SAVENT -Q'ANTE
la carrière agricole on ne trouvera plus de garantie pour la pureté des moeurs, pour la dignité de la vie, pour l'ordre et la paix du foyer, pour l'honneur du nom que l'on porte, et fous ajonterons même, pour Ja fidélité à la religion. Il semble que l'agriculture soit -omme l'âme humaine, naturellement chrétienne, Quand nous verrons nos jeunes gens se faire agriculteurs au sortir des écoles et des collèges, nous ne craindrons pas pour leur foi. Chose bien digne de remarque, on dirait que l'argent lui-même perd dans le salubre métier de J'agriculteur sa puissance pernicieuse sur le coeur humain. “L'agriculture, disait M. de Failloux, ne “orrompt point ceux qu’elle enrichit”. “I] semble, dit un penseur, que Dieu ait désinfecté l'argent en aidant l'homme des champs à le gagner. CR. P. Burnichon, Etudes R, août 1894).
Ce caractère d'utilité, de grandeur et de noblesse de da carrière agricole, le fondateur et les directeurs de l'école se sont efforcés de le faire comu-endre à leurs élèves. Faire aimer l’agriculture à ces jeunes gens, c'était les attacher à une vie simple et utile, c'était les attacher au sol natal.
A cette oeuvre patriotique M. l'abbé Pilote a consacré les meilleures années de sa vie. L’immerse travail accompli par ce prètre n'est pas assez connu. Toujours en activité pour répandre l’enseignement agricole, fonder et maintenir la “Gazette des Cämpagnes”, défendre son école, discuter dans les journaux, il réveille l’apathie des uns et dirige les essais des autres. Ses écrits, ses notes et observations, (il avait visité en détail tous les grands établissements d'enseignement agricole de France. de Belgique et d’Irlande), formeraient de: volumes pleins de renseignements. La mission accomplie Par ce prêtre patriote a été continuée par ses successeurs. Ici, plus de 500 jeune. gens ont puisé l’enseignement et les bonnes pratiques agricoles. Aussi, combien de prêtres et de laïques, qui ont fait leurs études
ir se tie
a ai ane
dans ce beau collège, s'étant intéressés à l'oeuvre de l'évole et aux travaux exécutés sur la ferme-modèle, ont mieux compris l'agriculture et sont devenus ensuite, dans leurs paroisses, des apôtres du progrès ? Sans parler des vivants, n'est-il pas juste de rappeler en ce jour de souvenir, les noms des Méthot, des Vallée, des Montminy, des Tremblay, des Michaud, de Bouctouche, qui ont travaillé dans les meilleurs intérêts des cultivateurs ? J'exprime un regret : c'est qu'on n'ait pas pu organiser un conventum de tous les anciens directeurs, professeurs et élèves de l'école d'agriculture; ils se connaitraient mieux et {eur réunion ferait anissi valoir l'oeuvre qui les a aidés dans Ja voie du succès.
En terminant, mes Frères, je vous demande deux choses, mon titre d’ancien ami de vos familles m'autorise à le faire. J'ai passé vingt-sept ans de ma vie au milieu de vous, à travailler et à m’ennuyer d’abord, en m'attachant ensuite à cette grande famille de Ste-Anne comme à une mère. Quand on vous exhorte, vous, paroissiens de Ste- Anne, à donner l'exemple de la tempérance, de l’économie, et de l'attachement à la carrière agricole, écoutez cette parole et soyez généreux, souvenez-vous que toute chose grande et bonne est fondée sur le sacrifice ”.
Voulez-vous maintenant connaître l'importance de l'agriculture, lisez ces remarques saisissantes faites par d'un de nos missionnaires agricoles, M. l'Abbé Provost, au cours d'un discours fait, en 1894, à une réunion d'agriculteurs
“ L'agriculture est la base de tous les progrès.
En effet, des effets manufacturés ne sont qu’une modification des produits du sol; le commerce n’est que la distribution ou l'échange de ces produits. Les arts industriels, la navigation sont ses résultats: ils ne peuvent que
NW IR -QO-ANTE
marcher à l'unisson avec l'agriculture,
Autant de choses faciles à concevoir,
Lorsqu'un: population produit plus qu'elle n'a besoin pour la consommation, le surplus est expédié vers des localités moins favorisées, ou dans des pays qui ne produisent pas toutes choses nécessaires à ja vie. De là l'c rigine du commerce, mais, comme vous le voyez, c'est l'enfant premier-né de l'agriculture; de là la construction des voiliers et des steamers qui raviguent sur ler lacs, les rivières et les mers du monde, de là la construction des Canaux, le percement des isthmes, de Jà la construction des chemins de fer, le roulement des chars dans les vallé:s et les montagnes du globe, de 1à enfin cette fvreuse activité de l'industrie qui a besoin, qui est obligée de suivre la marche progressive de l'agriculture ”.
Désirez-vous vous convaincre davantage de la dignité, de la supériorité, de la stabilité, de La liberté, de la vertu moralisatrice, de la force de conservation pour nos traditions de la profession agricole, de ïa prédilection des anciens peuples et même de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ Pour cette profession, lisez l'éloquente conférence de M. l'Abbé Michaud publiée en brochure par le ministère de l'agriculture.
L'une des belles pages de cette conférence est celle où il met en pleine lumière la noblesse de l’état agricole en nous faisant connaître sa sublime origine, en nous apprenam au témoignage des Saintes Ecritures que c’est Dieu lui-même — Je premier travailleur de la terre — qui a choisi l'état agricole pour le premier homme et lui a assigné la haute mission de conserver, de soutenir, de prolonger indéfiniment la vie humaine, la vie animale et la vie végétative qui sont iles oeuvres de sa création et les plus belles manifestations de son amour et de sa Puissance,
hé tits ao a no man 26 dur min,
Lu
ti A it nca
La voici :
“ Je voudrais vous faire admettre que le travail de la terre est le plus noble de tous les travaux.
D'abord, quelle est son origine ? Si vous voulez la voir, ouvrez le livre le plus ancien et le plus digne de respect, la Sainte Écriture. Dans ce livre vous verrez que le plus sage des hommes, écrivant sous l'inspiration du Saint-Esprit, proclame que l'agriculture a été créée par Dieu, “creatam ab Altissimo” (1). Loin d'être une invention ou une découverte de l'esprit humain, l’agriculture serait donc partie de la création, la continuation ou le prolongement de V'oeuvre créatrice du Tout-Puissant. Voyez en effet. Quand Dieu, nous dit le livre que je viens de nommer, voulut créer un être qui portât sa ressemblance, il prit de la terre dans sa muin, il la pétrit, il l’anima de son souffle, et le premier homme reçut la vie. Le premier travail de la terre, ne vous semble-t-il pas que c'est Dieu qui l'a fait, et le premier fruit que la terre a produit ne serait-ce pas le corps de l'homme ? Ensuite l'homme fut établi le roi et le maître de toutes les choses créées “et placé dans le paradis pour qu’il le cultivât et pour qu'il le gardût”. (2) C'est l’ordre de Dieu, c'est la parole du Saint-Esprit. C'est là la première donation, Ja première concession de tere, le premier établissement donné par un père à son fils. Le chef de la grande famille humaine reçoit la terre que le Seigneur lui donne pour la cultiver et pour la garder, de même que les fils de cultivateurs reçoivent le patrimoine familial pour le cultiver et pour le garder. Si les pères de famille agriculteurs n'imposent pas toujours cette condition, c’est qu'ils
Q) Eccli. VII, 16.
(2) Gen. II, 15.
SW RITES CLONE
espèrent que leur amour de la terre leur survivra dans le coeur de leurs enfants, et qu'ils n'auront jamais la douleur de les voir délaisser la terre qu’ils donnent, cette terre toute baignée et fécondée de leurs sueurs et où ils ont laissé quelque chose de leur âme. C’est ainsi que les intentions de Dieu sont transmises d'âge en âge en passant par les coeurs des pères de famille agriculteurs avec lesquels il partage les soins de sa Providence ainsi que son autorité et sa paternité. Remarquez, je vous prie, le plan de Dieu. Au sortir des mains de son Créateur, avant même de recevoir la compagne qui devait être son aide, au milieu de son innocence et de son bonheur, et comme condition du bonheur qui devait durer toujours, l'homme devait “travailler la terre et la garder”. Il n'était pas seulement l’ouvrier mais il était encore le gardien de Ja terre,
Le travail de la terre a été imposé tout d’abord au premier homme au milieu de son bonheur et comme condition de son bonheur. Si tout d'abord la fécondité de la terre était assurée à l'innocence de l’homme, la même fécondité est continuée à la terre par les sueurs dont l’agriculteur arrose son travail. C'est en vain que nous voudrions trouver qu'un autre travail de l'homme a mérité ainsi l'attention de Dieu et reçu une si sublime consécration,
Cette institution du travail de la terre par Dieu ne lui confère-t-il pas quelque dignité ? Assurément, il n’est pas sans valeur, puisque les oeuvres de Dieu ne sont pas vaines. Pouvons-nous découvrir fa place qu’il occupe dans l'intention de Dieu ? S'il ne nous est pas possiile ordinairement de pénétrer les desseins de Dieu, ici cependant nous pouvons apercevoir sa pensée, c'est-à-dire la raison de l'institution de l'agriculture. Dieu l'a établie ou plutôt il Fa créée, pour employer l'expression du Saint-Esprit, afin qu’elle füt en quelque sorte Île prolongement ou le soutien de son oeuvre.
siiti
DS bad RÉ E doméitinin see ér
cd iii di
Dieu, nous le proclamons, est le créateur, le proklucteur et le conservateur de la vie. Et le cultivateur, à mesure que ses champs sont mieux cultivés, à mesure que ses ré- Cites sont plus abondantes, n'est-ce pas la vie qu'il produit ? n'est-ce pas la vie qu’il conserve ? Et n'est-ce pas une création continuée ? Quand vous voyez un champ couvert de verdure ou d'épis qui sont mûrs, n'est-ce pas à vie qui est dà assurée non seulemsnt à la famille du cultivateur mais encore à tous ceux qui se nourriront des fruits de ses champs et de ses travaux ? Voilà une manière d’être la ressemblance de Dieu que seul le cultivateur peut revendiquer et qui lui prouve bien haut, à lui et à tous, a dignité, la valeur et jusqu’à la noblesse de son travail.
Deux champs s'offrent à Ja culture et à l'amour de tous les hommes, deux champs qui contiennent chacun une source de vie débordante, Le premier de ces champs, c'est lPEglise qui profuit et qui conserve Ja vie spirituelle, le second, c’est la terre qui alimente et qui conserve la vie corporelle, L'ouvrier du premier champ, c'est le prêtre; l'ouvrier du second, c’est l’agriculteur. Les deux sources que ces champs contiennent coulent à travers le monde, elles s'épandent de tous côtés dans tous les rangs et dans toutes les classes, et tous réclament leurs bienfaits. On dirait qu’elles viennent se réunir et se confondre, plutôt, lune est absorbée par l’autre quand le prêtre emprunte à l'agriculteur le pain, fruit de son labeur, qui devient le corps du Christ, principe de toute vie ”.
L’immense bienfait que l’agriculture a procuré au peuple israélite et au peuple canadien-français est ainsi décrit par M. l'Abbé P. H. Dugas, l’un de nos prêtres les plus distingués :
“ L’Ecriture Sainte nous fournit un : ‘mi: .ble exemple
RL RAENR "Q'ANEE
des avantages qui résultent de la vie champêtre dans l'éta-
blissement des fils de Jacob en Egypte.
A l'arrivée «#8 frères de Joseph, en Egypte, il pouvait les caser avantageusement, à la cour de Pharaon, Toutpuissant dans ce pays, il pouvait disposer de toutes les piaces lucratives. Aux yeux des prudents du siècle, il avait de fortes raisons de les distribuer à ses frères et à leurs enfants, vu surtout que les Egyptiens avaient du mépris pour humble condition d'éleveurs de troupeaux. Malgré cela, Joseph établit sa famille dans les gras pâturages de la terre de Gessen, où leur vie s'écoula à cultiver des champs et à élever des brebis. Etait-ce Par courte vue que Joseph en agissait de la sorte ? Qui oserait le croire ? Non, ce grand homme d'Etat ne se irompait pas. Sor ein était de faire un peuple grand et fort, avec les endants de Jacob. Or, pour cela, il avait besoin de 4 -der sa langue, sa religion et ses traditions. Mél à là ul des grandes cités, au tumulte des affaires, il eut, en peu de temps, perdu le cachet de sa nationalité et fini par disparaître dans le sein de la nation, où il était venu chercher la vie, Isolés, au contriie, dans le paisible travail de la vie des champs, dans le :tme du foyer domestique, les descendants d'Israël grandissent au point d'inquiéter le peuple qui lui avait donné l'hospitalité.
Voilà un exemple des immenses avantages assurés aux peuples qui ont en partage l'agriculture.
Et nous, peuple canadien, qu'étions-nous au moment de la conquête, quand le sort de la guerre nous arrachait, encore enfants, des bras de Ju mère-patrie pour nous jeter sans protection sous la tutelle de l'Angleterre ? Nous n'étions qu'une poignée de fa illes, sans préparation pour les luttes de la vie, et partant, sans accès aux affaires, éloignés de tout emploi civil. Nous avons grandi dans l'ombre et l'oubli, au milieu des sacrifices, sous le poids
aie dé ahéiiélsi mate nt ant hr -
d'un rude labeur. l'uis un bon jour, en face de nos conquérants étonnés, nous nous sommes relevés comme un peuple depuis longtemps habitué aux affaires et nous avons pris notre place au premier rang. Où donc cette vie s'était-elle développée en nous ? où donc avions-nous puisé cette sève conquérante ? Dans le calme de la vie champêtre, dans la noble condition d'agriculteurs; en remplissant comme les fils de Jacob le rôle providentiel que nous assigne la divine Providence.
ll en sera de l'avenir comme il en a été du passé, nous serons sauvés par la fidélité à notre vocation qui est d'être un peuple d'agricuteurs ”,
Il avait compris le rôle de notre peuple le grand industriel millionnaire américain Clergue, lorsqu'il disait dans une conférence :
“ C'est vers l'agriculture que le peuple canadien-frança's devrait se porter s’il veut conserver son carartère distinctif; étant essentiellement un peuple agricole, on ne saurait trop l'engager à suivre les destinées que Dieu lui a tracées ”.
C’est la même assertion que faisait l'année dernière l’un de nos conférenciers agricoles, M. Geo. Bouchard, dans un article publié dans le journal d'agriculture
“ La campagne est la plus sûre garantie de la survivance de la langue et des traditions ancestrales et glorieuses. Je me suis rendu compte de cette puissance de conservation en visitant certaines parties de la France paysanne, de k Vendée, de la Bretagne, de l’Anjou, etc., où malgré les révolutions, les changements de régimes et les persécutions violentes, les traditions religieuses héroïques d'autrefois,
ES NV ELRLS à AD AN CE
c'est-à-dire celles de chez nous, subsistent encore avec un charme incomparable. Je les .i connus et je les ai aimés ces paysans de France dont les nôtres sont l'image, Je J'entends encore cette réflexion de l’un d'eux à qui l'on proposait d'aller dépenser ses rentes à la ville : “Je ne “serai jamais heureux loin du berceau et du tombeau ‘“ de ma famille et privé de la vue de ce sol, où tout me “ parle de mes aïeux. Je ne connais rien de comparable “aux longues soirées d’une causerie familiale, au milieu “ d'une famille bien unie ”. L'agriculture a été conservatrice de ces coutumes traditionnelles qui ne peuvent vivre que sur la terre natale, en face des horizons familiers, et qui s’étiolent et meurent à la ville.
Aussi ancienne que le monde, dont elle fournit la subsistance, d'agriculture brille aussi par son universalité. Son charme 2 fait l’occupation des poëtes de tous les âges.
Les gens mêmes les plus indifférents, les plus étrangers aux choses agricoles, les citadins les moins avertis ne peuvent se défendre de regarder avec attention d’abord, avec émotion ensuite ce geste superbe de l’homme traçant le sillon, d'où va sortir le pain c’est-à-dire le sang et la vie”.
Je n'ai jamais oublié cette parole d'un illustre ministre canadien, profondément dévoué à la cause agricole. ‘“Les “ jours heureux et indépendants que je compte dans ma “ vie sont les jours de ces trente années où je cultivais mon sol ”.
J'ajouterai avec Mademoiselle Blanche Lamontagne “Ne sommes-nous pas des rois, à da campagne,
Au sein des plaines et des bois ?
Avons-nous oublié l'exemple de nos pères,
Qui vécurent sans bruit, au milieu de leurs champs ? Amis, ne pouvons-nous goûter des jours prospères, Où nos aïeux ont eu des jours gais et contents ? ”