‹ Éloges de FontenelleChapitre 2 sur 21 · X ' INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X ' INTRODUCTION

le jardin du roi, doiU il avait linteiidance. La vie du grand médecin Boerhaavc lui suggère celle réilexion, que « les leltrcs et les sciences forment assez naturellement des âmes indépendantes parce qu'elles modèrent les désirs. » Même éloge du chirurgien Méry, aufjuel l'Espaj^ne fit vainement, pour le retenir, les offres les plus avantageuses, « mais qui les refusa par amour de la patrie » . Ce même Méry a encore mérité cet éloge : qu'il n'a rien mis de lui dans sa réputation, à quoi il ajoute avec sa finesse ironique : « Communément il s'en faut beaucoup que ce soit assez. »

Il y a cependant quelques exceptions, au moins apparentes, à ce désintéressement c t à cette sorte d'incompatibilité de la science et de la fortune. Ce même Boerhaave, qui a laissé de grands biens, en est une. Fontenelle, pour le justifier et le faire rentrer, pour ainsi dire, dans la règle commune, raconte comment, attirés par sa réputation, des gens riches, des seigneurs, des princes venaient de loin frapper à sa porte et le consulter. Pouvait-il ne pas recevoir ce qu'ils croyaient devoir lui donner? C'est ainsi qu'il fait l'apologie de ce savant devenu riche par exception: « On voit bien qu'il n'y a pas eu de sa faute à devenir si riche. »

L'amour de la science pour elle-même se joint à cette vertu du désintéressement, ou plutôt c'est lui qui l'inspire. Avec quelle chaleur et quelle éloquence ne^vante-t-il pas les douceurs et les charmes de cet amour ! Ainsi il dira de Tschirnhausen, savant et philosophe hollandais : «Il aimait les sciences de cet amour pur et désintéressé qui fait tant d'honneur, et à l'objet qui l'inspire, et au cœur qui le ressent. La manière dont il s'exprime en quelques endroits sur les ravissements que cause la jouissance de la vérité est si vive et si animée, qu'il aurait été inexcusable de se proposer une autre récompense. » Bien d'autres, et parmi les savants qu'il a loués, et parmi les savants de tous les

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temps, ont ressenti ces ravissements de la découverte et de la recherche de la vérité. De l'amour de la science ne se séparait pas l'amour de l'Académie; c'étaient comme deux amours confondus en un seul. Vieux et souffrants. jusqu'à ce qu'ils soient à bout de toutes leurs forces, ils viennent toujours à l'Académie, pour laquelle ils ont pris « cet amour qu'elle ne manque guère d'inspirer (1) ». Il aimait, dit-il de Carré, l'Académie des sciences comme une seconde patrie.

Combien ne nous les rend-il pas plus intéressants encore en racontant au prix de quels efforts et de quels sacrifices la plupart d'entre eux ont triomphé de tous les obstacles à leur vocation scientifique, soit de la pauvreté, soit de la volonté et de l'opposition de leurs familles ! Que de difticiles commencements, que de dures privations pour se rendre à Paris, pour suivre des cours de médecine ou de géométrie, pour payer les leçons d'un maître, pour subsister en étudiant, avant de pouvoir se suffire !

indépendamment do la pauvreté, ce sont surtout les mathématiciens qui ont eu d'abord à lutter contre l'opposition de leurs familles. A la diliérence d'aujourd'hui, il semble qu'au xvni*' siècle il n'y ait pas eu, au point de vue de la fortune, de carrière plus ingrate que celle des mathématiques. Presque tous ces mathématiciens de vocation et de naissance dont il fait l'éloge ont dû se révolter contre les vues plus pratiques et contre la sagesse mondaine de leurs parents. « Les mathématiques ont eu, dit-il, jusqu'à présent si peu de réputation d'utilité, que la plupart de ceux qui s'y sont appliqués ont été rebelles à l'auiorité de leurs parents (2). Quel est le père qui aimât assez peu ses enfants pour les destiner aux mathéma-

(I) Élng(> (le I.émory.

(1) Éloge d'Uaitsœker.

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