‹ Éloges académiquesChapitre 18 sur 25 · ÉLOGE DE U. DE SENABMONT · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE U. DE SENABMONT

minéralogie et directeur iles études à l'École des Mines, examinateur de sortie, puis professeur de physique ^ l'École Polytechnique, où il fit presque constamment partie du conseil de perfectionnement. U était en outr« membre du comité de la Société des Amis des Sciences et a rempli pendant deux ans les fonctions de secrétaire ; il avait enfin remplacé Arago aux Annales de Chimie et de Physique!

Tant de devoirs sérieusement acceptés n'empè-^ chaîent pas de Senarmont de suîvre avec un intérêt actif tous les progrès de la science ; il visitait les laboratoires, comme dans sa* jeunesse il avait visité les usines ; chacun aimait à lui confier ses espérances et & lui soumettre ses projets. Bien souvent son esprit essentiellement pratique, son jugement droit et géométrique y venaient en aide aux plus habiles; qui-^ conque avait fait ou projeté ^ne expérience importante s*empressait de la lui communiquer; sa visite ne se faisait pas attendre. Cette ardeur à voir naitre les découvertes l'attirait souvent à l'École Normale Supé* rieure. Il aimait cette grande école qui, changée de former des professeurs, ne. croit sa tâche accomplie, que quand elle a fait des savants. M y admirait sur-i tout ces deux hommes éminents, si excellents, ai dévoués à la science qui, pour compléter renseignement officiel, ouvrent libéralement leur propre laboratoire et, admettant lés jeunes jgens à la confidence dfe leurs projets, au spectacle de leurs tentatives, leur euBeignent pratiquement Fart d'inventer.

Un jour^ dans le laboratoire de M. Henri Deville, il avait suivi avec une curiosité émue la cristallisation si intéressante et si ingénieusement obtenue du silicium ; rheiireux inventeur, courant à son goniomètre,

trouve un angle de cristal égal à 71^ 30', et s'écrie plein de joie : « Il appartient au système régulier : c'est un diamant de silicium! » De Senarmont répète la mesure, trouve à peu près le même angle, mais conserve quelques doutes. Il emporte le précieux cristal, et revient le lendemain. « Vous vous êtes trompé, dit-il, c'est un rhomboèdre dont un angle est égal accidentellement à un de ceux du système régulier », puis il montre des facettes incompatibles avec une cristallisation semblable à celle du diamant. M. Deville s'incline devant une autorité incontestée; il communique sa découverte à l'Académie des Sciences, rend compte de ses premières illusions et des judicieuses critiques qui l'y ont fait renoncer. A peine le compte rendu est-il imprimé, qu'il voit accourir de Senarmont, très sérieusement mécontent : « Pour qui me prenezvous? dit-il; si je viens dans votre laboratoire, si j'y suis admis à tout voir et à tout manier, crovez-vous que ce soit pour vous imposer un collaborateur et attacher mon nom à vos décpuvertes? Je suis très mécontent que vous m'ayez cité; si vous recommencez, je ne reviendrai plus. » A quelques jours de là on refait l'expérience ; de Senarmont examine les cristaux, il y aperçoit un octaèdre; le doute n'était plus possible, la nature était prise sur le fait : « Vous aviez raison, dit-il à M. Deville; mes facettes provenaient du groupement de plusieurs cristaux; j'aurais dû le deviner. Je suis bien aise que vous m'ayez cité, j'ai ce que je mérite, cela fait mon compte. — Vous reconnaissez donc, lui dit M. . Deville, que, loyalement, je devais publier l'observation des facettes sous votre nom. — Ëh bien, oui, répond de Senarmont; vous êtes un brave homme«;. et moi aussi »^ et ils s'embrassèrent*

Page 1