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ÉLOGE DE H. DE SENARMONT

Je VOUS retiendrais bien tard si j'avais voulu recueillir et raconter tous les traits de ce genre dont les amis et les disciples de de Senarmont ont gardé le souvenir. Sa libéralité scientifique était inépuisable. On comprend que, se donnant ainsi tout & tous et utilisant sans cesse, le plus souvent dans l'intérêt d'autrui, les précieuses facultés de son esprit, il n'ait pas eu le loisir de terminer pour son compte un seul ouvrage de longue haleine, et l'on se tromperait beaucoup en jugeant de Senarmont. seulement sur ses œuvres imprimées. Il fit cependant à l'Académie plusieurs communications pleines d'intérêt, et surtout d'excellents rapports, qui seront longtemps consultés comme des modèles. Nul n'avait à un plus haut degré le sentiment du grand et du beau dans la science, et il excellait à mettre en relief les travaux de grande importance. L'autorité de son nom ne les servait pas moins que la clarté de son exposition. Il ne craignait pas cependant de tempérer les éloges par de sages restrictions, et suspendait parfois son jujgement sur les points délicats, car il était de ceux qui savent douter et qui ne craignent pas de le dire.

La confiance qu'il inspirait et l'habitude de toujours compter sur lui le faisaient parfois désigner pour examiner des travaux dont il ne pouvait juger qu'imparfaitement. De Senarmont, toujours sincère et trop réellement savant pour chercher à le paraître, sans vouloir se donner du jour au lendemain une compétence superficielle, laissait alors à des collègues mieux préparés ou moins modestes tout l'honneur, mais aussi toute la responsabilité du travail commun.

Son travail de prédilection était, dans ces dernières

années, la préparation d'une édition complète des œuvres de Fresnel. C'était un monument qu'il voulait élever à la mémoire du grand homme qu'il a tant admiré. Fresnel, en effet, mort à l'âge de trente-neuf ans, a laissé beaucoup à deviner, beaucoup à éclaircir, et, comme d'autres inventeurs de génie, il peut difficilement se passer d'un commentaire. M. le ministre de l'instruction publique, toujours prêt à seconder les entreprises où s'attache la gloire scientifique du pays, avait voulu que ce grand ouvrage fût publié aux frais de l'État, faisant suite aux œuvres de Laplace, déjà publiées sous la direction de Poinsot, à celles de Lavoisier, si heureusement confiées à M. Dumas, et précédant, dans cette belle collection, les œuvres de Lagrange, dont M. Serret dirigera la publication.

N'est-on pas heureux, messieurs, de voir, dans les différentes branches de la science, les hommes les plus éminents de notre époque consacrer une partie de leurs veilles à mettre en lumière les titres immortels de leurs glorieux prédécesseurs?

Le dévouement et l'ardeur do bi:n faire soutinrent de Senarmont dans cette tâche jusqu'aux derniers jours de sa vie. Le travail, très avancé, a trouvé un continuateur digne de l'apprécier. M. Verdet achèvera avec autorité ce que de Senarmont avait commencé avec tant d'amour et de zèle.

La mort si subite, si peu prévue, de notre confrère laisse parmi nous un vide qui subsistera longtemps. La science, qui s'accroît • toujours, profitera de ses travaux, et son œuvre trouvera des continuateurs. Mais qui de nous lui succédera dans le rôle que lui assignaient le respect et la confiance de tous?... C'est

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