‹ Éloges. Avec une introd. et des notesChapitre 3 sur 40 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

tous ces savants, qui fût auprès du public leur interprète commun, qui pût donner à tant de matières épineuses et abstraites des éclaircissements, un certain tour et même un certain agrément que les auteurs négligent quelquefois de leur donner et que cependant la plupart des lecteurs demandent, enfin qui par son caractère fût exempt de partialité et propre à rendre un compte désintéressé des contestations académiques. » N'est-ce pas ici son propre portrait qu'a tracé Fontenelle , et notre introduction doitelle être autre chose que le commentaire en son honneur de ces quelques lignes?

Fontenelle, comme le dit Grandjean de Fouchy (1), « a introduit ces discours que l'Académie consacre encore peutêtre moins à la gloire de ceux qu'elle a perdus qu'à exciter l'émulation de ceux qui se sentent assez de courage pour les imiter. »

Les académiciens dont Fontenelle a prononcé l'éloge appartiennent aux quatre sortes de membres entre lesquels se partageait l'Académie des sciences depuis le règlement de 1699. C'étaient d'abord, au nombre de dix, les honoraires, grands personnages, en général plus désignés par leur goût pour les sciences que par leurs propres travaux ; ensuite, au nombre de vingt, venaient les pensionnaires qui recevaient une pension du roi et qui devaient être par le travail et la régularité les académiciens par excellence (2). A côté

(1) Eloge de Fontenelle. Grandjean de Fouchy avait succédé comme secrétaire perpétuel à Mairan, le successeur de Fontenelle, qui n'a rempli ces fonctions que trois ans. Le successeur de Fouchy, dont le secrétariat dura 30 ans, fut Condorcet.

(2) Les membres honoraires correspondent à nos membres libres, et les pensionnaires aux membres titulaires. Le roi choisissait parmi les honoraires les présidents et les vice-présidents. Les associés'et les élèves n'avaient point de pension. En général, les pensionnaires se recrutaient parmi les associés, et les associés parmi les élèves; mais il n'était pas cependant nécessaire de passer d'abord par ces deux degrés ; un savant pouvait être immédiatement élu pensionnaire.

INTRODUCTION. -v

d'eux, et en même nombre, étaient les associés, dont huit étaient pris à l'étranger. Enfin en dernier lieu étaient les élèves, au nombre aussi de vingt, et chacun attaché à un pensionnaire derrière lequel il était assis aux séances. Il ne faut pas se tromper sur ce qu'étaient ces élèves, dont le nom revient souvent dans les discours de Fontenelle et dont quelques-uns même ont été l'objet d'un éloge. Dans l'éloge du physicien Amontons, qui était mort n'étant encore qu'élève, Fontenelle lui-même nous met en garde contre l'idée fausse qu'on pourrait ajouter à cette dénomination trop modeste. « Le nom d'élève n'emporte parmi nous aucune différence de mérite. Il signifie seulement moins d'ancienneté et une sorte de survivance. » Chaque pensionnaire choisissait son élève, mais devait le faire agréer à l'Académie. Néanmoins, ce titre, comme nous l'apprend encore Fontenelle (1), fut aboli « comme trop inégal », par le règlement de 1716.

C'est en qualité d'associés étrangers que le Czar Pierre P'", que Xe"svton, Leibnitz, le comte de Marsigli et d'autres encore ont une place dans les éloges du secrétaire perpétuel de l'Académie ; Vauban et le père Malebranche, de l'Oratoire, y ont eudroit en qualité d'honoraires. On peut s'étonner de voirun simple religieux, un père de l'Oratoire, parmi les honoraires, à côté des grands personnages auxquels d'ordinaire ces places étaient réservées. Mais d'après un article curieux du règlement de 1699, les membres d'un ordre rehgieux ne pouvaient entrer à l'Académie que comme honoraires. C'était, dit malicieusement Condorcet, un expédient pour tempérer, par un mélange d'humilité, les hauteurs et la superb3 des académiciens de cette classe.

Voici le jugement de Voltaire sur Fontenelle, dans son

(1) Eloge d'Amontons. Ils furent remplacés par 12 adjoints.

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