DIL
M. LE Professeur GAUCHER
Mon cheu ^fAiTHE,
An nom de vos anciens inlcrnes et comme le plus ancien d’entre eux, je viens môler ma voix à celle de M. le professeur Landouzy ; je ne puis, d’ailleurs, cpie répéter, en d’autres termes, ce (pi’il a si complètement dit. C’est comme médecin et c’est en médecin cpie je veux vous louei’, car on a peut-clre troj) de tendance à voir exclusivement en vous un homme de laboratoire. Je sais que vous êtes un expérimentateur et un ])atholo- ^iste, mais vous" êtes surtout un médecin et un clinicien. J’en ai pour preuve une de vos j)reniiéres publications, cette préface d’un Traité de matière médicale^ où, dès 1880, vous vous êtes efforcé de poser les bases d’une thérapeutique patbogénique. Le traitement des maladies a été le but et la raison de toutes vos recherches et je proclame que vous avez voulu être, avant tout, un praticien.
Messieurs, ce qui caractérise une École et une doctrine, c’est runilé de direction dans les recherches. Or, mon cher Maître, vous avez eu pour préoccupation cons-
tanlecle déinôlor les processus pathogéni(iues et de faire la part, dans l’évolution morbide, de ce cpii est dù aux infections, aux intoxications, aux réactions nerveuses, aux lésions cellulaires et aux altérations humorales autogènes; en d’autres termes, de faire la ])art des influences extérieures et des troubles nutritifs constitutionnels. Cette doctrine, vous l’avez apj)li(piée dans le domaine de la Pathologie interne, et vos élèves, selon leurs aspirations, selon les circonstances, l’ont aj)pli- (piée de leur côté et s’en sont servis dans les autres parties de la Pathologie. C’est, notamment, à l’aide de cette doctrine générale (pie celui (pii vous parle a essayé d’éclairer l’étiologie et la jiathogénie des alfections cutanées et d’en établir un traitement rationnel.
L’impulsion (pie vous avez donnée aux recherches de vos élèves, (pii tous, dans des domaines différents, ont été guidés par les mômes principes de Pathologie générale, et finalement ont travaillé dans le môme hul, montre bien cette unité de direction dont je parlais tout à l’heure. Tous ceux (pii vous ont approché ont gardé votre empreinte; ils ne sont jias seulement vos élèves, ils sont restés vos disciples et, parfois môme inconsciemment, ils continuent à faire jiartie de votre École, cpielle (jue soit la spécialité médicale à hupielle ils se soient adonnés ultérieurement.
Voilà pour(pioi, môme ajirès vous, non seulement votre œuvre subsistera, mais elle sera continuée et elle se perpétuera dans les travaux de ceux qui s’inspirent ou s’inspireront des principes que vous avez posés; voilà pourquoi vous ôtes un iNIaître, dans la plus grande acception du mot; voilà pourquoi je m’honore d’avoir
été un de vos premiers disciples ; et voilà pourquoi, depuis vingt-quatre ans, au milieu des vicissitudes de l’existence , les doctrines qui m’avaient attiré dans ma jeunesse m’ont invariablement retenu sous votre bannière.
^l’est-il permis d’ajouter que je vous remercie et que je remercie le Comité de m’avoir demandé de prendre la parole à cette cérémonie; car, il m’est doux, moi\ cher Maître, de vous exprimer ma reconnaissance, en présence de celle (pii n’est pas seulement la compagne de votre vie, mais qui embellit votre Ecole de sa grâce et de sa bonté, et s’associe toujours, de tout cœur, à l’airection que vous jiortez à tous vos élèves.
* . »..f«^ » .■jt>'^.-..*JZft. >i.}i. » / : i' *
ti r » ' r'i-^C'T 3ïflSi^yilïi •''> -i
: ■' • fc *’ . '* ' •■ • ' ^‘1 • • •
. t • C* ï • 4 A \ Jj
^ ‘ • .' * y ^ ^ ^ ri -
* • •M-ÏJt ' 1 ■ , ■■.*- , 4
■Al*
.•«r 4f.'<i.-*, ' ■■w^ ,• . *'*'.- ‘ VV ' ••'
■ *. NNà./^-'*
-«ss
DISCOURS
DE
M. LE Professeur GHARRIN
du Collège de France.
Mon cheh (i),
Grâce à l’éclat de vos travaux, à la variété et à la solidité de vos découvertes, votre inlluence scientiliquc rayonne dans les |)rincipales directions de la biologie médicale. Aussi, à l’heui'e présente et do par le monde, ils sont légion ceux qui vous considèrent comme leur Maître. Toutefois, dans cette foule, séduits par les suggestions et la portée de vos vues, désireux, d’autre part, de recueillir de j)lus près vos méthodes et vos doctrines, quelques-uns vous ont plus particulièrement choisi à titre de Directeur scientifique et ont eu la bonne fortune d’ètre élus : ce sont là vos véritables élèves.
Avec un inlassable dévouement vous n’avez cessé de les enseigner. — A l’hôpital, à vos Internes, à vos Externes — j’ai eu l’honneur d’ôtre l’un et l’autre — vous avez montré avec quelle conscience on doit exami-
(i) Ce discours, qui devait être adressé au nom des Élèves du .Laboratoire, par suite d'une indisposition n'a pas été prononcé.
lier un malade, par cpiels jiroeedes, cjuand la guérison est devenue impossible, il convient de soidager ou tout au moins de consoler; car, en dépit de la plus délicate des discrétions et suivant la parole du poète,
Car, c’est de vous qu’ils ont appris cette science.
De poser, ainsi <pi’un baume de patience,
De sourire sur la douleui*.
Pour les plus favorisés, votre enseignement s’est poursuivi jus(|ue dans votre cabinet de consultation, dans ce cabinet où vous avez élevé à la pathologie des troubles de la nutrition un impérissable monument.
Et puisque je parle do votre demeure, permettez-moi d’ajouter qu’à votre foyer vos disciples ont rencontré une atmosphère de bonté, dont leur cœur ne saurait oublier la bienfaisaiife impression.
^lais c’est jieut-étre jilus encore dans et par le laboratoire que vous avez |mursuivi et comj)lété votre œuvre, demeurant toujours le même chercheui-, c’est-à-dire médecin, le même médecin.
On a, d’ailleurs bien à tort, tenté d’établir une distinction entre le médecin d’hôpital et le médecin de laboi’atoire; l’un et l’autre se basent sur l’observation, le lei’ie/\ au dire d’Auguste Comte, le jdiis puissant du progrès; mais, au lieu d’attendre, comme au lit du malade, le bon plaisir de la nature, à la tal)le d’exj)érimentation on provoque les conditions de cette observation et souvent on les précise en vue de parlàire ce que la clinique a permis de constater : ainsi ce laboratoire devient en quelque sorte le j)rolongement du service hospitalier.
— Üii ne saurait également trop s'élever contre une certaine opinion j)ro(essée à l’endroit de ces médecins exj)érimentateurH. A la vérité, on pousse la condescendance jusqu’à les tenir pour savants; toutefois, incapables de traiter des humains — alors que chaque matin la plupart prodiguent leurs soins à 3o, à 5o malades — ils vaudraient tout au plus pour s’occuj)er des anijiiaux! La Médecine serait décidément une bien singulière science, si s’ellbrcer de la mieux connaître, de la mieux comprendre, conduisait à la j)rati(juer j)lus défectueusement !
A coup sûr, mon cher Maître, les élèves qui j)rès de vous sont venus chercher la lumière pensent tout autrement; ils ont vu (piel heureux complément aj)portent aux données cliniques les études exj)érimentales. Aussi ont-ils estimé que, dans votre vie scientifique et peutêtre dans votre cœur, le laboratoire a tenu une trop large place, pour qu’en ce jour de fête, revêtant pour ainsi dire la personnalité civile, il ne prenne j)as sa part de joie. Voilà pourquoi, ancien préparateur, ancien chef de ce laboratoire, ils m’ont fait l’honneur de me choisir pour dire ce ((ue vous avez été pour nous, j)Our attester quels exemples nous avons reçu de votre maîtrise, quelle science nous vous avons vu cidtiver.
Comme le bon riche, autour de vous vous avez abondamment semé et largement distribué les idées. Certes, avant tout vous exigez des laits; mais, en déj)it de Bacon, vous ne dédaignez pas l’hypothèse, si fréquemment mère de la découverte. Cette hypothèse émise, vous nous avez aj)pris à la mettre en valeur, autrement dit vous nous avez montré comment à son sujet on
interroge la nature. Suivant la conception de Cl. Bernard, cet interrogatoire, loin de consister à Ibrinuler un orgueilleux axiome, se réduit à poser une modeste question, plus encore, lorsque la réponse commence à se faire entendre, à écouter, h obéir. Assurément ces préceptes sont aussi anciens, aussi clairs qu’élémentaires et indiscutés; néanmoins, l’enthousiasme de la jeunesse, sa confiance en elle, en particulier à une époque où telles ou telles recherches sont d’une apj)arente facilité, fait qu’il est bon, surtout par l’exemple, de les rappeler. Ce rappel est d’autant plus salutaire (|ue vous ajoutez une note personnelle; on dirait (pi’il y a en vous comme un vieux reste des anciens ])athologistes généraux, comme un vieux fond de scolastifpie récalcitrant; pour le plus grand bien de rexj)éiMeuce, vous ne vous rendez ni aisément, ni hâtivement. .Mais, la preuve établie, c’est sans arrière-pensée et j)arfois même non sans bonne grâce cpie vous sacrifiez vos opinions aux résultats.
A cet égard, vous ne m’en voudrez j)as si je rappelle qu’injectés à la suite des microbes, les produits solubles bactériens, estimiez-vous, conformément à ce ([ui se passe quand on les introduit auparavant, devaient accroître la résistance de l’organisme : or, tout au contraire, dans cesconditionscette résistance fléchit. Vous n’avez pas trouvé ce que vous cherchiez ; en revanche, vous avez découvert une importante notion, à savoir le principal procédé mis en jeu j)ar une infection pour favoriser le développement d’une maladie, en particidier d’un processus microbien. De môme, c’est pendant qu’avec vous nous nous occupions d’antisepsie intesti-
nale que, loin du tube digestif, nous avons vu apparaître la catai'actc naphlali({ue !
Plus que personne vous nous apprenez la soumission au classique précepte de Boileau ; vingt fois sur le métier vous remettez votre ouvrage. C’est ainsi que vous aviez édifié votre magnifique synthèse des auioinloxic allons^ la plus personnelle peut-être de vos œuvres, la plus vaste (je le dis après mûre réflexion) , la plus compréhensive des récentes doctrines médicales. Quinze ans après, vous rej)renez cette étude et, sans l’avoir jamais j)erdue de vue, à la lumière des nouvelles flonnées, en particulier de l’isotonie, vous rectifiez une série de détails. — Vous imposez également une révision à vos conceptions relatives aux troubles de la nutrition; depuis un quart de siècle vous n’avez pas cessé de les étudier et, à l’heure présente, grâce aux notions touchant la cryoscopie, les diastases, le segment anthropométricpie, etc., vous élargissez et complétez votre œuvre.
Vous n’ètes pas de ceux (et comme il serait facile de citer des exemples choisis parmi les auteurs actuels, non parmi les moindres !', vous n’ètes pas de coux que hante la décevante illusion d’enfermer la vérité dans une unique et définitive formule. Si des chefs-d’œuvre d’art ou de littérature peuvent sortir des mains ou du cerveau d’un Michel-Ange, d’un Rembrandt, d’un Corneille, avec un tel degré de fini que ces chefs- tl ’œuvre conservent immuables cette forme, cette perfection relative, et tels évoquent fatalement le nom de leur auteur, vous savez ([ue dans les sciences biologiques il n’en est point ainsi. Le progrès est parfois lent mais incessant.
el à riiorizon que conlemplcnt nos regards le soleil qui brille ne Unit j)as de se lever; les données s’accumulent si vite que bientôt l’aspect change, que bientôt aussi on oublie les j)romiers chercheurs 1 Notre bactériologie n’est déjà plus celle de Pasteur; sur divers sujets nos renseignements sont plus amples. 11 est vrai qu’il suffit à des Pvgmées de se hisser sur les épaules d’un géant pour (pie leur vue j)orte au delà de celle de ce géant!
C’est encore au laboratoire que nous vous avons vu réaliser des expériences destinées à concilier le passé et le présent, à éclairer les données traditionnelles à la clarté des récentes conquêtes : c’est là, du reste, une des caractéristiques de vos travaux ! Assurément, l’inédit ne vous fait pas peur ; le premier, officiellement dans une Faculté de médecine, vous enseignez les doctrines microbiennes et la découverte de Rôntgen vous trouve [)lein d’une jeune ardeur. Mais, comme tout vrai médecin digne de ce nom, qui sait que l’édifice construit sur l’observation est bâti sur le roc, vous établissez que souvent nos prétendues accpiisitions renferment plus d’explications que de réelles nouveautés. C’est à cet ordre d’idées cpie se rattachent vos expériences sur le froid, sur l’inanition, etc., c’est-à-dire sur la réhabilitation des causes secondes, comme la plupart de vos études concernant le rôle du terrain.
1mi dépit des enthousiasmes et des résistances, vous mettez les choses au point et fréquemment le temps se charge de justifier vos conceptions. C’est ainsi que dans ces belles le(;ons, oii vous prophétisez la venue du bacille de la tuberculose, vous proclamez hautement la prééminence de l’influence de l’organisme. Or, dans
cette question, même en matière triiéréclité, aujourd’hui nul ne conteste qu’il s’agit avant tout de prédisposition : soutenir la fréquence de la transmission de la graine, c’est formuler la plus manifeste erreur!
Certes, comme nous tous, dans ce domaine de l’Infection, vous êtes plus ou moins l’élève de Pasteur; votre maîtrise ne se dégage pas aussi nettement personnelle que dans vos belles études sur les anfo-i/itoxications ou sur le rolentissenient de la nutrition^ sur cc mécanisme de paresse métabolicpie cpii vous a j)crmis de gi'ouj)er des processus en apparence dis()arates. Pourtant, nombre de fpiestions touchant cette Infection, surtout les problèmes généraux, ceux (|ui ont Irait à la pathogénie, portent votre forte empreinte. Plus d’un s’éviterait la peine de réaliser des pseudo-découvertes, s’il consentait à lire soit certain petit livre traitant des Microbes pathogènes^ soit votre discours du Congrès médical de Berlin, discours qui pendant longtemps fut pour beaucoup une sorte de credo de l’Immunité.
Par surcroît, la forme rend cette lecture attrayante. On peut dire de vous ce (|ue l’un de ses historiens raj)porte d’un ancien pathologiste général, Jean Fernel : vous n’ignorez rien ni de la grammaii’c ni de la rhétori(]ue. Votre style est clair comme la vérité, honnête comme' la science; il est exempt de j)rétention, de ces néologismes d’un goût ilouteux, de ces inversions foia^ées qui confèrent à la langue française un aspect hirsute et font d’elle une pure caricature. Rencontrés chez des écrivains médicaux, de tels défauts provoquent d’amers regrets à la pensée du bannissement des Lettres de la préparation à la médecine.
En dehors des troubles de la nutrition^ àe% aKto-intoxi~ cations, des infections, si je rappelle les expériences réalisées tant à propos des djistrophies élémentaires autonomes qu’au sujet des réactions nerveuses, réactions destinées en vertu des découverteé touchant les radiations à devenir si importantes, j’aurai brièvement mis en lumière la large place tenue par votre laboratoire dans la confection de vos grands cadres de pathologie générale destinés à enchâsser les cadres plus petits de la pathologie spéciale. Pour construire ces grands cadres vous appelez à votre aide différentes méthodes, artistement symbolisées sur l’une des laces de la belle médaille que vos confrères, vos collègues, vos amis et vos élèves vont vous offrir; vous utilisez diverses sciences, la chimie dans l’espèce ca{)itale, la physique chaque jour plus envahissante, la mécanique, même les mathématiques. La science pressent, calcule les phénomènes et pénètre dans leur intimité; aussi vos perpétuelles préoccupations portent-elles sur ce calcul, plus encore sur cette pénétration, sur le mécanisme : avant tout vous vous révélez pathogéniste, d’autant plus que, demeurant constamment médecin, sans cesse vous songez au but suprême de la médecine, la guérison. Or, vous savez que cette guérison ne s’obtient solide, réelle, durable, que par une thérapeulujue noble, intelligente, basée sur la pathogénie I Pour s’opposer au développement des accidents morbides, n’est-il pas nécessaire de scruter leurs causes profondes, leur enchaînement, leur évolution ? . ' ■ . ...
La précision de vos analvses vous fait découvrir mille manières d’être malade; la puissance de vos synthèses
VOUS amène à réduire à un petit nombre, 4, 5 ou 6, les façons de le devenir. Ainsi vous établissez des rapports; vous ordonnez et fixez les points de contact ; vous généralisez, vous jugez de haut et philosophiquement. Cependant vous ne vous attardez pas à la métaphysique si chère, à (juelques exceptions j)rès telles qu’Andral, etc., à vos prédécesseurs. Votre /ja///o/o^>/e ^’‘e/iérafe est positive, tangible; vous envisagez la cellule sous ses aspects de structure, de fonctionnement, de sécrétion, autrement dit vous la considérez au point de vue anatomique, physiologi(jue, chimique ou mieux physico-chimique, pour nous conformei* à la fusion qui, renouvelée de Démocrite et de Lucrèce mais se présentant à l’heure actuelle avec l’autorité des chiffres et des faits, tend à réunir la Physique et la Chimie sous l’égide de la Mécanirpie : en un mot, vous êtes le fondateur de la pathologie générale expérimentale. Votre domaine est celui fpi’explore Pintelligence de l’homme, celui que bornent les terres que la pensée humaine défrichera demain. Vous ne vous heurtez pas à ces problèmes insolubles que, dans leurs discussions sur Je principe vital, sur l’àme, la vie, la mort, etc., traitaient vos prédécesseurs. Imbus de la scolastifpie, ils ignoraient (|u’au delà de l’horizon, loin, très loin, dans la région des brumes, s’étend Vinconnaissable ; ils ne savaient pas que ce domaine appartient exclusivement à l’imagination qui l’a peuplé de divinités, les unes farouches, les autres bienveillantes. A coup sur, ce domaine, dont l’existence semble correspondre à une sorte d’instinct de la nature humaine, est digne de respect, et même, en raison des chefs-d’œuvre dont Pont paré les arts, les lettres, la poésie, il mérite notre admi-
ration. En revanche, la véritable science, celle qui prévoit, explique, mesure, ne doit éprouver ni le besoin, ni meme le désir de l’explorer!
Mon cher Maître, tant et de si importants travaux h peine esquissés ne pouvaient — on le conçoit — être j)oursuivis sans le secours du laboratoire. Dès lors, à cette cérémonie oii votre œuvre est glorifiée, il était impossible de ne pas associer ce laboratoire ! D’autre part, même en dehors de votre enseignement, vos élèves, vos disciples ont reçu de vous une l’oule d’exemples ou de conseils salutaires, une foule de services; souvent, suivant l’expression que Gaston Paris })rète à notre vieux j)oète François Villon, vous avez été leur plus (jue père! \'oilà pourquoi en ce jour d’allégresse ils viennent dire leur reconnaissance et, avec leur joie, proclamer leur fierté !
DISCOURS
DE
LE
Docteur P. LE GENDRE
Mon cher Maître,
On vient de dire et on dira ce que vous (^tes comme clierclieur et créateur, comme chef d’Ecole, comme représentant du Haut Enseignement et dignitaire de rUniversité. Moi, je dirai (jucl artiste vous avez été comme clinicden et comment le grand savant n’a jias dédaigné d’étre un praticien modèle, s’elîorçant de léguer à la société d’autres médecins à son image.
Mais d’abord, comme secrétaire général de la Société médicale^des Hôpitaux, je vous saluerai en son nom ; si vos multiples occupations ne vous ont pas permis d’étre assidu à ses séances, la Société des Hôpitaux n’a pas oublié que vous lui avez apporté la [irimeur du j)lus considérable de vos travaux dans l’ordre clinicpie, de celui qui reposait sur de longues années d’examen des malades, qui devait soulever le plus de polémiques et pour lequel vous aviez peut-être — et moi aussi — le plus de prédilection, votre Mémoire sur la Dilatation de l’Estomac!
Je viens surtout parler au nom de vos élèves, non
pas seulement au nom de vos anciens internes, quoique ce titre me soit particulièrement cher; je serai l’interprète de tous les médecins qui, ayant vu à l’œuvre au lit des malades le Maître Ouvrier que vous êtes dans votre art, ont, d’instinct ou par réflexion, suivi son exemple, tout en désespérant de l’égaler. Ceux qui ont eu cette bonne fortune sont restés émerveillés de la méthode rigoureuse avec laquelle vous conduisiez l’enquête clinique , de la sagacité surprenante avec laquelle vous éclairiez soudain un diagnostic obscur à la lumière de quelque symptôme méconnu avant vous, enfin de l’ingéniosité et de la précision avec laquelle .vous saviez instituer la Thérapeutique Pathogénique. Ils ont encore appris de vous la grandeur de notre rôle, quand nous faisons acte de thérapeutistes, et le poids de nos responsabilités quand nous « entreprenons sur la vie de nos semblables sans raisons suffisantes », pour employer vos propres expressions. Dans les moments critiques de leur carrière, ils se redisent cette belle phrase de votre introduction à un livre de thérapeutique : « Par la thérapeutique nous arrivons à la satisfaction intérieure qui est l’unique rémunération d’un rude labeur, ([ui reste toujours la meilleure récompense d’une vie de sacrifice... Seuls, vous saurez parfois quelle part vous revient dans la guérison ou dans la mort; nul ne sera dans la confidence de votre remords ou de votre légitime orgueil. »
. .. Comme maître, vous ôtes celui qui, à l’heure même où l’Académie des sciences votait sur sa candidature, vint s’asseoir au chevet d’un de ses élèves malade — cl vous n’étiez pas venu pour le sauver, car il n’était pas
en danger — mais seulement pour le consoler et le rassurer sur son avenir. Vous êtes celui cpii, ayant eu dans son service, comme élève bénévole et de passage, un pauvre étudiant étranger désespéré jusqu’au suicide, après l’avoir bien des fois réconforté et conseillé, quittait tout pour apporter sur sa tombe des paroles d’adieu si émouvantes qu’elles arrachaient des larines à ses com[)agnons d’exil.
Aussi êtes-vous le « Patron » par excellence, celui vers (pii on se tourne dans toutes les graves circonstances de la vie, inquiet (piand on n’a |)as reçu son approbation et tout fier (piand on la jiossède.
Enfin, mon cher ^Maître, ayant eu rbonneui* insigne de soigner tant de malades à vos c(Jtés, je me crois aussi autorisé à parler en leur nom ; le suffrage des malades n’est pas négligeable, (piand il s’agit de juger un médecin.
De tous, aussi bien dans le vieil Imlel historique, où s’éteignait une jii-incesse royale, que dans les salles de l’hôpital Lariboisière oii tant de tyj)hiques, baignés suivant votre métliode et sous ma direction, devisaient paisiblement de" vos mérites, j’ai recueilli ce témoignage : (( \'otre maître, il est si bon! » Ingénieux dans sa thérapeutique et dans sa bonté, le chef de service savait, par de discrètes et abondantes largesses, préserver quelque temps du chômage ceux qu’il avait sauvés de la maladie, et, si le médecin consultant est un puissant thérapeutiste, ce n’est pas seulement dans sa science qu’il jniise d’infinies l’essoiirces |mur guérir, soulager ou consoler, mais dans son grand cœur et sa sympathie humaine.
.N’a-l-il |)as été d’ailleurs à l’école lualernelle de la Bonté, ce savant illustre dont la vie a vérifié une lois de [)lus la loi connue des biogra])hes, (|u’un homme supérieur a eu presque toujours une mère d’élite? Doublement heureux, celui auquel je parle, d’avoir vu s’asseoir à son foyer un deuxième exemplaire féminin de supériorité morale, ])uisse-t-il continuer longtenij)s entre ses deux nobles compagmes sa lumineuse route toujours ascendante, sous les I)énédictions de ('eux (pii lui doivent leur vie, leur savoir et leur Imnheur !
DISCOURS
DE
M. LE Professeur MAY ET
Mon cher Amt,
Après les éloqiiciils tableaux de votre carrière scientili(|iie qu’on vient de nous j)résenter, je ne veux pas faire une nouvelle appréciation de vos reniaixpiables travaux dans des termes (pii ne seraient jirohablenienl à la hauteur ni de leur valeur, ni du talent avec lecpiel les ont célébrés les précédents orateurs.
Il est inutile d’ariirmer cpie nous nous associons à tout ce qui a été &i bien dit sur la part de premier ordre ([ue vous avez prise au mouvement scientifique de la seconde moitié du dix-neuvième siècle et du commencement du vingtième.
Ce n’est pas en mon nom personnel seulement que je viens vous le dire, c'est comme interprète de cette École médicale lyonnaise à laquelle vous n’avez cessé d’être attaché par des liens intimes, et qui se l'ait gloire de vous considérer comme son représentant à Paris.
C’est la Faculté de Lyon qui s’unit [)ar ma voix aux précédents orateurs.
Elle a[)j)laudit au juste tribut (racliniration (ju’ils ont payé au maître qui a eontrilnié si largement à l’institution de la doctrine et de la pratique médicale contemporaines.
Si, sans renier les conquêtes du passé, elles se sont eno-ao-ées dans la voie nouvelle de l’association intime
du laboratoire et de la clinique, j)our le plus grand j)rolit des malades, on ne peut trop proclamer que vous avez été un des ])rincipaux initiateui's de ce mouvement.
Permettez-moi, après cette ariii-mation de runion des Lyonnais avec ceux (pii nous acclament aujourd’bui, de (cesser un moment de m’adresser au Maître illustre, pour remémorer au vieux camarade d’études (picbpies souvenirs qui, je l’espère, ne lui sei-ont pas désagréables, tout en aj)portant un utile exemple aux jeunes générations aujourd’hui témoins de la consécration solennelle de votre renommée.
Nos liens d’amitié datent de loin. Ils ont commencé à se nouer le jour où vous êtes venu au lycée de Lyon vous asseoir sur les bancs de la classe de seconde.
Dès vos dernières années d’études classiques on aurait jni présager ce que serait votre cariière.
N ous vous étiez déjà fixé le but que vous vouliez atteindre et vous commenciez à marcber courageusement dans la voie qui y conduit.
Sans négliger les études littéraires, si nécessaires au savant ])Our accpiérir l’art de bien dire et de bien écrire et cpii ont contribué avec vos facultés naturelles à vous donner une manière de vous exprimer par la jilume comme par la parole aussi claire que précise et élégante, vous acquériez les nombreuses notions qui vous
ont permis sur tant de points de faire de la médecine une science positive.
Quand vous ôtes arrivé au terme de vos études dans la section des lettres (car nous étions alors sous le régime de la bifurcation), après avoir brillamment concpiis le diplôme de bachelier, vous vous ôtes astreint à une année de solides études scientincpies, en revenant vous asseoir sur les bancs du collège.
A ce moment, la ])Iupart de vos camarades, peu soucieux de se préparer toutes les chances de succès dans leur carrière, n’as])iraient cpi’à la liberté et au rejet de la discij)line importune du lycée.
Le titre d’étudiant leur donnant l’indépendance, leur paraissait ouvrir pour eux l’èrc de toutes les jouissances.
Continuant à suivre la môme voie pendant vos deux premières années médicales, [)eiidant vos (piatre années d’internat à Lyon après avoir obtenu le j)remier rang au concours (pii donne ce titre d’interne d’une valeur si réelle dans nos hôpitaux, vous prépariez vos triomphes futurs par un labeur acharné, et tandis (jue la plupart autour- de vous oubliaient cpie le travail dès le début est le seul gage du succès certain, vous vous exerciez à la parole et consolidiez vos accpiisitions scientificpies dans des conférences faites aux candidats malheureux.
Parmi vos chefs de service à Lyon, ceux (]ui savaient dans le jeune étudiant deviner le maître futur vous avaient jugé à votre valeur. Rollet, un des esprits scientifiques les plus remar([uables de notre époipie, n avait pas eu de peine à discerner que vous seriez un jour hors de pair, et cpiand la Société de médecine de Lyon a son
instigation vous confia la mission d’aller étudier la pellagre dans les Landes, il savait que cette tAche serait Inen remplie. Devenu Parisien, vous avez poursuivi la série de vos succès, le premier dans tous vos concours. Bientôt l’illustre Charcot trouve en vous un colla])orateur à sa hauteur et dès votre internat vous vous êtes signalé par des découvertes remarquables comme les anévrismes miliaires dans l’hémorragie cérébrale que je cite comme la plus importante.
Je borne là ces souvenirs n’ayant voulu rappeler que quel((ues détails démontrant c[uelle feiuneté et quelle persévérance vous avez eues dès le début dans la voie qui vous a conduit à l’illustration.
ADliESSE
DK I.A