron alkmatid; MalUnkrott , Maittaire et Prosper Marchand s'accordent également sur sa famille.
^ Cette opinion , avancée par Arnaud de Bergelles , est regardée comme la plus vraisemblable. Cet auteur s'exprime ainsi dans son Encomion Ckalcographûe :
Annulus in digitis erat illi occasio prima ,
Palladium ul cœlo sollicitaret opus.
Illum tentabat molli comjnittere cerœ,
Redderet ut nomen littera seripta suum.
Respicit archetypos, aurî vestigla lusirans,
Et secum tacitus talia verba relert t « Quàm bellà pandit certas hsc orbita voces ,
Monstrat et exactis apta reperta libris !
Quid , si nunc justos , aeris ratione reductà ,
Tentarem libros scudere mille modis ? »
^ L'invention de l'encre est attribuée par Polydore Vergile à Schoiffer ; mais nous devons croire avec Prosper Marchand et le plus grand nombre d'auteurs , que ce fut Guttemberg qui la découvrit.
il pourrait couvrir ses caractères. Le premier pas était fait; mais comment parvenir à imprimer facilement , sur Tétendue d'une feuille, une réunion de lettres qui , par leur ténuité, prenaient difficilement l'empreinte, et dont le nombre infini exigeait, pour se rendre lisible, l'action d'une force parfaitement égale, quoique divisée? Guttemberg, enflammé du désir d'arriver à son but, ne fut point découragé : après plusieurs essais admirables et infructueux, la fortune vint encore le servir. Un pressoir attira ses regards * ; le mouvement de la vis, qui répond à un poids immense, frappa tout-à-coup son imagination; et victorieux, dans la pensée, des obstacles qui l'arrêtaient, il conçut l'idée de la première presse.
Ce fut alors que voulant mettre à exécution ces nouveaux desseins, Guttemberg quitta sa patrie pour aller à Mayence. Ses plans avaient acquis déjà plus de force et d'étendue; l'expérience commençait à lui servir de guide, et il ne marchait plus en aveugle dans la route qu'il s'était tracée*
De quels obstacles cependant ne le menaçait pas encore l'avenir ! combien étaient faibles ses ressources , à côté de ce qui restait à connaître ! Il voulait multiplier à l'infini les monumens littéraires des modernes, les chefs-d'œuvre de l'antiquité, et pour accomplir de si vastes combinaisons , il avait gravé seulement quelques caractères en relief, sur des tables de bois ; il n'avait trouvé de sa presse que la force principale et l'encre qu'elle devait employer !
Un esprit vulgaire eût été rebuté; mais, pour l'artiste vraiment digne de ce nom, les difficultés ne sont jamais que l'aiguillon du génie : elles s'évanouissent devant la constance laborieuse, elles disparaissent devant le noble amour de la célébrité. Les recherches, les travaux inutiles, avaient ranimé le courage de Guttemberg , bien loin de le glacer: ce qu'une première tentative n'opérait pas, il le répétait; ce que le tems semblait vouloir envelopper dans un secret étemel , il aimait à l'approfondir : éloigné de son but par l'ignorance et la pré-
^ Robora prospexit dehinc torcularia Bacchi, Et dixit : « Prieli forma sit ista uovi. »
Bergell. , in Encom»
Prosper Marchand a essayé de contrarier l'idée d'Arnaud de Bergelles , eu traitant ce passage de jeu poétique , dont l'auteur aurait voulu enrichir son ou* vrage.
vention , rapproché de la perfection'^par ses propres lumières, il était partagé entre la nécessité d'apprendre et le besoin de créer. Seul , il eût pu, sans doute, arriver au terme * ; mais le sort qui semblait, en l'éprouvant, se jouer de ses résolutions, voulut contrarier ses desseins, et lui suscita des empêchemens plus redoutables.
Guttemberg, rempli d'un vif enthousiasme, n'avait écouté d'abord que la voix du dieu des arts : il avait ambitionné la gloire et avait négligé le soin de sa fortune. Elle dut s'affaiblir promptement, au milieu de tentatives imparfaites ou mal concertées ; elle disparut surtout dans la foule des dépenses qu'entraînait la construction de machines et d'instrumens inconnus : Guttemberg se trouva bientôt sans ressources ^ .
Alors parut un nouvel inventeur, Fust, orfèvre de Mayence, homme ingénieux autant qu'habile; Fust, en qui les talens égalaient l'amour des arts , et dont la postérité ne prononcera jamais le nom sans reconnaissance. — Il aTait apprécié le mérite de l'imprimeur ; il n'hésita pas à lui abandonner ses biens * , dans l'espoir de l'encourager à tenter de nouvelles expériences. Ce début ne lui suffisait pas : jaloux de partager les honneurs attachés à l'invention, Fust se joignit à Guttemberg ; et après avoir obtenu de lui la révélation du secret, il s'empressa d'unir aux connaissances et à l'activité de son associé, son zèle et ses richesses.
î -* Mallinkrott , chanoine de Minden et doyen de Munster, bien loin de convenir de ce fait , n'hésite pas à attribuer entièrement à Fust l'invention de l'imprimerie. Il dit que Guttemberg ayant épousé la fille de Fust (Mallinkrott prend Guttemberg pour Schoiffer)) on confondit le gendre avec Fust lui-même (cap. XI, page 73). Dansun autre passage, il dit, en parlant de Fust : << Nom licèt ego Faus^- « tum non dubitem principem esse omnium iypographorum , hacteniis tamen quanwis (I satis curiosè inquiswerim, nullum mihi codicem im^enire etconspiceredatum est, qui, « anno lA69,certo et publico confesso testimonio, antiquior esset , ut infrà laXiiis even-^ « tilabitur (cap. VI , pag. 55). »
^ Arnold. Bergellanus , in Encom. — Trithême , rapp. par Chevillier, dans son Origine de V Imprimerie^
3 Henri Salmuth rapporte cette circonstance d'une manière toute différente ; voici sa version :
M Eodem tempore , Moguntise commorabatur Johannes Guttembergius, honestis parentibus natus , qui proximè Fausti aedes habitabat. Hic , cùm anidmadvertisset insignem hanc artem typographicam , non solùm omnium ore passim
Alors aussi sortirent de leurs presses les premiers ouvrages provenus, en un seul jour, de la main d'un seul homme * ; bientôt leur atelier laissa voir quelques livres informes , mais bien précieux pour le tems où ils prenaient naissance. Far leurs soins , le taux énorme auquel étaient portés les livres d'étude, allait sensiblement diminuer, et leurs caractères grossiers avaient déjà produit un dictionnaire *.
Mais, tout à coup, une réflexion imprévue les frappa, elle vint leur dévoiler l'imperfection de ces premiers travaux. Les planches qu'ils avaient employées ne pouvaient servir qu'une fois, un vaste magasin en était rempli ; fallait-il, pour chaque ouvrage , en graver de nouvelles ? Que de tems , quels frais immenses eût exigés une telle méthode ! Ces planches n'imprimaient la gravure que d'un seul côté ; fallait-il chaque fois réunir les deux feuilles différentes qui avaient reçu l'empreinte? Le dégoût, le découragement s'emparent des deux artistes ; ils hésitaient à continuer de parcourir cette carrière : mais comment abandonner légèrement le fruit de tant de soins et de veilles ? comment oublier ce qui long-tems a caressé l'imagination ? Un diamant brut était entre leurs mains, devaient-ils négliger de le polir? Laisseraient-ils dans l'enfance une découverte qui leur offrait des spéculations si brillantes, une science qui leur promettait une récompense honorable ?
Et cependant, la lumière n'arrivait que par degrés , elle arrivait lorsqu'ils pouvaient à peine l'entrevoir. Guttemberg , après avoir
celebrari , sed etiam admodùm lucrosam esse , faniiliaritatem cum Fausto con-
traxit , et quia opulentus erat , pecuniam ei ad sumptus necessarios obtulit
Quapropter Faustus cum Guttembergio convenit et pactus est, ut quidquid in
illud opus impenderetur , communi utriusque lucro vel damno cederet Undè
evidenter apparet Guttembergium nequaquàm artis typographicae inventorem et primutn auctorem esse , etc. »
Ce passage de Salmuth est solidement réfuté par les écrits de Bergellanus , de Wimphelingius , de Maittaire et de Prosper Marchand. Junius , de son côté , avance que ce fut Guttemberg qui vola le secret de Laurens Janson , inventeur de l'imprimerie en 1437.
< Gampanus, écrivain du 15« siècle, d'abord évêque de Crotone, ensuite de Teramo , a heureusement rendu cette idée par un seul vers que rapporte Naudé :
Imprimit illâ die quantum \'m scribitur anno.
^ Salmuth et Ilagenbruch disent qu'ils avaient auparavant imprimé un Alphabet et un Donat.
taillé de petits caractères en bois y les avait gravés successivement ; il cherchait à rassembler ces lettres mobiles qui pouvaient servir plus
d'une fois Tentative malheureuse, elle devait encore échouer!
Il fut impossible de justifier et de placer à distance égale des lettres brutes et sans proportions. Soit qu'elles manquassent d'aplomb, soit que l'eau les fit enfler accidentellement, et que la sécheresse les brisât ensuite, soit que le burin ne pût leur faire atteindre la ténuité nécessaire , soit que l'effort de la presse les fatiguât trop , toujours est-il constant qu'après avoir renouvelé ce procédé sous toutes les formes , les deux associés se virent contraints de l'abandonner.
Les lettres de bois étant devenues inutiles , l'idée de Guttemberg et de Fust se porta sur les métaux; le cuivre, le plomb, l'étain, furent à leur tour éprouvés. Vingt essais se succédèrent ; et la fermeté que présentaient des corps aussi solides , fit penser un instant qu'on avait pénétré le secret véritable. L'eau ne produisait plus aucun effet sur eux ; la lime leur donnait le degré de force ou de hauteur qu'ils devaient atteindre, et une légère lame de fer les réunissait pour en foi^ mer des mots et des lignes.
Les premiers élémens de l'imprimerie étaient-ils au pouvoir de ceux qui les avaient étudiés avec tant de zèle ? Non , la typc^raphie attendait encore un nouveau maître. L'art était créé sans doute ; mais il ne vivait pas encore, et la méthode nouvelle demandait une exécution si dispendieuse, que Guttemberg se refusait à l'employer. Le désir de l'apprécier entièrement le porta d'abord à s'en servir; l'expérience la lui fit aussitôt rejeter * ,
Dix années se sont donc écoulées, et dix années n'apportent pas encore de perfection sensible ! Mais souvent un seul jour suffit pour changer la situation des arts, et ce jour ne doit pas tarder à luire.
Un jeune domestique ^ , attaché à Fust , épie depuis long - tems les travaux cachés auxquels se livrent ses maiti^s. Né avec un esprit vif, entreprenant, placé surtout par la pensée au-dessus de la classe où le sort l'a fait naître, il ressent, au lieu d'une indolente curiosité ,
* Prosper Marchand ajoute même qu'après avoir gravé ces caractères , Guttemberg n'en fit aucun usage.
^ D'autres font de Schoiffer un clerc du diocèse de Mayence.
cette avidité d'étude , cette infatigable attention , qui n'appartiennent qu'aux grands hommes^ et qui décelait le feu caché du talent vëritable, Schoiffer voit ses maîtres , rebutés par d'inutiles tentatives , désespérer de l'entreprise ; et déjà son âme vole au-devant d'un secret qu'il brûle de posséder , parce qu'on le dit impénétrable. Il n'a rien encore saisi , qu'il croit d'avance réussir dans ce que son imagination lui dictera. Tel Newton, dans l'enfance, traça depuis des lignes et des cercles, sans connaître les proportions ni les mathématiques; tel Vaucanson, attentif aux mouvemens d'une horloge, devina sa construction, son mécanisme , et devint artiste lorsqu'il ne croyait qu'observer.
Et l'œil pénétrant de Schoiffer a vu plus encore qu'on ne pourrait lui cacher. Fust et Guttemberg , voulant éprouver son industrie, lui ont découvert leurs caractères imparfaits, leurs presses désormais inutiles ; mais quand ils croient l'instruire, le former à leurs travaux, son esprit inquiet conçoit déjà de nouvelles espérances. A peine Schoiffer a-t-il reçu les premières leçons, qu'il surpasse ceux qui les lui donnent : son impatience supporte difficilement l'idée de languir si long-tems dans une vaine espérance ; électrisé par l'amour des sciences, il donne enfin l'essor à son génie; il tente, il rejette, il combine, et bientôt il réussit.
Alors, l'imprimerie est au nombre des arts, elle commence à compter les premiers jours de son existence. Combien Fust et Guttemberg n'ont-ils pas à louer l'heureuse indiscrétion qui a fait de leur ancien serviteur, leur élève, leur associé, leur maître! Ce Schoiffer, que sa naissance semblait vouer à l'obscurité, ce Schoiffer que la fortune avait voulu priver des honneurs attachés au succès, sans appui, sans guide, s'arrachait de lui-même à l'oubli, et dans un seul jour, en faisait assez pour la gloire de toute sa vie! Animé par une étonnante industrie, Schoiffer avait taillé des pièces d'acier pur *, et les avait gra-
* Voici comment Trithême rapporte cette découverte :
« Sed cuin iisdem formis nihil aliud potuerunt imprimere,eô quod characteres « non fuerunt amovibiles de tabulis, sed insculpti, sicut diximus ; post haec inven- (t tis successerunt subtiliora, inveneruntque fundendi formas omnium latini alpha- «« beti litterarum , quas ipsi matrices nominabant , ex quibus rursùm seneos sivc « stanneos characteres f undebant , ad omnem pressuram sufficientes , quas priiis
<4 ÉLOGE HISTORIQUE DE LlMPRlMERIE.
vées; avec ces poinçons^ il frappait des matrices d'un métal plus malléable : il avait su placer ces matrices justifiées dans le centre d'un moule, et obtenir des empreintes en relief, au moyen du plomb, de l'étain et du cuivre qu'il avait mis en fusion dans son creuset. Quelle vaste imagination dans un tel siècle ! Chacune de ces découvertes eût suffi pour illustrer un seul individu ; toutes avaient pris naissance dans la pensée de Schoiffer !
Fust devait à la fois acquitter sa propre dette et celle de Guttemberg : ce fut en donnant à Schoiffer la main de sa fille * , qu'il le paya de ses travaux. Eh ! quel autre prix pouvait-il accorder à celui qui devenait le principal instrument de sa fortune , à celui dont le mérite avait su consolider leur entreprise, jusqu'alors incertaine ? Toute autre récompense eût été déplacée : en décourageant l'élève , elle aurait déshonoré le maître; elle eût fait d'un prodige de l'esprit humain, l'objet d'un vil calcul. Le génie ne devait pas attendre d'autres honoraires que la reconnaissance et l'amitié.
Peu de tems après , quelques différends ayant divisé Fust et Guttemberg ^, rompirent l'association : ces différends, bien loin d'être utiles à l'art, devaient plutôt lui nuire : je les passerai sous silence. Quant à leur cause, on sait que la gravure dispendieuse des planches en bois , devenue plus accablante encore par leur inutilité , en était le motif principal ; on sait aussi que les juges décidèrent en faveur de Fust.
« manibus sculpebant.... Petrus (Schoiffer) autem Opilio , tune famulus, posteà tt gêner inventons primi Johaunis Fust , homo ingeniosus et prudens , faciliorem H modum fundendi characteres excogitavit , et artem , ut nunc est , compte vit. »
Arnaud de Bergelles dit aussi :
Sed quia non poterat proprià de classe character
Tolli nec variis usibus aptus erat, mis succurrit Petrus cognomine Schoiffer,
Quo vix celando promptior alter erat.
Ille sagax animi praeclara toreumata fînxit ,
Quae sanxit matris nomine posteritas.
Et primus vocum fundebat in aère figuras ,
Innumeris cogi quae potuêre modis.
f^id, Salinuth ^page 312 ; Bertius, Comment, rerum germanicarum , page 613. * Aifcntinus apud Mallinkrott , cap. de auct. qui pro Mog. test. ^ BergeUan. , in Encom. — Mallinkrott, de art. et prog. tjrp.
ÉLOGE HISTORIQUE DE L'IMPRIMERIE. iS^
Attachons plutôt nos regards sur Guttemberg, retournant vers une patrie * qu'il avait abandonnée dans une situation moins heureuse. L'époque de son retour offre un contraste frappant avec celle de son départ. 11 avait quitté son pays dans l'espoir incertain de faire réussir ses projets ; il le revoyait en songeant à ses succès, et souriant à ses travaux. Déjà la renommée commençait à prononcer son nom; le destin moins cruel couronnait ses efforts ; et pour lui ouvrir le chemin des honneurs, le duc de Nassau l'appelait au nombre de ses gentilshommes.
La justice et la sécurité seraient-elles donc, pour la première fois, venues consoler un grand homme des attaques ou des mépris de l'ignorance? Les créateurs de l'imprimerie auraient-ils captivé la gloire , sans l'acheter au prix de leur repos et de leur bonheur ? Le monde ne devait pas encore faire naitre ce prodige : au moment où les associés recueillaient le fruit de leurs savantes combinaisons, de nouveaux événemens se préparèrent, et l'Europe vit les disciples des arts chercher leur asile et trouver leur sauvegarde dans une déplorable obscucurité.
La guerre, qui jusqu'alors paraissait avoir épargné la typographie naissante , exerça tout-à-coup ses ravages jusqu'au berceau qui la voyait s'élever. Adolphe de Nassau porta ses armes victorieuses sous les murs de Mayence, en forma le siège, l'emporta d'assaut et livra la ville aux horreurs du pillage.
L'atelier de Fust et de Schoiffer ne garantit pas Mïiyence de la colère du vainqueur ; le prince Adolphe peu inquiet des jugemens de la postérité, ne fut pas assez jaloux de sa gloire, pour épargner la ville en faveur de nos artistes. Il fut loin d'imiter Démétrius, qui sauva Rhodes du pillage, par égard pour le célèbre Protogène; il fut loin d'imiter Alexandre , qui , dans la destruction de Thèbes , conserva la maison et la famille de Pindare, par respect pour la mémoire de cet illustre poète. Adolphe avait conquis, il crut exercer des droits.
Dès ce moment , effrayés par les désastres et par les troubles d'un siège, Fust et Schoiffer se séparèrent : leurs ouvriers, possesseiu*s
^ Depuis il passa à Harlem. C'est ce qu'attestent Ant. Wood et Natalis Cornes.
2 Ce fut lors de son retour à Mayence , vers l'an 1465 , que Gultemberg entra au service de l'Electeur.
16 ëloge historique de limprimehie.
comme eux, du secret, se répandirent dans toute l'Europe; et voilà, nous devons le croire, Tépoque certaine où plusieurs villes qui les reçurent, se disputèrent l'avantage d'avoir donné naissance à l'imprimerie.
Jusqu'ici nous avons suivi pas à pas les premiers inventeurs de cet art , dans les pays où ils s'étaient établis ; reportons-nous maintenant vers la France, où Fust apporta les fruits de son industrie, dés qu'il eut quitté Schoiffer, auquel son cœur s'était attaché par les doux liens du sang et de l'amitié.
Fust, sans recommandation près des grands, sans autre appui que son mérite, vint à Paris % dans l'espoir d'en recevoir la récompense. Il quittait une patrie qu'une foule de sentimens devaient lui faire chérir, où les éloges qu'il reçut auraient dû pour toujours le fixer... Mais, qu'est-ce pour un artiste, que le suffrage d'une seule contrée, quand vingt peuples ignorent encore son existence et ses talens? J'aime à me le représenter, parcourant, pour la première fois, ces provinces étrangères; j'aime à le voir, presque isolé, dans le centre d'une ville bruyante, excitant tour à tour la curiosité des uns , l'intérêt des autres, appelant sur lui les distinctions qu'attend un enfant des beaux-arts, et dédaignant les clameurs odieuses qui s'élevaient déjà contre lui. Que de douces émotions aurait-il alors ressenties, si le voile de l'avenir se soulevant à ses yeux, avait pu lui montrer cette ville qui rejetait ses productions, devenir elle-même un jour le théâtre clu triomphe de la typographie ! Quelles vives sensations l'auraient enivré, s'il eût vu la main protectrice de François élever sa nouvelle patrie à un plus haut degré de splendeur; l'esprit majestueux de Louis XIV favoriser les arts , l'industrie , le commerce, et placer la France au-dessus des autres nations ! Quel hommage plus flatteur cet oracle véridique eût-il pu lui rendre, que de lui annoncer d'avance les suffrages que décernerait la postérité aux Vascosan, aux Morelle, aux Etienne et aux Didot! Ah! je le répète sans hésiter, Fust eût recueilli avec enthousiasme ces témoignages des succès futurs de ses descendans ; lui-même y aurait applaudi , car il suffit d'avoir une grande âme pour que l'envieuse injustice n'exerce jamais sur elle aucun empire.
* Naudé , Supplément à V Histoire de Louis XL
Mais loin de là^ que d'humiliations^ que de persécutions cruelles éprouva dans Paris l'émule et le successeur de Guttemberg I Ce n'était pas assez que la foule des écrivains ignorans se réunît pour l'accuser, pour le faire proscrire; on lui contesta, on osa lui refuser le prix de ses travaux ^ Forcé de fuir, pour garantir sa liberté, n'osant confier à aucun asile la sûreté de sa personne , à aucun ami les secrets de son art , d'homme célèbre et recherché qu'il était dans son pays , il devint , chez une autre nation , proscrit et fugitif , et bientôt, la peste étendant sur Paris ses affreux ravages ^ entraîna dans la tombe celui en qui les chagrins et le découragen^ent avaient presque éteint déjà le flambeau de la vie.
Peuples de Harlem , de Strasbourg et de Mayence , vous ressentiez alors les bienfaits de la typographie , et vous en encouragiez les progrès. Rivaux les uns des autres , vous vous efforciez au moins de justifier votre primauté par le nombre de vos ouvrages; car, de même qu'autrefois sept villes de la Grèce se disputaient là gloire d'avoir donné le jour à Homère, de même aussi chaque pays réclamait l'honneur attaché à cette immortelle découverte^. Étrange variété des opinions humaines I quand la France refusait les offres de Fust et le forçait de prendre la fuite , Harlem faisait graver une inscription *
^ Jean Conrad Kii^Hus, de Nuremberg, professeur de morale et de théologie à Altorf, écrivit , vers le milieu du 17® siècle , une lettre dans laquelle il apprenait à un de ses amis que Jean Fust avait été accusé de magie par les moines , irrités de ce que sa découverte leur enlevait leurs gains accoutumés.
2 Mentel écrivit que Timprimerie avait été découverte à Strasbourg ; quelquesuns dirent que Baie l'avait vu s'élever ; d'autres, JDordrecht, Rome, Boulogne, Venise, Augsbourg , Nuremberg^ , Bussembourg , Lubeck , Feltri , etc. ; Adrien Junius, Pierre Scriverius, Marc «j^oxhornius et le peu d'auteurs cités par Mallinkrott , parlèrent en faveur 4e I^arlem.
3 On avait fait placer à Harlétn, par ordre de la régence, sur la maison de Lau* l'Ont Goster, l'inscription suivante :
niEMORI^ SACRUM.