L'ÉCOLE DE SÈVRES
Discours prononcé par M. Darboux, le 18 mai 1907 ,
dans la salle de la Bibliothèque de l'Ecole, à l'occasion de la célébration du LJ5e anniversaire de la fondation de l'Ecole.
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Vous venez d'entendre notre directrice vous souhaiter la bienvenue dans cette maison qui est la vôtre, Mlle Kùss, présidente actuelle de votre Association amicale, a saisi l'occasion de dire de celle qui l'a précédée à la présidence tout le bien que nous nous accordons à en penser, Mlle Séries vous a montré que les chiffres ont leur éloquence, et elle a mis en évidence tous les services qu'a rendus, tous ceux que peut rendre cette Association amicale à laquelle Mme Jules Favre portait tant d'attachement. M. Lemonnier enfin, qui déjà en 1900 nous avait donné une belle Notice sur l'Ecole, a ajouté aujourd'hui quelques indications précieuses que nous conserverons pieusement sur Mme Jules Favre dans son intérieur et dans son intimité. Notre réunion de ce matin a donc été ce qu'elle devait être. Hier c'était le jour de la cérémonie officielle, M. le Miuistre de l'Instruction publique, plu-
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sieurs des principaux personnages de l'Etat, tous ceux qui s'intéressent aux progrès de l'Enseignement des jeunes filles, si nécessaire dans notre démocratie, avaient voulu marquer, par leur participation à la cérémonie du Trocadéro, l'intérêt vraiment national qui doit s'attacher a la belle création réalisée sur l'initiative de M. Camille Sée. Aujourd'hui la fête à laquelle nous avons été conviés devait avoir quelque chose de plus restreint, de plus intime, de plus touchant. C'est pour cela, sans doute, que notre directrice, qui connaît mon inaltérable attachement à cette Ecole, m'a demandé de clore par quelques paroles cette première partie de la journée. Puisque j'ai le privilège. qui n'est pas toujours enviable, d'être le plus ancien de vos maîtres, je vous rappellerai quelques souvenirs qui s'attachent à la période lointaine où l'Ecole a commencé à fonctionner.
C'est en décembre 1880 qu'a été votée, vous le savez, sur la proposition de M. Camille Sée, la loi qui instituait définitivement l'enseignement secondaire des jeunes filles dans notre pays. Sans perdre de temps, le promoteur de cette loi présentait, d'accord avec le Ministère de l'Instruction publique, une nouvelle proposition tendant à créer une Ecole normale destinée à préparer les professeurs-femmes pour les Ecoles secondaires de jeunes filles. Comme il fallait s')- attendre, cette proposition reçut le meilleur accueil de tous ceux qui avaient voté la première. L'exemple de la célèbre École de la rue d'L'lm avait porté ses fruits. C'est en vain qu'au Sénat, M. de Gavardie combattit la proposition, sans même en bien démêler le but. c Un séminaire laïque de jeunes filles, que! est ce monstre » ? disait-il. S'il était ici aujourd'hui, il verrait que le monstre a vraiment bonne tournure. Les deux Chambres décidèrent que le régime de la
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nouvelle Ecole serait l'internat et qu'elle ne serait pas ouverte à des élèves externes. Sur ces deux points, les arguments de M. Camille Sée étaient vraiment topiques. « La présence sur les mêmes bancs d'élèves internes et externes aurait, disait-il, divers inconvénients. Les unes pourraient envier la liberté ; les autres pourraient apporter dans l'Ecole des habitudes, des idées, des distractions, qui ne seraient pas conformes à la haute direction morale que nous avons dessein de lui donner.
« Ajoutons, disait l'honorable rapporteur, que, s'il importe de donner aux futurs professeurs une instruction étendue et solide, il importe au moins autant de former leur caractère et de les habituer à une vie sévère et recueillie. L'Etat doit savoir à qui il se fie. Les jeunes filles, au sortir de l'Ecole normale, auront charge d'àmes à leur tour. Elles enseigneront à leurs élèves, outre les sciences écrites sur le programme, la Science de la vie, qui est la plus difficile de toutes. »
On ne pouvait définir en termes plus élevés le but de la nouvelle création. La loi qui instituait l'Ecole fut promulguée le 29 juillet 1881. Il ne restait plus qu'à l'exécuter. Heureusement, nous avions alors, au Ministère de l'Instruction publique, Jules Ferry, qui, à part une courte interruption, devait y rester près de deux ans. A toutes ses précieuses qualités d'homme d'Etat, Jules Ferry joignait un don non moins précieux, celui de savoir choisir ses collaborateurs. Il avait mis à la tête de l'Enseignement secondaire un homme de valeur exceptionnelle, un administrateur de grande race, Charles Zévort. Il nous donna aussi, non pas une excellente directrice, mais la directrice même qu'il fallait pour assurer à l'Ecole cette orientation morale qui avait été voulue par le Parlement.
Zévort, qui fut chargé d'organiser l'Ecole, ne per-
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dait jamais de temps. Trois mois après la promulgation de la loi, le 1er novembre 18S1, Ernest Legouvé, donl le nom était à lui seul un symbole, était chargé de la direction des études en qualité d'inspecteur général, Mme Jules Favre était nommer directrice. Par le même arrêté, le premier personnel de l'Ecole était désigné. Les professeurs étaient Mlle Williams, Mme Lenoël, Alfred Rambaud, qui ne devait jamais professer, mais qui nous a rendu plus tard, quand il est devenu ministre, un service signalé, Koell et Arsène Darmesteter, dont nous déplorons encore la perte, Serré Guino, qui se repose dans une retraite vaillamment gagnée, Edmond Perrier et moi.
C'est au Ministère de l'Instruction publique, à une réunion des professeurs de l'Ecole, que je vis Mme Jules FaAre pour la première fois. Elle nous apparut dans ses longs vêtements de deuil, qu'elle portait en mémoire de son illustre mari, avec sa bonne grâce souriante de grande dame, avec sa réserve empreinte de quelque timidité. Je ne la revis plus qu'à l'Ecole, après ma première leçon. Il y a eu une première période, bien courte, il est vrai, dans laquelle il n'y avait ici qu'une seule section : les lettres et les sciences y étaient confondues Elles doivent l'être sans doute dans la vie ; mais, dans l'Enseignement, il convient qu'elles soient séparées. Ne sachant trop par où commencer, avec ce premier auditoire si intéressant, mais si peu homogène, qui comprenait des élèves de toutes les origines et de tous les âges, les unes s'étant formées seules, les autres sortant de l'Enseignement primaire, j'avais choisi quelques aperçus astronomiques comme sujet de ma première leçon. Je dois dire que je manquai complètement mon but. Mme Jules Favre me le dit nettement. C'est de ce moment que datent les relations de confiance et d'amitié respec-
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tueuse de ma part qui devaient durer jusqu'à la fin.
Dans ces premiers temps de l'Ecole, les problèmes surgissaient pour ainsi dire chaque jour. Nous avions dû faire nos examens d'entrée dans des salles de l'ancienne manufacture, situées là où se trouve aujourd'hui votre jeu de crocket. Il fallait achever d'aménager les bâtiments, préparer des salles de conférences, des chambres pour les futures élèves. L'architecte, M. Lecœur, était sans cesse ici. Zévort, heureusement inspiré, avait su trouver le siège qui convenait pour notre Ecole : assez près de Paris pour qu'on pût utiliser les ressources de tout genre qu'il offre à profusion ; assez loin pour qu'on pût se croire à la campagne, dans une région où les promenades sont faciles, avec un parc qui ménage des perspectives admirables sur les vallées environnantes, en même temps qu'il est propice aux études dans la belle saison. L'architecte sut tirer parti des éléments qui lui étaient confiés. C'est à lui que l'on doit votre grande cour, le bel escalier qui sert de piédestal à ce bijou d'architecture, le pavillon de Lulli, que, sur mes pressantes instances on a dernièrement restauré. Cette partie centrale du parc est devenue un véritable décor d'opéra-comique, et lorsque je gravis, avec une fatigue que les ans ne diminuent pas, les pentes raides qui le sillonnent, je songe involontairement au premier acte de la Dame VA anche.
En même temps que s'embellissaient les locaux, les sections des lettres et des sciences étaient constituées ; une seconde, puis une troisième promotion, venaient s'ajouter à celle qui avait été reçue en 1881. Il fallait nommer des professeurs nouveaux ; Mme Jules Favre s'inquiétait de savoir qui convenait le mieux pour chaque enseignement ; elle écoutait et sollicitait nos avis, faisait ses propositions, qui reçurent presque tou-
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jours un accueil favorable. C'est ainsi que tant de professeurs distingués sont venus se joindre au petit noyau qui avait été primitivement choisi. Mais il ne suffisait pas évidemment de compléter ainsi le personnel : avant tout et par-dessus tout, il fallait créer l'esprit de la maison, assurer cette direction morale d'où devait dépendre entièrement le succès du nouvel enseignement. Sous ce rapport, j'en appelle à vus souvenirs, Mme Jules Favre a été vraiment incomparable. Vous vous rappelez l'affection qu'elle vous portait, l'esprit de tolérance qui, chez elle, s'alliait si bien à la rigidité morale, le respect scrupuleux qu'elle avait pour votre initiative et votre personnalité. C'est à elle que vous vous adressiez après votre sortie de l'Ecole, et elle était toujours prête à vous encourager, à vous assister, à vous aider à surmonter les difficultés que vous rencontriez. On peut dire que, pendant les quinze années qu'elle a passées ici, elle a été la directrice aimée et écoutée de tout l'enseignement des jeunes filles dans notre pays.
Je voudrais vous dire aussi, si le temps n'était pas mesuré, avec quel plaisir quelques-uns de vos maîtres assistaient à ces réunions du soir où elle vous conviait à vous reposer de vos travaux par un peu de lecture, un peu de musique et quelques bonnes causeries. Que de fois je l'ai vue traversant cet interminable couloir de l'Ecole pour aller assister à quelque conférence d'histoire, de littérature ou de philosophie ! Elle ne venait jamais à celles de mathématiques. Comment lui en vouloir ?. c'était si naturel ! Les mathématiques ont quelque chose de rébarbatif. Pourtant elle s'intéressait à notre Section des sciences et se plaisait à reconnaître que l'enseignement des sciences peut revendiquer, lui aussi, une action morale de réelle valeur. Bien différente en cela de M. Legouvé, qui n'au-
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rait pas voulu voir ici de cabinet d'histoire naturelle et jetait des regards désolés sur l'énorme larynx en carton-pàte dont Mme Lenoël-Zévort se servait dans ses conférences pour expliquer le mécanisme de la diction, Mme J. Favre admettait volontiers que, même dans une école de jeunes filles, on ne peut faire de la chimie sans expériences, de la physique sans appareils, des sciences naturelles sans préparations.
Je viens de prononcer le nom de M. Legouvé. Nous devons beaucoup à cet esprit délicat et charmant ainsi qu'à M. Gréard qui, en sa qualité de recteur, était chargé de la haute direction de l'Ecole. On peut bien le reconnaître aujourd'hui, Mme Jules Favre n'a rien fait pour seconder leur action. Elle se sentait de force à réaliser seule l'œuvre qu'elle avait conçue. C'est le propre de cette belle chose exprimée par un vilain mot, la pédagogie, de rendre quelque peu intransigeants ceux ou celles qui s'en occupent. T^out cela est bien loin aujourd'hui. Il ne nous reste que le souvenir des services qui nous ont été rendus des deux côtés. Legouvé et Gréard furent nos garants vis-à-vis d'une opinion publique qui avait besoin d'être conquise, ils ont mis leur haute autorité au service de l'Ecole et ont été nos défenseurs, quand cela a été nécessaire, auprès des ministres et du Parlement.
Grâce à eux, grâce à tous ceux dont j'ai rappelé l'action bienfaisante, les passages difficiles ont été franchis. Zévort n'est plus là, mais il a un successeur qui ne nous ménage, ni ses sympathies, ces fêtes en sont la preuve, ni ses précieuses directions. Le moment est venu où l'Ecole peut envisager avec confiance l'avenir qui s'ouvre devant elle. Je n'ai pas besoin de vous dire, Mesdames, avec quelle joie nous voyons, en quelque sorte, vivante sous nos yeux, l'œuvre qui nous avait été confiée. Grâce à votre tact, à votre esprit
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de tolérance, à votre ardeur désintéressée, au dévouement que vous n'avez cessé de montrer, vous ave/ largement acquitté la dette que vous aviez contractée envers l'Etat. Chaque jour, nous recevons les impressions les plus heureuses et les plus fortifiantes sur le succès de votre enseignement. Plusieurs d'entre vous sont devenues directrices et ont appris à connaître cette administration dont on a coutume de dire tant de mal. C'est une de nos meilleures élèves, la confidente dévouée de Mme Jules Favre, qui. après le départ de Mme Marion, dirige aujourd'hui l'Ecole. C'est donc sous les plus heureux auspices que nous célébrons aujourd'hui le 25° anniversaire de sa fondation. Saluons d'un souvenir ému ceux et celles qui ne sont plus là pour prendre leur part de notre joie. Souhaitons la bienvenue aux amis de l'Ecole, à ces anciens collègues qui nous avaient quittés, quelquefois contre leur gré, et qui ont voulu nous revenir aujourd'hui. Ou and l'heure de la retraite aura sonné pour nous comme pour eux, le souvenir de cette journée, de toutes celles que nous aurons consacrées à cette maison, sera, n'en doutez pas, celui sur lequel il nous sera le plus agréable de nous arrêter.
Discours prononcé le 24 novembre 1901 à la Cérémonie du Cinquantenaire scientifique de M. Berthelot, par M. Darùoux,au nom du Comité de souscription.
« Monsieur le Président de la République,
» Le Comité d'organisation doit vous présenter d'abord ses reraerciments les plus respectueux pour l'honneur que vous avez bien voulu lui faire en acceptant la présidence de cette cérémonie. Il est permis à M. Berthelot de voir, dans votre présence parmi nous, un gage de cette affection bienveillante qui vous unit à vos anciens collègues du Sénat. Nous voulons y reconnaître surtout un témoignage nouveau et éclatant de votre haute sollicitude pour tout ce qui se rattache, de près ou de loin, aux intérêts de notre pays.
» L'empressement plein de cordialité que MM. les Présidents du Sénat et de la Chambre, MM. les Ministres et les personnages les plus importants ont mis à agréer notre invitation, l'hommage, si conforme aux traditions des Assemblées françaises, que le Sénat et la Chambre des Députés ont rendu à M. Berthelot, nous touchent aussi profondément. Ils éveillent en nous un sentiment bien naturel de reconnaissance ; mais, je dois le dire, ils ne nous ont pas surpris. De
tout temps, la culture des Lettres et des Arts, celle des Sciences, ont été en honneur dans notre pays. Grâce à elles, la France a su maintenir, elle saura accroître une influence dont elle a droit d'être fière, car cette influence ne peut s'exercer que dans l'intérêt commun de toutes les nations, et pour le bien de l'humanité.
» Cher et illustre Maître,
» Depuis plus de cinquante ans, tous vos efforts ont été consacrés à des recherches qui n'ont connu ni trêve ni relâche. Mille Mémoires, trente-cinq Volumes publiés à part, ont répandu dans le monde entier les résultats de vos études sur les sujets les plus variés.
» La Chimie, cette reine des sociétés modernes, a été surtout l'objet de vos travaux. D'un pas égal et ferme vous avez parcouru toutes les parties de son domaine. Seul de tous les chimistes vivants, rien de ce qui touche à la Chimie ne vous a été étranger. Choisissant de préférence les questions les plus difficiles ou les plus délicates, vous les avez abordées avec cette persévérance opiniâtre et cette variété de moyens dans l'attaque, qui sont les qualités les plus nécessaires des puissants chercheurs.
» Vos travaux sur la Synthèse, dont nous voyons chaque jour les merveilleux développements, ont effacé toute démarcation entre la Chimie minérale et la Chimie organique; ils ont ainsi établi cette unité de la Chimie, si longtemps niée ou mise en doute avant vous. Vos puissantes et fines méthodes, en vous donnant les moyens de reproduire les principes élémentaires qui se trouvent dans les êtres organisés, vous ont permis de devenir vous-même un créateur,
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et vous nous avez appris à construire une infinité do corps, inconnus avant vos recherches parce qu'ils n'avaient jamais trouvé dans la nature les conditions dynamiques nécessaires à leur formation.
» Vos études sur la Thermochimie, en faisant disparaître pour toujours ce fantôme, cette cause occulte qu'on appelait Y affinité, ont transformé en une discipline vraiment rationnelle une science qui, plus que toute autre, paraissait asservie à la matière et aux faits. Au prix d'un labeur qui nous paraîtrait dépasser les forces d'un seul homme, si nous ne savions qu'il a été accompli par vous seul, vous avez pu déterminer un nombre immense de données numériques, dont l'emploi vous a permis ensuite d'aborder les phénomènes les plus délicats, les plus obscurs. C'est ainsi que vous avez jeté le jour le plus pénétrant sur l'étude des corps explosifs, dont vous avez renouvelé la théorie. Votre nom demeurera toujours associé à la découverte de ces explosifs nouveaux, d'une docilité et d'une puissance inconnues jusque-là, qui, en rendant aux industries de la paix des services inappréciables, ont contribué à faire désormais de la guerre un objet d'horreur et d'effroi pour toutes les nations civilisées.
» Le premier, vous avez employé en Chimie organique, pour combiner les éléments, l'énergie électrique. L'arc vous a donné ce corps merveilleux, l'acétylène, l'un des instruments de vos synthèses ; l'étincelle et l'effluve se sont prêtées à toutes vos investigations. Grâce à l'effluve, vous avez pu enlever à l'argon, cet élément nouveau de l'air atmosphérique découvert par deux illustres chimistes, la réputation d'inertie que ce corps singulier avait su conserver jusqu'à vous.
» D'autres diront tous les bienfaits dont l'Agricul-
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fciire, <lont l'Industrie, dont la Médecine, sont redevables aux travaux que vous avez accomplis dans vos laboratoires. Je ne saurais oublier ici que la Chimie, même agrandie et renouvelée par vos découvertes, n*a pu suffire à absorber toute votre activité.
» Votre vie toute entière a été méthodiquement employée à réaliser en vous ce développement intégral des facultés humaines, qui a été le but et l'idéal de nos grands philosophes du xvme siècle, dont vous vous proclamez le disciple et l'admirateur. Par vos actes et par vos écrits, vous avez rendu à la cause de l'éducation des services dont chaque jour accroît, pour ainsi dire, la valeur. Avec l'autorité du savant et la raison souveraine du philosophe, vous avez contribué à mettre en pleine lumière ces rapports nécessaires et étroits que nulle nation ne saurait méconnaître sans péril et qui rattachent à la haute culture sous toutes ses formes les progrès de l'Industrie, des mœurs publiques et de l'éducation nationale.
« Cher Maître,
» Dans cette glorieuse maison vous receviez, il y a cinquante-cinq ans, la plus belle des couronnes du Concours général de 1816. Dans la nouvelle Sorbonne que la République a reconstruite, en lui assurant une ampleur, une adaptation aux besoins de l'Enseignement supérieur que ne connut jamais l'ancienne, vos Confrères de l'Institut et de l'Académie de Médecine, de la Société d'Agriculture et de la Société de Biologie, vos Collègues du Collège de France et de l'Ecole de Pharmacie, les Délégués, si nombreux et fraternellement confondus, des Universités françaises, vos élèves, vos amis, les Membres du Parlement et tant d'autres que j'oublie en ce moment ont tenu à célébrer
aujourd'hui avec nous le cinquantième anniversaire de votre vie scientifique. Quelques-unes des Sociétés étrangères auxquelles vous appartenez depuis longtemps ont délégué des savants illustres, dont nous honorons les travaux et dont nous saluons avec joie la présence à cette cérémonie. Les autres nous ont envoyé des adresses dont, tout à l'heure, vous entendrez la longue énumération ; leur lecture, quand vous pourrez la faire à loisir, vous donnera le sentiment que votre vie a été utilement et glorieusement employée. C'est la plus belle récompense que puisse désirer un savant.
» Notre Comité, heureux de l'accueil qui a été lait partout à son initiative, vous présente ses vœux par ma voix. Permettez-moi d'y joindre l'expression de ma vieille affection. Celui qui a l'honneur de siéger auprès de vous à L'Académie ne saurait oublier avec quelle bienveillance vous l'avez accueilli, il y a quarante ans, lui simple débutant, vous déjà illustre, en possession des idées maîtresses qui ont illuminé et dirigé toute votre vie.
» Puissiez-vous travailler et prospérer longtemps encore, en continuant parmi nous la glorieuse lignée des chimistes illustres : Lavoisier, Gay-Lussac, Dumas, Wurtz, Deville, Pasteur. Puissiez-vous, longtemps encore, susciter, sur notre sol généreux et fécond, de nouveaux émules à ces grands hommes parmi lesquels nous sommes fiers de vous ranger ! »
J'ai vécu longtemps auprès du savant illustre auquel la France vient de rendre les honneurs les plus grands dont elle dispose. Je l'ai connu vers 18G2, lorsqu'il fréquentait, rue de Rivoli, avec des hommes tels que Renan, Gaston Boissier, Foucault, Sainte-Claire Deville, Pasteur, la maison hospitalière de M. et Mme Joseph Bertrand. J'ai été, pendant plus de vingt ans. son confrère à l'Académie des sciences et, pendant près de sept ans, son collaborateur direct comme Secrétaire perpétuel. Nous avons siégé ensemble dans d'innombrables commissions : partout et toujours, je n'ai pu m'empêcher d'admirer ce qu'il y avait de personnel et de vraiment neuf dans sa manière d'envisager les questions les plus variées. On a dit de lui qu'il avait l'esprit encyclopédique, et l'éloge était certainement mérité. Mais sa mémoire n'était pas seule à le servir, et son puissant cerveau, sans cesse en éveil, lui permettait de se former, longtemps à l'avance, des théories propres et originales, qu'il développait volontiers, et qui lui servaient de guide dans l'étude des cas particuliers.
Tout l'intéressait et tout l'attirait. Il aurait eu tous
(1) Article nécrologique paru dans le n° d'avril 1907 du Journal des Savants.
les titres pour siéger dans quatre de nos Académies. II se présentera devant la postérité accompagné de douze à quinze cents mémoires, de trente volumes. Le A mars dernier, il nous apportait encore un article, qui figure dans nos Comptes Rendus.
Quand on examine cette suite étonnante de productions, on est frappé d'une particularité pour ainsi dire unique dans l'histoire des savants : dès le premier jour, Berthelot nous apparaît tel qu'il devait être dans le reste de sa carrière : en possession à la fois des principes et des méthodes, n'ayant plus rien à acquérir, ni en érudition, ni en puissance intellectuelle. Et même, si l'on en croit les meilleurs juges, ce sont les premiers travaux de Berthelot qui constitueront dans l'avenir la partie la plus solide et la plus durable de sa gloire. La culture scientifique, aujourd'hui plus que jamais, exige de la part de ceux qui s'y livrent un certain désintéressement. Nos découvertes d'un jour sont, pour la plupart, vouées à l'oubli ; utiles à leur heure, elles sont destinées à être remplacées, et en quelque sorte recouvertes, par les travaux de ceux qui nous succéderont. Dans certaines de ses parties, l'œuvre de Berthelot n'échappera pas au sort commun ; mais quelques-uns de ses écrits, et c'est le plus bel hommage qu'on puisse lui rendre, me paraissent destinés à demeurer toujours classiques. Parmi eux, il faut placer au premier rang l'ouvrage en deux volumes : La chimie organique fondée sur la synthèse, qu'après dix ans de recherches, il publia en 1860, c'est-à-dire à l'âge de 32 ans. Je voudrais qu'on mît entre les mains de nos étudiants, trop habitués à se contenter de l'enseignement oral, ce livre merveilleux, dont l'introduction et la conclusion sont d'ailleurs accessibles, même aux profanes. Le lecteur demeure confondu devant l'étendue
et la portée des conceptions, la précision du style, la rigueur géométrique avec laquelle sont présentées les expériences, l'enchaînement régulier des résultats. Dans aucun autre ouvrage on ne verra jamais apparaître avec plus d'évidence les avantages que peuvent donner à un esprit, d'ailleurs puissant, les études littéraires et philosophiques, telles qu'on les dirigeait en 1845, la libre vie de l'étudiant, en commerce intime et prolongé avec ses égaux ou ses pareils.
Quand lierthelot a commencé ses recherches sur la synthèse, on considérait la chimie comme composée de deux branches essentiellement distinctes : d'un côté la chimie minérale, c'est-à-dire l'étude des composés inorganiques, des métaux ou métalloïdes, que l'on pouvait recomposer et décomposer sans aucune difficulté ; mais en fait, on n'obtenait pour chaque groupe de ces corps qu'un nombre relativement infime de combinaisons. L'autre branche, la chimie organique, avait pour objet l'étude des matières contenues dans les êtres vivants, animaux ou végétaux. On avait pu les détruire d'une manière graduée et obtenir, par une suite de décompositions ménagées, des composés de haut intérêt. Mais quand on arrivait au dernier terme de ces décompositions, les composés organiques apparaissaient comme formés de charbon, uni aux éléments de l'eau et de l'air. Il y avait là une opposition tranchée : d'un côté, une centaine d'éléments simples qui engendraient un nombre de composés relativement restreint; de l'autre, quatre éléments seulement : le carbone, l'oxygène, l'hydrogène, l'azote, qui fournissaient à eux seuls les combinaisons les plus variées.
Ces différences entre les deux chimies semblaient corroborer les idées qui avaient pris naissance. On
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n'avait jamais pu reproduire par le simple jeu des actions chimiques ces milliers de composés organiques que, chaque jour, la nature forme sous nos yeux. On fut donc conduit à penser que seule une action propre de la vie, une force vitale, était capable de les fournir. C'est en vain qu'en 1828, Woehler avait reproduit l'urée, un des produits immédiats les plus importants des animaux, que Pelouze et Kolb avaient obtenu par synthèse l'acide formique et l'acide acétique. Les procédés par lesquels ces résultats avaient été obtenus étaient si différents, et paraissaient si particuliers, qu'ils ne réussirent en rien à modifier les idées qui avaient cours. Berzélius écrivait encore en 1849 : « Dans la nature vivante, les éléments paraissent obéir à des lois tout autres que dans la nature inorganique », et Gerhardt disait à son tour : « Le chimiste fait tout l'opposé de la nature vivante ; il brûle, détruit, opère par analyse ; la force vitale, seule, opère par synthèse; elle reconstruit l édifice que les forces chimiques ont abattu ». C'est ce fantôme de la force vitale, opposé aux actions de nature purement chimique, que Berthelot a définitivement chassé de la chimie organique. En formant à partir des éléments, par des méthodes précises et générales, les carbures d'hydrogène, les alcools et leurs dérivés, les corps gras neutres et certains principes sucrés, il a su donner à sa science de prédilection les bases qui lui avaient manqué jusque-là. Il a. du même coup, effacé toute ligne de démarcation entre la chimie minérale et la chimie organique. Les chimistes l'ont suivi à l'envi dans la voie si large qu'il avait ouverte, et de nos jours la synthèse a procédé à pas de géants. Graebe, ruinant l'industrie de la garance, a reproduit l'alizarine ; v. Baeyer a obtenu l'indigo artificiel. On a réussi à tirer
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du goudron de houille des colorants infiniment plus variés, et souvent plus beaux, que les matières extraites des végétaux. Puis sont venus les parfums, ainsi que les produits thérapeutiques. Il n'est pas d'année où la science et l'industrie ne s'enrichissent de vingt à trente mille composés nouveaux, qui n'avaient jamais trouvé dans la nature les conditions dynamiques nécessaires à leur formation. C'est ce que Berthelot, dès le début, avait exprimé par cette formule saisissante : la chimie crée son objet. Il a entendu par là qu'elle ne se borne pas, comme les sciences naturelles, à comparer et à classer les corps existants : « La synthèse des corps gras neutres, disait-il, ne permet pas seulement de former les quinze ou vingt corps gras naturels connus jusque-là, mais elle permet encore de prévoir la formation de plusieurs centaines de millions de corps gras analogues, qu'il est désormais facile de produire de toutes pièces, en vertu de la loi générale qui préside à leur composition ».
Berthelot, on le voit, savait toute l'étendue des résultats qu'il avait obtenus ; mais il connaissait aussi, et mieux que personne, leurs limites. Il faut lire à ce sujet un curieux passage de son ouvrage où, parlant de la chimie physiologique, il fait remarquer finement que, si les corps des animaux sont des laboratoires où peuvent s'exercer les actions chimiques, ces actions s'y exercent toutefois dans des conditions très délicates de température, de dissolution, d'affinités peu énergiques, en dehors desquelles la vie deviendrait impossible. Ainsi, à côté du problème qu'il avait résolu, il ne craignait pas d'en indiquer un autre, dont l'importance est manifeste : non seulement reproduire les composés organiques par synthèse, mais aussi retrouver et définir les conditions même
dans lesquelles ils ont pris naissance au sein des êtres vivants. Aujourd'hui encore, ce vaste problème est loin d'être élucidé dans toutes ses parties ; mais il est permis d'affirmer que les résultats de Berthelot en ont singulièrement avancé la solution.
Après avoir débarrassé la chimie organique de la force vitale, après avoir établi ainsi l'unité de la chimie, il a voulu faire disparaître un autre fantôme, en définissant et assujettissant à des lois précises, s'il était possible, ce que l'on désignait, ce que l'on désigne, aujourd'hui encore, sous le nom vague d'affinité. Sur les traces de savants qu'il a soigneusement cités, Dulong, Andrews, Favre et Silbermann, J. Thomsen, il a consacré près de quarante ans de sa vie à réunir les éléments d'une science nouvelle, qu'il a nommée la thermochimie. Pour mesurer les quantités de chaleur absorbées ou dégagées dans les réactions, il a inventé les méthodes calorimétriques les plus précises ; les ingénieux appareils qu'il a construits pour les appliquer sont aujourd'hui universellement adoptés. Mais il ne pouvait être donné à la chimie seule de résoudre toutes les difficultés qui se dressent à chaque pas dans les études de ce genre : pour nous éclairer complètement sur les causes et les circonstances des réactions, il fallait l'intervention de principes essentiellement nouveaux, empruntés à une autre science, et dus au génie de Sadi Carnot et de Robert Mayer. Si Berthelot n'a pas obtenu dans cette voie tout le succès qu'il avait espéré, il a du moins frayé la route ; ses innombrables expériences lui ont fourni une foule de données précieuses, grâce auxquelles il a pu développer et préciser les belles découvertes de Laplace et de Lavoisier sur les origines de la chaleur animale, et aussi, et surtout, constituer sur ses véritables bases la théorie des corps explosifs, devenue entre ses mains
un des chapitres les plus élégants et les plus instructifs de la chimie moderne.
C'est pendant le siège de Paris, au moment où il fut nommé président du Comité scientifique pour la défense de Paris, qu'il inaugura ces nouvelles et mémorables études. On ne connaissait à cette époque que des règles purement empiriques pour régler les conditions du tir, et l'on savait à peine quelle était la nature des gaz produits par cette vieille poudre noire dont il nous a retracé l'intéressante histoire. Grâce aux travaux de Berthelot, poursuivis en collaboration avec mes deux confrères Sarrau et Vieille, on connut et l'on put calculer les effets que produisent les explosifs les plus divers, avec toute la précision que peuvent atteindre les sciences appliquées. Sarrau m'a raconté plus d'une fois quelle fut la stupéfaction d'un ministre de la guerre, dont j'ai oublié le nom (il appartenait à l'artillerie:, lorsque mon cher confrère, alors Directeur des Poudres, lui apporta une formule qui permettait de calculer à l'avance la vitesse imprimée a un projectile par une poudre de composition donnée. Berthelot, en collaboration avec M. Vieille, institua une suite de travaux sur la vitesse de propagation des phénomènes explosifs, sur ce que l'on a appelé l'onde explosive, par des méthodes où toutes les objections étaient prévues et qui permettaient de mesurer des durées s'élevant à quelques dix-millièmes de seconde. On sait que l'ensemble de toutes ces recherches a servi de point de départ à cette belle découverte, faite par M. Vieille, de la poudre sans fumée, qui a sans doute contribué à nous épargner une guerre, en nous assurant pour deux ou trois ans une grande supériorité dans l'armement.
Il m'est impossible d'analyser ici bien d'autres travaux de M. Berthelot, ses recherches sur la formation
des éthers et l'isomérie, sur l'effluve électrique, les expériences sur la fixation de l'azote atmosphérique par les plantes, qu'il poursuivait dans son laboratoire de Meudon. Mais les lecteurs de ce Journal me reprocheraient à bon droit de passer sous silence les études persévérantes qu'il a consacrées à l'histoire des sciences, et à celle de la chimie en particulier. C'est surtout aux alchimistes qu'il s'intéressait; car il considérait que, par leurs travaux sur la pierre philosophale et sur l'elixir de longue vie, ils avaient été les précurseurs réels des sciences expérimentales. Et comme il était loin d'être un esprit positiviste à la manière de Comte ou de Littré, comme il avait, dans ses études philosophiques, fait place à ce qu'il appelait la science idéale à côté de la science réelle, il aimait à parcourir ces papyrus des alchimistes, dans lesquels les rêveries et les imaginations mystiques se mêlent aux procédés positifs et aux résultats définis. Je ne m'attarderai pas à énumérer toutes les collections qu'il a ainsi publiées et commentées. A l'étranger, elles ont fait sensation et, lors de la célébration de son cinquantenaire scientifique, la Société chimique de Berlin, composée de bons juges en la matière, n'hésitait pas à lui écrire : « Vos admirables écrits historiques ont rejeté bien loin dans l'ombre tout ce qui avait été publié depuis Hermann Kopp sur le développement de notre science. » En France, où l'on néglige bien à tort l'histoire de la science, les alchimistes seuls, car il y a encore des alchimistes, ont approfondi les publications de Berthelot et lui ont même témoigné, lors de son cinquantenaire, leur reconnaissance et leur admiration.
Il me resterait encore, si M. Briand ne s'était acquitté de cette partie de ma tâche infiniment mieux que je ne saurais le faire, à insister sur les idées phi-
losophiques, sur le rôle politique et social de Berthelot. Bornons-nous à rappeler ici qu'il fut tolérant, à la fois dans ses actes et dans ses pensées, qu'il fut aussi, plus dune fois, le défenseur heureux des intérêts de la haute culture scientifique auprès des pouvoirs publics. Mieux que personne, et avec toute l'autorité de son génie, il a su mettre en évidence ces rapports nécessaires et étroits que nulle nation ne saurait méconnaître sans péril, et qui rattachent au maintien, au développement des études désintéressées, les progrès de l'éducation, des mœurs publiques et de l'industrie nationale.
Berthelot est mort le 18 avril, vers 5 heures et demie. On connaît sa fin si touchante. Il était venu à 3 heures dans mon cabinet pour me faire la confidence de ses angoisses ; il m'avait rappelé tout ce qu'il devait à Mme Berthelot, à cette compagne de sa vie qui, pendant quarante-cinq ans et dans toutes les épreuves, avait su raffermir son cœur et soutenir son esprit, un peu inquiet de sa nature. Il espérait encore contre toute espérance. Déjà gravement atteint, il n'a pu résister à un choc, à une douleur qu'il se refusait à prévoir.
G. Darboux.
Discours prononce le 5 juin 1940, en présence de M. Doumergue, Ministre de l'Instruction Publique, de Mme Pasteur et des membres de sa famille, des anciens élèves et des amis de Pasteur, lors de la remise à l Ecole Normale du monument qui lui a été élevé dans le grand jardin de l'Ecole.
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,
En revoyant ces lieux où Pasteur a vécu les années les plus fécondes, mais aussi les plus difficiles, de sa noble vie, je ne puis me défendre d'une profonde émotion. C'est à deux pas d'ici, dans ce modeste laboratoire aujourd'hui transformé en infirmerie, qu'il a fait ou a préparé ses plus belles découvertes ; c'est là, en particulier, qu'il a inauguré le service de la rage et donné ainsi le plus éclatant, le plus touchant exemple des services que la science peut rendre à l'humanité. C'est dans les allées de ce jardin qu'il se reposait, lorsqu'il consentait à prendre du repos, avec ses élèves, ses amis, Bertin, Deville, Boissier, Briot, Joseph Bertrand, pour n'en citer que quelques-uns. C'est ici qu'il a été frappé de cette maladie cruelle, qui n'a pu cependant porter atteinte, ni à son ardeur, ni à son génie ; c'est ici, Madame, que, digne compagne du grand maître, vous l'avez entouré de votre dévoue-
ment, veillant sans relâche sur sa santé, le consolant dans vus éprouves communes, le soutenant de vos conseils et de votre douce présence, dans les luttes acharnées où il a rencontré tant d'adversaires. Vraiment, notre Comité' a eu une heureuse pensée, lorsqu'il a décidé de perpétuer en cette place le souvenir de notre cher disparu. Les populations au milieu desquelles i! a vécu, celles qu'il a préservées eu enrichies, se sont disputé l'honneur de lui exprimer la reconnaissance publique. Il a des monuments à Dôle, à Arbois, à Besançon, à Lille, à Alais, à Mèlun, à Chartres, à Marnes, à Saint-Hippolyte-du-Fort. Nos villes et nos moindres villages se sont empressés, de son vivant même, de donner le nom de Pasteur à quelqu'une de leurs rues ou de leurs places publiques. Paris ne l'a pas oublié; etpourtant, après ce puissant et glorieux monument de la place Breteuil qui synthétise en quelque sorte toute son œuvre, il fallait que quelque chose de Pasteur restât ici, dans ces lieux où, dès le premier jour, il a trouvé ses collaborateurs les plus fidèles,' ses soutiens les plus dévoués. Le voici revenu dans cette maison qu'il avait quittée avec tant de regret, tel qu'un grand artiste l'a fait revivre, non plus en lutteur infatigable, mais en vainqueur désormais apaisé, conscient de sa force et de sa puissance, regardant droit devant lui avec sérénité, ayant confiance dans l'avenir, qui lui fera bonne et prompte justice C'est ainsi. Messieurs, que Pasteur devait vous être rendu ; car ici, nul n'a jamais douté de lui : nul n'a jamais douté que ses travaux seraient un jour acclamés et appliqués par ceux-là même qui les avaient combattus dans leur nouveauté. Hélas ! De ses amis et de ses collaborateurs de la première heure, bien peu survivent aujourd'hui, pour se joindre ànous.L.Thuillier, Maillot, Raulin, Duclaux, Grancher, Chamber-
LOUIS PASTEUR 4 l'J
land, Joubert, ne sont plus là. Roux, Van Tieghem, Gernez nous restent heureusement. Puissent-ils, pendant longtemps encore, nous transmettre les enseignements du maître près de qui ils ont vécu. Mais lorsqu'auront disparu tous ceux qui ont approché de Pasteur, ce monument, faible témoignage de notre piété, que nous confions à l'Ecole Normale, parlera pour eux et pour nous. C'est ici, vous l'avez dit, Monsieur le Ministre, que viendront en pèlerinage tous ceux, chaque jour plus nombreux, qui auront étudié, dans un livre admirable, inspiré par une affection filiale, la vie de celui qui sera désormais notre gloire scientifique la plus haute et la plus pure, qui auront ainsi appris, non seulement à l'admirer, mais aussi à le bien connaître et à l'aimer. Heureuse, heureuse pardessus tout, une nation, quand les hommes dont elle est fière, quand ceux dont le nom pénètre dans les plus humbles demeures comme dans les écoles les plus modestes, peuvent y apporter l'exemple de toutes les vertus civiques et morales, unies, non seulement au génie, mais aussi, mais surtout à la probité scientifique la plus parfaite et la plus élevée. Pasteur ne fut pas seulement un grand savant, il fut aussi un homme de devoir et de dévouement. Tous ses actes, tous ses écrits s'inspirent des pensées les plus hautes, les plus généreuses. L'exemple qu'il nous a donné est de ceux qui contribuent essentiellement à former le patrimoine moral d'un grand peuple.
Cet exemple ne sera nulle part mieux compris, ni mieux suivi, que dans cette maison, à laquelle Pasteur avait voué une affection dont elle a le droit d'être fière. Ouand, après y avoir été élève, et quel élève ! il y revint comme administrateur et directeur de la section des Sciences, il usa de son influence naissante pour y améliorer et y développer l'enseignement. Lors-
que, dans ces derniers temps, l'Ecole Normale s'est vue plus étroitement reliée à l'Université de Paris, ces changements n'ont, pour ainsi dire, pas touché la section des Sciences, telle que Pasteur l'avait organisée. C'est à lui que nous devons d'avoir entendu les magistrales leçons de Charles Hermite ; c'est à lui que nous devons l'institution des agrégés préparateurs, le plus bel exemple que je connaisse de résultats vraiment extraordinaires obtenus par les voies les plus modestes. Ce n'est pas tout : quand notre pensée se reporte à cette époque, hélas trop lointaine, où nous avons vécu ici sous sa direction, nous ne pouvons songer sans reconnaissance à toutes les marques d'intérêt, de confiance et d'affection qu'il ne cessait de nous prodiguer. Pour ma part, s'il m'est permis d'évoquer un souvenir personnel, je n'oublierai jamais l'accueil plein de bonté qu'il fit. il v a près de cinquante ans, à ma vieille mère, venue à Paris pour me consacrer en quelque sorte à l'enseignement.
Puissent son souvenir et sa présence protéger cette grande Ecole ! Qu'elle s'anime de son esprit, qu'elle s'inspire de son exemple, et l'avenir s'ouvrira plus brillant que jamais devant elle, pour le bien de l'enseignement, de la science et du pays.
Discours prononcé le 6 avril 1907 à Montpellier, à la séance de clôture du Congrès des Sociétés Savantes,
Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs,
Il y aura bientôt dix-sept ans, quelques-uns d'entre nous assistaient aux fêtes que donnait la Ville de Montpellier, pour célébrer le sixième centenaire de sa glorieuse Université. Le Président de la République avait tenu à rehausser par sa présence leur éclat et leur signification. Plus de quarante Universités étrangères avaient envoyé leurs professeurs et leurs étudiants. Il en était venu d'Angleterre et d'Italie, du Danemark et de l'Egypte, de la Suisse et de la Grèce, du Portugal et de la Hollande, de Suède, d'Amérique même et de Russie. L'Allemagne s'était fait représenter par quelques-uns de ses professeurs les plus cminents, et je me souviens que, lors de la séance d'ouverture, j'eus la bonne fortune de me trouver à côté de l'illustre Helmholtz, délégué par l'Université de Rerlin.
La cérémonie principale eut lieu dans un cadre merveilleux. Au centre de la belle promenade du Peyrou, au bas des degrés qui conduisent au Château
d'Eau, un immense vélum avait été tendu pour abriter les assistants. Quelques fauteuils dorés, de ceux que connaissent bien nos cérémonies officielles, suffirent à compléter la décoration. Avec une confiance justifiée par la beauté du climat, on avait compté sur le soleil : le soleil ne lil pas défaut. Et quand M. Garnot vint prendre place, il put, avant de s'asseoir, jeter un coup d'œil émerveillé sur le panorama qui se déployait dans un lointain lumineux : d'un côté, les Cévennes et le Pic Saint-Loup, de l'autre, une ligne bleue indiquant la Méditerranée, berceau de notre civilisation latine. Je vois encore devant moi, sous le vélum agité par la brise de mer. les robes rouges des magistrats, les brillants uniformes des officiers et des administrateurs de la cité. A la gauche du Président, une foule, au milieu de laquelle j'étais plongé, de membres de l'Institut en uniforme, de délégués des Universités étrangères et des Facultés françaises, avec leurs insignes et leurs robes universitaires de toutes formes, de toutes couleurs, de toute origine et de toute ancienneté. La fête se termina par un salut des étudiants de tous les pays, qui vinrent incliner leurs bannières devant le Président de la République.
Cet empressement des étrangers, ce succès qui dépassa les espérances les plus optimistes, étaient sans doute une preuve des sympathies que notre pavs a su conserver; mais ils mettaient aussi en évidence le prestige et la force qui sont attachés, en tous les pays, à la constitution universitaire du haut enseignement. En venant, si nombreux, rendre hommage à un de nos plus anciens et plus glorieux centres d'études, les Etrangers semblaient nous demander de reconstituer chez nous ces Universités dont ils avaient depuis trop longtemps désappris le chemin. Aussi des applaudissements enthousiastes saluèrent-ils le dis-
cours éloquent dans lequel M. Léon Bourgeois, Ministre de l'Instruction puldique, s'engagea, au nom du Gouvernement, à présenter un projet de loi assurant la renaissance des Universités françaises. Ce discours marque une date dans l'histoire de nos Universités ; il constitue le point de départ d'une longue série d'efforts qui, après des vicissitudes peut-être inévitables, ont été enfin couronnés d'un plein succès.
Aujourd'hui les Universités françaises sont debout et llorissantes. En un petit nombre d'années, elles ont su dissiper toutes les craintes et réaliser beaucoup d'espérances. Nos partis politiques, si divisés sur tant de points, s'accordent cependant pour leur donner un appui cordial. Elles ont conquis à la fois la faveur des lettrés et la sympathie populaire. On sent qu'elles sont appelées à devenir des agents de rénovation et de perfectionnement social. Il n'est certes plus besoin de plaider leur cause ; mais, en revenant dans cette ville où elles ont commencé à prendre naissance, je n'ai pu m'empêcher de regarder un peu en arrière et de jeter un coup d'œil réconfortant sur le chemin si brillamment parcouru.
Messieurs,
La réunion que nous tenons aujourd'hui ne rappelle que de loin celle dont je viens d'évoquer devant vous le souvenir. On a vu, ces jours derniers, circuler dans l'a cité les membres du Congrès, qui s'entretenaient gravement d'archéologie, d'histoire, de philologie, de médecine, d'hygiène, d'agriculture, de géographie, de sciences. Mais ces étudiants, qui nous faisaient songer à leurs illustres prédécesseurs Pétrarque et Rabelais, ceux d'Oxford et de Cambridge avec leurs mantes noires et leurs bonnets carrés,
ceux de Berne et de Zurich avec leurs pantalons blancs et leurs écharpes éclatantes, ceux de France avec leurs larges bérets de velours, ne sont plus là pour remplir la ville de leur animation, pour attirer l'attention de cette foule méridionale avide d'éclat, de bruit, de lumière et de couleur. Ici même, les habits noirs remplacent les robes bariolées. Bien des choses ont changé depuis 1890 ; mais nous avons encore devant nous une cité, fidèle à elle-même et à son passé, toujours animée des préoccupations les plus élevées. Lorsqu'il y a quelques années, M. le Ministre a jugé qu'il y aurait grand avantage à transporter, tous les deux ans, au dehors des amphithéâtres de là Sorbonne le congrès des Sociétés savantes, c'est ici peutêtre que cette décision a reçu le meilleur accueil, Montpellier a été des premières à faire ses offres, accueillies par M. le Ministre, et nous nous sommes empressés de répondre à sa gracieuse invitation.
Messieurs, le congrès auquel nous venons d'assister a réuni un grand nombre d'adhérents et entendu les plus intéressantes communications. La session de Montpellier aura mis en évidence une fois de plus la vitalité de nos Sociétés savantes. Et cependant, vous l'avoLierai-je, ces Sociétés, si nombreuses, si actives, si admirablement composées, me paraissent avoir des ambitions vraiment trop modestes ; il me semble qu'elles ne se rendent pas suffisamment compte de l'importance de leur rôle et de l'étendue des services qu'elles sont en mesure de rendre au pays. Je voudrais signaler à leur attention les devoirs nouveaux et pressants que leur imposera l'avenir le plus prochain. Mais, pour vous faire connaître les vœux que je forme, il est nécessaire que j'entre dans quelques détails sur le développement des études et des méthodes scientifiques au cours du siècle qui vient de finir.
Il semble que la science procède, comme le Dante dans son beau Poème, par cercles successifs. Au commencement du \ixe siècle, le programme des recherches ouvertes aux géomètres par la découverte du calcul infinitésimal semblait bien près d'être épuisé. Lagrange, fatigué des recherches, qui lui assurent pourtant une gloire immortelle, délaissait les mathématiques pour la chimie, qui venait d'être fondée par Lavoisier. Mais Laplace, après avoir achevé ce travail colossal qui nous a fourni l'explication, pour ainsi dire complète, du système du monde, fondait la Société d'Arcueil et jetait les bîises d'une science toute nouvelle, la physique moléculaire. Des voies nouvelles s'ouvrirent alors nour les sciences expérimentales et préparèrent l'étonnant développement qu'elles ont reçu sous nos yeux. Notre Académie des Sciences, devenue, pour quelque temps, la première Classe de l'Institut, recueillit, en même temps que les savants formés par le lent travail de la monarchie, tous ceux qu'avaient fait naître les agitations fécondes de la Révolution et de l'Empire : Lagrange, Laplace, Monge, Legendre, Cauchy, Poinsot, Sturm, en mathématiques ; Dupin, de Prony, Poncelet, Gambey, Seguin, en mécanique ; Messier, Arago, Bouvard, Lalande, Delambre, Le Verrier, en astronomie ; Buache, Beautemps-Beaupré, de Freycinet, en géographie ; Biot, Ampère, Fourier, Poisson. Malus, Fresnel, Becquerel, Regnault. en physique ; Berthollet, Gay-Lussac, Vauquelin, Dulong, Dumas, Boussingault, Proust, Chevreul, Thénard, Balard, en chimie ; Hauy, Brongniart, Ramon, en minéralogie ; Cuvier, de Jussieu, Lamark, de Mirbel, Lacépèder Geofîroy-Saint-Hilaire, Milne-Edwards, en histoire naturelle ; Larrey, Portai, Dupuytren, Pinel, Corvisart, Magendie, Flourens, Pelletan, en médecine et
chirurgie; et tant d'autres, qui seront l'éternel honneur du nom français. Tous ces hommes, devant qui l'Eucope s'inclinait avec respect, ont l'ait les découvertes et créé les méthodes sur lesquelles a évolué, au cours du xixe siècle, la recherche scientifique ; et je n'ai pas besoin de rappeler ici les magnifiques résultats qui ont été obtenus : dans les applications, la navigation à vapeur et la navigation sous-marine, les chemina de fer. la télégraphie avec filou sans fil, le phonographe, le téléphone, la lumière électrique, le transport delà force, les moteurs à explosion, la navigation aérienne* l'anesthésie, la quinine, l'antisepsie, etc. ; dans la théorie, la création d'une foule de sciences nouvelles : physique mathématique, énergétique, thermodynamique, chimie physique, la démonstration longtemps poursuivie, et devenue complète, de l'unité des forces physiques, l'analyse spectrale, les méthodes de synthèse en chimie organique, la découverte des nouveaux ravonnements et des corps radioactifs, l'introduction de l'idée d'évolution en sciences naturelles, la création de la science électrique, celle de la microbiologie et de l'hygiène par les immortels travaux de Pasteur. Les études auxquelles se sont livrés les géomètres sur le célèbre Postulatum d'Euclide sont destinées à transformer de fond en comble les théories logiques que nous nous étions formées sur l'origine de nos connaissances. A cette notion du nombre qui, selon Platon, régit le monde, les mathématiciens en ont ajouté une nouvelle, infiniment plus complexe, celle de Yensemble, qui sera certainement féconde, comme en témoignent déjà les pénétrantes études de nos jeunes géomètres. Mais tous ces efforts, tous ces progrès que je ne puis qu'indiquer, en choisissant ceux qui se rapprochent le plus de mes études habituelles, ont quelque chose de désolant, parce que
chaque problème résolu nous met en présence d'une infinité de problèmes nouveaux. Le xixc siècle a brillamment accompli son œuvre ; celui qui vient de s'ouvrir nous donnera, j'en ai la ferme confiance, soit dans les applications, soit dans la théorie, des résultats dont l'éclat et l'intérêt feront pâlir tout ce que nous avons le plus admiré.
Quelques chiffres me permettront de vous donner une idée très nette du développement qu'ont pris dans ces derniers temps les seules recherches de science positive. C'est à peine si, au cours de l'année 1800, on aurait pu constater, en dehors de rares collections académiques, paraissant d'ailleurs à intervalles irréguliers, une ou deux dizaines de recueils consacrés à la science ou à ses applications. Aujourd'hui, près de dix mille périodiques enregistrent, sans suffire à la tâche, la production incessante des chercheurs du monde entier.
Le temps est passé où le travail scientifique pouvait rester morcelé, où l'œuvre du lettré, du savant était celle d'un solitaire enfermé dans son cabinet. La Science se mêle à tout aujourd'hui. Ses conquêtes sont incessantes ; les problèmes, dont ses progrès nous ont imposé l'étude, ont acquis une telle ampleur qu'ils ne peuvent è're résolus par des efforts individuels, et que l'association s'impose pour les aborder avec quelque chance de succès. L'avenir appartiendra certainement à la nation qui aura su le mieux résoudre chez elle cette grave, cette capitale question de l'organisation du travail scientifique.
Messieurs, c'est à nos Sociétés savantes qu'il appartient d'envisager dans toute son étendue le redoutable problème qui se dresse devant nous. Composées à la fois des hommes qui cultivent ou enseignent les sciences et de ceux qui en sentent tout le prix, elles
i'28 SIR LE RÔLE DES SOCIÉTÉS SAVANTES
sont une représentation et une image fidèle du pays. II est bon sans doute qu'elles envoient leurs délégués exposer dans nos congrès périodiques les résultats de leurs travaux. Plusieurs d'entre eux sont nos collègues, d'autres sont de simples volontaires de la science, comme le furent autrefois Descartes, Fermât, d'Alembert. Tous ont droit à notre meilleur accueil, à notre appui sans réserve ; mais le véritable objectif d'une Société, quelle qu'elle soit, ce sont les œuvres d'association. Je voudrais, s'il m'est permis de faire une comparaison scientifique, voir cette masse légèrement amorphe des sociétés savantes montrer quelque tendance à la cristallisation/Plus simplement, je voudrais voir les Sociétés qui s'occupent des mêmes études mettre en commun leurs ressources et coordonner leurs efforts] Y a-t-il une grande différence entre la faune ou la flore de deux départements voisins ? La limite indécise qui les sépare arrête-t-elle l'oiseau dans son vol, l'eau dans sa course rapide, le vent et l'ouragan dans leur élan impétueux ? Et quand la nature, il y a des milliers de siècles, déposait au fond des mers ces assises sédimentaires sur lesquelles nous sommes solidement établis, prévoyaitelle que la Convention établirait les divisions de nos départements d'après des principes qui n'empruntent rien à ceux de nos classifications naturelles ? Déjà des pays voisins nous ont donné l'exemple de ces associations fécondes. J'en sais un dans lequel les cinq ou six Académies principales se réunissent chaque année pour dresser un programme de recherches, appeler l'attention de leur Gouvernement sur les besoins les plus urgents, discuter les grandes questions scientifiques; et je sais aussi que leur collaboration a déjà donné les plus appréciables résultats. Cette association des efforts est d'autant plus
nécessaire que, seule, elle nous permettra de conquérir, dans ces associations internationales qui se multiplient chaque jour, la place qui convient à notre situation scientifique. Ce n'est pas devant vous, Messieurs, qu'il serait nécessaire de rappeler longuement les services rendus par des institutions telles que le Bureau international des poids cl mesures, établi au pavillon de Breteuil, dans le parc de Saint-Cloud ;
Y Association géodésique internationale, présidée par mon confrère le général Bassot ; Y Association pour la carte du ciel, due à l'initiative de l'amiral Mouchez ;
Y Association internationale des Académies, dont j'ai eu l'honneur de présider la première assemblée générale, tenue à Paris en 1901. Les associations de ce genre, où nous faisons, vous le voyez, bonne figure, nous sont particulièrement favorables, parce que, dès qu'elles nous révèlent un défaut de notre organisation, nous nous hâtons de le corriger. L'esprit d'émulation, que notre éducation nationale tend à développer et qui a quelquefois ses défauts, nous anime ici pour le bien. Nous ne voulons pas déchoir, et c'est une grande qualité pour un peuple. A l'appui de ce que je viens de dire, permettez-moi de citer un seul fait.
La France, qui, pendant longtemps, et grâce à l'ancienne Académie des Sciences,' avait tenu le premier rang dans les études scientifiques relatives à la mesure de la terre, a résolu de reprendre une place digne d'elle, le jour où notre regretté confrère, le général Perrier, a reconnu, dans les opérations de jonction géodésique effectuées entre la France et l'Angleterre, la supériorité des méthodes et des instruments anglais. C'est de ce jour que date la renaissance de la géodésie dans notre pays. Nous avons repris l'étude de la méridienne de France, et nous
430 ST 11 LE RÔtE DES SOCIÉTÉS SAVANTES
avons pu accomplir cette opération grandiose qui. par l'emploi de triangles ayant jusqu'à 270 kilomètres de côté, a réalisé la jonction géodésique de la France et de l'Algérie. Sur l'invitation de L'Association géodésique internationale, nous venons de reprendre, en les élargissant, les opérations de haut intérêt qui avaient été faites au Pérou, au cours du xvmp siècle, par Bouguer, Godin et La Condamine, missionnaires de l'Académie des Sciences. Il a fallu toute la bienveillance du Parlement et tout le concours de généreux donateurs, il a fallu, surtout, toute l'énergie et toute la science des officiers de notre Service géodésique pour triompher des difficultés de toute nature, qui renaissaient sans cesse dans ces pays lointains. Ouelques-uns, hélas ! sont morts à la peine : chefs ou soldats, je les salue avec émotion et respect. Mais, enfin, l'œuvre est achevée, et elle fera, je l'espère, honneur à notre cher pays.
Messieurs, je termine en applaudissant à ce beau succès ; mais, avant de renoncer à la parole, permettez-moi de me souvenir qu'il y aura bientôt cinquante ans, après avoir commencé mes études non loin d'ici, dans ma chère ville natale, c'est dans votre lycée que je suis venu les terminer, sous la direction de maîtres dont je conserverai toujours le souvenir, mon vieux professeur Berger, Edouard Roche, Combescure, Charles Wolf, Ghancel, qui demeureront, avec d'autres plus anciens, Balard, Gergonne et Gerhardt, l'honneur de votre Faculté des Sciences. Je prie votre Cité, que ses étudiants du vieux temps ne pouvaient quitter sans verser des larmes, d'agréer mon salut et mes hommages reconnaissants. Je suis heureux de la retrouver toujours prospère, toujours industrieuse et active, toujours hospitalière.
LA REFORME
DE
Messieurs,
Les modifications si heureuses qu'a subies, il y a deux ans, l'organisation des études médicales vous avaient conduits, vous vous le rappelez, à vous occuper une première fois de nos Facultés des sciences. Elles avaient reçu de vous la mission, aujourd'hui accomplie, d'organiser une première année d'études physiques, chimiques <>l nain relies préparatoires à la carrière médicale ; mais le régime des études de licence n'avait pas encore été l'objet de vos discussions. Institués par le décret de mars 1808, nos examens de licence conservaient, depuis plus de quarante ans, une forme presque invariable. Seules de tous nos établissements d'enseignement supérieur, les Facultés des sciences restaient soumises à des programmes minutieusement réglés, ~ qui portaient toujours, depuis l'origine, sur les mêmes branches de la science et
(1) Rapport présenté au Conseil supérieur de l'Instruction publique sur les projets de décrel relatifsà la licence es sciences.
Extrait du n° du IS février 1896 de la Revue Internationale de l'Enseignement.
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laissaient peu d'initiative, soit aux maîtres, soit aux étudiants.
Pourtant, depuis 1808. les cadres de notre enseignement se sont notablement élargis. A mesure que naissaient des sciences nouvelles, l'Etat créait les chaires correspondantes, soit dans nos départements, soit à Paris. Nous, avons vu apparaître dans nos Facultés des chaires de chimie organique, de chimie industrielle, de chimie biologique ; à côté de la physique générale est venue se placer la physique mathématique, cette création de la science française qui joue aujourd'hui un rôle prépondérant: des enseignements distincts ont été institués pour la physique industrielle, pour la mécanique physique, pour la mécanique céleste, pour V algèbre et pouf la géométrie .supérieures. Tandis que le programme actuel de la licence pourrait être développé avec sept à huit chaires seulement, certaines Facultés comptent dix et onze chaires ; celle de Paris en a vingt et une. Ces créations nouvelles, qui remontent à toutes les époques, répondaient toutes à des besoins impérieux ; et même plusieurs demandes, formulées à bien des reprises différentes dans ces derniers temps, attendent encore satisfaction.
Pendant que s'élargissait ainsi le cadre de l'enseignement, celui des examens de licence demeurait à peu près invariable. Sans doute, en 1877, on avait remanié et étendu beaucoup les programmes, pour essayer de les mettre plus en harmonie avec les découvertes qui se succèdent chaque jour; mais les remaniements n'avaient modifié en aucune manière le caractère de l'examen. La licence était un grade d'Etat, et l'Etat faisait figurer dans ses programmes les seules matières qui lui paraissaient devoir être exigées des aspirants à l'enseignement.
Cette organisation présentait des inconvénients et des dangers de plus d'une sorte. Les étudiants, assujettis à des études limitées par un programme à la fois trop précis et trop chargé, les poursuivaient le plus souvent sans ardeur et sans goût. D'autre part, comme des garanties de culture générale étaient à bon droit exigées des candidats à l'agrégation, on n'avait eu d'autre ressource que de demander à chacun d'eux deux diplômes de licencié. On imposait ainsi aux étudiants, pendant les années décisives de la carrière, et au grand détriment de la bonne formation de leur esprit, un travail qui ne pouvait leur plaire dans plusieurs de ses parties. Il semblait véritablement que nos Facultés n'eussent d'autre but et d'autre raison d'être que la préparation des futurs professeurs ; et, d'ailleurs, lorsque l'encombrement des cadres obligeait, comme il arrive aujourd'hui, un grand nombre d'étudiants à renoncer à l'enseignement, ils ne pouvaient, il faut bien le dire, tirer presque aucun parti des études trop spéciales qui leur avaient été imposées pendant plusieurs années.
Le projet soumis à vos délibérations vient, par les moyens les plus simples, porter remède à cet état de choses. Il institue des certificats d'études supérieures, qui seront délivrés par chaque Faculté et qui correspondront aux matières enseignées par elles. Trois de ces certificats obtenus, soit en même temps, soit dans des sessions différentes, permettront à l'étudiant de réclamer le diplôme de licencié es sciences. Mention sera faite sur le diplôme de ces trois certificats ; et si, après cela, l'étudiant en recherche et en obtient d'autres, il sera ajouté sur le diplôme les mentions relatives aux nouveaux certificats. Telle est, en deux mots, l'économie du nouveau projet : il substitue aux trois types fournis par les licences actuelles une foule
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de combinaisons variées, très propres à encourager le goût de l'étude, à éveiller les vocations scientifiques, à conserver l'originalité de l'esprit. Quelques exemples feront bien comprendre l'utilité de l'organisation proposée.
Depuis longtemps déjà, un grand nombre d'étudiants en médecine et en pharmacie venaient nous demander un de nos diplômes dans le seul but de compléter leurs études de science pure. IS'ous pouvons compter au nombre de nos professeurs les plus illustres plusieurs savants qui ont commencé par la Faculté de médecine. Dorénavant le futur médecin qui recherchera la licence es sciences sera en droit de présenter, s'il lui plaît, pour le diplôme de licencié, le certificat de physiologie, ou celui de chimie, ou celui de chimie biologique. Des combinaisons de ce genre sont extrêmement fécondes, tous en bénéficieront : les médecins et les savants.
Parmi ceux que le projet favorise, nous n'aurons garde d'oublier ces étudiants, de plus en plus nombreux, attirés dans nos laboratoires par le désir d'acquérir les notions de science qui deviennent de plus en plus indispensables à tout progrès industriel ou agricole. Loin de nous la pensée de transformer nos Facultés en Écoles d'arts et métiers, en Ecoles spéciales d application ; mais il ne faut pas perdre de vue que les progrès matériels se rattachent chaque jour plus directement aux recherches les plus élevées de la science pure. C'est un physicien mathématicien qui a donné les moyens de lancer un cable, pour la première fois, à travers l'océan Atlantique. Ces progrès de l'industrie électrique, de l'industrie chimique, qui valent à nos voisins des bénéfices annuels de plusieurs centaines de millions, ont été accomplis par des hommes sortis des Universités allemandes.
Voilà quelques-uns des avantages du projet ; avant d'entrer dans son examen détaillé, il importe de répondre tout de suite à une objection qui lui a déjà été adressée, et qui se reproduira peut-être. On voit bien qu'il laisse plus de liberté et d'initiative à tous, maîtres et élèves, qu'il est de nature à favoriser beaucoup le développement des enseignements annexes. Mais ce progrès, si c'en est un, ne sera-t-il pas acheté par l' affaiblissement des garanties exigées jusqu'ici des aspirants à l'enseignement ?
Messieurs, nous venons de vous exposer bien franchement comment nous comprenons le rôle que doivent jouer, dorénavant, les Facultés des sciences. Mais, si elles voient croître sans cesse leur tâche et leurs obligations, nous estimons que leur devoir le plus étroit les oblige à ne jamais négliger la préparation des futurs maîtres de la jeunesse française.
La Commission a la satisfaction de vous dire que, sous ce rapport, elle a reçu les assurances les plus formelles. Les études préliminaires exigées des candidats à r agrégation, au doctorat, ne seront nullement diminuées. On peut même affirmer que la souplesse de la nouvelle organisation permettra un meilleur aménagement de ces examens tout à fait supérieurs, destinés à une élite qui sera toujours l'objet de nos préoccupations. Dès à présent, d'ailleurs, nous avons une première garantie : un projet de décret émanant de la direction de l'enseignement secondaire, et sur lequel nous reviendrons plus loin, maintient, en l'améliorant déjà, l'état de choses actuel, pour les aspirants aux fonctions de l'enseignement secondaire public. Nous le signalons dès à présent, parce qu'il complète et éclaire le projet fondamental.
Dans ces conditions, l'impression éprouvée unanimement par votre Commission est que la licence, avec
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ses trois certificats, comprenant chacun trois épreuves, deviendra un examen, plus attrayant sans doute, mais aussi plus difficile que par le passé.
Toutes ces explications ont été échangées lors de la discussion des articles 1 et 2 du projet de décret sur la licence es sciences que vous avez sons les yeux. L'article 1 institue les certificats d'études supérieures. D"après l'article 2, la liste des matières pouvant donner lieu à la délivrance des certificats est arrêtée, pour chaque Faculté, par le Ministre, sur la proposition de l'Assemblée de la Faculté et après avis du Comité consultatif. L'établissement de la liste propre à chaque Faculté sera, au début tout au moins, une opération quelque peu délicate ; nos Facultés, jusqu'ici guidées par des programmes, auront à coordonner les diverses branches de leur enseignement. La Commission a émis le vœu, accueilli sans difficulté par l'administration, que les deux représentants des Facultés des sciences au Conseil supérieur soient appelés au Comité consultatif lorsque seront discutées les listes proposées par les diverses Facultés.
L'article 3 porte que le diplôme de licencié es sciences sera conféré à tout étudiant qui justifiera de trois certificats. Il a été adopté après une longue discussion, laquelle, à vrai dire,, n'a porté ni sur le nombre, ni sur la nature des certificats exigés ; mais il s'agissait uniquement de décider si les trois certificats devaient être obtenus devant la même Faculté. Plusieurs d'enire nous faisaient valoir que l'on réalise déjà un bien grand progrès en laissant à l'étudiant le choix libre entre tant de certificats, en lui laissant aussi la liberté de les rechercher, s'il le désire, successivement. Est-il nécessaire d'aller plus loin dès le premier jour, et •de reconnaître à l'étudiant le droit de réunir les trois premiers certificats qui lui sont nécessaires en choisis-
saut peut-être, non les Facultés où il croira trouver les meilleurs maîtres, mais celles où il espérera rencontrer les examinateurs les plus indulgents ? L'unité de grade ne sera-t-elle pas ainsi affaiblie, sinon rompue, et ne court-on pas le risque de faire naître un préjugé défavorable à la réforme ? A cela, il a été répondu que, dans d'autres pays, les pérégrinations sont un des charmes et un des profits de la vie d'étudiant, qu'elles contribuent beaucoup à développer le caractère et à former les hommes ; d'ailleurs, bien des étudiants, et notamment les fonctionnaires de l'enseignement, sont souvent, au cours de leurs études, tenus à des déplacements qui leur interdiraient toute recherche des grades, si l'obligation d'achever leurs études dans la même Faculté leur était imposée. Finalement, on s'est arrêté à une transaction qui a réuni l'assentiment unanime. Il a été convenu que la Commission entendait l'article en ce sens que l'obligation serait maintenue pour les étudiants d'obtenir les trois premiers certificats constitutifs de la licence devant la même Faculté, mais que chaque Faculté serait tenue d'accorder, dans les formes ordinaires, le transfert de son dossier à tout étudiant pouvant invoquer des motifs légitimes à l'appui de sa demande. Si, par impossible, certaines Facultés voulaient retenir leurs étudiants, le recours au Ministre est toujours ouvert : c'est le droit commun.
L'article 4 porte que mention est faite sur le diplôme des matières correspondantes aux trois certificats qui composent la licence. Il n'y aura donc plus à l'avenir qu'une seule licence es sciences, mais les anciennes épithètes. mathématiques, physiques ou naturelles, seront avantageusement remplacées par les mentions. D'ailleurs, d'après l'article 5, mention sera également faite sur le diplôme de tous les autres certificats qui
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viendront s'ajouter aux Irois premiers. Il va sans dire que ces certificats supplémentaires pourront être pris là où le préférera l'étudiant.
Les articles suivants n'ont donné lieu à aucune difficulté. Remarquons seulement de quelles garanties est entouré l'examen relatif à chaque certificat. Il exigera trois juges et comportera une épreuve écrite, une épreuve pratique et une épreuve orale, les deux premières étant éliminatoires. Quand plusieurs certificats seront recherchés en même temps et dans la même session, il a été reconnu que les jurys pourraient être confondus en totalité ou en partie, les prescriptions de l'article 10 étant, hien entendu, respectées.
Le second projet de décret est relatif uni aspirants aux fonctions de renseignement secondaire public pour lesquels est requis le grade de licencié es sciences. Comme nous le disions plus haut, il rassure pleinement tous ceux qui désirent maintenir le niveau de notre corps de professeurs, et il met tout de suite en évidence quelques-uns des avantages de la nouvelle organisation. Car, s'il conserve, pour les trois ordres de professeurs ,de sciences, les trois groupes de certificats correspondants aux trois licences actuelles, il permet en outre, grâce à l'addition d'un article adopté à l'unanimité et proposé par M. le Directeur de l'enseignement secondaire, de tenir compte aux aspirants des études complémentaires faites par eux, et notamment de celles qui se rapportent au type voisin de celui qu'ils ont présenté.
Si le décret s'applique uniquement aux fonctionnaires de l'enseignement secondaire, c'est qu'on n'a pas voulu s'interdire d'employer dans certains cas, par exemple comme préparateurs dans les Facultés, des étudiants ayant obtenu la licence avec une des com-
lunaisons nouvelles qui leur sont offertes par l'organisation projetée.
Tel est, Messieurs, le résultat de nos discussions. Les projets présentés ont un caractère propre ; ils diffèrent à bien des égards de ceux que vous avez adoptés pour les autres ordres d'enseignement, et sont parfaitement appropriés à l'état présent des études dans les Facultés des sciences. Ils réalisent, sous une forme heureuse, la liberté des études que plusieurs de nos collègues ne cessaient de réclamer. Bien des questions qui avaient été soulevées dans ces derniers temps se trouveront résolues si vous les adoptez ; par exemple, celle des diplômes d'études supérieures, sur laquelle il était bien difficile d'aboutir. Ils n'affaiblissent pas, ils fortifient plutôt la licence ; et, en même temps, ils ouvrent, dans de meilleures conditions, les portes de nos Facultés à ces catégories nouvelles d'étudiants que nous avons énumérées plus haut et qui étaient en droit de réclamer notre concours. Ils permettent encore, et surtout, une solution favorable de cette question si ardue des étudiants étrangers, qui intéresse à un si haut degré l'influence de notre pays. Si, pour d'autres Facultés, l'introduction d'éléments étrangers en trop grand nombre peut devenir exceptionnellement un danger, les nôtres n'ont rien de semblable à redouter. Au contraire, elles gagneront beaucoup à faire connaître au dehors leur enseignement si solide, si précis, auquel elles ont su donner cette forme élégante qui caractérise les productions de l'esprit français. Leur influence et leurs prérogatives vont recevoir de ce projet un nouvel et décisif accroissement; nous avons la confiance qu'elles sauront l'utiliser pour le bien des études et pour celui du pays. Vous ferez, Messieurs, bon accueil à la réforme qui vous est présentée, elle est le couronnement de celles que vous
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avez été appelés à examiner, et que vous avez consacrées par vos votes, dans le régime des Facultés de médecine, de droit et des lettres ; et elle achève de constituer ainsi la plus utile préparation au vote du projet de loi que nous espérons voir prochainement aboutir et qui est relatif à la création des Universités.
A l'occasion du cinquantième anniversaire de l'entrée de M. Gaston Darboux dans l'enseignement, un Comité de géomètres français et étrangers s'étail formé et avait envoyé aux mathématiciens de tous les pays, la lettre suivante :
Monsieur,
Cette année, l'un des plus éminents géomètres de notre époque, M. Gaston Darboux, aura accompli sa cinquantième année de services dans renseignement public ; depuis plus de vingt-cinq ans, il est membre de l'Académie des Sciences ; depuis dix ans, il en est le secrétaire perpétuel.
Sa vie tout entière a été consacrée à la Science et à l'Enseignement. Ses beaux travaux d'analyse mathématique, de mécanique rationnelle, de géométrie infinitésimale l'ont placé au premier rang des savants de tous les pays. Par ses ouvrages, par ses cours à la Sorbonne, par ses conférences à l'Ecole normale supérieure et à l'Ecole normale de jeunes Biles de Sèvres, il est devenu le maître aimé et admiré d'un grand nombre de mathématiciens de nationalités diverses, et de la plupart des professeurs de mathématiques de France. Dans ses fonctions de Doyen à la Faculté des Sciences de l'Université de
Paris, de Membre e1 de Vice-Présidenl du Conseil supérieur de l'Instruction publique, il a pendu les plus grands services à l'Enseignement dans tous ses degrés.
(l'est pourquoi un groupe d'élèves, d'admirateurs et d'amis de M. Gaston Darboux croit devoir faire appel à ceux qui ont étudié ses ouvrages ou suivi ses leçons, comme à ceux qui ont pu apprécier sa bienveillante influence dans l'ordre scientifique ou dans l'ordre administratif, pour lui offrir, à l'occasion de ses noces d'or universitaires et <le ses noces d'argent académiques, une médaille reproduisant son eftigic, avec une adresse portant les signatures des souscripteurs.
Gh. Aisdré, directeur de l'Observatoire de Lyon,
P. Appell, membre de l'Académie des Sciences, doyen de la Faculté des Sciences de l'Université de Paris (Sorbonne),
H. Baillaud, membre de l'Académie des Sciences, directeur de l'Observatoire de Paris,
Général Bassot, membre de l'Académie des Sciences, directeur de l'Observatoire de Nice,
Mlle L. Bellgou, directrice de l'Ecole normale des jeunes filles, à Sèvres,