ÉLOGE DE U. DE SENARMONT
ses travaux sur l'optique un cachet tout particulier.
Après avoir brillamment débuté dans l'optique, il aborda la théorie de la chaleur, pour laquelle ses connaissances acquises et ses premiers travaux devaient lui prêter un précieux concours.
11 étudia la propagation de la chaleur à l'intérieur des corps cristallisés. C'est un problème tellement important que Ton comprend à peine qu'il ait été si longtemps laissé à l'écart, car la question se pose pour ainsi dire d'elle-même.
Le mode d'expérimentation adopté par de Senarmont est des plus simples.
Une plaque du cristal à étudier est percée d'un trou central dans lequel une tige métallique pénètre à frottement, puis se recourbe à quelque distance de manière à recevoir l'action d'un foyer de chaleur qui peut la porter au rouge. La chaleur transmise par la tige au centre de la plaque se propage en tous sens, et, pour constater la rapidité inégale d'échauffement dans les diverses directions, de Senarmont la recouvre de cire vierge, qui entre en fusion dès qu'elle atteint une certaine température ; la partie fondue s'étend à mesure que la chaleur se propage, et fait connaître par sa forme l'ensemble des points qui ont atteint en même temps une même température. Si le corps était homogène, la propagation étant égale dans tous les sens, la courbe limite de la cire fondue serait un cercle; dans le cas d'une plaque cristallisée, elle prend en général une forme elliptique à axes plus ou moins inégaux.
Rien de plus'facile que de varier la direction dans laquelle les plaques sont taillées sur un même corps et de déterminer pour chacune d'elles la forme de
rellîpsé correspondante et le rapport de ses axes. Mais pour choisir les directions les plus propres à. mettre en évidence la loi des phénomènes et déduire les lois générales de propagation non plus dans une plaque, mais dans un corps indéfini, il fallait à la •fois une connaissance approfondie de la cristallographie et l'habitude des raisonnements mathématiques. Rien de tout cela tie manquait à de Senarmont. L'Académie approuva pleinement son mémoire, et M. Biot déclarait, en en rendant compte, que le travail de M. de Senarmont, pour être conçu, entrepris et si complètement exécuté, exigeait une réunion rare de connaissances précises en physique générale , en cristallographie et en optique, mises en œuvre par un excellent esprit.
L'optique, en effet, jouait un rôle important dans l'interprétation des résultats obtenus. Leç expériences montrent dans chaque cristal l'existence de trois axes de conductibilité calorifique. Contrairement à ce qu'il eût été naturel de croire, ces axes diffèrent en général en direction et en grandeur des axes d'élasticité optique; mais il ne faut pas trop se hâter d'en conclure la. preuve sans réplique d'une différence essentielle entre les phénomènes calorifiques et lumineux ; les axes d'élasticité optique, varient, en effet, d'une couleur à l'autre, et de Senarmont a remarqué qu'il suffirait de supposer la chaleur comparable, non plus aux radiations lumineuses ordinaires, mais à des radiations jouissant des propriétés des rayons rouges encore exagérées, pour que les axes thermiques coïncidassent avec les axes d'élasticité optique. Cette indication, sans être réduite, il faut l'avouer, à la dernière évidence, s'accorde parfaitement avec ce
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que Ton savait déjà sur la chaleur obscure. De Senarmonl indique lui-même ce qui resterait à faire pour décider la question ; c'est un beau problème qu'il a légué aux jeunes physiciens; ils ajouteront, s'ils parviennent à le résoudre, à l'honneur d'avoir éclairci ^n point important de la science, la satisfaction d'inscrire Içurs noms à côté de celui de de Senarmont. . Son travail sur les propriétés optiques des corps isomorphes fut présenté peu de temps après à l'Académie. Pour essayer d'en faire comprendre le but et la portée, il. est nécessaire peut-être de remonter un peu plus hauit en indiquant en peu de paroles le sens précis du mot isomorp/iisme et l'importance de l'idée qui s'y attache.
Le caractère fondamental de l'espèce, qui, dans les plantes et les animaux, est tiré de la reproduction, manque coniplètement daos les minéraux. C'est là, pour les minéralogistes, une difficulté qui a longtemps retarcjé les progrès de la science ; la composition chimique fournit^ il est vrai, une base précis^ de classification, mai^ cette composition n'est p^s toujours facile à connaître, et aujourd'Jîui encore on hésite bien souvent sur la manière de grouper les éléments bruts fournis pp-r l'analyse; les minéralogiste^ ont, en outre, une répugnance, -que l'on comprend, h adopter un principe pxdusif qui les obligerait, par exemple, à confondre la craie avec les cristaux transparents de spath d^Islande, le charbon avec le diamant. Tout en accordant à la composition chimique une importance prépondérante, une qlassificalion réellement natu^ellç; dpit faire nécessairement intervenir les propriétés physiques des corps.»
La plus importante est la forme cristalline, dont
Haûy a prouvé rinvariabilité réelle dans une même substance, malgré les accidents qui, pour ceux auxquels on n'a pas livré- le secret de ces métamorphoses, enlèvent parfois jusqu'à la plus lointaine ressemblance entre deux échantillons d'un même type. Mais rillustre créateur de la cristallographie, non content d'avoir rattaché à une forme primitive invariable tous les cristaux d'une même substance, prétendait encore que chaque substance a une forme qui lui est propre, et qu'en dehors de certains cas limites qu'il signale, elle ne la partage avec aucune autre; Malheureusement il n'en est pas ainsi; en dehors même des cas signalés par Haiiy, bien des substances sont isomorphes, c'est-à-dire qu'elles ont même forme, sans avoir la même composition, et qu'elles sont susceptibles de se réunir en toute proportion sans que cette forme soit changée. Mitscherlich, le premier, mit cette vérité en lumière ; Haûy aurait pu l'accepter sans démentir sa grande découverte et sans en désavouer une seule conséquence; il lui parut pourtant, quoique très à tort, que la perfection de sa doctrine en était amoindrie; et, tandis que les partisans des . idées nouvelles exagéraient peut-être les analogies, il s'efforça, sans beaucoup de succès, d'en diminuer l'importance et d'en contester Texactilude. Lui montrait-on un cristal où le fer, la magnésie et le manganèse unis avec la chaux à de l'acide carbonique laissaient subsister exactement la forme du carbonate de chaux, qu'il connaissait si bien, il prétendait que les trois autres bases étaient là en petites proportions, à l'état de mélange et non de combinaison, que le cristal était simplement un carbonate de chaux impur, dans lequel le fer, le manganèse et la ma-