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Tarbes et a l'École mili taire de la Flèche, fit au collège de Toulouse un cours sur l'origine si controversée des idées. Abandonnant la théorie célèbre des idées innées, qui rendait inhérentes à l'esprit certaines notions universelles et nécessaires, condition de toutes les autres, il adopta la théorie récente des idées acquises, qui n'admettait dans l'esprit que des idées introduites par les sens. 11 ne l' adopta toutefois qu'en la tempérant. Avec Locke qui l'avait émise et Condillacqui l'avait outrée, il prétendait que toutes les idées supposent la sensation, mais il n'avait garde de soutenir que toutes en viennent. Toutes provenaient, selon lui, des facultés actives de notre esprit appliquées à nos différentes manières de sentir. Il a laissé entrevoir dans ses Éléments de métaphysique, publiés en 1795, celte opinion qu'il a exprimée dans son cours de i 81) , sur la portée restreinte de la sensibilité et l'action féconde de lame, lorsque, rappelant ces fameuses paroles de Descartes : Donnes-moi de la matière et du mouvement, et je ferai le monde physique; il regrettait que Descartes n'eût pas ajouté : Donnez-moi le sentiment et l'activité, et je ferai le inonde intellectuel. Il commençait à avoir dans le dernier siècle la théorie qui a fondé sa réputation philosophique dans celui-ci.
En ce temps d'innovation universelle, M. Laromiguière ne fut pas seulement novateur en philosophie,
LAItOMIGUIËnË nu il fui animÈ de l'esprit nouveau en politique. La révolution approchait, et ce que la froide analyse de Condillac, la libre pensée de Voltaire, l'éloquence réformatrice de Rousseau, le génie politique de Montesquieu avaient puisé, soil à l'école de l'Angleterre, soit dans l'étude de la nature et de l'histoire, M. Laromiguière le recueillit pour s'en pénétrer dans les écrits de Condillac, de Voltaire, de Rousseau, de Montesquieu. Disciple de ces maîtres puissants, il devint à son tour le maître écoulé d'autres disciples, et, à la veille de 1789, il eut même un démêlé avec le parlement de Toulouse. C'était au moment où les questions financières, dans leurs rapports avec la liberté publique, préoccupaient généralement les esprits, et où l'impossibilité reconnue de réformer les abus allait faire réformer les institutions. SI. Laromiguière pensait, comme Fénclon au dix-septième siècle et comme à peu prés tout le monde à la fin du dix-huitième, que les subsides demandés pour l'entretien de l'État devaient être accordés par la volonté du pays. Il ne craignit pas de faire soutenir une thèse sur ce texte délicat : JVon datai- jus proprietatis, quolies tributa ex arbitrio exiguntur; le droit de propriété est violé toutes les fois que tes impôts sont levés arbitrairement. A cette Ihéorie encore hardie qui, opposant la propriété à la royauté, contestait te pouvoir jusque-là illimité de la
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couronne, le parlement de Toulouse s'émul. Il frappa de ses censures et la thèse séditieuse et le téméraire professeur. Mais les temps étaient binn changés, et le parlement qui, vingt-sept années auparavant, avait condamné l'innocence de Calas ne put pas protéger alors la prérogative du roi.
Le roi lui-même donna quelque temps après raison à la thèse, et il convoqua les états généraux. M. Laromiguière, avec tous les esprits élevés et tous les cœurs généreux, embrassa non sans enthousiasme une cause inspirée par le senliment général de la justice et du droit. Attaché à celte noble cause plus en théoricien qu'en acteur, il ne cessa jamais d'être fidèle aux principes de la révolution, parce qu'il resta toujours étranger à ses écarts. En polilique, ainsi qu'en philosophie, il eut celte mesure qui annonce la force eu même temps qu'elle y ajoute, et il montra cette modération qui, ne dépassant jamais le but, s'épargne le trouble des excès et l'humiliation des retours.
Lorsque l'Assemblée constituante, par le décret du 13 février 1790, eut aboli les vœux monastiques et supprimé les congrégations religieuses, M. Laromtguiére quitla l'asile où il avait goûté la douce paix de ta vie et les joies pures de la pensée. L'heureux chanoine, comme il s'était appelé lui-même, ne se changea point en citoyen agité, et, fidèle a sa vocation, il se