ÉLOGE D*ELIË DE BEAUMONT
certaines ; mais, quand elle récite des faits semblables, ils prenaent de bien minimes proportions.
Bouguer et La Gondamine, étant sur le Pinchincha le 19 juin 1742, remarquèrent un tourbillon de fumée qui s'élevait de la montagne du Gotopaxi. « Nous apprîmes à notre retour à Quito, dit La Condamine, que cette montagne, qui avait jeté des flammes plus de deux siècles auparavant, peu après l'arrivée des Espagnols, s'était nouvellement enflammée le 15 au soir, et que la fonte d'une partie des neiges avait causé de grands ravages. » L'incendie du Gotopaxi, dit Bouguer, parlant de la même éruption, n'a causé de tort que par la fonte des neiges, quoiqu'il ait ouvert une nouvelle bouche à côté, vers le milieu de la hauteur. Il y eut deux inondations subites, celle du 17 juin et celle du 9 décembre, mais la dernière fut incomparablement plus grande. L'eau, dans sa première impétuosité, monta de plus de 120 pieds en certains endroit?. Sans parler d'un nombre infini de bestiaux qu'elle enleva, elle rasa cinq à six cents maisons et fit périr huit à neuf cents personnes. Toutes ces eaux avaient 17 à 18 lieues de cheniin à parcourir ou plutôt à ravager vers le sud dans la Gordillère avant de pouvoir en sortir par le pied du Tonguragua : elles ne mirent pas plus de trois heures à faire ce trajet*
En 1744, le village de Napo, distant de plus de 30 lieues du volcan en droite ligne, peut-être de plus de 60^ par les grandes sinuosités imposées au cours d'eau', fut enlevé entre minuit et une heure du matin, cinq à six heures après la grande explosion.
Passionné pour ses recherches originales, Élie de Beaumont ne les allégua jamais cependant pour
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s'exempter d'un devoir. Ses élèves à TÉcole des Mines n'attendaient pas de lui l'exposition de ses propres découvertes, mais une instruction nécessaire dans la connaissance et dans la pratique de toutes les parties de la science. Successeur de Cuvier au Collège de France, suivant une tradition qu'il a transmise intacte, il devait de chaque auditeur s'efforcer de faire un disciple, et, les guidant par ses préceptes jusqu'aux bornes connues de la science, les animer par son exemple à marcher plus outre. Supposant chez eux la volonté de s^instruire, non le désir de rencon- .trer sans travail un inutile divertissement, il attachait peu de prix à la lumière qui effleure la surface des choses. L'étude minutieuse des faits était pour lui la seule clef qui pût en ouvrir l'intelligence; s'efTorçant de tout dire, croyant tous les détails essentiels et ne voulant pas abréger, il ne craignait les longueurs ni n'évitait les redites; mais les auditeurs persévérants et capables d'une application soutenue pouvaient reconnaître, à la fin de chaque année, que, dans l'ordre et dans la proportion du tout, ces lenteurs et ces détours préparaient, non sans art, un ensemble où les plus minutieux détails liés essentiellement au sujet étaient utiles à la conclusion.
Ses Leçons de géologie pratique semblaient promettre le plus complet comme le plus régulier de ses ouvrages. Elles resteront comme un modèle excellent de méthode et de clarté, préparation inachevée aux théories les plus hautes. Accusé de substituer à la patiente industrie de la nature le choc incertain d'explosions déréglées et subites, Élie de Beaumont, sans abandonner, mais sans outrer ses principes, est bien éloigné de méconnaître ou d'exclure les actions