‹ Éloges. Avec une introd. et des notesChapitre 2 sur 40 · H INTRODUCTION · texte numérisé non relu

H INTRODUCTION

et de Boileau contre un partisan des modernes dans la fameuse querelle suscitée par Charles Perrault. Fontenelle avait beau, dans la suite, raconter ses propres échecs à des candidats malheureux, il n'avait jamais, disait-il, réussi à consoler personne. Dans son discours de remerciement, avec un ingénieux mélange de modestie et d'orgueil, il fait allusion à sa descendance du grand Corneille. On lui a, dit-il, compté le mérite d'autrui et non pas le sien seul: « .Je tiens par le bonheur de ma naissance à un grand nom qui, dans la plus noble espèce des productions de l'esprit, efface tous les autres noms, à un nom que vous respectez vous-même. » Cette réception se passa d'ailleurs comme en famille. C'est Thomas Corneille qui répondit à son neveu. A l'admiration de l'un et de l'autre pour le génie du grand tragique s'ajouta, chez le frère et le neveu, la vive expression des liens du sang etdes sentiments de la famille. Dans toute la (luerclledes anciens et des modernes, c'estCorneille, dont il a écrit la vie, que Fontenelle ne cessera d'opposer aux plus grands génies de l'antiquité ; pour lui Corneille, en dépit de Racine, sera toujours le grand Corneille, comme pescartes, en dépit de Newton, sera le grand Descartes.

Le duc d'Orléans, depuis le régent, qui goûtait fort son esprit, l'avait nommé un de ses secrétaires avec une pension de mille écus et un appartement au Palais-Uoyal qu'il garda jusqu'à la fin de la régence. En même temps que par ses travaux littéraires, par les Dialogues des morts et VAbrégé de r histoire des oracles, il s'était fait connaître aussi par des travaux scientili(iues, par la préface du traité des Inpiiment petits, du marquis de L'Hôpital, et par les Entretiens sur la pluralité des mondes, (|ui lui valurent, en 1697, l'entrée à l'Académie des sciences; quatre ans plus tard, il (it aussi partie de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, agrandie et réorganisée. A l'Académie des sciences, il remplit 43 ans, avec l'applaudissement universel, les fonc-

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lions de secrétaire perpituel. Pendaût ce temps-là, de 1699 à 1741, il a fait régulièrement les éloges des académiciens morts dans le courant même de l'année (1), et publié non moins exactement, chaque année, un résumé clair, élégant et précis des travaux de l'Académie en tète de chaque volume de ses mémoires. Il faut y joindre les deux belles préfaces de 1666 et de 1699 qui, comme il ledit, marchent en tête.

Avant le règlement de 1699, il n'y avait point de discours en assemblée publique en l'honneur des académiciens morts. Son prédécesseur Duhamel, déjà vieux et qui n'écrivait qu'en latin ('2), avait jeté les yeux sur lui pour le remplacer avec ua discernement qui lui fait honneur. Fontenelle, dans son éloge, rappelle cette circonstance avec une délicate et vive expression de reconnaissance : « 11 serait de mon intérêt de cacher ici le nom de celui qui ose prendre la place d'un tel homme ; mais la reconnaissance que je lui dois de la bonté avec laquelle il m'agréa et du soin qu'il prit de me former ne me le permet pas. » Quel contraste cependant entre ces deux secrétaires ! l'un prêtre pieux, l'autre animé déjàde l'espritdu dix-huitième siècle ; l'un encore partisan de l'ancienne philosophie de l'école, l'autre attaché à la philosophie nouvelle, c'est-à-dire au cartésianisme; l'un faisant encore parler la science en latin, l'autre déjà dans la langue de Voltaire !

De Duhamel à Fontenelle il semble qu'on passe dans un monde nouveau pour les idées comme pour la langue. Dans ce même éloge, Fontenelle a tracé, en l'honneur de son prédécesseur, ce portrait ou plutôt cet idéal du secrétaire d'une grande Académie : « il fallait à cette compagnie un secrétaire qui entendit et qui parlât bien les langues de

(1) Les morts, même les illustres, attendent plus longtemps aujourd'hui, si toutefois jamais leur tour arrive.

(2) Il a écrit en latin l'histoire de l'Académie jusqu'à cette époque. Fontenelle, après sa mort, la traduisit en français.

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