XIV INTRODUCTION
Les sciences avaient fuit aussi un liomnie de guerre de l'astronome Chazelles, « soldat élevé à l'observatoire », qui fit flotter les premières galères sur l'Océan et les conduisit à l'ennemi. Parent etSauveur, tous deux mécaniciens et mathématiciens, tous deux professeurs de l'art des fortifications, voulurent joindre à la théorie la pratique, môme la plus périlleuse. Parent fit deux campagnes avec le marquis d'Alègre. Sauveur alla au siège de Mons : « Il y montait tous les jours à la tranchée, il y exposait sa vie seulement pour ne négliger aucune instruction . et l'amour de la science était devenu chez lui un courage guerrier. » N'oublions pas le comte de Marsigli, dont la vie est un si curieux roman, qui était, il est vrai, guerrier de profession, mais en même temps un savant, un zélé académicien, un fondateur d'académies.
Voici encore une autre belle pensée de Fontenelle, qui terminera bien ce paragraphe en l'honneur du courage des académiciens : « Ce qui élève fesprit devrait toujours élever l'àme. »
Nous voudrions faire connaître encore davantage le mérite de Fontenelle comme moraliste. Entre tant de pensées, d'observations, de critiques morales qu'on trouve à chaque page dans les Éloges, et qui souvent seraient dignes de prendre place à côté de celles de La Bruyère, nous sommes embarrassé de choisir. Avec quel charme la finesse et môme la profondeur s'y dérobent à moitié sous l'apparence d'une réflexion commune et naïve! Lorsqu'après avoir loué Sauveur d'être officieux, doux et sans humeur, il ajoute : « même dans lintérieur de son domestique », il a l'air de dire bien peu de chose, et cependant il dit beaucoup. C'est à peu près une louange du même genre qu'il donne au mathématicien de 3Iontmort , ami et disciple de Malebranche : « Il était bon maître, même à l'égard des domestiques qui l'avaient volé; bon ami, bon
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mari, bon père, non seulement pour le fond des sentiments, mais, ce qui est plus rare, dans le détail de la vie. » Voici, à rencontre de Boileau, à propos de l'épître qu'il a dédiée à Dangeau, un trait qui mérité d'être cité: « Les plus satiriques et les plus misanthropes sont assez maîtres de leur bile pour se ménager adroitement des protecteurs. » De combien d'autres satiriques et misanthropes cela n'est-il pas vrai, plus encore que de Boileau ?
Ceci n'est plus seulement contre les faux misanthropes, mais contre l'humanité en général : « La pratique de l'équité est si opposée à la nature humaine qu'elle t'ait les plus grands héros en morale. » Faut-il donner raison à Fontenelle et croire que la simple équité est chose si difficile et si rare parmi les hommes?
De même qualifiera-t-il d'héroïque, par un trait de satire analogue, la simple disposition à rendre justice au mérite d'autrui? « Personne, dit-il de Manfredi, ne sentait mieux le mérite d'autrui, il allait presque jusqu'à s'y complaire. Le fond de tout cela est qu'il avait sincèrement peu d'opinion de lui-même, disposition qu'on pourrait nommer héroïque. » L'éloge qu'il fait de quelques-uns est la satire indirecte du grand nombre. Dodart et Claude i*errault avaient, dit-il, grand crédit auprès de Colbert et en faisaient un usage extraordinaire. Quel est donc cet usage si peu commun ? « Ils s'en servaient pour faire connaître au ministre ceux qui avaient de grands talents, aussi bien (ju'eux, et à leur attirer ses grâces (1). » S'agit-il du bien public? avec quelle sorte de simplicité perfide il nous dit en trois ou quatre mots ce que d'ordinaire il en advient. « Comme il arrive assez souvent dans ce qui regarde le public, on n'alla pas plus loin (jue le projet ("2). »
Il ne voit pas cependant toujours si en noir rinimanité
(1) Éloge de Dodart.
(2) Éloges de Guglielmini.