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DIGNITÉ FT BONHEUR DE LA VIE RURALE 2e
Il était l'interprète de ses compatriotes, l'homme distingué qui à la troisième séance solennelle de la grande convention nationale de 1880 exprimait la même vérité.
Voici ce que disait alors M. Siméon Lesage, sous-ministre de l'Agriculture
“ On d'a dit bien souvent, mais on ne saurait trop le répéter, c'est à l'agriculture fortifiée par la religion que nous sommes redevables de notre conservation comme race distincte sur ce continent; c’est à elle que nous sommes redevables de cette force d'expansion qui nous distingue, et c'est encore sur elle que nous devons compter pour l'avenir.
“ Je ne connais rien d'aussi difficile à entamer qu’une bonne paroisse canadienne bien organisée. Il n’y a de prise nulle part pour la transformation dans cette communauté d’honnêtes laboureurs. Ils vivent entre eux, se marient rarement en dehors de la paroisse et prennent à la longue une physionomie spéciale, qui fait de chaque paroisse un type particulier, une petite société complète, parfaitement reconnaissable dans la mosaïque dont notre province est composée.
Si donc nous conservons chacune de nos paroisses telles qu’elles sont, si nous en fondons de nouvelles à l’image des anciennes, nous serons en mesure d'accomplir la tâche qui nous a été visiblement assignée comme race dans cette partie de l'Amérique ”.
Un de nos meilleurs écrivains, M. Napoléon Legendre, a consacré son talent à évoquer la beauté, la douceur, lindépendance et la dignité de la vie champêtre. Il écrivait un jour cette belle page :
“O les beaux soleils matinals montant dans l'air reposé et parfumé par toutes les saines émanations du soi que tra-
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vaillent les sèves et les sucs féconds du printemps ! © les flamboyants couchers qui empourprent l'horizon par les soirs tièdes qu'embaument les fleurs nouvelles et les jcunes feuilles aux nuances si tendres et si délicates !
N'avez-vous pas senti, en vous promenant à travers les champs et les bois, un mystérieux frisson de vie qui pénètre et sature tout votre être ?
N'avez-vous pas éprouvé cette espèce d’effervescence qui soulève votre esprit et vous emporte à des aspirations ph hautes, à une fraternité plus large, à une bonté qui semble monter de la nature elle-même pour vous envahir et réchauffer votre âme ?
Tout ce qui vous entoure respire le calme dans la force, le bien-être dans la confiance. C’est une harmonie de sons et de couleurs qui vous charme et vous séduit.
Votre champ est semé. Vous voyez déjà poindre les premières tiges qui promettent la riche moisson prochaine, avec la volonté de Dieu. Vous avez fait votre part. A la Providence maintenant, de faire da sienne; et vous savez bien que la Providence n'y manquera pas.
C'est ce qui fait votre force et votre indépendance,
Car songez-y bien : à part le calme, la douceur et la salubrité des champs, vous avez encore la vie la plus noble, la plus indépendante qui se puisse concevoir. En fait, vous ne relevez absolument que de Dieu lui-même, il est votre seul Seigneur.
Ils avaient bien compris cela, les anciens qui voulaient qu'un fils de noble famille ne püt embrasser, sans déchoir, que trois états de vie; le service des autels, la profession
des armes, et la culture des champs, “crux, ensis et aratrum”, la croix, l'épée et la charrue. C’est qu'en effet, toutes les autres professions, mêmes les plus exaltées, ne sont en définitive qu’un servage plus où moins déguisé,
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de la patrie, le service du sol fécond est une profession bre ct noble qui n'a d’entraves que le devoir et la doi,
ce qui est la plus haute expression de la liberté ”,
Une femme aussi distinguée par l'intelligence que par le coeur, bien connue dans le monde littéraire, Madame Dandurand, a voulu, elle aussi, exprimer son respect et son admiration pour le cultivateur, et voici comment elle l'a fait. Son article lui fait honneur :
‘“ Pour moi rien n’est au-dessus du cultivateur. Je salue avec respect sur le seuil de leurs demeures ces braves familles qui vivent au sein de la belle et honnète nature, dans la pure atmosphère des champs, plus près de Dieu que nous. Pour un de leurs jours sereins et laborieux, je donnerais un mois de nos folles agitations.
Enseignons à nos fils, s’ils sont nés au milieu d:. champs, qu’un brevet de médecin, d'avocat ou de notaire ne les élève pas. Qu'ils soient fiers de recueillir la succession paternelle et qu'ils n'avilissent pas, en la méprisant, une profession qui n’a pas de supérieure,
Instruisons-nous, si nous voulons, et sachons, en la relevant, faire de l’agriculture l'aristocratie de notre peuple.
C'est d’elle, aussi bien, que nous vient ce que nous avons de meilleur. C'est des réserves de nos campagnes, c’est du sein de leurs familles patriarchales que surgissent constamment les hommes qui font l'honneur de notre pays ”
Le grand écrivain américain, Emmerson, a exprimé en ces termes le même respect pour la profession agricole
“ La gloire du cultivateur vient de ce que dans le par-
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tage du travail sa part est de créer. Tout le reste dépend de son activité première, I} vit plus près de la nature; il obtient de la terre du pain et la viande. La nourriture qui n'existait pas, i! s'emploie à la créer, Le premier cultivateur fut le premier homme et sa noblesse historique repose sur la possession et la culture de Ja terre, Les hommes n'aiment pas le travail ardu, mais chaque homme a un respect particulier pour la culture des champs et le 6x -timent que la culture a été la première occupation de l'lmmanité; qu’il n’est lui-même dispensé de ce travail que par quelques circonstances qui lui ont permis de le déléguer en d’autres mains. S'il n’a pas quelques produits en retour desquels agriculteur lui donnera du mais, il doit retourner à sa place première parmi ceux qui sèment. Et dans l'opinion de tous, la profession agricole garde son
ancien charme parce qu’elle rapproche davantage l’homme de Dieu, cause première ”.
La douceur de la vie à la Campagne est peinte dans ces quelques lignes :
“ Oh ! qu’elle est douce et itrayante la vie à la campagne ! Ià le travail augmente les forces ; donne la santé et la vigueur, repose l'esprit et est une jouissance pour le coeur ! Le cultivateur connait rarement les noirs chagrins, les situations angoissantes, le sombre désespoir n’est jamais l'hôte de son foyer ! Sans cesse en contact avec la belle nature qu’il admire et qu’il aime, il vit sous le regard de Dieu qu’il reconnait dans les merveilles de la création et c’est bien ici le cas de lui appliquer ce vers de
Virgile : “Heureux l’homme des champs s’il savait son bonheur ! ”
L'article suivant d’un écrivain anonyme est bien propre
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à inspier une digne fierté au travailleur des champs :
* Laboureurs, sans vous flatter, vous êtes les travail leurs iles plus utiles, les travailleurs nécessaires. Vous êtes réellement des producteurs, vous tirez de la terre des produits qui n'auraient jamais existé sans votre travail. Les autres travailleurs ne font que transformer les produits de la terre que vous leur livrez.
Voilà de quoi vous enorgueillir ? Pas tant que cela cependant, car nous savons que nous ne sommes pas capables par nous-mêmes de créer le plus petit grain, le moindre b’in d'herbe; seulement Dieu s'associe à notre labeur : nots donnons le travail; il donne sa création.
Ou dit que labourer, c'est prier et cela s'explique très bien pour le travailleur de la terre. Ils vivent en contact avec la Divine Providence, puisqu'ils travaillent de compte et demi avec elle; et tandis que le corps est courbé vers la terre, rien n'empêche l'âme de s'élever vers Dieu; or l’élévation vers Dieu, c'est la prière. Aussi les. moines, les religieux voués à la prière, étaient-ils d’infatigables laboureurs.
Pour vous, soyez donc fiers de votre titre de laboureur, il n’y en a point de plus beau. parce qu’il n’y a point de travail aussi beau que celui de la terre. Il n’y en a point qui demande plus de courage, d'abnégation, de persévérance, d'intelligence, d'esprit d'ordre et de sacrifice; il n’y en a point de plus sain au corps et à l’âme.
Certes on n’y fait pas fortune en un coup de bourse, mais on y mange son pain honnêtement gagné, on y vit libre entre le ciel et la terre. L'air qu'on y respire est pur ; il circule à l'aise dans fa poitrine dilatée; il fait des tempéraments robustes et des âmes fortes; mens sana in corpore disaient ‘*s vieux Latins.