ÉLOGE DE H. DE SENARHONT
gaésie ne contribuaient pas à saturer Facide carbonique, et si les chimistes affirmaient le contraire, c'est qu'ils se trompaient dans leur analyse . Mitscherlich accumula les preuves et multiplia en vain les exemples, Haûy mourut en 1822 sans avoir changé ses convictions.
Lorsque de Senarmont s'occupa de la question, elle n'était plus sur le même terrain. Les lois de l'isomorphisme étaient incontestées et classiques. Tous les savants admettaient que des éléments doués des mêmes affinités chimiques, unis dans les mêmes proportions, doivent par cela même donner naissance à des composés de forme semblable. Mais on peut malheureusement s'égarer par des voies complètement opposées. Après avoir contesté les relations entre la composition chimique et la forme géométrique on alla à l'autre extrémité, et de la similitude de l'enveloppe on se crut en droit de conclure à une constitution intérieure absolument identique. H y a cependant, au point de vue même de la structure, des différences essentielles entre les corps isomorphes, et risomorphisme s'accorde avec certaines dissemblances d'organisation dont on ne peut espérer trouver les traces que dans l'étude des propriétés les plus immédiatement dépendantes de l'arrangement et de la configuration précise des éléments.
Les plus importantes et les plus nettes étant les propriétés optiques, de Senarmont fut conduit natu • rellement à l'étude des propriétés optiques des corps isomorphes. Il a prouvé que des corps isomorphes géométriquement et chimiquement présentent souvent des propriétés optiques très différentes, et lorsque des sels sont unis par cristallisation en rap-
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ports divers, ils modifient leurs propriétés opposées par une sorte de concession réciproque en formant des cristaux mixtes doués de propriétés intermédiaires. Ces expérienceç ont une grande importance : elles fournissent en quelque sorte la démonstration synthétique des causes qui peuvent produire Tincon^ stance extrême des propriétés optiques dans certaines familles de minéraux. On peut citer, par exemple, les topazes et surtout les micas, où Técartement des axes optiques varie de zéro jusqu^à 70 degrés. Ces variations sont liées, sans aucun doute, à des modifications dans la composition chimique, et dont la confirmation expérimentale offrirait aux chimistes un sujet de travail intéressant, nécessaire même, on peut le dire, à la minéralogie.
De Senarmont s- était borné jusque-là à combler très habilement des lacunes qu'un esprit judicieux ne pouvait manquer d'apercevoir en étudiant les théories physiques. Le mémoire sur la fabrication artiQeielle des minéraux a une portée plus élevée et doit exercer une plus grande et plus durable influence.
Un vieux conte de fées parle d'une princesse qui, enfermée, dans un château, finit par découvrir une ouverture aux hautes murailles qui Tentourent. Elle veut en profiter pour jeter au moins un coup d'oeil ' au dehors : mais une toile d'araignée lui barre le passage, il faut la soulever; une seconde toile est derrière la première, puis une troisième, et la pauvre priacesse, après avoir épuisé ses forces sans trouver la dernière, comprend que le château est enchanté, et qu'il faut renoncer à une entreprise impossible. Si les géologues, enfermés sur cette terre et cherchant l'origine des roches et des minéraux qui la compo-