JOSÉ-MARIA DE IIEREDIA
Notre temps, qu'on dit vulgaire et où les individualités se gaspillent, ne l'a guère inspiré. Ou, s'il y distinguait, quelque jour, un Claudius Popelin, c'était pour l'identifier aux orfèvres de jadis qui imposaient au solide métal leur fière volonté.
Sa pensée habita les âges héroïques. Aussi la Fable n'est-elle pas, dans son œuvre, l'ornement gracieux des phrases et l'ingénieuse allégorie de l'idée; mais elle est vivante. La mythologie ne lui a pas seulement fourni de beaux emblèmes; elle a été le monde où son esprit trouvait spontanément à s'incarner.
D'autres parnassiens, autour de lui, chantaient aussi les dieux morts. Ils leur dressaient de vains autels. Mais, pour José-Maria de Heredia, le paganisme fut l'authentique image de la nature et des puissances mystérieuses qui la hantent. Les mariniers qui, sur les flots méditerranéens, crièrent autrefois que le grand Pan était mort ont menti. Ou bien, s'il mourut alors, il ressuscita, de nouveau rencontra Psyché, et leurs regards se mêlèrent.
Les poèmes de Heredia sont l'évangile et comme la Légende dorée du Panthéisme.
Cette philosophie, cette religion, le poète des Trophées l'a fait tenir en un mince volume qu'il ne publia que tardivement et qui synthétise et qui symbolise la méditation millénaire de l'humanité.
La forme qu'il adopta est celle du sonnet. Il n'en existe guère de plus gênante, avec sa brièveté, sa rigueur. Mais l'effort difficile de l'art, qui empêche les uns, aide les autres, il faut croire; et ce poète sut, en deux quatrains et deux tercets, enfermer la substance d'un rêve. Oui, l'enfermer entre des limites strictes, aux lignes nettes et fortement marquées ; pourtant le rêve déborde hors de ce cadre. Heredia, on le comparerait volontiers à un émailleur qui pose avec habileté la pierre liquide, et dure bientôtj sur la plaque dûment cloisonnée; les couleurs diverses sont réparties de telle sorte qu'elles ne se mélangent pas et chacune est emprisonnée à sa place. C'est le visage et c'est la chevelure et c'est la robe de Bradamante ou de Penthésilée; c'est la gorgone sur le sein de la guerrière et c'est le casque sur ses tempes. Mais l'éclat de l'image rayonne et s'irradie; et ces splendeurs captives s'évadent en ruissellement loin de leur métallique prison. Pareillement encore, les maîtres verriers du