‹ Eloges historiquesChapitre 10 sur 36 · L.tnOHIGDIÈRF · texte numérisé non relu

L.tnOHIGDIÈRF

borna ii ouvrir dans la ville de Toulouse un cours de philosophie. Ce cours lui-même, il ne le continua pas longtemps. Comment enlever les csprils aui réalités violentes qui les troublaient, pour les transporter dans la région abstraite des théories? Ce ne fut pas avec beaucoup plus d'opportunité qu'il publia en 1795, sous lo litre d'Éléments de métaphysique, le commencement d'un ouvrage dans lequel il se proposait de répondre en dis livres à toulcs les grandes questions de la philosophie. Les deux premiers livres seuls furent imprimés et forment un petit volume où l 'on trouve déjà les idées qui recommandent M. Laromiguière comme philosophe, el le talent qui le distingue comme écrivain. Le sentiment réfléchi y est sévèrement séparé de la sensation passive, et l'on y voit fortement établie l'activité de l'âme dont l'énergie érige la sensibilité en intelligence el les besoins ou les désirs en volontés.

Ce petit livre, dans lequel l'analyse l'emporte sur l'observation, est un modèle de discussion et de style. Sa simplicité élégante et sa grâce tranquille conlraslaient trop avec le langage déclamatoire et l'agitation désordonnée du temps, pour qu'il fut beaucoup remarqué. Il le fut cependant par un homme sorti du clergé comme M. Laromiguière, doué d'un esprit puissant comme lui, par Sieyés, dont le génie mécanique

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en fait d'organisation sociale n'était pas sans analogie avec le génie un peu mécanique aussi de l.aroiniguièrc en fait de construction philosophique. Apres l'avoir lu, Sieyès, de l'onccrl avec plusieurs de ses amis qui devinrent plus lard les amis de Laromiguière, aurait voulu en attirer le spirituel auteur à Paris. Mais la prudence ne permettait pas plus alors de faire une pareille invitation nue de l'accepter.

Toutefois M. l.uromiguiére ne pouvait pas manquer de venir à Parie, et, en y venant, d'y rester. C'est en 17!)5 qu'il y fut appelé par Sieyès, lorsque le parti modéré domina dans la Convenlion et rétablit les éludes dans toute la France. La loi d'après laquelle fui alors reslaim'-e l'instruction publique décréta des écoles primaires pour toutes les communes, fonda des écoles centrales dans la plupart des villes et institua à Paris une grande école normale, où des professeurs éminents devaient propager les méthodes renouvelées de l'enseignement. M. Laromiguière arriva modestement de Toulouse 'pour assister aux cours de cette école normale, que rendirent célèbre Lagrange, Laplace, llauy, Daubcnlon, Berlhollct, en y professant des sciences dont ils avaient reculé les limites ou découvert les lois; Bernardin de Saint-Pierre, Volney, la Ilarpe, Garât, en répandant l'éclat de leur talent sur la morale, l'histoire, la littérature, la philosophie. Il

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suivit les leçons brillantes de Garât. Il l'entendit traiter les problèmes favoris du dix-huitième siècle : l'analyse de l'entendement humain et l'influence des signes sur la formation des idées. Un jour Garai reçut d'un de ses auditeurs des observations critiques, dont il admira la finesse et l'expression. Le lendemain, il commença sa leçon par ces mots : n II y a ici quelqu'un qui devrait être ù ma place. »

L'auteur de ces observations, que vous avez déjà reconnu, M. Laromiguière ne prit point la place de Carat, mais il ne retourna plus<à Toulouse. 11 fut nommé professeur de logique au\ écoles centrales de Paris. Dans ces écoles, où étaient enseignées la philosophie à coté de l'histoire naturelle, les belles-lettres à coté de la législation, les langues anciennes à côté des arts et métiers, l'économie politique à coté de l'hygiène, la grammaire générale à coté de l'histoire, il eut d'illustres collègues. Avec Kontanes, Delille, Marmontcl, Ducis, Sicird, Dupont de Nemours, Gaillard, Rœderer, Cabanis, Saussure et beaucoup d'autres d'un savoir éprouvé ou d'un talent célèbre, il concourut à cette prodigue distribution de toules les connaissances humaines. Le cours qu'il fit en l'an IV le désigna, loul autant que le livre qu'il avait publié eu 17!)ô,à une liante distinction académique.

La Convenlion, avant de se dissoudre, avait voulu

1UI UROMIGUIÉitE donner à la France sa constitution intellectuelle, comme elle lui avait donné sa constitution politique. Par sa loi de brumaire an IV, elle avait fondé l'Institut national, placé au-dessus de toutes les écoles, comme pour faire servir l'invention particulière de couronnement à l'enseignement public, et chargé surtout de l'aMroissemeut glorieux de la science. L'Institut, que l'élection, selon les paroles du rapporteur de la loi, notre savant confrère H. Daunou, devait rendre le corps représentatif de la république de» lettres, était divisé en trois classes, conformément à la division que la philosophie du temps avait assignée aux travaux de Kesprit humain : celle des sciences physiques et mathématiques, celle des sciences morales et politiques, celle de la littérature et des beaux-arts. Dès sa formation, il adjoignit, par ses libres suffrages, M. Laroraiguière à la classe des sciences morales et politiques comme associé non résidant.

Vingt-cinq jours après son élection (le 16 avril 1796), M. Laromiguîère communiqua, sur l'analyse des sensations et sur la détermination du mot « idée, » deux mémoires lumineux et profonds, que l'Académie a publiés dans son ancien et savant recueil. Dans ces mémoires, morceaux précieux que recommandent une observation délicate et une précision sévère, M. Laromiguière expose, avec autant de rigueur que

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de netteté, des vues que nous aurons a rappeler bientôt, sur le passage des sensations aux idées, sur les facultés el les opérations de l'entendement, et sur le secours des langues, considérées comme de puissantes méthodes analytiques.

Aux yeux de M. Laromïguiérc, les bonnes constitutions devaient être pour les Ëlats ce que les langues bien faites sont pour les sciences, les unes pouvant mener les peuples à la félicité, comme les autres pouvant conduire les esprits à la vérité. Avec quelques amis non moins fatigués d'une tumultueuse anarchie qu'éloignés d'un arbitraire oppressif, il espéra, vers la fin du Directoire, que l'habileté dcSieyès allait instituer définitivement la république, et y ramener l'ordre tout en y maintenant la liberté. Il crut, au dix-huit brumaire, que le métaphysicien politique et le glorieux général qui s'étaient unis pour accomplir cette révolution lui prêteraient, l'un sa pensée, l'autre sa force. Mais le théoricien fut vite écarté par le général, et l'esprit constituant de Sieyés dut céder au génie impérieux de Uonaparte.

On connaît la singulière organisa lion que reçut alors la république. De trois consuls, le premier gouvernait tout seul et, avec la conduite de l'administration, il avait l'initiative des lois. Ces lois, projetées en conseil d'État, discutées dans le tribunal, étaient portées de-

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