‹ Éloges historiquesChapitre 13 sur 28 · DE G. CUVIER. XXXV · texte numérisé non relu

DE G. CUVIER. XXXV

Que l'on se représente ce mélange confus de débris mutilés ei incomplets, recueillis par M. Cuvier; que l'on se représente, sous sa main habile, chaque os, chaque portion d'os allant reprendre sa place, allant se réunir à l'os, à la portion d'os à laquelle elle avait dû tenir ; et toutes ces espèces d'animaux, détruites depuis tant de siècles, renaissant ainsi avec leurs formes, leurs caractères, leurs attributs, et l'on ne croira plus assister à une simple opération anatomique, on croira assister à une sorte de résurrection ; et, ce qui n'ôtera sans doute rien au prodige, à une résurrection qui s'opère à la voix de la science et du génie.

Je dis à la voix de la science : la méthode employée par M. Cuvier pour cette reconstruction merveilleuse n'est en effet que Tapplication des règles générales de Vanatomie comparée à la détermination des ossements fossiles.

Et ces règles elles-mêmes ne sont pas une moins grande, une moins admirable découverte que les résultats surprenants auxquels elles ont conduit.

On a vu plus haut comment un principe rationnel, celui de la subordination des organes partout appliqué, partout reproduit dans l'établissement des groupes de la méthode, avait changé la face de la classification du règne animal.

Le principe qui a présidé à la reconstruction des espèces perdues est celui de la corrélation des formes, principe au moyen duquel chaque partie d'un animal

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peut être donnée par chaque autre, et toutes par une seule.

Dans une machine aussi comphquée, et néanmoins aussi essentiellement une que celle qui constitue le corps animal , il est évident que toutes les parties doivent nécessairement être disposées les unes pour les autres, de manière à se correspondre, à s'ajuster entre elles, à former enfin, par leur ensemble, un être, un système unique.

Une seule de ces parties ne pourra donc changer de forme sans que toutes les autres en changent nécessairement aussi. De la forme de l'une d'elles on pourra donc conclure la forme de toutes les autres.

Supposez un animal Carnivore , il aura nécessairement des organes des sens, des organes du mouvement , des doigts , des dents , un estojnac , des intestins disposés pour apercevoir , pour atteindre , pour saisir, pour déchirer, pour digérer une proie; et toutes ces conditions seront rigoureusement enchaînées entre elles; ^ car, une seule manquant, toutes les autres seraient sans effet, sans résultat: l'animal ne pourrait subsister.

Supposez un animal herbivore, et tout cet ensemble de conditions aura changé. Les dents, les doigts, V estomac, les intestins , les organes du mouvement, les organes des sens, toutes ces parties auront pris de nouvelles formes , et ces formes nouvelles seront toujours proportionnées entre elles, et relatives les unes aux autres.

De la forme d'une seule de ces parties, de la forme

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des dents seules, par exemple, on pourra donc conclure, et conclure avec certitude, la forme de?> pieds, celle des mâchoires, celle de Vestomac, celle des intestins.

Toutes les parties , tous les organes se déduisent donc les uns des autres; et telle est la rigueur, telle est l'infaillibilité de cette déduction , qu'on a vu souvent M. Guvier reconnaître un animal par un seul os, par une seule facette d'os ; qu'on l'a vu déterminer des genres, des espèces inconnues, d'après quelques os brisés et d'après tels ou tels os indifféremment : reconstruisant ainsi l'animal entier d'après une seule de ses parties, et le faisant renaître, comme à volonté, de chacune d'elles; résultats faits pour étonner, et qu'on ne peut rappeler, sans rappeler en effet toute cette première admiration, mêlée de surprise, qu'ils inspirèrent d'abord, et qui ne s'est point encore affaiblie.

Cette méthode précise, rigoureuse, de démêler, de distinguer les os confondus ensemble; de rapporter chaque os à son espèce ; de reconstruire enfin l'animal entier d'après quelques-unes de ses parties, cette méthode une fois conçue, ce ne fut plus par espèces isolées, ce fut par groupes, par masses, que reparurent toutes ces populations éteintes , monuments antiques des révolutions du globe.

On put dès lors se faire une idée non-seulement de leurs formes extraordinaires, mais de la multitude prodigieuse de leurs espèces. On vit qu'elles embrassaient des êtres de toutes les classes : des quadrupèdes.

des oiseaux, des reptiles, des poissons, des crustacés, des mollusques, des zoophytes.

Je ne parle ici que des animaux , et cependant rétude des végétaux fossiles n'offre pas des conséquences moins curieuses que celles que l'on a tirées du règne animal lui-même.

Tous ces êtres organisés, toutes ces premières populations du plobe, se distinguent par des caractères propres, et souvent par les caractères les plus étranges, les plus bizarres.

Parmi les quadrupèdes, par exemple, se présentent d'abord le paléothérium, Vanoplothérium, ces genres singuliers de pachydermes, découverts par M. Guvier dans les environs de Paris, et dont aucune espèce n'a survécu, dont aucune n'est parvenue jusqu'à nous.

Après eux venait le mammouth, cet éléphant de Sibérie, couvert de longs poils et d'une laine grossière; le inastodonte, cet animal presque aussi grand que le mammouth, et que ses dents, hérissées de pointes, ont fait regarder pendant longtemps comme un éléphant Carnivore ; et ces énormes paresseux, animaux dont les espèces actuelles ne dépassent pas la taille d'un chien, et dont quelques espèces perdues égalaient, par la leur, les plus grands rhinocéros.

Les reptiles de ces premiers âges du monde étaient plus extraordinaires encore, soit par leurs proportions gigantesques, car il y avait des lézards grands comme des baleines; soit par la singularité de leur structure, car les uns avaient l'aspect des cétacés ou mamviifères

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