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ALLOCUTION DE MILE BELUGOU

Directrice de l'Ecole normale supérieure de Sèvres, Monsieur,

Veuillez permettre à l'Ecole de Sèvres de vous exprimer, à son tour, ses sentiments de respectueuse admiration. Pour être, certes, le plus modeste, son hommage n'est ni le moins convaincu, ni le moins reconnaissant. Cette date est pour nous aussi un anniversaire. Il y a trente ans, à l'heure actuelle, les hommes éminents qui fondèrent l'Ecole, vous demandaient, Monsieur, d'y vouloir bien accepter un enseignement. 11 ne vous parut pas au-dessous de vous d'initier à l'étude des Mathématiques des jeunes filles, alors bien mal préparées. La tradition scientifique de Sèvres était créée.

Vos élèves, Monsieur, gardent de vos leçons un souvenir inoubliable. Elles aiment à évoquer la clarté, la précision, l'élégance de vos démonstrations, et ce souci constant de former des esprits justes et droits, incapables de se payer de mots, ne se lassant pas de chercher la perfection du fond et de la forme. — Quand, dans une circonstance mémorable, au 25° anniversaire de notre maison, vous avez voulu, rappelant les souvenirs des premières années, assurer que les Mathématiques ont quelque chose de rébarbatif, une voix s'écria « Pas avec Monsieur Darboux » — et cette protestation spontanée était l'expression exacte et incontestée de beaucoup de gratitude et d'admiration silencieuses. Celles qui ont eu le privilège de vous avoir pour maître en 3e année, me prient, de façon spéciale, de faire mention de leur reconnaissance : vos critiques si nettes, qui ne laissaient subsister dans une leçon rien d'inutile, qui les obligeaient à mettre toujours en lumière.

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le point important, elles ne les ont jamais oubliées; et, si leurs élèves, aujourd'hui, ont imposé, par te développemenl tout naturel de leur esprit, le relèvement «les programmes de mathématiques dans les

Lycées de jeunes filles, c'est à vus leçons, Monsieur.

et à celles des collaborateurs éminents dont vous avez inspiré le choix, qu'elles le doivent.

Mais ce que vous avez fait pour l'Ecole déborde, et de beaucoup, la Conférence de Mathématiques.

Quand la maison s'ouvrit en décembre 1881, l'enseignement secondaire des jeunes tilles tout entier, ses méthodes, ses examens et leurs programmes, ses traditions et son esprit, ('(aient à créer; à tra> ers quels préjugés et quels obstacles, l'histoire de ces temps le dira. Ce fut l'œuvre des nombreux Comités dont vous avez toujours fait partie ; des premiers jurys qui furent marqués de votre esprit : ce fut surtout l'œuvre de l'Ecole, où une Directrice, toujours regrettée, trouvait en vous. Monsieur, un soutien, un conseil et un ami. Elle seule pourrait dire votre bonté inlassable, votre dévouement de tous les instants, et ce que Sevrés dut à l'appui de votre nom et de votre autorité ; mais ne pouvons-nous pas le deviner, nous que vous avez habituées à y compter toujours.

Vous avez. .Monsieur, le respect de l'intelligence féminine, c'est ce dont on vous est à l'Ecole spécialement reconnaissant. A la sensibilité, à l'imagination qu'on s'accordait, il y a trente ans, à reconnaître, à peu près seules, aux jeunes tilles, vous avez dit bien haut qu'il fallait ajouter la raison; et, pour beaucoup, au même titre que leurs frères, la faculté mathématique, c'est-à-dire le sérieux, la probité, la rectitude de l'esprit. Et vous avez désiré pour vos élèves de Sèvres (votre haute amitié pour Mme Jules Favre en est le témoignage éloquent), la simpli-

cité, l'esprit de tolérance, l'ardeur désintéressée, le dévouement, la rigidité morale. — La cause de renseignement secondaire des jeunes filles à été votre cause ; vous nous l'avez affirmé vous-même enrôles termes que nous n'avoDs pas oubliés : « Je « n'ai pas besoin de vous dire, Mesdames, avec quelle « joie nous voyons, pour ainsi dire vivante sous nos « yeux, lœuvre qui nous avait été confiée. »

Nous avons donc bien le droit de reconnaître et de saluer en vous un «les fondateurs de notre enseignement ; et, voilà pourquoi ce ne sont pas les scientifiques seulement, mais toutes les élèves de l'Ecole, tous les professeurs de nos Lycées de jeunes filles, tous vos collaborateurs, qui vous prient, Monsieur, d'agréer le respectueux hommage de leur reconnaissance profond <'.

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