XXX INTRODUCTION
poids par le jeûne pendant un carême : « Il est assez rare, non qu'un philosophe soit un bon chrétien, mais que la même action soit une observation curieuse de philosophie et une austérité chrétieime et serve en même temps pour l'académie et pour le ciel. »
Il semble avoir voulu lui-même se justifier de cet agrément qu'il a su répandre partout, môme sur les sujets les plus abstraits et les plus arides, lorsqu'il a dit : « La raison même ne doit pas dédaigner de plaire quand elle le peut (1). »
Outre le reproche de trop chercher à plaire, on lui a fait celui d'entrer dans des détails trop minutieux. Mais ces détails qui nous font pénétrer dans la vie intime, dans les habitudes, les mœurs de ceux qu'il loue, qui nous font assister à leurs efforts pour triompher de telle ou telle difficulté, pour mener à bout telle ou telle expérience, loin d'abaisser ces personnages, les rendent plus intéressants et plus sympathiques, et sont souvent un des principaux charmes de ses discours. Je n'apprends pas même sans quelque intérêt que le bon des Billettes,dans sa passion du bien et de l'ordre public, avait soin de monter les marches du Pont-Neuf par les bouts, qui étaient moins usés, afin que le milieu, qui l'est toujours davantage, ne fût pas trop tôt converti en glacis. Je goûte fort d'ailleurs la réflexion par laquelle il sait si bien relever ce détail : « Une si petite attention s'ennoblissait par son principe, et combien ne serait-il pas à souhaiter que le bien public fût aimé avec cette superstition ! »
En résumé, les Éloges ou les vies des savants de Fontenelle sont un des meilleurs livres de notre littérature ; ce sont des modèles que ses successeurs, malgré leur esprit et leur science, ne devaient pas égaler.
Nous ne pouvons mieux finir qu'en rapportant les juge-
(1) Éloge de Fagon.