ÉLOGE DE COUPLET. IG'J
Il a souvenl épargné des événements désagréal)les à qui n'en savait rien, et jamais le récit du service n'allait iiieiulier de la reconnaissance. Autant par sa sévérité, ou plulôL par son apparence de sévérité, il savait se rendre redoutable au peuple dont il faut être craint, autant par ses manières et par ses bons offices, il savait se faire aimer de ceux (jne la crainte ne mène pas. Les personnes dont j'entends parler ici sont en si i,'rand nombre et si importantes, ([ue j'affaiblirais son éloge en y faisant entrer la reconnaissance que je lui dois, et que je conserverai toujours i)0ur sa mémoire (1).
Il avait épousé dame Marguerite leFèvrc deCaumartin. dont il a laissédeux fds, l'un conseiller d'Ktat et inten<lanlde Maubeuge. l'autre son successeur ilans la cbarge de la police: et une fille mariée à M. de Colande, maréchal de canij), et commandeur de l'ordre de Saint-Louis.
ELOGE DE C0LMMJ:T
Claude-Antoine Couplet naipiit à Paris. le -20 avril J6i:2, d'Antoine Couplet, bourgeois de Paris. Son père le destina an barreau, sans consulter, et aiiparemnitMit sans connaître ses talents et son goût, qui le portaient aux mathématiques, et|)rincipalement aux mécaniques. Elles lui causèrent beaucoup de distraction dans ses études. Cependant il fut reçu avocat; mais il quitta bientôt cette profession forcée, et se donna entièrement à celle que la nature lui avait choisie.
Il chercha de l'instruction et du secours dans le coimnerce de Buhot, cosmographe et ingénieur du roi. qui. après avoir reconnu ses dispositions, se fit un plaisir de les cultiver : il
• Il D'Argenson avait prolégé Funtenelle contre le P. Le Te'lier qui avait dénoncé au roi, comme une attaque à la religion, la relation de l'ile de Bornéo, ■ •' u'orie de quelques pages qu'on trouve à la fin du 2» volume de lédilion de
: 1, en trois volumes in-g».
voulut même serrer par une alliance la liaison que la science avait commencée entre eux; et, en 1663, il fit épouser sa bellefille à son élève, âgé alors de 24 ans.
En IGGGfut formée l'Académie des sciences. Buhot futchoisi l)ar Colbert pour en être, et quelque temps après, Couplet-y entra : on lui donna un logement à l'Observatoire et la garde du cabinet des machines. Il semble qu'un certain respect doive J^lre attaché aux noms de ceux qui ont les premiers composé cette compagnie.
En 1670, Couplet acheta de Buhot la charge de professeur de mathématiques de la grande écurie. Il était obligé d'aller souvent à Versailles, et dans ces temps-là le feu roi y fit faire ces grandes conduites d'eau qui l'ont tant embelli. La science des eaux et des nivellements fut perfectionnée au point qu'elle en devint pres({ue toute nouvelle; et Couplet, qui ne demandait qu'à s'instruire et à s'exercer, en eut des occasions à souhait. Nous avons parlé en 1699 (pages 112 et suiv.) d'un niveau qu'il s'était en (jnelque manière rendu propre, en le rendant d'une exécution beaucoup plus facile.
Employé souvent à des ouvrages de particuliers, il s'y conduisait toujours d'une manière dont sa famille seule pouvait se plaindre; il ne voulait que réussir, et il mettait de son propre argent pour hâter ou pour perfectionner les travaux : loin de faire valoir ses soins et ses peines, il en parlait avec Une modestie qui enhardissait à le récompenser mal: et ce n'était jamais un tort avec lui que le peu de reconnaissance.
Ce qu'il a fait de plus considérable a été àCoulangcs la Vineuse, petite ville de Bourgogne, à trois lieues d'Auxerre. Coulanges est riche en vins, et de là vient son épithète, qui lui convient d'autant mieux, qu'elle n'avait que du vin, et point d'eau. Les habitants étaient réduits à des mares; et, comme elles étaient souvent à sec, ils allaient fort loin chercher un puits qui tarissait aussi et les renvoyait à une fontaine éloignée de là d'une lieue. Afin que l'on ne manquât pas d'eau dans les incendies, chaque habitantétait obligé, par ordonnance de police, à avoir à sa porte un tonneau toujours plein; e( malgré cette précaution, la vihe avait eu trois grands incendi( en trente ans, et à l'un on avait été obligé de jeter du vin sur