ÉLOGE DE M.A1EZ1EL
d'écrirede sa main au commencement d'une leçon ce qui lui avait été enseigné la mWc. Toutes ces leçons, écrites par le prince pendajit le cours de quatre ans, et précieusement rassemblées, ont fait un corps que Boissière, bibliothécaire du duc du Maine, fit imprimer, en 1715, sous le titre d'Éléments de géométrie de monseigneur le duc de Bourgogne. L'éditeur les dédie au prince même qui en est l'auteur, et n'oublie pas tout ce qui est dû au savant maître de géométrie. Il y a ù la fin du livre quelques problèmes qui n'appartiennent point à des éléments résolus par la méthode analytique, et qui, selon toutes les apparences, sont de Malezicu. Ilestditsur ce sujet, qu'Archimède et les grands géomètres anciens ont dû avoir notre analyse ou quelque méthode équivalente, parce qu'il est moralement impossible qu'ils eussent suivi, sans s'égarer, des routes aussi composées que celles qu'ils proposent. Mais par lu on leur ôte la force merveilleuse qui a été nécessaire pour suivre, sans s'égarer, des routes si tortueuses, si longues et si embarrassées; et cette force compense le mérite moderne d'avoir découvert des chemins sans comparaison plus courts et plus faciles. On veut que, pour causer plus d'admiration, ils aient caché leur secret, quoiqu'en le révélant ils eussent causé une admiration du moins égale et qu'ils eussent en même temps infiniment avancé les sciences utiles. On veut qu'ils aient été tous également fidèles à garder ce secret, également jaloux d'une gloire qu'ils pouvaient changer contre une autre, également indifiérents pour le bien public.
Au renouvellement de l'Académie en 1G99. Malezieu fut un des honoraires, et en 1701 il entra à l'Académie française. On ne sera pas étonné qu'il fût citoyen de deux états si différents.
11 faisait dans sa maison de Chatenay, près de Sceaux, des observations astronomiques selon la même méthode qu'elles se font à l'observatoire, où il les avait apprises de Cassini et de Maraldi, ses amis particuhers, et il les communiquait à l'académie. Une personne du plus haut rang avait part àcesobservations, aussi bien qu'à celles qu'il faisait avec le microscope, dont nous avons rapporté la plus singulière en 1718 (1). S'il
U) Pag, 9 des BUtoires,
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n'eût pas été assez savant, il eût été obligé de le devenir toujours de plus en plus pour faire sa cour et pour suivre les progrès de qui prenait ses instructions.
Son tempi'rainent robuste et de feu, joint à une vie réglée, lui a valu une longue santé, qui ne s'est démentie que vers les 76 ans; encore ce n'était que par un dépérissement lent et presque sans douleur. Il mourut d'apoplexie, le 4 mars 1727, dans la soixante-dix-septième année de son âge, et lacinquantcquatrième d'un mariage toujours heureux, où l'estime et la tendresse mutuelles n'avaient point été altérées. La double louange qui en résulte sera toujours très rare, même dans d'autres siècles que celui-ci.
Il a laissé cinq enfants vivants, trois garçons, dont l'aîné est évoque de Lavaur, le second brigadier des armées du roi et lieutenant général d'artillerie, et le troisième capitaine de carabiniers ; et deux filles, dont l'une est mariée à M. deMessimy, premier président du parlement de Dombes, et l'autre au comte de Guiry, lieutenant général du pays d'Aunis et mestre de camp de cavalerie.
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Isaac Newton naiiuil le jour de Noël de l'an d6i2, à Volstrope, dans la province de Lincoln. 11 sortait de la branche aînée de Jean Newton, chevalier baronnet, seigneur de Volslrope. Cette seigneurie était dans la famille depuis près de 201) ans. Messieurs Newton s'y étaient transportés de Westby dans la même province de Lincoln; mais ils étaient originaires de Newton dans celle de Lancastre. La mère de Newton, nommée Anne Ascough, était aussi d'une ancienne famille. Elle se remaria après la mort de son premier mari, père Newton.
Elle mit son fils, Agé de douze ans, à 1^ grande école Granlham, et l'en retira au bout de quelques années, atin qu'il
s'accoutumAt de bonne houro à prendre connaissance de ses affaires et à les gouverner lui-même. Mais elle le trouva si peu occupé de ce soin, si distrait par les livres, qu'elle le renvoya à Grantham pour y suivre son goût en liberté. Il le satisfit encore mieux en passant de là au collège de la Trinité, dans l'université de Cambridge, où il fut reçu en 1660 à l'âge de 18 ans.
Pour apprendre les mathématiques, il n'étudia point Euclide, qui lui parut trop clair, trop simple, indigne de lui prendre du temps; il le savait presque avant que de l'avoir lu, et un coup d'œil sur l'énoncé des théorèmes les lui démontrait. Il sauta tout d'un coup à des livres te's que la géométrie de Descartes et les optiques de Kepler. On lui pourrait appliquer ce que Lucain a dit du Nil, dont les anciens ne connaissaient point la source, qu'il na pas été permis aux hommes de voir le .\il faible et naissant. Il y a des preuves que Newton avait fait à 24 ans ses grandes découvertes en géométrie et posé les fondements de ses deux célèbres ouvrages les Principes et l'Optique. Si des intelligences supérieures à l'homme ont aussi un progrès de connaissances, elles volent tandis que nous rampons; elles suppriment des milieux que nous ne parcourons qu'en nous traînant, lentement et avec effort, d'une vérité à une autre qui y touche.
Nicolas Mercator, né dans le Holstein, mais qui a passé sa vie en Angleterre, publia en 1668 sa Logarithmotechnie, où il donnait par une suite ou série infinie la quadrature de l'hyperbole. Alors il parut pour la première fois dans le monde savant une suite de cette espèce, tirée de la nature particulière d'une courbe, avec un art tout nouveau et très délié. L'illustre Barrow, qui était à Cambridge, où était Newton, âgé de 26 ans, se souvint aussitôt d'avoir vu la même théorie dans les écrits du jeune homme, non pas bornée à l'hyperbole, mais étendue par des formules générales à toutes sortes de courbes, môme mécaniques, à leurs quadratures, à leurs rectifications, à leurs centres de gravité, aux solides formés par leurs révolutions, aux surfaces de ces solides : de sorte que quand les déterminations étaient possibles, les suites s'arrêtaient à un certain point, ou si elles ne s'arrêtaient pas, on en
avait les sommes par règles; que si les déterminations précises étaient impossibles, on en pouvait toujours approcher à l'infini, supplément le plus heureux et le plus subtil que l'esprit humain pût trouver à l'imperfection de ses connaissances. C'était une grande richesse pour un géomètre de posséder une théorie si féconde et si générale ; c'était une gloire encore plus grande d'avoir inventé une théorie si surprenante et si ingénieuse; et Newton, averti par le livre de Mercator que cet habile homme était sur la voie, et que d'autres s'y pourraient mettre en le suivant, devait naturellement se presser d'étaler ses trésors pour s'en assurer la véritable propriété qui consiste dans la découverte. Mais il se contenta de la richesse, et ne se piqua point de la gloire. Il dit lui-même dans une lettre du Commercium epistolicum qu'il avait cru que son secret était entièrement trouvé par Mercator, ou le serait par d'autres, avant qu'il fût d'un âge assez mùr pour composer. Il se laissait enlever sans regret ce qui avait dû lui promettre beaucoup de gloire et le flatter des plus douces espérances de cette espèce; et il attendait l'âge convenable pour composer ou pour se donner au public, n'ayant pas attendu celui de faire les plus grandes choses. Son manuscrit sur les suites infinies fut simplement communiqué à Collins et à mylord Brounker, habiles en ces matières, et encore ne le fut-il que par Barrow, qui ne lui permettait pas d'être tout à fait aussi modeste qu'il l'eût voulu.
Ce manuscrit, tiré en 1669 du cabinet de l'auteur, porte pour titre : Méthode que f avais trouvée autrefois, etc. Et quand cet autrefois ne serait que trois ans, il aurait donc trouvé à 24 ans toute la belle théorie des suites. Mais il y a plus : ce même manuscrit contient et l'invention et le calcul des lluxions ou intiniment petits, qui ont causé une si grande contestation entre Lcibnitz et lui, ou plutôt entre l'Allemagne et l'Angleterre. Nous en avons fait l'histoire en 1716 (1) dans l'éloge de Leibnitz ; nous y avons si exactement gardé la neutralité d'historien, que nous n'avons présentement rien de nouveau à dire pour Newton. Nous avons marqué expressé-
(i) Page 103 et suivantes.
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ment que Newton était certainement inventeur, que sa gloire était en sûreté, et qu'il n'était question que de faire savoir si Leibnitz avait pris de lui cette idée. Toute l'Angleterre en est convaincue, quoique la société royale ne l'ait pas prononcé dans son jugement, et l'ait tout au plus insinué. Newton est constamment le premier inventeur, et de plusieurs années le premier. Leibnitz, de son côté, est lo premier qui ait publié ce calcul; et s'il l'avait pris de Newton, il ressemblait du moins au Prométhée de la fable, qui déroba le feu aux dieux pour en faire part aux hommes.
En 1687, Newton se résolut enfin à se dévoiler et à révéler ce qu'il était : les Principes mathématiques de la philosophie naturelle parurent. Ce livre, où la plus profonde géométrie sert de base à une physique toute nouvelle, n'eut pas d'abord tout l'éclat qu'il méritait et qu'il devait avoir un jour. Comme il est écrit très savamment, que les paroles y sont fort épargnées, qu'assez souvent les connaissances y naissent rapidement des principes, et qu'on est obligé à suppléer de soi-même tout l'entre-deux, il fallait que le public eût le loisir de l'entendre. Les grands géomètres n'y parvinrent qu'en l'étudiant avec soin; les médiocres ne s'y embarquèrent qu'excités par le témoignage des grands; mais enfin, quand le livi-e fut suffisamment connu, tous ces suffrages qu'il avait gagnés si lentement éclatèrent de toutes parts et ne formèrent qu'un cri d'admiration. Tout le monde fut frappé de l'esprit original qui brille dans l'ouvrage, de cet esprit créateur qui, dans toute l'étendue du siècle le plus heureux, ne tombe guère en partage qu'à trois ou quatre hommes pris dans toute l'étendue des pays savants.
Deux théories principales dominent dans les Principes mathématiques, celle des forces centrales et celle de la résistance des milieux au mouvement, toutes deux presque entièrement neuves et traitées selon la sublime géométr ie de l'auteur. On ne peut plus toucher ni à l'une ni à l'autre de ces matières sans avoir Newton devant les yeux, sans le répéter ou sans le suivre : et si on veut le déguiser, quelle adresse pourra empêcher qu'il ne soit reconnu?
Le rapport trouvé par Kepler* entre les révolutions des corps
célestes et leurs distances à un centre commun de ces révolutions, règne constamment dans tout le ciel. Si l'on imagine, ainsi qu'il est nécessaire, qu'une certaine force empêche ces grands corps de suivre pendant plus d'un instant leur mouvement naturel en ligne droite d'occident en orient, et les retire continuellement vers un centre, il suit de la règle de Kepler que cette force, qui sera centrale, ou plus particulièrement centripète, aura sur un même corps une action variable selon les différentes distances à ce centre, et cela dans la raison renversée des carrés de ces distances; c'est-à-dire, par exemple, que si ce corps était deux fois plus éloigné du centre de sa révolution, l'action de la force centrale sur lui en serait quatre fois plus faible. 11 paraît que Newton est parti de là pour toute sa physique du monde pris en grand. Nous. pouvons supposer aussi ou feindre ({u'il a d'abord considéré la lune, parce qu'elle a la terre pour centre de son mouvement.
Si la lune perdait toute l'impulsion, toute la tendance qu'elle a pour aller d'occident en orient en ligne droite, et qu'il ne lui re.-tàt que la force centrale (jui la porte vers le centre de la terre, elle obéirait donc uniquement à cette force, en suivrait uniquement la direction et viendrait en ligne droite vers le centre de la terre. Son mouvement de révolution étant connu, Newton démontre par ce mouvement que dans la première minute de sa descente elle décrirait 15 pieds de Paris. Sa distance de la terre est de GO demi-diamètres de la terre : donc si la lune était à la surface de la terre, sa force serait augmentée selon le carré de 00, c'est-à-dire qu'elle serait 3,000 fois plus puissante, et que la lune dans une minute décrirait 3,000 fois 15 pieds.
Maintenant, si l'on suppose que la force qui agissait sur la lune soit la même que celle que nous appelons pesanteur dans les corps terrestres, il s'ensuivra du système de Galilée que la lune, qui à la surface de la terre parcourait 3,600 fois quinze pieds en une minute, devrait parcourir aussi quinze pieds dans la première soixantième partie, ou dans la première seconde de cette minute. Or, on sait par toutes les expériences, et on n'a pu les faire qu'à très petites distances de la surface de la terj-e, que les corps peints tombent 'de quinze pieds
dans la première seconde de leur chute. Ils sont donc, quand nous éprouvons la durée de leur chute, dans le même cas précisément que si ayant fait autour de la terre, avec la même force centrale que la lune. la même révolution, et à la même dislance, ils se trouvaient ensuite tout près de la surface de la terre ; et s'ils sont dans le cas où serait la lune, la lune est dans le même cas où ils sont et n'est attirée à chaque instant vers la terre que par la même [)e>anteur. Une conformité si exacte d'effets, ou plutôt cette parfaite identité, ne peut venir (}ue de celle des causes,
11 est vrai que dans le système de Galilée, qu'on a suivi ici, la pesanteur est constante, et que la force centrale de la lune ne l'est pas dans la démonstration même qu'on vient de donner. Mais la pesanteur peut bien ne paraître constante, ou, pour mieux dire, elle ne le paraît dans toutes nos expériences, qu'à cause que la plus grande hauteur d'où nous puissions voir tomber des corps n'est rien par rapport à la distance de l.oOO lieues où ils sont tous du centre de la terre. 11 est démontré qu'un boulet de canon tiré horizontalement, décrit dans l'hypothèse de la pesanteur constante une parabole terminée à un certain point par la rencontre de la terre; mais, que s'il était tiré d'une hauteur qui pût rendre sensible l'inégalité d'action de la pesanteur, il décrirait au lieu de la parabole une ellipse, dont le centre de la terre serait un des foyers, c'est-à-dire qu'il lerait exactement ce que fait la lune.
Si la lune est pesante à la manière des corps terrestres, si elle est portée vers la terre par la même force qui les y porte, si, selon l'expression de Newton, elle pèse sur la terre, la même cause agit dans tout ce merveilleux assemblage de corps célestes, car toute la nature est une: c'est partout la même disposition, partout des ellipses décrites par des corps dont le mouvement se rapporte à un corps placé dans des foyers. Les satellites de Jupiter pèsent sur Jupiter comme la lune sur la terre, les satellites de Saturne sur Saturne, toutes les planètes ensemble sur le soleil.
On ne sait point en quoi consiste la pesanteur, et Newton lui-même l'a ignoré. Si la pesanteur agit par impulsion, on conçoit qu'un bloc de marbre qui tombe, peut être poussé
vers la terre sans que la terre soit aucunement poussée vers lui ; et en un mot tous les centres auxquels se rapportent les mouvements causés par la pesanteur pourront être immobiles. Mais si elle agit par attraction, la terre ne peut attirer le bloc de marbre sans que ce bloc n'attire aussi la terre. Pourquoi celte vertu attractive serait-elle plutôt dans certains corps que dans d'autre.3 ? Newton pose toujours l'action de la pesanteur réciproque dans tous les corps, et proportionnelle seulement à leurs masses; par là il semble déterminer la pesanteur à être réellement une attraction. 11 n'emploie à chaque mo^nent que ce mot pour exprimer la force active des corps ; force, à la vérité, inconnue, et qu'il ne prétendait pas définir; mais si elle pouvait agir aussi par impulsion, pourquoi ce terme plus clair n'aurait-il pas été préféré? Car on conviendra qu'il n'était guère possible de les employer tous deux indifféremment; ils sont trop opposés. L'usage perpétuel du mot d'attraction, soutenu d'une grande autorité, et peut-être aussi de l'inclination qu'on croit sentir à Newton pour la chose même, familiarise du moins les lecteurs avec une idée proscrite par les cartésiens, et dont tous ;les' autres philosophes avaient ratifié la condamnation ; il faut être présentement sur ses gardes pour ne lui pas imaginer quelque réalité : on est exposé au péril de croire qu'on l'entend.
Quoi qu'il en soit, tous les corps, selon Nevvlon, pèsent les uns sur les autres ou s'attirent en raison de leurs masses; et quand ils tournent autour d'un centre commun, dont par conséquent ils sont attirés, et qu'ils attirent, leurs forces attractives varient dans la raison renversée des carrés de leurs distances à ce centre ; et si tous ensemble avec leur centre commun tournent autour d'un autre centre commun à eux et à d'autres, ce sont encore de nouveaux rapports qui font une étrange complication. Ainsi chacun des cinq satellites de Saturne pèse sur les quatre autres, et les quatre autres sur lui; tous les cinq pèsent sur Saturne, et Saturne sur eux : le tout ensejnble pèse sur le soleil, et le soleil sur ce tout. Quelle géométrie a été nécessaire pour débrouiller ce chaos de rapports ! 11 paraît téméraire de l'avoir entrepris ; et on ne peut voir sans étonnement que d'une théorie si abstraitte, formée de
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plusieurs théories particulières, toutes très difficiles à manier, il naisse nécessairement des conclusions toujours conformes aux faits établis par l'astronomie.
Quelquefois même ces conclusions semblent deviner des faits auxquels les astronomes ne se seraient pas attendus. On prétend depuis un temps, et surtout en Angleterre, que quand Jupiter et Saturne sont entre eux dans leur plus grande proximité, qui est de 163 millions de lieues, leurs mouvements ne sont plus de la même régularité que dans le reste de leur cours ; et le système de Newton en donne tout d'un coup la cause qu'aucun autre système ne donnerait. Jupiter et Saturne s'attirent plus fortement l'un l'autre, parce qu'ils sont plus proches ; et par là, la régularité du reste de leur cours est sensiblement troublée. On peut aller jusqu'à déterminer la et les bornes de ce dérèglement.
La lune est la moins régulière des planètes ; elle échappe assez souvent aux tables les plus exactes, et fait des écarts dont on ne connaît point les princi])es. Halley, que son profond savoir en mathématiques n'empêche pas d'être bon poète, dit, dans des vers latins qu'il a mis au devant des Prmcipes de Newton, que la lune jusque-là ne s'était point laissé assujettir au frein des calculs et n'avait été domptée par aucun astronome ; mais qu'elle l'est enfin dans le nouveau système. Toutes les bizarreries de son cours y deviennent d'une nécessité qui les fait prédire ; et il est difficile qu'un système où elles prennent cette forme ne soit qu'un système heureux, surtout si on ne les regarde que comme une petite partie d'un tout, qui embrasse avec le même succès une infinité d'autres explications. Celle du flux et du reflux s'offre si naturellement par l'action de la lune sur les mers, combinée avec celle du soleil, que ce merveilleux phénomène semble en être dégradé.
La seconde des deux grandes théories sur lesquelles roule le livre des Principes, est celle de la résistance des milieux au mouvement, qui doit entrer dans les principaux phénomènes de la nature, tels que les mouvements des corps célestes, la lumière, le son. Newton étabht à son ordinaire sur une très profonde géométrie ce qui doit résulter de cette résistance.
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selon toutes les causes qu'elle peut avoir, la densité du milieu, la vitesse du corps mû, la grandeur de sa surface ; et il arrive enfin à des conclusions qui détruisent les tourbillons de Descartes et renversent ce grand édifice céleste qu'on aurait cru inébranlable. Si les planètes se meuvent autour du soleil dans un milieu quel qu'il soit, dans une matière éthérée qui remplit tout, et ainsi qu'il est démontré, comment les mouvements des planètes n'en sont-ils pas perpétuellement et même prompteraent affaiblis ? Surtout comment les comètes traversent-elles les tourbillons librement en tous sens, quelquefois avec des directions de mouvements contraires aux leurs, sans en recevoir nulle altération sensible dans leurs mouvements, de quelque longue durée qu'ils puissent être ? Comment ces torrents immenses et d'une rapidité presque incroyable n'absorbent-ils pas en peu d'instants tout le mouvement particulier d'un corps qui n'est qu'un atome par rapport à eux, et ne le forcent-ils pas à suivre leur cours?
Les corps célestes se meuvent donc dans un grand vide, si ce n'est que leurs exhalaisons et les rayons de lumière, qui forment ensemble mille entrelacements différents, mêlent un peu de matière à des espaces immatériels presque infinis. L'attraction et le vide, bannis de la physique de Descartes, et bannis pour jamais selon les apparences, y reviennent ramenés par Newton, armés d'une force toute nouvelle dont on ne les croyait pas capables, et seulement peut-être] un peu déguisés.
Les deux grands hommes qui se trouvent dans une si grande opposition ont eu de grands rapports. Tous deux ont été des génies de premier ordre, nés pour dominer sur les autres .esprits et pour fonder des empires. Tous deux, géomètres excellents, ont vu la nécessité de transporter la géoraélrie dans la physique. Tous deux ont fondé leur physique sur une géométrie qu'ils ne tenaient presque que de leurs propres lumières. Mais l'un, prenant un vol hardi, a voulu se placer à la source de tout, se rendre maître des premiers pi'incipes par quelques idées claires et fondamentales, pour n'avoir plus qu'à descendre aux phénomènes de la naturp comme à des conséquences nécessaires. L'autre, plus timide ou plus mo-
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deste. a commencé sa marche par s'appuyer sur les phénomènes pour remonter aux principes inconnus, résolu de les admettre, quels que les pût donner l'enchaînement des conséquences. L'un part de ce qu'il entend nettement pour trouver la cause de ce qu'il voit ; l'autre part de ce qu'il voit pour en trouver la cause, soit claire, soit obscure. Les principes évidents de l'un ne le conduisent pas toujours aux phénomènes tels qu'ils sont ; les phénomènes ne conduisent pas toujours l'autre à des principes assez évidents. Les bornes qui dans ces deux routes contraires ont pu arrêter deux hommes de cette espèce, ce ne sont pas les bornes de leur esprit, mais celles de l'esprit humain (1).
Kn même temps que Newton travaillait à son grand ouvrage des Principes, il en avait un autre entre les mains, aussi original, aussi neuf, moins général par son titre, mais aussi étendu par la manière dont il devrait traiter un sujet particulier. C'est VOptique ou Traité de la lumière et des couleurs, qui parut pour la première fois en 1704. Il avait fait pendant le cours de trente années les expériences qui lui étaient nécessaires.
L'art de faire des expériences porté à un certain degré, n'est nullement commun. Le moindre fait qui s'offre à nos yeux est comphqué de tant d'autres faits qui le composent ou le modifient, qu'on ne peut sans une extrême adresse démêler tout ce qui y entre, ni même sans une sagacité extrême soupçonner tout ce qui peut y entrer. Il faut décomposer le fait dont il s'agit en d'autres qui ont eux-mêmes leur composition ; et quelquefois, si l'on n'avait bien choisi sa route, on s'engagerait dans des labyrinthes dont on ne sortirait pas. Les faits primitifs et élémentaires semblent nous avoir été cachés par la nature avec autant de soin que les causes; et quand on parvient à les voir, c'est un spectacle tout nouveau et entièment imprévu.
L'objet perpétuel de l'Optique de Newton est l'anatomie de la lumière. L'expression n'est pomt trop hardie, ce n'est que
(1) ce beau et équitable parallèle ne fut pas goûté en Angleterre, où l'on np voulait pas que le génie de Descartes pût être comparé à celui de Newton.
la chose même. Un très petit rayon de lumière qu'on laisse entrer dans une chambre parfaitement obscure, mais qui ne peut être si petit qu'il ne soit encore un faisceau d'une infinité de rayons, est divisé, disséqué, de façon que l'on a les rayons élémentaires qui le composaient séparés les uns des autres, et teints chacun d'une couleur particulière qui, après cette séparation, ne peut plus être altérée. Le blanc dont était le rayon total avant la dissection résultait du mélange de toutes les couleurs particulières des rayons primitifs. La séparation de ces rayons était si difficile, que quand Mariette l'entreprit sur les premiers bruits des expériences de Newton, il la manqua, lui qui avait tant de génie pour les expériences et qui a si bien réussi sur d'autres sujets.
On ne séparerait jamais les rayons primitifs et colorés, s'ils n'étaient de leur nature tels qu'en passant par le même lieu, par le même prisme de verre, ils se rompent sous différents angles, et par là se démêlent quand ils sont reçus à des distances convenables. Cette ditterente réfrangibilité des rayons rouges, jaunes, verts, bleus, violets, et de toutes les couleurs intermédiaires en nombre infini, propriété qu'on n'avait jamais soupçonnée et à laquelle on ne pouvait guère être conduit par aucune conjecture, est la découverte fondamentale du Traité de Newton. La différente réfrangibilité amène la différente réfiexibilité. 11 y a plus : les rayons (jui tombent sous le môme angle sur une surface, s'y romi)ent et réfléchissent alternativement; espèce de jeu qui n'a pu être aperçu qu'avec des yeux extrêmement fins et bien aidés par l'esprit. Enfin, et sur ce point seul, la première idée n'appartient pas à Newton ; les rayons qui passent près des extrémités d'un corps sans le toucher ne laissent pas de s'y détourner de la ligne droite, ce qu'on appelle inllcxion. Tout cela ensemble forme un corps S d'optique si neuf, qu'on pourra désormais regarder cette science I comme presque entièrement due à l'auteur.
l»our ne pas se borner à des spéculations, qu'on traite quelquefois injustement d'oisives, il a donné dans cet ouvrage l'invention et le dessin d'un télescope par réflexion, qui n'a été bien exécuté que longtemps après. On a vu' ici que ce télescope n'ayant que deux pieds et demi de longueur, faisait au-
tant d'effet qu'un bon télescope ordinaire de huit ou neuf pieds; avantage très considérable, et dont apparemment on connaîtra mieux encore à l'avenir toute l'étendue.
Une utilité de ce livre, aussi grande peut-être que celle qu'on tire du grand nombre de connaissances nouvelles dont il est plein, est qu'il fournit un excellent modèle de fart de se conduire dans la philosophie expérimentale. Quand on voudra interroger la nature par les expériences et les observations, il la faudra interroger, comme Newton, dune manière aussi adroite et aussi pressante. Des choses qui se dérobent presque a la recherche pour être trop déliées, il les sait réduire à soutîrir le calcul, et un calcul qui ne demande pas seulement le savoir des bons géomètres, mais encore plus une dextérité particulière. Lapplication qu'il fait de sa géométrie a autant de finesse que sa géométrie a de sublimité.
Il n'a pas achevé son Optique, parce que des expériences dont il avait encore besoin furent interrompues, et qu'il n'a pu les reprendre. Les pierres d'attente qu'il a laissées à cet édifice imparfait ne pourront guère être employées que par des mains aussi habiles que celles du premier architecte. Il a du moins mis sur la voie, autant qu'il a pu, ceux qui voudront continuer son ouvrage, et même il leur trace un chemin pour passer de l'optique à une physique entière. Sous la forme de doutes ou de questions à édaircir, il propose un grand nombre de vues qui aideront les philosophes à venir, ou du moins feront l'histoire toujours curieuse des pensées d'un grand philosophe.
L'attraction domine dans ce plan abrégé de physi(iue. La force, qu'on appelle dureté des corps, est l'attraction mutuelle de leurs parties, qui les serre les unes contre les autres ; et si elles sont de figure à se pouvoir toucher par toutes leurs faces sans laisser d'mterstices, les corps sont parfaitement durs. Il n'y a de cette espèce que de petits corps primordiaux et inaltérables, éléments de tous les autres. Les fermentations ou ettervescences chimiques, dont le mouvement est si violent qu'on les pourrait quelquefois comparer à des tempêtes, sont des efl'ets de cette puissante attraction, qui n'agit entre les petits corps qu'à de petites distances.
En 'Général, il conçoit que l'attraction esl le principe agissant de toute la nature et la cause de tous les mouvements. Car si une certaine quantité de mouvement une lois nnpnmee par les mains de Dieu ne faisait ensuite que se distribuer ditteremment selon les luis du choc, il parait qu'il périrait toujours du mouvement par les chocs contraires sans qu'il en put renaître, et que l'univers tomberait assez promptement dans un repos qui serait la mort générale de tout. La vertu de l'attraction toujours subsistante, et qui ne s'atï'aiblit point en s'exerçant. est une ressource perpétuelle d'action et de vie. Encore peut-il arriver que les effets de cette vertu viennent enfin à se combiner de façon que le système de 1 univers se déréglerait et qu'il demanderait, selon NeNvton, une mam qui V retoucliàt.
11 déclare bien nettement qu'il ne donne cette attraction que pour une cause quïl ne connaîl point, et dont seulement il considère, compare et calcule les etïets: et pour se sauver du reproche de rappeler les qualités occultes des scolastiques, il di qu'il n'établit que des qualités manifestes et très sensibles par les phénomènes ; mais qu'à la vérité les causes de ces qualités sont occultes, et qu'il en laisse la recherche a d autres philosophes. Mais ce que les scolastiques appelaient qualités occultes n'étaient-ce pas des causes? Ils voyaient bien aussi les effets. D'ailleurs, ces causes occultes que Newton na pas trouvées, croyait-il que d'autres les trouvassent? S'engagerat-on avec beaucoup d'espérance à les chercher?
11 mit à la fin de l'Optique deux traités de pure géométrie, l'un de la quadrature des courbes, l'autre un dénombrement dex lianes qu'il appelle du troisième ordre. Il les en a retranches depuis, parce que le sujet en était trop différent de celui de l'opti.iue; et on les a imprimés à part en 17H avec une Analyse par les équations infinies et la Méthode différentielle. Ce ne serait plus rien dire que d'ajouter ici qu'il brille dans tous ces ouvrages une haute et fine géométrie qui lui appartient entièrement.
Absorbé dans ces spéculations, il devait naturellement être indifférent pour les affaires et incapable de les traiter. Cependant lorsqu'en 1687, année de la publication «de ses Principes,
les privilèges de runiversité de Cambridge, où il était professeur en mathématiques dès l'an 1669, par la démission de Barow en sa faveur, furent attaqués par le roi Jacques 11, il fut un des plus zélés à les soutenir, et son université le nomma pour être un de ses délégués pardevant la cour de h-iute-commission. Il en fut aussi le membre représentant dans le parlement de convention en 1688, et il y tint séance jusqu'à ce qu'il fût dissous.
En 1696, le comte de Halifax, chancelier de l'Echiquier, et grand protecteur des savants, car les seigneurs anglais ne se piquent pas de l'honneur d'en faire peu de cas, et souvent le sont eux-mêmes, obtint du roi Guillaume de créer Newton (jarde des monnaies; et dans cette charge il rendit des services importants à l'occasion de la grande i-efonte qui se fit en ce temps-là. Trois ans après il fut maître de la monnaie, emploi d'un revenu très considérable, et qu'il a possédé jusqu'à sa mort.
On pourrait croire que sa charge de la monnaie ne lui convenait que parce qu'il était excellent géomètre et physicien ; et en etiét cette matière demande souvent des calculs difficiles et quantités d'expériences chimiques ; et il a donné des preuves de ce qu'il pouvait en ce genre, par sa Table des essais des monjiaies étrangères, imprimée à la fin du livre du docteur Arbuthnott. Mais il fallait que son génie s'étendît jusqu'aux affaires purement politiques et oii il n'entrait nul mélange des sciences spéculatives. A la convocation du parlement de 1701, il fut choisi de nouveau membre de cette assemblée pour l'université de Cambridge. Après tout, c'est peut-être une erreur de regarder les sciences et les aliaires comme si incompatibles, principalement pour les hommes d'une certaine trempe. Les atïaires politiques bien entendues se réduisent elles-mêmes à des calculs très fins et à des combinaisons délicates, que les esprits accoutumés aux hautes spéculations saisissent plus facilement et plus sûrement, dès qu'ils sont instruits des faits et fournis des matériaux nécessaires.
Newton a eu le bonheur singulier de jouir pendant sa vie de tout ce qu'il méritait, bien différent de Descartes, qui n'a reçu que des honneurs posthumes. Les Anglais n'en honorent pas
moins les grands talents, pour être nés chez eux. Loin de chercher à les rabaisser par des critiques injurieuses, loin d'applaudir à l'envie qui les attaque, ils sont tous de concert à les élever; et cette grande liberté qui les divise sur les points les plus importants ne les empêche point de se réunir sur celuilà. Ils sentent tous combien la gloire de l'esprit doit être précieuse à un état; et qui peut la procurer à leur patrie leur devient infiniment cher.
Tous les savants d'un pays qui en produit tant mirent Newton à leur tête par une espèce d'acclamation unanime : ils le reconnurent pour chef et pour maître: un rebelle n'eût osé s'élever, on n'eût pas souffert môme un médiocre admirateur. Sa philosophie a été adoptée par toute l'Angleterre ; elle domine dans la société royale et dans tous les excellents ouvrages qui en sont sortis, comme si elle était déjà consacrée par le respect d'une longue suite de siècles. Enfin, il a été révéré au point que la mort ne pouvait plus lui produire de nouveaux honneurs : il a vu son apothéose. Tacite qui a reproché aux Romains leur extrême indifférence pour les grands hommes de leur nation, eût donné aux Anglais la louange tout opposée. En vain les Romains se seraient-ils excusés sur ce que le grand mérite leur était devenu familier; Tacite leur eût répondu que le grand mérite n'était jamais commun, ou que même il faudrait, s'il était possible, le rendre commun par la gloire qui y serait attachée.
En 1703, Newton fut élu président de la société royale, et l'a été sans interruption jusqu'à sa mort, pendant vingt-trois ans : exemple unique et dont on n'a pas cru devoir craindre les conséquences.
La reine Anne le fit chevalier en 17ûo: litre d'honneur qui marque du moins que son nom était allé jusqu'au trône, où les noms les plus illustres en ce genre ne parviennent pas toujours.
11 fut plus, connu que jamais à la cour sous le roi George. La princesse de Galles, aujourd'hui reine d'Angleterre, avait assez de lumières et de connaissances pour interroger un homme tel que lui et pour ne pouvoir être satisfaite que par lui. Elle a souvent dit publiquement qu'elle se tenait heureuse
de vivre de son temps et de le connaître. Dans combien d'autres siècles et dans combien d'autros nations aurait-il pu être placé sans y retrouver une princesse de Galles?
Il avait composé un ouvrage de chronologie ancienne, <|u'il ne songeait point à publier ; mais cette princesse, à qui il confia les vues principales, les trouva si neuves et si ingénieuses, quelle voulut avoir un précis de tout l'ouvrage, qui ne sortirait jamais de ses mains et qu'elle posséderait seule. Elle le garde encore aujourd'hui avec tout ce qu'elle a de plus précieux. Il s'en échappa cependant une copie : il était difficile que la curiosité, excitée par un morceau singulier de NeNvton, n'usât de toute son adresse pour pénétrer jusqu'à ce trésor; et il est vrai i(u'il faudrait être l)ien sévère pour la condamner. Cette copie fut apportée en France par celui qui était assez heureux pour l'avoir, et l'estime qu'il en faisait l'empêcha de la garder avec le dernier soin. Elle fut vue, traduite et enfin imprimée.
Le point principal du système chronologique de Newton, tel qu'il parait dans cet extrait qu'on a de lui, est de rechercher, en suivant avec beaucoup de subtilité quelques traces assez faibles de la plus ancienne astronomie grecque, quelle était au temps de Cliiron le centaure la position du coluic des équinoxes par rapport aux étoiles fixes. Comme on sait aujourd'hui que ces étoiles ont un mouvement en longitude d'un degré en soixante-douze ans, si on sait une fois qu'au temps de Chiron le colure passait par certaines fixes, on saura, en prenant leur dislance à celles par où il passe aujourd'hui, combien de temps s'est écoulé depuis Chiron jusqu'à nous. Chiron était du fameux voyage des Argonautes, ce qui en fixera l'époque, et nécessairement ensuite celle de la guerre de Troie, deux gi-ands événements d'où dépend toute l'ancienne chronologie. Newton les met de cinq cents ans plus proche de l'ère chrétienne que ne font ordinairement les autres chronologistes. Le système a été attaqué par deux savants français. On leur reproche en Angleterre de n'avoir pas attendu l'ouvrage entier et de s'être pressés de critiquer. Mais cet empressement même ne fait-il pas honneur à Newton ? Ils se sont saisis le plus promptement qu'ils ont pu de la gloire d'à-
voir un pareil adversaire. Ils en vont trouver d'autres en sa place. Le célèbre Halley, premier astronome du roi de la Grande-Bretagne, a déjà écrit pour soutenir toute l'astronomique du systf^me ; son amitié pour l'illustre mort et ses grandes connaissances dans la matière doivent le rendre redoutable. Mais enfin, la contestation n'est pas terminée : le public, peu nombreux qui est en état de juger ne l'a pas encore fait; et quand il arriverait que les plus fortes raisons fussent d'un côté, et de l'autre le nom de Newton, peut-être ce public serait-il quelque temps en suspens, et peut-être serait-il excusable.
Dès que l'Académie des sciences, par le règlement de 1699, put choisir des associés étrangers, elle ne manqua pas de se donner à Newton. Il entretint toujours commerce avec elle, en lui envoyant tout ce qui paraissait de lui. C'étaient ses anciens travaux, ou qu'il faisait réimprimer, ou qu'il donnait pour la première fois. Depuis qu'il fut employé à la monnaie, ce qui était arrivé déjà quelque temps auparavant, il ne s'engagea plus dans aucune entreprise considérable de mathématiques ni de philosophie. Car, quoique l'on pût compter pour une entreprise considérable la solution du fameux problème des trajectoires, proposé aux Anglais comme un défi par Leibnilz pendant sa contestation avec eux, et recherché bien soigneusement pour l'embarras et la difficulté, ce ne fut presque qu'un jeu pour Newton. On assure qu'il reçut ce problème à quatre heures du soir, revenant de la monnaie fort fatigué, et ne se coucha point qu'il n'en fût venu à bout. Après avoir servi si utilement dans les connaissances spéculatives toute l'Europe savante, il servit uniquement sa patrie dans des affaires dont l'utilité était plus sensible et plus directe, plaisir touchant pour tout bon citoyen : mais tout le temps qu'il avait libre, il le donnait à la curiosité de son esprit, qui ne se faisait point une gloire de dédaigner aucune sorte de connaissance et savait se nourrir de tout. On a trouvé de lui, après sa mort, quantité d'écrits sur l'antiquité, sur l'histoire, sur la théologie même, si éloignée des sciences par où il est connu. Il ne se permettait, ni de passer des moments oisifs sans s'occuper, ni de s'occuper légèrement et avec une faible attention.
Sa santé fut toujours ferme et égale jusqu'à l'âge de quatrevingts ans. circonstance très essentielle du rare bonheur dont il a joui. Alors il commença à être incommodé d'une incontinence d'ui-ine; encore dans les cinq années suivantes qui précédèrent sa mort, eut-il de grands intervalles de santé, ou d'un état fort tolérable. qu'il se procurait par le régime et par des attentions dont il n'avait pas eu besoin jusque-là. Il fut obligé de se reposer de ses fonctions à la monnaie sur M. Conduitt. qui avait épousé une de ses nièces ; il ne s'y résolut que parce qu'il était bien sûr de remettre en bonnes mains un dépôt si important et si délicat. Son jugement a été confirmé depui.^ sa mort par le choix du roi, qui a donné cette place à Conduitt. Newton ne souffrit beaucoup que dans les derniers vingt jours de sa vie. On jugea sûrement qu'il avait la pierre et qu'il n'en pouvait revenir. Dans des accès de douleur si violents que les gouttes de sueur lui en coulaient sur le visage, il ne poussa jamais un cri ni ne donna aucun signe d'impatience ; et dès qu'il avait quelques moments de relâche, il souriait et parlait avec sa gaieté ordinaire. Jusquelà il avait toujours lu ou écrit plusieurs heures par jour. 11 lut les gazettes le samedi 18 mars, au matin, et parla longtemps avec le docteur Meud, médecin célèbre. 11 possédait parfaitement tous ses sens et tout son esprit, mais le soir il perdit absolument la connaissance et ne la reprit plus, comme si les facultés de son âme n'avaient été sujettes qu'à s'éteindre totalement et non pas à s'affaiblir. Il mourut le lundi suivant, '20 mars, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
Son corps fut exposé sur un lit de parade dans la chambre de Jérusalem, endroit d'où l'on porte au lieu de leur sépulture les personnes du plus haut rang et quelquefois les têtes couronnées. On le porta dans l'abbaye de Westminster, le poêle étant soutenu par mylord grand chancelier, par les ducs de Montrose et Roxburgh et par les comtes de Penibrocke, de Sussex et de Maclestield. Ces six pairs d'Angleterre qui firent cette fonction solennelle font assez juger quel nombre de personnes de distinction grossirent la pompe funèbre. L'évêque de Rochester fit le service, accompagné de tout le clergé de l'église. Le corps fut enterré près de l'entrée du chœur. 11
faudrait presque remonter chez les anciens Grecs, si l'on voulait trouver des exemples d'une aussi grande vénération pour le savoir. La famille de Newton imite encore la Grèce de plus près par un monument qu'elle lui a fait élever, et auquel elle a employé une somme considérable.
Le doyen et le chapitre de Westminster ont permis qu'on le construisît dans un endroit de l'abbaye qui a souvent été refusé à la plus haute noblesse. La patrie et la famille ont fait éclater pour lui la même reconnaissance que s'il les avait choisies.
Il avait la taille médiocre, avec un peu d'embonpoint dans ses dernières années, l'œil fort vif et fort perçant ; la physionomie agréable et vénérable en même temps, principalement quand il ôlait sa perruque et laissait voir une chevelure toute blanche, épaisse et bien fournie. Il ne se servit jamais de lunettes, et ne perdit qu'une seule dent pendant toute sa vie. Son nom doit justifier ces petits détails.
11 était né fort doux et avec un grand amour pour la tranquillité. Il aurait mieux aimé être inconnu que de voir le calme de sa vie troublé par ces orages littéraires que l'esprit et la science attirent à ceux qui s'élèvent trop. On voit par une de ses lettres du Commercium ephtolicum que son Traité d'optique étant prêt à imprimer, des objections prématurées qui s'élevèrent lui firent abandonner alors ce dessein. « Je me reprocherais, dit-il, mon imprudence de perdre une chose aussi réelle que le repos pour courir après une ombre. » Mais cette ombre ne lui a pas échappé dans la suite; il ne lui en a pas coûté son repos qu'il estimait tant, et elle a eu pour .lui autant de réalité que ce repos, môme.
Un caractère doux promet naturellement de la modestie, et on atteste que la sienne s'est toujours conservée sans altération, quoique tout le monde fût conjuré contre elle. Il ne parlait jamais ou de lui ou des autres; il n'agissait jamais d'une manière à faire soupçonner aux observateurs les plus malins le moindre sentiment de vanité. 11 est vrai qu'on lui épargnait assez le soin de se faire valoir; mais combien d'autres n'auraient pas laissé de prendre encore un soin dont on se charge si volontiers et dont il est si difficile de se reposer sur per-
sonne ! Combien de grands liomines généralement applaudis ont gâté le concert de leurs louanges en y mêlant leurs voix.
Il était simple, atfable, toujours de niveau avec tout le monde. Les génies de premier ordre ne méprisent point ce qui est au-dessous d'eux, tandis que les autres méprisent même ce qui est au-dessus. Il ne se croyait dispensé, ni par son mérite ni par sa réputation, d'aucun des devoirs du commerce ordinaire de la vie; nulle singularité, ni naturelle, ni aflfectée ; il savait n'être, dès qu'il le fallait, qu'un homme du commun.
Quoiqu'il fût attaché à TÉghse anglicane, il n'eût pas persécuté les non-conformistes pour les y ramener. Il jugeait les hommes par les mœurs, et les vrais non-conformistes étaient pour lui les vicieux et les méchants. Ce n'est pas cependant qu'il s'en tint à la religion naturelle : il était persuadé de la révélation ; et parmi les livres de toute espèce qu'il avait sans cesse entre les mains, celui qu'il lisait le plus assidûment était la Bible.
L'abondance où il se trouvait, et par un grand patrimoine et par son emploi, augmentée encore par la sage simplicité de sa vie, ne lui offrait pas inutilement les moyens de faire du bien. 11 ne croyait pas que donner par son testament, ce fût donner : aussi n'a-t-il point laissé de testament, et il s'est dépouillé toutes les fois qu'il a fait des hbéralités ou à ses parents ou à ceux qu'il savait dans quelque besoin. Les bonnes actions qu'il a faites dans l'une et l'autre espèce n'ont été ni rares ni peu considérables. Quand la bienséance exigeait de lui en certaines occasions de la dépense et de l'appareil, il était magnifique sans aucun regret et de très bonne grâce. Hors de là, tout ce faste qui ne paraît quelque chose de grand qu'aux petits caractères était sévèrement retranché, et les fonds réservés à des usages plus solides. Ce serait effectivement un prodige qu'un esprit accoutumé aux réflexions, nourri de raisonnements et en même temps amoureux de cette vaine magnificence.
Il ne s'est point marié, et peut-être n'a-t-il pas eu le loisir dy penser jamais ; abîmé d'abord dans des études profondes et continuelles pendant la force de l'âge, occupé ensuite d'une
charge importante, et même de sa grande considération, qui ne lui laissait sentir ni vide dans sa vie, ni besoin d'une société domestique.
Il a laissé en biens meubles environ 32,000 livres sterling, c'est-à-dire sept cent mille livres de notre monnaie. Leibnitz, son concurrent, mourut riche aussi, quoique beaucoup moins, et avec une somme de réserve assez considérable. Ces exemples rares, et tous deux étrangers, semblent mériter qu'on ne les oublie pas.
ÉLOGE DU P. SÉBASTIEN TRUCHET, Carme.
Jean Trucliet naquit à Lyon, en 1657, d'un marchand fort homme de bien, dont la mort le laissa encore très jeune entre les mains d'une mère pieuse aussi, qui le chérissait tendrement et ne négligea rien pour son éducation. Dès l'âge de dix-sept ans, il entra dans l'ordre des Carmes et prit le nom de Sébastien; car cet ordre est de ceux où l'on porte le renoncement au monde jusqu'à changer son nom de baptême. Il n'a été connu que sous celui de frère ou de père Sébastien ; et il le choisit par aft'ection pour sa mère, qui se nommait i Sébastiane. f
Ceux qui ont quelque talent singulier peuvent l'ignorer ^ quelque temps, et ils en sont d'ordinaire avertis par quelque petit événement, par quelijue hasard favorable. Un homme ' destiné à être un grand mécanicien ne pouvait être placé par ;, le hasard de la naissance dans un lieu où il en fût ni plus ft i promptement ni mieux averti qu'à Lyon. Là était le fameux cabinet de Servière, gentilhomme d'une ancienne noblesse, qui, après avoir longtemps servi, mais peu utilement pour sa fortune, parce qu'il n'avait songé qu'à bien servir, s'était retiré couvert de blessures et avait employé son loisir à imaginer et à exécuter lui-même un grand nombre d'ouvrages de tours nouveaux, de différentes horloges, de modèles d'inventions »
propres pour la guerre ou pour les arts. Il n'y avait rien de plus célèbre en France que ce cabinet, rien que les voyageurs et les étrangers eussent été plus honteux de n'avoir pas vu. Ce lut là que le P. Sébastien s'aperçut de son génie pour la mécanique. La plupart des pièces de Servière étaient des énigmes dont il s'était réservé le secret : le jeune homme devinait la construction, le jeu. rarfitice ; et sans doute l'auteur était mieux loué par celui qui devinait, et dès là sentait le prix de l'invention, que par une foule d'admirateurs, qui, ne devinant rien, ne sentaient que leur ignorance, ou tout au plus la surprise d'une nouveauté.
Les supérieurs du P. Sébastien l'envoyèrent à Paris, au collège royal des Carmes de la place Maubert, pour y faire ses études en philosophie et en théologie. 11 n'y eut guère que la physique qui fût de son goût, toute scolastique qu'elle était, toute inutile, toute dénuée de pratique ; mais enfin elle avait quelque rapport éloigné aux machines. Il leur donnait tout le temps que ses devoirs laissaient en sa disposition, et peut-être, sans s'en apercevoir, leur abandonnait-il quelque petite partie qu' les autres études eussent pu réclamer. Le moyen que le devoir et le plaisir fassent entre eux des partages si justes?
Charles II, roi d'Angleterre, avait envoyé au feu roi deux montres à répétition, les premières qu'on ait vues en France. Elles ne pouvaient s'ouvrir que par un secret ; précaution des ouvriers anglais pour cacher la nouvelle construction et s'en assurer d'autant plus la gloire et le profit. Les montres se dérangèrent et furent remises entre les mains de Martineau, horloger du roi, qui n'y put travailler faute de les savoir ouvrir. 11 dit à Colbert, et c'est un trait de courage digne d'être remarqué , qu'il ne connaissait qu'un jeune Carme capable i d'ouvrir les montres ; que s'il n'y réussissait pas, il fallait se I résoudre à les renvoyer en Angleterre. Colbert consentit quil les donnât au P. Sébastien, qui les ouv;it assez promptement, let de plus, les raccommoda sans savoir qu'elles étaient au roi, ni combien était important par ces circonstances l'ouvrage dont on l'avait chargé. Il était déjà habile en horlogerie et ne demandait que des occasions de s'y exercer. Quelque temps après, il vient de la part de Colbert un ordre au P. Sébastien
de le venir trouver à sept heures du matin d'un jour marqué nulle explication sur le motif de cet ordre; un silence qui pouvait causer quelque terreur. Le P. Sébastien ne manqua pas à l'heure ; il se présente interdit et tremblant : le ministre accompagné de deux membres de cette académie, dont Mariottc était l'un, le loue sur ses montres et lui apprend pour qui i a travaillé ; l'exhorte à suivre son grand talent pour les méca^ niques, surtout à étudier les hydrauliques, qui devenaien nécessaires à la magnificence du roi ; lui recommande de travailler sous les yeux des deux académiciens, qui le dirigeront et pour l'animer d'avantage , et parler plus dignement ei ministre, il lui donne GOO hvres de pension, dont la premièr( année, selon la coutume de ce temps-là, lui est payée le mêm jour. Il n'avait alors que dix-neuf ans; et de quel désir d bien faire dut-il être enflammé! Les princes ou les mi nistres qui ne trouvent pas des hommes en tout genre, oi ne savent pas qu'il faut des hommes, ou n'ont pas l'art d'ei trouver.
Le P . Sébastien s'appliqua à la géométrie absolument néces saire pour la' théorie de la mécanique. Que le génie le plu heureux pour une certaine adresse d'exécution, pour l'inven tion même, ne se flatte pas d'être en droit d'ignorer et de mé priser les principes de théorie, qui ne sauraient que trop bie s'en venger. Mais après cela, le géomètre a encore beaucoup apprendre pour être un vrai mécanicien ; il faut que la con naissance des diiîérentes pratiques des arts, et cela est presc immense, lui fournisse dans les occasions des idées et i expédients; il faut qu'il soit instruit des qualités des métai des bois, des. cordes, des ressorts, enfin de toute la mati machinale, si l'on peut inventer cette expression à rexempiitfe de matière médicinale; il faut que de tout ce qu'il emploiei jf^f dans ses ouvrages il en connaisse assez la nature, pour n'êtJ j pas trompé par des accidents physiques imprévus qui décor ojç, certeraient les entreprises. Le P. Sébastien, loin de rien négl , ger de ce qui pouvait lui être utile par rapport aux machine allait jusqu'au superflu, s'il y en peut avoir ; il étudiait l'ani tomie, il travaillait assidûment en chimie dans le laboratoii de Homberg, ou plutôt dans celui de feu ie duc d'Orléans, do
leu
le commerce était si flatteur par sa bonté naturelle, et l'approbaiion si précieuse par ses grandes lumières.
Selon l'ordre que le P. Sebastien avait reçu d'abord de Colbert de s'attacher aux hydrauliques, il posséda à fond la construction des pompes et la conduite des eaux : il a eu part à quelques aqueducs de Versailles, et il ne s'est guère fait ou projeté en France pendant sa vie de grands canaux de communication de rivières pour lesquels on n'ait du moins pris ses conseils ; et l'on ne doit pas seulement lui tenir compte de ce qui a été exécuté sur ses vues, mais encore de ce qu'il ■la empêché qui ne le fût sur des vues fausses, quoiqu'il ne ( reste aucune trace de cette sorte de mérite. En général, le tra- « vail d'esprit que demandent ces entreprises est assez ingrat; it c'est un bonheur rare que le projet le mieux pensé vienne à son entier accomplissement; une infinité d'inconvénients et d'obstacles étrangers se jettent à la traverse. Nous commençons à sentir depuis un temps combien sont avantageuses les communications des rivières ; et cependant nous aurons bien de la peine à faire dans l'étendue de la France ce que les Chinois, moins instruits que nous en mécanique, et qui ne connaissent pas l'usage des écluses, ont fait dans l'étendue de leur État presque cinq fois plus grande.
La pratique des arts, quoique formée par une longue expérience, n'est pas toujours aussi parfaite à beaucoup près qu'on ne le pense communément. Le P. Sébastien a travaillé à un grand nombre de modèles pour différentes manufactures ; par exemple, pour les proportions des filières des tireurs d'or de Lyon, pour le blanchissage des toiles à Senlis, pour les machines des monnaies de France ; travaux peu brillants et qui laissent périr en moins de rien le nom des inventeurs, mais par cet endroit-là même réservés aux bons citoyens. I Sur la réputation du P. Sébastien, Gunterfield, gentilhomme lois, vint à Paris lui redemander, pour ainsi dire, ses deux ins, qu'un coup de canon lui avait emportées : il ne lui 'itstaitque deux moignons au-dessus du coude. Il s'agissait le faire deux mains artificielles, qui n'auraient pour principe de leur mouvement que celui de ces moignons, distribués par des fils à ses doigts qui seraient flexibles. On assure que l'of-
ficicr suédois fut renvoyé au P. Sébastien par les plus habiles anglais , peu accoutumés cependant à reconnaître aucune supériorité dans notre nation. Une entreprise si difficile, et dont le succès ne pouvait être qu'une espèce de miracle, n'effraya pas tout à fait lo P. Sébastien. 11 alla môme si loin, qu'il osa exposer ici aux yeux de l'académie et du public ses études, c'est-à-dire ses essais, ses tentatives et différents morceaux déjà exécutés, qui devaient entrer dans le dessein général. Mais feu Monsieur eut alors besoin de lui pour le canal d'Orléans et l'interrompit dans un travail qu'il abandonna peutêtre sans beaucoup de regret. En partant, il remit le tout entre les mains d'un mécanicien dont il estimait le génie et qu'il connaissait propre à suivre ou à rectifier ses vues. C'est Duquet, dont l'Académie a approuvé différentes inventions. Celui-ci mit la main artificielle en état de se porter au chapeau de l'officier suédois, de l'ùter de dessus sa tête et de l'y remettre. Mais cet étranger ne put faire un assez long séjour à Paris et se résolut à une privation dont il avait pris peu à peu l'habitude. Après tout, cependant, on avait trouvé de nouveaux artifices et passé les bornes où l'on se croyait renfermé. Peut-être se trompera-t-on plutôt en se défiant trop de l'industrie humaine qu'en s'y fiant trop.
Feu le duc de Lorraine, étant à Paris incognito, fit l'honneur au P. Sebastien de l'aller trouver dans son couvent, et il vit; avec beaucoup de plaisir le cabinet curieux qu'il s'était fait. Dès qu'il fut de retour dans ses États, oii il voulait entreprendre différents ouvrages, il le demanda au duc d'Orléans,' régent du royaume, qui accorda avec joie au prince, son beaiifrère un homme qu'il aimait et dont il était bien aise de favoriser la gloii'e. Son voyage en Lorraine et l'accueil qu'on lui fit renouvelèrent presque ce que l'histoire grecque raconte sur quelques poètes ou philosophes célèbres qui allèrent dans des cours. Les savants doivent d'autant plus s'intéresser à ces sortes d'honneurs rendus à leurs pareils, qu'ils en sont aujourd'hui plus désaccoutumés.
Le feu czar Pierre le Grand honora aussi le P. Sébastien d'une visite qui dura trois heures. Ce monarque, né dans une barbarie si épaisse et avec tant de génie, cnvateur d'un peuple
lié
nouveau, ne pouvait se rassasier de voir dans le cabinet de cet liabile homme tant de modèles de machines, ou inventées ou perfectionnées par lui ; tant d'ouvrages, dont ceux qui n'étaient pas recommandables par une grande utilité l'étaient au moins par une extrême industrie. Après la longue application que ce prince donna à cette espèce d'étude, il voulut boire et ordonna au P. Sébastien, qui s'en défendit le plus qu'il put, de boire après lui dans le même verre, où il versa lui-même le vin, lui à qui le despotisme le plus absolu aurait pu persuader que le commun des hommes n'était pas de la même nature qu'un empereur de Russie : on peut même penser qu'il fit naître exprès une occasion de mettre le P. Sébastien de niveau avec lui.
Ceux d'entre les seigneurs français qui ont eu du goût ef de l'intelligence pour les mécaniques, ont voulu être en liaison particulière avec un homme qui les possédait si bien. 11 a imaginé pour le duc de Noailles, lorsqu'il faisait la guerre en Catalogne, de nouveaux canons qui se portaient plus aisément sur les montagnes et se chargeaient avec moins de poudre; il a fait des mémoires pour le duc de Chaulnes, sur un canal de Picardie. Il a été appelé pour cette partie aux études des trois enfants de France, petits-fils du feu roi, et il a souvent travaillé pour le roi même. C'est lui qui a inventé la machine à transporter de gros arbres tout entiers sans les endommager ; de sorte que du jour au lendemain Marly changeait de face et était orné de longues allées arrivées de la veille .
Ses tableaux mouvants ont été encore un des ornements de Marly : il les fit sur ce qu'on en avait exposé de cette espèce au public et que le feu roi lui demanda s'il en ferait bien de pareils. 11 s'y engagea et enchérit beaucoup sur cette merveille dans deux tableaux qu'il présenta à Sa Majesté.
Le premier, que le roi appela son petit opéra, changeait linq fois de décoration à un coup de sifflet ; car ces tableaux avaient la propriété d'être résonnants ou sonores. Une petite lioule qui était au bas de la bordure, et que l'on tirait un peu, donnait le coup de sifflet et mettait tout en mouvement, parce que tout était réduit à un seul principe. Les cinq actes du petit opéra étaient représentés par des figures qu'on pouvait
regarder comme les vraies pantomimes des anciens; elles ne jouaient que par leurs mouvements ou leurs gestes, qui exprimaient les sujets dont il s'agissait. Cet opéra recommençait quatre fois de suite sans qu'il fût besoin de remonter les ressorts ; et si on voulait arrêter le cours d'une représentation h quelque instant que ce fût, on le pouvait par le moyen d'une petite détente cachée dans la bordure : on avait aussitôt un tableau ordinaire et fixe ; et si on retouchait la petite boule, tout reprenait où il avait fini. Ce tableau, long de seize pouces six lignes sans la bordure et haut de treize pouces quatre lignes, n'avait qu'un pouce trois lignes d'épaisseur poui- renfermer toutes les machines. Quand on les voyait désassemblées, on était effrayé de leur nombre prodigieux et de leur extrême délicatesse. Quelle avait dû être la difficulté de les travailler toutes dans la précision nécessaire et de lier ensemble une longue suite de mouvements, tous dépendants d'instruments si minces et si fragiles ? N'était-ce pas imiter d'assez près le mécanisme de la nature dans les animaux, dont une des plus surprenantes merveilles est le peu d'espace qu'occupent un grand nombre de machines ou d'organes qui produisent de grands effets? Le second tableau, plus grand encore et plus ingénieux, représentait un paysage où tout était animé. Une rivière y coulait ; des tritons, des sirènes, des dauphins nageaient de temps en temps dans une mer qui bornait l'horizon ; on chassait, on péchait : des soldats allaient monter la garde dans une citadelle élevée sur une montagne; des vaisseaux arrivaient dans un port et saluaient de leur canon la ville : le P. Sébastien lui-môme était là qui sortait d'une église pour aller remercier le roi d'une grâce nouvellement obtenue ; car le roi y passait en chassant avec sa suite. Cette grâce était quarante pièces de marbre qu'il donnait aux Carmes de la place Maubert pour leur grand autel. On dirait que le P. Sébastien eût voulu rendre vraisemblable le fameux bouclier d'Achille pris à la lettre, ou ces statues à qui Yulcain savait donner du mouvement et même de l'intelligence (1).
(1) Ce sont là, comme dit M. Bertrand dans son Histoire de l'Académie des i'cJences, quelques-unes de ces merveilleuses inutilités dans lesquelles s'était révélé son génie. Truchet devait avoir dans Vaucanson un successeur digne de lui.
En même temps que le roi donna à l'Académie le règlement de 1G99, il nomma le P. Sébastien pour un des honoraires. Son titre ne l'obligeait à aucun travail réglé, et d'ailleurs il était fort occupé au dehors : cependant, outre quelques ouvrages qu'il nous a donnés, comme son élégante machine du système de GaUlée pour les corps pesants, ses combinaisons des carreaux mi-partis, qui ont excité d'autres savants à cette recherche, il a été souvent employé par l'Académie pour l'examen des machines, qu'on ne lui apportait qu'en trop grand nombre. Il en faisait très promptement l'analyse et le calcul, et même, sans analyse et sans calcul, il aurait pu s'en fier au coup d'œil, qui en tout genre n'appartient qu'aux maîtres, et non pas même à tous. Ses critiques n'étaient pas seulement accompagnées de toute la douceur nécessaire, mais encore d'instructions et de vues qu'il donnait volontiers : il n'était point jaloux de garder pour lui seul ce qui faisait sa supériorité.
Les dernières années de sa vie se sont passées dans des infirmités continuelles; enfin il mourut le 5 févTier 1729.
11 arrive quelquefois que des talents médiocres, de faibles connaissances, que l'on ne compterait pour rien dans des personnes obligées par leur état à eu avoir du moins de cette espèce, brillent beaucoup dans ceux que leur état n'y oblige pas. Ces talents, ces connaissances font fortune par n'être pas à leur place ordinaire. Mais le P. Sébastien n'ei^ a pas été plus estimé comme mécanicien ou comme ingénieur, parce qu'il était religieux. Quand il ne l'eût pas été, sa réputation n'y aurait rien perdu. Son mérite personnel en a même paru davantage : car, quoique fort répandu au dehors, presque incessamment dissipé, il a toujours été un très bon religieux, très fidèle à ses devoirs, extrêmement désintéressé, doux, modeste et, selon l'expression dont se servit feu le prince, en parlant de lui au roi, aussi simple que ses machines. Il conserva toujours dans la dernière rigueur tout l'extérieur convenable à son habit : il ne prit rien de cet air que donne le grand commerce du monde, et que le monde ne manque pas de désapprouver et de railler dans ceux même à qui il l'a donné, quand ils ne sont pas faits pour l'avoir. Et comment eùt-il manqué aux bienséances d'un habit qu'il n'a jamais voulu quitter, quoique des
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personnes puissantes lui offrissent de l'en défaire par leur crédit, en se servant de ces moyens que l'on a su rendre légitimes ? Il ne prêta point l'oreille à des propositions qui en auraient apparemment tenté beaucoup d'autres, et il préféra la contrainte et la pauvreté oii il vivait à une liberté et des commodités qui eussent inquiété sa délicatesse de conscience.
Guiehard-Joseph du Verney naquit à Feurs en Forez, le 5 août 1648, de Jacques du Verney, médecin de la même ville, et d'Antoinette Pittre. Ses classes faites, il étudia en médecine à Avignon pendant cinq ans, et en jiartit en 1667 pour venir à Paris, où il se sentait appelé par ses talents.
A peine arrivé dans cette grande ville, il a'ia chez le fameux abbé Bourdelot, qui tenait des conférences de gens de lettres de toutes les espèces. Il leur fit une anatomie du cerveau, et d'autres ensuite chez Denys, savant médecin, ou l'on s'assemblait aussi. Il démontrait ce qui avait été découvert par Stenon, Swammcrdam, Graaft et les autres grands anatomistes; et il oui bientôt une réputation.
Outre ses connaissances, déjà grandes et rares par rapport à son âge, ce qui contribua beaucoup aie mettre promptement en vogue, ce fut l'éloquence avec laquelle il i)arlait sur ces matières. Cette éloquence n'était pas seulement de la clarté, de la justesse, de l'ordre, toutes perfections froides que demandent les sujets dogmatiques, c'était un feu dans les expressions, dans les tours, et jusque dans la prononciation, qui aurait presque suffi a un orateur. Il n'eût pas pu annoncer indifféremment la découverte d'un vaisseau ou un nouvel' usage d'une partie; ses yeux en brillaient de joie et toute sa! personne s'animait. Cette chaleur ou se connnunique aux|| auditeurs, ou du moins les préserve d'une langueur involontaire qui aurait pu les gagner. On peut ajouter qu'il était i
jeune et d'une figure assez agréable. Ces petites circonstances n'auront lieu, si l'on veut, qu'à l'égard d'un certain nombre de dames, qui furent elles-mêmes curieuses de l'entendre.
A mesure qu'il parvenait à être plus à la mode, il y mettait lanatomie, qui, renfermée jusque-là dans les écoles de médecine ou à Saint-Côme, osa se produire dans le beau monde, présentée de sa main.
Je me souviens d'avoir vu des gens de ce monde-là qui liortaient sur eux des pièces sèches préparées par lui, pour avoir le plaisir de les montrer dans les compagnies : surtout celles qui appartenaient aux sujets les plus intéressants. Les sciences ne demandent pas à conquérir l'univers ; elles ne le peuvent ni ne le doivent : elles sont à leur plus haut point de gloire quand ceux qui ne s'y attachent pas les connaissent assez pour en sentir le prix et l'importance.
Il entra en l(i7(i dans l'Académie, qui ne comptait alors que dix années depuis son établissement. On crut réparer par lui la perte que la compagnie avait faite de Gayent et Pecquet, tous deux habiles anatornistes, mais le dernier plus fameux par la découverte du réservoir du chyle et du canal thorachique. Du caractère dont était du Verney, il n'avait pas besoin de grands motifs pour prendre beaucoup d'ardeur. Il se mit ù travailler à l'histoire naturelle des animaux, qui faisait alors une partie des occupations de l'Académie , et il tient beaucoup de place dans l'histoire latine de du Hamel.
Quand ceux qui étaient chargés de l'éducation du dauphin, aïeul du roi, songèrent à lui donner des connaissances de physique, on fit l'honneur à l'Académie de tirer do son corps ceux qui auraient cette fonction; et ce furent Rœmer pour les expériences générales, et du Verney pour l'anatomie. Celui-ci préparait les parties à Paris et les transportait à Saint-Germain ou à Versailles. Là il trouvait un auditoire redoutable: le dauphin environné du duc de Montausier, de l'évèque de Meaux, de Huet, depuis évêque d'Avranches, de Cordemoy, qui tous , en ne comptant pour rien les titres , quoiqu'ils fassent toujours leur impression, étaient fort savants et fort capables de juger même de ce qui leur eût été nouveau. Les démonstrations d'anatomie réussirent si bien auprès du jeune
prince, qu'il offrit quelquefois de ne point aller à la chasse si on les lui pouvait continuer après son dîner.
Ce qui avait été fait citez lui se recommençait chez M. de Meauxavec plus d'étendue et de détails (i). Il s'y assemblait de nouveaux auditeurs, tels que le duc de Chevreuse, le P. de la Chaise, Dodart, tous ceux que leur goût y attirait et qui se sentaient dignes d'y paraître. Du Verney fut de cette sorte, pendant prés d'un an, l'anatomiste des courtisans, connu de tous et presque ami de ceux qui avaient le plus de mérite. Ses succès de Paris l'avaient porté à la cour, et il revint à Paris avec ce je ne sais quoi de plus brillant que donnent les succès de la cour.
Les fatigues de son métier, très pénible par lui-même, et plus pénible pour lui que pour tout autre, liii causèrent un mal de poitrine si violent, qu'on lui crut un ulcère au poumon. Il en revint cependant, bien résolu à se ménager davantage à l'avenir. Mais comment exécuter cette résolution? Comment résister à mille choses qui s'offraient et qui forçaient ses regards et ses recherches à se tourner de leur côté? Comment leur refuser ses nuits, même après les jours entiers? Souvent l'anatomie ne souffre pas de délais; mais quand elle en eût souffert, en pouvait-il prendre?
En 1679, il fut nommé professeur d'anatomie au Jardin royal, et il alla en basse Bretagne pour y faire des dissections de poissons, envoyé dans cette vue avec Lahire, qui devait avoir d'autres occupations. Us furent envoyés tous deux l'année suivante sur la côte de Bayonne pour les mêmes desseins. Il entra dans une anatomie toute nouvelle ; mais il ne put qu'ébaucher la matière, et depuis son retour la seule structure des ouïes de la carpe lui coûta plus de temps que tous les poissons qu'il avait étudiés dans ses deux voyages.
Il mit les exercices anatomiques du Jardin royal sur un pied où ils n'avaient pas encore été. On vit avec étonnement la foule d'écoliers qui s'y rendaient, et on compta en une année jusqu'à cent quarante étrangers. Plusieurs d'entre eux, retournés dans leur pays, ont été de grands médecins, de
(1) On peut voir que Bossuet avait biea profité de ses leçons, par sa description du corps humain dans la Connaissance de Dieu et ae soi-même.
grands chirurgiens, et ils ont semé dans toute l'Europe le nom et les louanges de leur maître. Sans doute ils ont souvent fait valoir son autorité et se sont servis du fameux il l'a dit. Nous avons rapporté dans Téloge de Lemery (1), qu'il faisait ici en même temps des cours de chimie avec le même éclat. Une nation qui aurait pris sur les autres une certaine supériorité dans les sciences s'apercevrait bientôt que cette gloire ne serait pas stérile, et qu'il lui en reviendrait des avantages aussi réels que d'une marchandise nécessaire et précieuse dont elle ferait seule le commerce.
Il publia en 1683 son Traité de l'organe de l'ouie, qui fut traduit en latin (.lés l'année suivante et imprimé à Nuremberg. Cette traduction a été insérée dans la bibliothèque anatomique de Manget. On sera surpris que ce soit là le seul qu'ait donné du Verney, vu le long temps qu'il a vécu depuis ; mais quand on le connaîtra bien, on sera surpris au contraire qu'il l'ait donné. Jamais il ne se contentait pleinement sur un sujet, et ceux qui ont quelque idée de la nature le lui pardonneront. Il faisait d'une partie qu'il examinait toutes les coupes différentes qu'il pouvait imaginer : pour la voir de tous les sens il employait toutes les injections: et cela demande déjà un temps infini, ne fût-ce qu'en tentative inutile. Mais il arrivait ce qui arrive presque toujours, des discussions poussées dans un grand détail ; elles ne lèvent guère une difficulté sans en faire naître une autre : cette nouvelle difficulté qu'on veut suivre produit aussi sa difficulté incidente, et on se trouve engagé dans un labyrinthe. De plus, un premier travail, qui aurait voulu être continué, est interrompu par un autre, que quelques circonstances, ou, si l'on veut, la simple curiosité, rendent indispensable. Une connaissance acquise comme par hasard aura une espèce d'effet rétroactif qui détruira ou modifiera beaucoup de connaissances précédentes qu'on croyait absolument sûres. Ajoutez à ce fond d'embarras que produit la nature de l'anatomie, une peur de se méprendre, une frayeur des jugements du public, qui ne peut guère être excessive, et l'on concevra sans peine qu'un très habile ana-
(1) Voyez l'Hist. de 1713, p. 74 et 75.
tomiste peut n'avoir pas imprimé. Il faut pourtant avouer qu'un trop grand amour de la perfection ou une trop grande délicatesse de gloire feront perdre au public une infinité de vues et d'idées, qui, pour être d'une certaine utilité, n'auraient pas eu besoin d'une entière certitude ou d'une précision parfaite.
Du Verney fut assez longtemps le seul anatomiste de l'Académie, et ce ne fut qu'en 1684 qu'on lui joignit Méry (1). Ils n'avaient rien de commun qu'une extrême passion pour la même science et beaucoup de capacité; du reste presque entièrement opposés, surtout à l'égard des talents extérieurs. Si l'on pouvait quelquefois craindre que par le don de la parole du Verney n'eût la facilité de tourner les faits selon ses idées, on était sûr que Méry ne pouvait que se renfermer dans une sévère exactitude des faits, et que l'un eût tenu en respect l'éloquence de l'autre. Le grand avantage des compagnies résulte de cet équilibre des caractères. On remarqua que du Verney prit un nouveau feu par cette espèce de rivalité. Elle n'éclata jamais davanta,ue que dans la fameuse question de la circulation du sang du fœtus dont nous avons tant parlé. Elle le conduisit à examiner d'autres sujets qui pouvaient y avoir rapport, la circulation dans les amphibies, tels que la grenouille; car le fœtus, qui vit d'abord sans respirer l'air, et ensuite en le respirant, est une espèce d'amphibie. Ceux-là le conduisaient à d'fiutres animaux approchants, sans être amphibies, comme le crapaud; et enfin aux insectes, qui font un genre à part et offrent un spectacle tout nouveau.
Aussi excellait-il dans l'auatomie comparée, qui est l'anatomie prise le plus en grand qu'il soit possible et dans une étendue oii peu de gens la peuvent embrasser. Il est vrai que pour nous et pour nos besoins la structure du corps humain paraîtrait suffire; mais on le connaît mieux quand on connaît aussi toutes les autres machines faites à peu près sur le môme dessin. Après celles-là il s'en présente d'autres d'un dessin fort différent : il y aura moins d'utilité à les étudier, à cause de la grande différenc ; mais par cette raison-là même la