DE G. CUVIER. XXXIX
marins, et les autres le cou, le bec des oiseaux, et jusqu'à des sortes d'ailes.
Et, ce qui est plus surprenant encore que tout cela, c'est que tous ces animaux ne vivaient point à une même époque; c'est qu'il y aeu plusieurs générations, plusieurs populations successivement créées et détruites.
M. Guvieren compte] usqu 'à trois nettement marquées.
La première comprenait des mollusques, des poissons, des reptiles, tous ces reptiles monstrueux dont je viens de parler ; il s'y trouvait déjà quelques mammifères marins, mais il ne s'y trouvait aucun, ou presque aucun mammifère terrestre.
La seconde se caractérisait surtout par ces genres singuliers de pachydermes des environs de Paris, que je rappelais tout à l'heure : et c'est dès lors seulement que les mammifères terrestres commencent à dominer.
La troisième est celle des mammouths ^ des mastodontes^ des rhinocéros y des hippopotames y des paresseux gigantesques.
Un fait bien remarquable, c'est que, parmi tous ces animaux, on n'a point trouvé d'ossements humains.
L'espèce humaine n'a donc été la contemporaine, ni de toutes ces races perdues, ni de toutes ces catastrophes épouvantables qui les ont détruites.
Ainsi donc, après l'âge des reptiles, après celui des premiers mammifères terrestres, après celui des mammouths et des mastodontes, est venue une quatrième époque, une quatrième succession d'êtres créés, celle qui
constitue la population actuelle, celle que l'on peut appeler ïâge de Vhornme, car c'est de cet âge seulement que date l'espèce humaine.
La création du règne animal a donc éprouvé plusieurs interruptions, plusieurs destructions successives; et ce qui n'est pas moins étonnant, quoique tout aussi certain, c'est qu'il y a eu une époque, et la première de toutes, où aucun être organisé, aucun animal, aucun végétal, n'existait sur le globe.
Tous ces faits extraordinaires sont démontrés par les rapports des restes des êtres organisés avec les couches qui forment l'écorce du globe.
Ainsi, il y a eu une première époque où ces êtres n'existaient point, car les terrains primitifs ou primordiaux ne contiennent aucun de leurs restes; ainsi les 7'eptiles ont dominé dans Tépoque suivante, car leurs restes abondent dans les terrains qui succèdent aux primitifs ; ainsi la surface de la terre a été plusieurs fois recouverte par les mers, et plusieurs fois mise à sec, car les restes d'animaux marins recouvrent tour à tour les restes d'animaux terrestres, et sont tour à tour recouverts par eux.
La science, guidée par le génie, a donc pu remonter jusqu'aux époques les plus reculées de l'histoire de la terre, elle a pu compter et déterminer ces époques ; elle a pu marquer, et le premier moment où les êtres organisés ont paru sur le globe, et toutes les variations, toutes les modifications, toutes les révolutions qu'ils ont éprouvées.