ÉLOGE DE COUPLET
le feu. Ils avaient obtenu en 1716 un arrêt du conseil qui leur permettait de lever, sur chaque pièce de vin qui sortirait de leur territoire, un impôt dont le produit serait employé à chercher de l'eau, et à toutes les dépenses nécessaires ; mais tous les ingénieurs qui avaient tenté cette entreprise l'avaient tentée sans succès, quoique vivement animés et par l'utilité, et par la gloire.
D'Aguesseau. alors procureur général, et aujourd'hui chancelier de France, ayant acquis le domaine de cette ville, voulut faire encore un effort, ne fût-ce que pour s'assurer qu'il n'en fallait plus faire ; et, en i70o, il s'adressa à Couplet, qui partit pour Coulanges au mois de septembre. Ce mois est ordinairement un des plus secs de toute l'année: ITOo fut une année fort sèche; et si l'on pouvait alors trouver de l'eau, il n'était pas h craindre qu'on en manquât jamais.
En une infinité d'endroits de la terre, il court des veines d'eau qui ont effectivement quelque rapport avec le sang qui coule dans nos veines. Si ces eaux trouvent des terres sablonneuses, elles se filtrent au travers, et se perdent: il faut des fonds qui les arrêtent, tels que sont des lits de glaise. Elles sont en plus grande quantité selon la disposition des terrains. Si, par exemple, une grande plaine a une pente vers un coteau, et s'y termine, toutes les eaux que la plaine recevra du ciel seront déterminées à couler vers ce coteau, qui les rassemblera encore, et elles se trouveront en abondance au pied. Ainsi la recherche et la découverte des eaux dépend d'un examen de terrain fort exact et assez fin; il faut un coup d"œil juste et guidé par une longue expérience.
Couplet arrivé à quelque distance de Coulanges, mais sans la voir encore, et s'étant seulement fait montrer vers quel endroit elle était, mit toutes ses connaissances en usage, et enfin promit hardiment cette eau si désirée, et qui s'était dérobée à tant d'autres ingénieurs. Il marchait son niveau à la main ; et dès qu'il put voir les maisons de la ville, il assura que l'eau serait plus haute. Quelques-uns des principaux habitants, qui par impatience ou par curiosité étaient allés au-devant de lui, coururent porter cette nouvelle à leurs concitoyens, ou pour leur avancer la joie, ou pour se donner une espèce de part à la
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gloire (le la aécouverle. Cependant Couplet continuait son chemin en maripianl avec des pi([uets les endroits où il fallait iouiller, ctenprédisantdansle même temps à quelle profondeur précisément on trouverait l'eau; et au lieu <iu"un autre eût pu prendre un air imposant de divination, il expliquait naïvement les principes de son art et se privait de toute apparence de merveilleux, il entra dans Couianges. où il ne vit rien qui traversât les idées qu'il avait prises; et il repartit pour Paris après avoir laissé les instructions nécessaires pour les travaux (jui se devaient faire en sonabsence.il restait à conduire l'eau dans la ville par des tranchées et par des canaux, à lui ménager des canaux de décharge en cas de besoin, et tout cela emportait mille détails de pratique sur quoi il ne laissait rien à désirer; il promit de revenir au mois de décembre pour mettre à tout la dernière main.
Il revint en effet: et enfin le 21 décembre l'eau arriva dans la ville. Jamais la plus heureuse vendange n'y avait répandu tant de joie. Hommes, femmes, enfants, tous couraient à celte j eau pour en boire, et ils eussent voulu s'y pouvoir baigner. Le premier juge de la ville, devenu aveugle, n'en crut ([ue h' rapport de ses mains, qu'il y plongea plusieurs fois. On chanta un Te Deum. oii les cloches furent sonnées avec tant d'emportement que la plus grosse fut démontée; l'allégresse puldique fit cent folies (1). La\ille, auparavant toute défigurée par des maisons brûlées qu'on ne réparait point, a pris une face nouvelle: on y biitit; on vient même s'y établir, au Ueu qu'on l'abandonnait peu à peu: et pour tout cela Couplet n'a pas fait 3.000 livres de dépense à cette même ville qui aurait été ravie de se charger d'un impôt perpétuel: aussi crut-elle bien lui devoir une inscription et une devise. L'inscription est ce distique latin :
A'od {'/•«( anli' IJucns populis silicntibus urnlu ; Axt dédit wlernas artc Cupldiis aquas.
La devise représente un Moïse (lui tire de l'eau d'un rocher entouré de ceps de vigne, avec ces mots: utile dulc.
(U C-esl une joie semblable à celle des -arabes dans ledései'l en face de Teau jailliisaal d'un puiU arti'Sieu. j