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ruriosité sera plus piquée, et la curiosité n"a-t-elle pas ses besoins?
Dans les premiers temps de ses exercices du Jardin royal, il faisait et les démonstrations des parties qu'il avait préparées, et les discours qui expliquaient les usages, les maladies, les cures, et résolvaient les ditlicultés. Mais sa faiblesse de poitrine, qui se faisait toujours sentir, ne lui permit pas de conserver les deux fonctions à la fois. Un habile chirurj^fien choisi par lui faisait sous lui les démonstrations, et il ne lui restait plus (jue les discours, dans lesquels il avait de la peine à se renfermer. C'est lui qui a le premier enseiirni'' en ce lieu-là l'ostéologie et les maladies des os.
De son cabinet, oii il avait étudié des cadavres ou des squelettes, il allait dans les hôpitaux de Paris, oii il étudiait ceux dont les maux avaient rapport à l'anatomie. Si la machine du corps disséquée et dé-montrée présente encoi>' tant d'i-nigmes très difficiles et très obscures, à plus forte raison la machine vivante, oi!i tout est sans comparaison moins exposé à la vue, plus enveloppe, plus équivoque. C'était là quïl appliquait sa théorie aux faits, et qu'il appn'nait même ce que la seule théorie ne lui eût pas appris. En même temps il était d'un grand secours, et aux malades, et à ceux qui en étaient chargés. Quoiqu'il fût docteur en médecine, il évitait de s'engager dans aucune pratique de médecine ordinaire, quelque honorable, quelijue utile qu'elle put être: il prévoyait qu'un cas rare de chirurgie, une opération singulièn^ lui aurait causé une distraction indispensable; et il s'a<-quittait assez envers le pubUc de son devoir de médecin, non seulement par les instructions générales qu'il donnait sur toute l'anatomie, mais par l'utilité dont il était dans les occasion? particulières.
Loin d'avoir rien à se reprocher sur cet article, il ne se reprochait que d'èti'e trop occupé de sa profession. Il craignait que la religion, dont il avait un sentiment très vif, ne lui \ permît pas un si violent attachement, qui s'emparait de toutes ses pensées et de tout son temps. L'auteur de la nature, qu'il admirait et révérait sans cesse dans ses ouvrages si bien connus de lui, ne lui paraissait pas suffisamment honoré par
ce culte savant, toujours cependant accompagné du culte ordinaire le plus régulier. L'âge qui s'avançait, les infirmités qui augmentaient, contribuaient peut-être à ce scrupule, sans lui donner pourtant le pouvoir de s'y livi^er entièrement.
Les mêmes raisons l'empêchèrent pendant plusieurs années de paraître à l'Académie. Il demanda à être vétéran, et sa place fut remplie par Petit, docteur en médecine. Il paraissait avoir oublié l'Académie, lorsque tout d'un coup il se réveilla à l'occasion de la réimpression de l'histoire naturelle des animaux, à laquelle il avait eu anciennement beaucoup de part. Il reprit à 80 ans des forces, de la jeunesse, pour revenir dans nos assemblées, où il parla avec toute la vivacité qu'on lui avait connue, et qu'on n'attendait plus. Une grande passion est une espèce d'âme immortelte à sa manière, et presque indépendante des organes.
Il ne perdait aucun des intervalles que luilaissaient des souffrances qui redoublaient toujours, et qui le mirent plusieurs fois au bord du tombeau. Il revoyait avec Vinslow son Traité de l'oreille, dont il voulait donner une seconde édition, qui se serait bien sentie des acquisitions postérieures. Il avait entrepris un ouvrage sur les insectes, qui l'obligeait à des soins très pénibles. Malgré son grand âge, par exemple, il passait des nuits dans les endroits les plus humides du jardin, couché sur le ventre, sans oser faire aucun mouvement, pour découvrir les allures, la conduite des limaçons, qui semblent en vouloir faire un secret impénétrable. Sa santé en souffrait, mais il aurait encore plus souffert de rien négliger. Il mourut le 10 septembre 1730, âgé de 82 ans.
Il était en commerce avec les plus grands anatomistes de son temps, Malpighi, Ruysch, Pitcarne, Bidloo, Hoefhaave. J'ai vu les lettres qu'il en avait reçues; et je ne puis m'empêcher d'en traduire ici une de Pitcarne, écrite en latin, datée de l'an 1712, à cause de son caractère singulier.
« Très illustre du Verney, voici ce que t'écrit un homme qui te doit beaucoup, et qui te rend grâce de ces discours divins qu'il a entendus de toi à Paris il y a 30 ans. Je te recommande Tliomson mon ami et Écossais. Je, t'enverrai bientôt mes dissertations où je résoudrai ce problème: Une maladie
ÉLOGE DE DU VEILNEY. iSS
étant donnée, trouver le remède. A Edimbourg, etc. » Celui qui s'élevait à de pareils problèmes, et dont effectivement le nom est devenu si célèbre, se faisait honneur de se reconnaître pour disciple de du Verney. On voit de plus par des lettres de 1698,, que lui qui aurait pu instruire parfaitement dans l'anatomie un frère qu'il avait, il l'envoyait d'Angleten-e à Paris, pour y étudier sous le plus grand maître.
En général, il parait par toutes ces lettres, que la réputation de du Verney était très brillante chez les étrangers, non seulement par la haute idée qu'ils remportaient de sa capacité, mais par la reconnaissance qu'ils lui devaient de ses manières obligeantes, de l'intérêt qu'il prenait à leurs progrès, de l'affection dont il animait ses leçons. Ceux qui lui adressaient de nouveaux disciples, ne lui demandaient pour eux que ce qu'ils avaient éprouvé eux-mêmes. Ils disent tous que son Traité de l'ouie leur a donné une envie extrême de voir les traités des quatre autres sens qu'il avait promis dans celui-là. Ils l'exhortent à faire part à tout le public de ses richesses, qu'il ne peut plus tenir cachées après les avoir laisse apercevoir dans ses discours du Jardin royal. Ils le menacent du péril de se les voir enlever par des gens peu scrupuleux, et on lui cite même un exemple où l'on croit le cas déjà arrivé; mais il a toujours été ou peu sensible à ce malheur, ou trop irrésolu à force de savoir.
On lui donne assez souvent dans ces lettres une première place entre tous les anatomistes. Il est \Tai que dans ce qu'on krit à un homme illustre, il y entre d'ordinaire du complinent : on peut mettre à un haut rang celui qui n'est pas à un •ang fort haut; mais on n'ose pas mettre au premier rang ;elui qui n'y est pas; la louange est trop déterminée, et on ne «ourrait sauver l'honneur de son jugement. Il est du devoir de l'Académie de publier un bienfait qu'elle reçu de lui. Il lui a légué par son testament toutes ses réparations anatomiques, qui sont et en grand nombre, et de i perfection qu'on peut imaginer. Cela jo^int à tous les sque- Jttes d'animaux rares que la compagnie a depuis longtemps ans une salle du Jardin royal, composera un grand cabinet
flanatomie, moins estinicable encore par la curiosité que par l'utilité dont il sera dans les recherches de ce genre.
ÉLOGE DU COMTE MARSIGLl
Louis-Ferdinand Marsigli naquit à Bologne, le 10 juillet 1658, du comte Charles-François Marsigli, issu d'une ancienne maison patricienne de Bologne, et de la comtesse Marguerite Cicolani (1). Il fut élevé par ses parents selon qu'il convenait à sa ( naissance; mais il se donna à lui-même, quant aux lettres, j une éducation bien supérieure à celle que sa naissance deman- I dait. 11 alla dès sa première jeunesse chercher tous les plus illustres savants d'Italie ; il apprit les mathématiques de Géminiano Montanari et d'Alphonse Borelli, Tanatomie de Marcel Malpighi, Ihistoire naturelle des observations que son génie lui fournissait dans ses voyages.
Mais ils eussent été trop bornés, s'ils se fussent renfermés; dans l'Italie. Il alla à Constantimple en 1679 avec le Bayleque' Venise y envoyail. Comme il se destinait à la guerre, il s'in-J forma, mais avec toute l'adresse et les précautions nécessaires.! de Fctat des forces ottomanes, et en mèjne temps il examine' en philosophe le Bosphore de Thrace et ses fameux courants. Il écrivit sur l'un et Taulie de ces deu . sujets. Le ïrailc ch Bosphore païuL à Ron)e en 1681, dédié à la reine Christine d Suède, et c'est le premier qu'on ait de lui. L'autre, intitulé | î)el incrcmenlo, e derremcnto dcT imper io Ollomano, doit paraîtr présentement imprinié à Amsterdam avec une traduction fran çaise.
Il revint de Conslantinople dès l'an 1680, et peu de tem]! après, lorsque les Turcs menaçaient d'une irruption enHongrl il alla à Vienne offrir ses services à l'empereur Léopold, q'
<A) Sa vie, comme ledit Foiilenelle, esl un roman. Si ce n'était un savaotl un fondateur d'académie on serait tenté de le prendrt^pour un aventurier ou brillant officier de fortune, comme il y en eut un certain nombre a ce époque.
ÉLUtiE DL Comte MAKsK.LF. ibl
les accepta. 11 lui fut aisé de prouver combien il était au-dessus d'un simple soldat, par son intelligence dans les fortifications et dans toute la science de la guerre. Il fit, avec une grande approbation des généraux, des lignes et des travaux sur le Raab, pour arrêter les Turcs ; et il en fut récompensé par une compagnie d'infanterie en 1683, quand les ennemis parurent pour passer cette rivière. Ce fui là qu'après une action assez vive, il tomba blessé et presque mourant entre les mains des Tartares, le 2 juillet, jour de la Visitation. Ce n'est pas sans raison que nous ajoutons le nom de cette fête à la date du jour (1). 11 a fait de sa captivité une relation, où il a bien senti que l'art n'était point nécessaire pour la rendre touchante. Le sabre toujours levé sur sa tête, la mort toujours présente à ses yeux, des traitement plus que barbares, qui étaient une mort de tous les moments, feront frémir les plus impitoyables , et Ton aura seulement de la peine à concevoir comment sa jeunesse, sa bonne constitution, son courage, la résignation la plus chrétienne, ont pu résister à une si affreuse situation, lise crut heureux d'être acheté par deux Turcs, frères et très pauvres, avec qui il souffrit encore beaucoup, mais plus par leur misère que par leur cruauté: il comptait qu'ils lui avaient sauvé la vie. Ces maîtres si doux le faisaient enchaîner toutes les nuits à un pieu planté au milieu de leur chétive cabane, et un troisième Turc, qui vivait avec eux. était chargé de ce soin.
Enfin, car nous suppprimons beaucoup de détails, quoique intéressants, il trouva moyen de donner de ses nouvelles en Italie, et de se faire racheter; et le jour de sa liberté fut le 23 mars 1684, jour de l'Annonciation. Ses réflexions sur ces deux dates de sa captivité et de sa déliviance font la plus remarquable partie de son éloge, puisqu'elles découvrent en lui un grand fonds de piété. Il conçut, et ce sont ici ses paroles, que dans deux jours, oîi l'auguste protectrice des fidèles est particulièrement honorée, elle lui avait obtenu deux grâces du ciel : l'une consistait à le punir salutairement de ses fautes passées, l'autre à faire cesser la punition.
(1) On va le voir dans les règlements de son Institut de Bologne, •
Remis en liberté, il alla à Bologne se montrer à ses concitoyens, qui avaient pleuré sa mort, et qui versèrent d'autres lai'mes en le revoyant ; et après avoir joui de toutes les douceurs d'une pareille situation, il retourna à Vienne se présenter à l'empereur et reprendre ses emplois militaires. Il fut chargé de fortifier Strigonie et quelques autres places, et d'ordonner les travaux nécessaires pour le siège de Bude que méditaient les Impériaux. Il eut part à la construction d'un pont sur le Danube, ce qui lui donna occasion d'observer les ruines d'un ancien pont de Trajan sur ce même fleuve. 11 fut fait colonel en 1689.
En cette même année, l'empereur l'envoya deux fois à Rome, pour faire part aux papes Innocent XI et Alexandre YIII des grands succès des armées chrétiennes et des projets formés pour la suite.
Lorsqu'après une longue guerre , funeste aux chrétiens mêmes qui en remportaient l'avantage, l'empereur et la république de Venise d'une part, et de l'autre la Porte, vinrent à songer à la paix, et qu'il fut question d'établir les limites entre les états de ces trois puissances, le comte Marsigli fut employé par l'empereur dans une affaire si importante, et comme un homme de guerre qui connaissait ce qui fait une bonne frontière, et comme un savant bien instruit des anciennes possessions, et comme un habile négociateur qjii saurait faire valoir des droits. Se trouvant sur les confins de la Dalmatie vénitienne, il reconnut à quelque distance de là une montagne, au pied de laquelle habitaient les deux Turcs dont il avait été esclave. Il fit demander dans le pays turc s'ils vivaient encore, et heureusement pour lui ils se retrouvèrent. Il eut le plaisir de se faire voir à eux environné de troupes qui lui obéissaient ou le respectaient, et le plaisir encore plus sensible de soulager leur extrême misère et de les combler de présents. Il crut leur i devoir encore sa rançon, parce que l'argent qu'ils en avaient ■ reçu leur avait été enlevé par le commandant turc, sous cej prétexte extravagant que leur esclave était un fils ou un^ proche parent du roi de Pologne, qu'ils auraient dû envoyer au grand seigneur. Il fit encore plus pour eux, pei^suadé presque que c'étaient des libérateurs généreux, q^ui pour son seul