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moins connu d'inspirer une grande création. Le lemps avait sécularisé l'intelligence, la Révolution devait séculariser l'enseignement. Paire donner par l'État, et à tous les degrés, l'instruction dans tout le pays, fut le problème difficile que tentèrent tour à tour de résoudre les assemblées et les gouvernements de la France depuis 1789. Les essais avaient été multipliés. Après le vaste et ingénieux système, exposé parM. de Tallcyrand, sous l'Assemblée constituante, qui le décréta sans le réaliser, s'étaient succédé sous la Convention, le Directoire et le Consulat, des conceptions chimériques ou des établissements imparfaits. Un jour, à Saint-Cloud, le grand réorganisateur qui avait refait l'administration de l'État, qui avait réglé la société civile, qui avait opéré la pacification religieuse, voulait pourvoir aux besoins de l'intelligence en fondant l'instruction publique. 11 s'en entretenait avec l'ourcroy, qui en avait alors la direction. M. Portalis assistait à cette conférence et y développa le plan d'après lequel l'enseignement serait confié à un grand corps qui l'animerait de son esprit et le donnerait avec efficacité. Il proposa de rendre ce corps universel, comme le demandait un pays devenu homogène; d'accorder à ses membres, sortis d'un séminaire laïque et formant une sorte de clergé intellectuel, des privilèges qui n'altéreraient pas le droit commun et le
d'exiger d'eux des engagements qui [l'aliéneraient pus leur liberté, de les dislribuer en une hiérarchie régulière ayant à sa tête un chef, conduite par un conseil suprême, soumise à une juridiction spéciale, possédant une dotation particulière, vivant sous une loi respectée et capable par là de remplir avec sécurité et avec habileté l'important service moral do l'éducation publique. Ce projet, qui empruntait quelques formes au passé, en les associant à quelques vues du présent, était la centralisation séculière de l'intelligence et de l'enseignement dans une corporation tout à la fois éclairée et libre, constituée bientôt en Université de France. Dans cet entretien, M. Portalis avait soutenu la prééminence des lettres qui donnent l'instruction fondamentale et forment l'esprit général, sur les sciences qui ont des objets spéciaux et ne pourvoient qu'à une instruction particulière. Aussi Napoléon ne lit pas d'un savant célèbre, mais d'un lettré éminent le grand maître de l'Université, et il remplaça M. Fourcroy par M. de Fontanes.
Pendant que M. Portalis servait ainsi son pays au dedans, son lils apprenait à le servir au dehors. Dèa l'année même de leur retour en France, il était entré dans la carrière diplomatique. Il y assista, pour ses débuts, à ces premières transactions du siècle, qui
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eurent tant d'éclat cl qui devaient avoh' si peu de durée ! I] suivit aux congres de Lunéville et d'Amiens le plénipotentiaire Joseph Bonaparte, el il vit conclure les négociations glorieuses qui consacrèrent la grandeur déjà acquise de la France, que ses victoires aviiirul étendue jusqu'au Rhin et jusqu'aux Alpes, et qui redonnèrent pnur un moment la paix générale au monde. Chargé de porter à Paris le Irailé d'Amiens, il fut le messager heureux de la réconciliation trop passagèrement rétablie entre les deux puissants pays restés les derniers sous les armes. Tour a tour premier secrétaire d'ambassade à Londres, de légation à Berlin, et accrédité comme ministre plénipotentiaire auprès de i'éleeleur archichaucelicr de l'Empire à Ralisbonne et de la diète germanique, il resta cinq ans dans celte carrière où il s'était avancé avec rapidité et qu'il aurait pinroiinie avec dialiiiclion.
Mais il en sortit le 2 juin 1805, rappelé auprès de son père, tout à fait privé de la vue, pour être son auxiliaire dans l'administration des cultes. Nommé secrétaire général de ce ministère nouveau, il entra, peu de temps après, au conseil d'État comme maître des requêtes eu service ordinaire. Il prit part alors à un acte considérable qui compléta l'organisation des cultes. Cet acte fut une sorte de concordat avec la race isrnélitc. La Révolution française de 1789 avait relevé
affranchi les restes de celte nation, si petite par l'espace qu'elle a occupé sur la terre, si grande par le rôle qu'elle a joué dans l'histoire, qui, dispersée pendant tant de siècles au milieu des autres peuples, ya vécu, abaissée sous leur mépris, sans rien perdre de ses vieux sentiments, opposant la grandeur de ses immortels souvenirs à l'opprobre de ses relations présentes, et résistant ù la ruine comme ;i l'oppression par ses invincibles espérances. Tirés de cel état d'abaissement et devenus citoyens d'un pajs dont il ne leur avait pas été toujours permis d'être les habitants, les israéliles, pour lesquels la Bible et le Talmud formaient le droit en même temps que le culte, devaient renoncer à certaine* dispositions de leur ancienne loi cl adopter la morale civile de leur nouvelle pairie. C'est afin de mettre eu harmonie les usages juils et les lois françaises que se réunirent à Paris, en 1806, deux assemblées solennelles de notables et de docteurs en Israël, auprès desquelles M. Portalis ' fut nomme commissaire, avec M. Pasquier el M. Molé, pour opérer celle importante transforma lion.
Dans l'assemblée politique et dans le grand Sanhédrin religieux, les députés et les rabbins Israélites décidèrent, sous la direction des commissaires impériaux, conformément aux articles qui leur furent présentés par eux, que la fï.miile juive aurait les mêmes
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fondements el serait soumise aux mômes conditions que la famille chrétienne; que le juif, malgré l'autorisation contraire de la Bible, ne prendrait jamais qu'une seule femme par une union contractée devant le magistrat avant d'être bénite dans la synagogue; qu'il ne lui serait permis de la répudier, selon le rit mosaïque, qu'après avoir fait prononcer le divorce en justice; qu'il reconnaissait avec bonheur la France pour sa pairie, était obligé de la défendre, serait glorieux de la servir; que le Français n'était pas pour lui le nochr'i ou l'étranger du Deuléronome, mais son propre frère; qu'il était tenu de remplir envers lui tous les devoirs de la charité civile, et ne pouvait pas plus faire usage du neiebek, ou du prêt à intérêt, envers ce compatriote par la loi, qu'il ne le faisait envers son ancien compatriote par le sang.
Après les belles et touchantes délibérations de ces assemblées, le culte Israélite eut non plus un exercice lolcrc, mais une constilulion régulière dans l'État; l'assimilation des races lut complétée sur le sol de la France, la communauté de la régie morale et l'unité de la législation civile y prévalurent sans obstacle et sans exception. Jamais rien de semblable n'avait été accompli parmi les hommes. Diverses religions, toutes protégées par l'Etat et maintenues, sous sa souveraineté, dans le plein exercice de leurs droits
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spirituels en même lemps que contenues dans les bornes sociales d'un respect mutuel, satisfaites sans pouvoir être dominatrices, protégées sans pouvoir devenir intolérantes ; tout ce qui naissait et vivait en France, formant le même peuple, possédant les mêmes droits, astreint aux mêmes obligations, soumis à la même justice : ce fut la plus entière homogénéité civile sous la plus parfaite uniformité légale.
M. Porlolis eut peu de temps après la douleur de perdre son père, enlevé en 1 807 à son respect et à sa tendresse. Son deuil fut un deuil public. Les restes de ce grand serviteur de la France furent portés au
des cultes fui laissée quelque lemps à son fils comme un héritage paternel. Objet d'une faveur persévérante, M. l'ortalis l'ut bientôt nommé conseiller d'État, créé comte de l'Empire, chargé do la direction importanle de l'imprimerie et de la librairie. 11 servait plus qu'avec zélé, il servait avec admiration. L'autorité à laquelle, toute sa vie, il a porté un respect si continu ne pouvait pas l'avoir alors pour contradicteur, encore moins pour adversaire. Comment encourut-il l'animadversion de celui dont il n'apercevait pas les fautes, néanmoins bien visibles, et qui l'accusa de le trahir, lorsqu'il n'était pas même capable de le désapprouver?
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I,' empereur Napoléon s'Était emparé, en 180!), des États pontificaux, et il avait fait saisir dans le Vatican le pape Pie VII, qui de Rome, où il régnait, avait été conduit prisonnier à Savone. Sans la lutte bien inégale qui s'était établie entre le vénérable captif et le martre du monde, Pie VII s'était servi de l'arme plus qu'affaiblie de l'excommunication, dont il avait lancé dans l'ombre, contre Napoléon, des coups qui n'avaient pu l'atteindre. Il l'avait inquiété davantage en usant des pouvoirs que lui reconnaissait le Concordat de 1801, et il avait refusé l'institution canonique à tous les évéques désignés pour remplir les sièges vacants. Il paralysait ainsi dans l'empire la haute administration religieuse. Napoléon, éludant alors les refus du souverain ponlife, fit accorder par les chapitres diocésains la suprême juridiction aux prélats qu'il nommait et qui n'administraient plus en qualité d'èvéqucs, mais de vicaires capitulaires. Le pape, à son tour, ne souffrit point celte annulation indirecte de ses pouvoirs. Il adressa de' sa prison, soit aux chapitres qui déléguaient cette juridiction diocésaine, soit aux évéques qui l'acceptaient, des brefs interdisant aux uns, sous peine d'infidélité religieuse, de la conférer ; aux autres, sous peine de désobéissance filiale, de l'exercer.
C'est l'un de ces brefs qui attira sur la tète fort
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innocente de M. Portalis Implosion de la colère impériale. A la mort du cardinal de Belloy, le cardinal Maury avait été nommé archevêque de Paris. Ce prélat spirituel et ambitieux, que le saint-siége avait recueilli dans sa défaite durant la Révolution, et qu'il avait récompensé de la mitre êpiscopalc et de la pourpre romaine comme un éloquent défenseur de l'Église à l'Assemblée constituante de France, lassé sans doute d'être toujours avec les vaincus, avait délaissé la cause du pape captif pour suivre la fortune du dominateur heureux à qui tout avait réussi jusque-là. Il avait porlé dans la défection la même hardiesse qu'autrefois dans la iidélilé. Il avait accepté, que dis-jc? recherché le grand archevêché qu'avait refusé l'oncle même de l'Empereur, le cardinal Fesch, et, à défaut de l'institution canonique, il avait reçu du chapitre métropolitain les pouvoirs de vicaire capilulaire. Le pape interdit aussitôt, par un bref apostolique, au cardinal Maury l'administration du diocèse de Paris, et le rappela à' l'administration du diocèse de Montefiascone. Une copie de ce bref fut envoyée de Savone à l'abbé d'Aslros, chanoine de Notre-Dame et vicaire général, qui s'était fortement opposé dans le chaT piire à l'investiture détournée que n'avait pas reçue sans peine le cardinal Maury. Cousin germain de M. Portalis, dont le père l'avait utilement employé,
comte ponT.ii.is a»
lors du Concordai, dans les négocia lion s les plus dêlicates avec les évèqucs, M. d'Astros était un prêtre ardent et un servileur résolu du saint-siége.
Le 24 décembre 1810, la veille de Noël, après avoir assisté, citez M. Portnlis,au repas de famille, M. d'As- Iros prit a paît son cousin, et le correspondant du pape montra au conseiller d'État de l'Empereur le bref qui lui avait été transmis de Savnnc, et le questionna assez indiscrètement sur ce qu'il avait il en faire. Le irès-pnidcnl M. Porlalis lui recommanda do le tenir secret, dans l'ïnlérûl de l'Église et dans celui de la religion. Un proebe parent do M. Porlalis, l'abbé Guairard, qui participait à cette confidence, pressant encore plus M. Toi talis, l'interpella en ces termes : — « Que dirait le directeur général de l'imprimerie, si ce bref venait à être clandestinement imprimé? — Le directeur général de l'imprimerie, répondit M. Portalis, en empêcherait la distribution et la circulation comme d'une pièce sans authenticité, supposée et dangereuse. » — M. Porlalis ne se borna point à détourner son cousin d'en faire usage, il avcrlil officieusement son ami M. l'asquier, alors conseiller d'État eL préfet de police, de l'exislence de ce bref sans lui eu désigner le dépositaire, ce qui n'eût pas été une précaution de sa prudence, mais une délation contraire à son honneur. Il ajouta que l'on
en préviendrait la publicité en déclarnnt aux membres les plus considérables du chapitre qu'ils en seraient rendus responsables. Le bref ne fut ni publié ni répandu; mais le gouvernement, qui en eut connaissance, intercepta d'autres brefs dont les dispositions plus impérieuses étaient conçues en des termes plus alarmants. L'un d'eux, daté du 18 décembre, était adressé directement par Pie VU à l'abbé d'Astros pour être communiqué au chapitre métropolitain de Taris, et interdisait toute immixtion dans ce diocèse au cardinal Maury, que le pape traitait en transfuge et en usurpateur. Napoléon, irrité au dernier point de l'opposition religieuse qu'il avait suscitée, voulut en arrêter le cours el mainlenîrl'Lglisedans la soumission par l'épouvante.
Le 1" janvier 1811, en recevant dans le palais des Tuileries le clergé métropolitain, il s'arrêta devant l'abbé d'AsIros, qu'il accusa avec emportement de semer le trouble dans les consciences el de s'élever en factieux contre son autorité. Après cette violente apostrophe, le vicaire général, conduit au ministère de lu police, fut insidieusement interrogé, puis arbitrairement enfermé au donjon deVincenncs. Se laissant surprendre à un piège qui lui fut tendu, non-seulement il avoua l'existence du bref pontifical dont il avait reçu la copie, mais il convint de l'avoir commn-
nïqué à M. Porta lis et à l'abbé Guaïrard. La scène du palais impérial fui suivie, quatre jours après, d'une scène plus véhémente encore au conseil d'État, que vint présider Napoléon.
A peine assis, l'Empereur, dont la colère était en partie calculée et qui voulait intimider la désobéissance religieuse en frappant un conseiller d'Ëlat après avoir fait emprisonner un prêtre, demanda si M. Porlalis était présent. M. Portails ayant répondu et s'élanl levé : « Comment, lui dit l'Empereur, avez-vous osé paraître dans cette enceinte, après la trahison dont vous vous êtes rendu coupable? a II reprocha alors ii M. l'ortalis d'avoir été comblé de ses faveurs, investi do sa confiance, et d'avoir méconnu ses obligations en recevant communication d'une bulle lancée contre lui. « C'est une ingratilude et une perfidie, njouta-t-il. Pourquoi n'étes-vous pas venu me découvrir le coupable et ses machinations'. 1 » M. Porlalis, troublé d'une pareille accusai ion, ayant répondu que M. d'Aslros était son cousin: « Voire faute n'en est que plus grande, reprit avec courrous l'Empereur. Lorsque quelqu'un est tout à fait a moi, comme vous 'l'êtes, il répond de ceux qui lui appartiennent. Ses proches sont affranchis de toute police et ne relèvent que de lui. Voilà quelles sont mes maximes ; il faut être tout à moi et tout faire pour moi . En ne m'aver-
lissant pas, vous m'avez trahi. Vous avez manqué à la reconnaissance et à voire devoir : Sortez I »
Il n'était pas aisé de répondre à un aussi foudroyant quoique si injuste accusateur, qui érigeait les besoins de son autorilô en régies de droit et qui exigeait qu'on fut délateur pour être tout ù Tait fidèle. Éperdu d'une attaque à ce point violente et imméritée, H. Portais sortit, en disant d'une manière trop timide qu'il avait la conviction de n'avoir manqué à aucun de ses devoirs. Il avait recommandé de tenir le bref secret, servant ainsi l'Empereur par !cs conseils desa prudence beaucoup mieux que l'Empereur ne seservait lui-même par les éclats de sa passion. Il était entré vis-à-vis du préfet de police dans une confidence plus que suffisante: il avait averti sans dénoncer. C'est ce qu'il aurait dû dire avec fermeté et ce que M. Pasquier dit avec courage, au milieu du conseil d'Élat consterné, à l'Empereur qui ne voulul voir qu'un ami dans le défenseur de M. Porlalis, et qui n'écoula pas avec plus de patience les paroles généreuses que M. Reguaud de Saint-Jean d'Angély hasarda en sa faveur. Le soir même, il destitua de tous ses emplois M. Portalis, qui s'attendait à être conduit avant le jour dans une prison d'Élat et qui en fut quille pour l'exil.
Cet exil, qui dura près de trois années, il put le passer en Provence, où il trouva de chers souvenirs,