‹ Éloges. Avec une introd. et des notesChapitre 4 sur 40 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV ; « Il a été au-dessus de tous les savants qui n'ont pas eu le don de l'invention. On peut le regarder comme l'esprit le plus universel du siècle de Louis XIV. » Non seulement il a embrassé à la fois les lettres et les sciences, mais dans les sciences elles-mêmes, il a porté une sorte d'universalité. Nous le voyous tour à tour botaniste, physicien, médecin, chirurgieii; philosophe, ingénieur et mécanicien, géographe, législateur, et même homme d'État, selon la spécialité de l'académicien dont il fait l'éloge.

Soit qu'il décrive quelque opération délicate de chirurgie ou quelque nouvelle machine à l'usage de la physique, soit qu'il expose quelque découverte sur la terre ou dans les cieux, soit qu'il traite de l'art des fortifications et des constructions navales ou de la mission d'un lieutenant général de police et du chef d'un grand empire, soit qu'il cherche à nous initier à la nouvelle géométrie et aux infiniment petits, soit enfin qu'il touche aux plus hauts problèmes de la métaphysique, il a partout la même aisance, la même clarté, le même agrément. 11 a presque mérité qu'on mît au bas de son portrait le vers célèbre de Voltaire ;

L'ignorant l'entendit, le savant l'admira.

L'éloge qu'il fait de la facilité scientitique universelle de Malezieu semble mieux encore s'appliquer à lui-même : « Les sciences étaient entrées dans son esprit comme dans leur séjour naturel et n'y avaient rien gâté ; au contraire, elles s'étaient parées elles-mêmes de la vivacité qu'elles y avaient trouvée. » Avec l'auteur du Siècle de Louis XIV, disons donc encore de Fontenelle : « Il a été le premier des hommes dans l'art nouveau de répandre de la lumière et des grâces sur les sciences abstraites. Les éloges qu'il

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prononça des académiciens morts ont le singulier avantage de rendre les sciences respectables et ont rendu tel leur auteur. »

Fontenelle, en etfet, a rendu les sciences respectables. Comme partout il en fait goûter le charme et en montre l'utilité ! Quelle estime, quelle admiration, quelle sympathie il nous inspire pour les esprits d'élite qui se dévouent à leur avancement! Non seulement il nous les fait admirer, mais il nous les fait aimer par le tableau de leur dévouement désintéressé à la science et de leurs vertus publiques et privées.

On a dit souvent que Fontenelle, si bien doué du côté de l'esprit. Tétait moins du côté du cœur. Le mot de M™^ de Tencin en lui mettant la main sur la poitrine : « Ce n'est pas du cœur qu'il y a là, mais de la cervelle, » se retrouve dans toutes les biographies de Fontenelle. Nous n'avons pas à rechercher jusqu'à quel point ce reproche peut être vrai dans ses œuvres littéraires et poétiques, ni dans sa vie privée, et dans ses rapports avec les femmes élégantes et spirituelles qu'il avait le don de charmer ; mais nous affirmons qu'à côté de toutes les qualités de l'esprit, le cœur a aussi sa place dans ses discours académiques. C'est parce qu'il aime ses héros qu'il sait nous les faire aimer.

Dans la vie de la plupart d'entre eux, comme dans la sienne, il y a bien peu d'événements, à part leurs travaux, leurs expériences et leurs découvertes en astronomie, en algèbre ou en géométrie. Cependant il sait nous intéresser aux plus modestes, aux plus obscurs, par l'analyse de leurs recherches et de leurs découvertes, par le simple récit de leur vie laborieuse, des obstacles dont ils ont eu à triompher, par les anecdotes et par les traits bien choisis qui peignent leur caractère et leurs vertus. Grâce à son art merveilleux, les éloges de Couplet ou de Carré ne nous

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attachent pas moins que ceux de Pierre le Grand ou de Vauban.

Il fait honneur de leurs qualités morales et de leurs vertus à l'intluence sur les âmes et les caractères de l'amour et de la culture de la science. Candeur, ingénuité, simplicité de mœurs, modestie, désintéressement, amour de la science pour elle-même, piété sincère, amour de la patrie, courage, toutes les fois qu'ils ont été appelés à en montrer et que les sciences en ont fait des hommes de guerre, telles sont les qualités et les vertus dont nous retrouvons les traits et les exemples presque à chaque page dans les£'/o(/csdeFontenelle. « Il ne manque, dit M. Nisard, aucune occasion de faire voir quel lustre la vérité reçoit des mœurs aimables ou fières, des vies pures et cachées, des belles morts de ceux qui se dévouent à la chercher. » Il y a dans ces nobles vies une sorte de morale en action tout entière empruntée aux savants et à l'Académie des sciences. On va le voir par de nombreux exemples et par des citations, qu'avec Fonlenelle on est toujours tenté de multiplier et dont nos lecteurs ne se plaindront pas.

Il loue Gassini de cette rondeur et de cette simplicité que l'on aime tant dans les grands hommes, et qui cependant y sont, dit-il, plus communes que chez les autres. Môme éloge de Viviani, qui avait « cette innocence et cette simplicité de mœurs qu'on conserve ordinairement quand on a moins de commerce avec les hommes qu'avec les lettres. » Il dit de Régis et de Lémery : « La même probité et simplicité de mœurs les unissaient; » du matliématicien Uolle : « Ses mœurs avaient toujours été telles que les forme un grand attachement à l'étude et l'heureuse privation du commerce du monde. » Le caractère de Varignon était, dit-il, aussi simple que sa supériorité desprit pouvait le demander, et des Billettes

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avait pour qualité dominante une certaine candeur qui peut n'accompagner pas de grandes vertus, mais qui les embellit beaucoup. Le P. Sébastien Truchet, grand mécanicien, « était aussi simple que ses machines >■>. Il renvoie à la science l'honneur de ces louanges qu'il a si souvent occasion de répéter. '< J'ai déjà donné, à propos de ^ arignon, cette louange à tant de personnes de cette Académie, qu'on peut croire que le mérite en appartient plutôt à nos sciences qu'à nos savants. » C'est, dit-il ailleurs, une louange qui appartient assez généralement à cette espèce particulière et peu nombreuse de gens que le commerce des sciences éloigne de celui des hommes.

Non moins général est chez eux le désintéressement, « si naturel à ceux qui cultivent les sciences .). Il oppose, non sans une légère ironie, cette simplicité et ce désintéressement à l'art de faire fortune, de faire sa cour, à l'esprit d'intrigue et de courtisanerie, au désir des richesses, des places et des honneurs à la cour et dans le monde. En terminant l'éloge du physicien Amontons, il ajoute à toutes les qualités de son cœur : simplicité, franchise, candeur, « une entière incapacité de se faire valoir autrement que par son mérite, et par conséquent une incapacité presque entière' de faire fortune •>. Il loue Duhamel, malgré tout son crédit auprès de grands prélats, de n'avoir jamais possédé que de petits bénéfices ; « et pour dernier trait, de n'en avoir point possédé dont il ne se soit démis en faveur de quelqu'un )).

Fontenelle se plait à multiplier les exemples de cette incapacité chez les savants de faire fortune et de ce noble désintéressement. Dans l'éloge de l'algébriste Rolle, il signale cette ancienne et irréconciliable opposition entre les sciences et les richesses ou l'amour de l'argent. Le médecin Fagon n'était pas riche et cependant il faisait, " poussé par l'amour de la patrie .^, des voyages à ses frais dans le but d'enrichir

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