ALLOCUTION DE M. VITO VOLTERRA
Professeur à l'Université de Rome, sénateur du Royaume d'Italie.
Cher Maître,
Le Comité constitué en vue de votre jubilé scientifique avait confié à M. II. A. Schwarz, doyen des correspondants de L'Académie pour la Section de géométrie, l'honorable mission d'exprimer les sentiments communs des savants étrangers qui se sonl associés à sa célébration.
A son grand regret, M. Schwarz n'a pu assister aujourd'hui à cette émouvante cérémonie: c'est pourquoi, de l'avis du Comité, c'est à moi, qui suis heureux de me trouver à Paris en cette occasion, que revient le grand honneur de vous présenter les sentiments d'admiration et de profond respect que les mathématiciens de toutes les parties du monde éprouvent pour vous. Monsieur Darboux, pour votre génie et votre noble caractère.
Je ne pourrai mieux uf acquitter de ma tâche qu'en m'appropriant les belles et cordiales paroles que M. Schwarz avait L'intention de vous adresser. Les voici :
« Yos"mérites. honoré monsieur Darboux. sont trop grands et trop nombreux pour qu'il soit possible de les apprécier à leur juste valeur en quelques mots. C'est pourquoi je n'entreprendrai même pas de les énumérer tous.
« Peut-être puis-je m'acquitter d'une partie de ma tâche, en vous disant, d'accord en cela avec tous vos collègues les mathématiciens étrangers, que les ser-
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vires <[ue vous avez rendus dans le domaine des applications de l'analyse à la Géométrie, ainsi que dans l'Analyse pure, la Mécanique et les autres tranches des Mathématiques, sont trop considérables pour que leur action ne se soit pas fait sentir hors des frontières de votre patrie. Non seulement en France, mais partout où les mathématiques sont étudiées, il y a des élèves enthousiastes qui vous considèrent, très estimé monsieur Darboux, comme leur maître. Ils déclarent hautement, que dans vos ouvrages scientifiques, dans vos livres d'enseignement et dans le Bulletin Darboux, non seulement vous avez su exposer avec une clarté merveilleuse les résultats de vos recherches et de celles de vos compatriotes, mais que vous avez mis en pleine valeur l'importance clés travaux de vos confrères les mathématiciens étrangers.
o Votre exemple montre clairement que l'émulation qui existe entre les savants de tous les pays, ne les rend pas ennemis ; mais, les rapproche d'autant plus intimement par les trésors découverts par chacun d'eux, qui deviennent aussitôt le bien de tous.
« Je crois remplir un devoir en conseillant aux jeunes savants étrangers, si nombreux, et aux étudiants de tout pays qui viennent à Paris, d'étudier à la source les résultats des recherches des mathématiciens français.
« A beaucoup de ces étrangers, vous avez, très honoré Ami. favorisé de la façon la plus aimable, l'appui et les secours nécessaires pour atteindre leur luit, et vous leur avez facilité les relations avec les maîtres mathématiciens de France. Tous conservent de votre aide amicale un souvenir respectueusement reconnaissant.
« Les mathématiciens, membres de l'Académie des
Sciences de Prusse, ont eu la joie, honoré monsieur Darboux, de voir cette Académie vous a< corder, sur leur proposition, le prix Steiner pour 1910, en reconnaissance des progrès que vous avez fait faire à la Géométrie.
« Les plus célèbres Académies ei les Sociétés savantes d'Europe et d'Amérique ont été heureuses et honorées de vous appeler parmi leurs membres. Plusieurs Universités étrangères vous ont nommé docteur honoris causa.
« Je ne puis manquer d'ajouter qu'au dernier (Iongrès International clés Mathématiciens à Rome, vous avez été l'objet des témoignages <!<• la plus vive affection, de la plus haute estime, de l'admiration de tous ceux qui étaient venus des différentes parties du monde pour prendre part à cette réunion.
« Je suis persuadé, qu'à l'occasion de votre Jubilé, tous les mathématiciens étrangers se joindront, en esprit, aux mathématiciens français réunis, honoré monsieur Darboux, pour vous remercier et pour louer, sans réticence, vos remarquables travaux scientifiques qui ont fait avancer non seulement la géométrie, mais aussi les mathématiques générales. Les mathématiciens étrangers joindront leurs vœux sincères à ceux de vos compatriotes : puisse-t-il vous être accordé d'ajouter à votre vie, resplendissante déjà de travaux scientifiques, encore plusieurs joyaux, et puissiez-vous jouir, admiré de tous, pendant un grand nombre d'années, des- fruits d'une vie de travail, toute entière consacrée à la science ».
C'est ce que nous vous souhaitons du fond du cœur.